Ecoutez Chroniques Rebelles !

tous les samedis de 13h30 à 15h30 sur 89.4 Mhz et sur Internet

Podcastez les émissions pendant un mois :

http://media.radio-libertaire.org/php/grille.php

-----------------


http://divergences2.divergences.be/?lang=en

http://divergences2.divergences.be/




Juin-août 2016
ÉDITO DU MONDE LIBERTAIRE N° 1780
Le 19 juillet 1936, il y a 80 ans, la révolution sociale en Espagne débutait.
Cette histoire longtemps occultée et encore largement méconnue du grand public est le seul exemple historique du prolétariat réussissant à organiser la production économique sur des bases libertaires, tout en s’opposant au fascisme les armes à la main.

Du concret quoi... des propositions, des réalisations, des réflexions que tous ceux qui ont participé à cette révolution ont légué aux générations suivantes. Car ce n’est pas la nostalgie qui nous a motivé pour faire ce dossier mais c’est l’idée, partagé au sein du comité de rédaction, que connaître le passé permet de vivre le présent et préparer le futur.


CQFD n°145

JUILLET-AOÛT 2016

En kiosque à partir du vendredi 01 juillet jusqu’à fin août 2016.

L’édito : Aimons-nous, bordel !

C’était le 18 mai dernier. Condés de France et de Navarre manifestaient leur colère face à une «  haine anti-flic » grandissante. Entre état d’urgence et fureur urticante contre la loi Travaille !, « la police est fatiguée », diagnostiquait don Falcone, directeur général de la Police nationale. Et si tout ce merdier social n’était en fait que la résultante d’un cruel manque d’amour ? N’est-ce pas ainsi qu’il fallait entendre l’édito de Patrick Cohen, le 17 juin sur France Inter ? Si l’humeur est sombre, c’est bien que l’heure est grave. La haine est partout, nous apprenait le Patoche du 7/9. Haine islamiste, anti-gay, anti-syndicale, anti-gouvernementale, etc. « Et encore [et toujours !], dans cette époque déprimante, la haine de l’autre, la haine antisémite jamais loin, la haine de classe, la haine des riches, puisque certains se revendiquent désormais richophobes. »…



Bella e Perduta Film de Pietro Marcello. (1er juin)

Un voyage onirique filmé comme un poème dans une Italie perdue



Je me tue à le dire Film de Xavier Seron (6 juillet 2016)

Chronique grinçante et humour acide…



Lea Film de Marco Tullio Giordana (13 juillet 2016)

Une femme seule contre la mafia calabraise.
Un film bouleversant dans la suite des Cent pas (I cento passi).



Race (La Couleur de la victoire) Film de Stephen Hopkins (27 juillet)

1936. Les Jeux de Berlin sur fond de racisme, antisémitisme, discrimination…



Train to Busan Film de Yeon Sang-ho (17 aoüt)

Des zombies, la destruction de la planète par l’ultralibéralisme et une galerie de portraits qui rend compte de de la société sud coréenne. Étonnant !



Toni Erdmann Film de Maren Ade (17 août)

Des liens brisés entre une fille et son père. Deux mondes, celui de la COM, du fric et de la compétition, et celui de la vie…



Mimosas. la voie de l’Atlas Film de Oliver Laxe (24 août)

Magique !






Samedi 6 août 2016

La paix des ménages. Histoire des violences conjugales XIXe-XXe siècle

Victoria Vanneau (Anamosa)

Après la lecture du livre de Victoria Vanneau, La Paix des ménages. Histoire des violences conjugales XIXe-XXIe siècle, on serait tenté de dire que l’on vient de loin en ce qui concerne les droits des femmes durant les deux derniers siècles. Mais presque immédiatement se posent des questions cruciales par rapport à la mobilisation des femmes aujourd’hui pour défendre leurs droits, sur le backlash régressif amorcé dans les années 1980, de même que sur l’évolution des mentalités qui parfois semblent émerger d’un autre âge… Il est vrai que lorsque que l’on aborde la question des violences conjugales, des pratiques de harcèlement, des habitudes soi-disant « naturelles » de domination masculine, on constate que l’on est loin du compte concernant le respect mutuel ou la reconnaissance de l’égalité des droits… Les traditions sont tenaces et imprègnent, qu’on le veuille ou non, les esprits des femmes et des hommes dès la petite enfance.

Autant dire que la vigilance est essentielle et que la lutte est quotidienne vis-à-vis des tendances machistes qui ne disent pas forcément leur nom. Les chiffres officiels des violences contre les femmes sont effrayants. Aujourd’hui, une femme décède tous les trois jours sous les coups de son actuel ou ex-compagnon, environ 223 000 femmes, entre 18 et 75 ans, subissent des violences physiques et/ou sexuelles. Et seules 14 % des victimes vont jusqu’à déposer une plainte, la plupart se taisant pour protéger les enfants ou par peur des représailles. Selon l’association Osez le féminisme, la volonté politique d’agir contre le phénomène des violences est plus que tiède comparée aux moyens de communication et de prévention mis en œuvre pour inverser la courbe des chiffres des victimes d’accidents de la route.

Dans ce contexte, l’étude de Victoria Vanneau, La paix des ménages. Histoire des violences conjugales XIXe-XXIe siècle, donne des pistes importantes pour comprendre les origines de non droit au féminin, de sa justification, depuis l’esclavage des femmes et leur dépendance pour justifier leur «  incapacité légale  ». On connaît l’argument : « la femme est l’inférieure de l’homme », et cela de « tout temps » et de « toute éternité » ! D’ailleurs, « tout l’édifice marital tient dans l’inégalité des sexes ».

« La femme a une certaine place dans notre société », qu’elle y reste ! Et à ce sujet, les religions viennent à la rescousse : tant le Pape que certains évêques, de même les Frères musulmans et les Salafistes sont finalement d’accord sur le rôle dévolu aux femmes : à savoir procréer en demeurant à la place subalterne qui leur a été assignée par… des hommes. Il faut attendre le 4 juin 1970 pour que la mention « L’épouse doit respect et obéissance à son mari » soit remplacée par « les époux assurent ensemble la direction morale et matérielle de la famille ».

Le recul des droits des femmes dans les sociétés, c’est le recul pour toutes les femmes. Et une société qui ne respecte pas la moitié qui la compose — les femmes — est une société en perdition.

Or, comme le souligne Victoria Vanneau dans son introduction, « la justice, comme toutes les administrations d’État, mène, on le sait, des politiques, ajuste des répertoires d’action, développe des savoir-faire et les met en circulation. »
Donc, dans le cas où le mari, ou bien le compagnon, est autorisé à user de son pouvoir sur la personne de sa femme, il « reste alors à cerner de quel ordre est ce pouvoir.  »

Marthe Richard L’Aventurière des maisons closes Natacha Henry (la librairie Vuibert)

C’est en quelque sorte un roman de gare que l’histoire de Marthe Richard, un récit de vie à surprises et rebondissements, celui d’une femme hors du commun, pour laquelle on a parfois du mal à démêler le vrai du faux, la réalité de l’imaginé, la sincérité de l’opportunisme… Elle est certainement une véritable aventurière dont il n’est guère possible de mettre en doute la détermination.

Marthe Richard a donné son nom à la loi du 13 avril 1946 qui ordonna la fermeture des maisons closes, des lieux où la violence des « clients » était non seulement dissimulée, mais institutionnalisée. À tort ou à raison, elle est considérée comme une pionnière, ayant connu, elle aussi, la prostitution. Et lorsque 70 ans plus tard, une loi est promulguée visant à renforcer la lutte contre le système prostitutionnel, à accompagner les personnes prostituées, à adopter des moyens de lutte contre le proxénétisme et la traite des êtres humains aux fins d’exploitation sexuelle, afin d’assurer leur protection, leur insertion sociale et professionnelle, on pense évidemment à Marthe Richard et à sa déclaration de 1946 :

« Il ne suffit pas de s’indigner, il faut démasquer l’existence des responsables de cette vague d’immoralité qui nous déborde : une mafia, à la fois capitaliste et internationale ; un grand trust dont on ne parle jamais, qui présente tous les caractères d’un commerce, d’un consortium méthodiquement organisé et même syndiqué. […] C’est par l’amélioration des conditions de la vie sociale des femmes que nous pouvons faire régresser la prostitution. […] Aujourd’hui, nous, les femmes, nous votons. Nous sommes des citoyennes, libérées de toute tutelle ; nous avons notre mot à dire, les temps ont changé… Il est de notre devoir et de notre souci de défendre nos semblables. La femme est un être humain et non une marchandise. » D’ailleurs, il n’existe pas de prostitution choisie et épanouie, c’est toujours une décision de survie, quand ce n’est pas une contrainte par un tiers.

« C’était une drôle de bonne femme. Elle a été aviatrice, espionne, une vraie aventurière » dira la tenancière d’une maison close renommée — le Sphinx —, en prétendant que Marthe Richard a été manipulée dans ce combat de la fin de la collaboration et de la Seconde Guerre mondiale. Les maisons closes étaient des lieux de « repos des guerriers » de la Wehrmacht, des magouilles des collabos, mais « contrairement aux insoumises, aux occasionnelles, aux femmes du quotidien tondues à la Libération et exposées en place publique pour avoir fricoté avec les “Boches”, les soumises bénéficient d’une certaine indulgence au sortir de la guerre. Assimiler ce “métier” à une volonté de collaboration ? Impossible, car une activité professionnelle n’est pas un choix politique.  »

Dans son livre, Natacha Henry retrace sans complaisance le parcours de vie de Marthe Richard, sans épargner les zones d’ombre avec le rappel d’un passé trouble et de ses compromissions. Mariée à plusieurs reprises, lucide sur les relations amoureuses et sur la domination patriarcale, Marthe Richard a su « naviguer » dans des périodes difficiles et construire une légende, la sienne dans un monde d’hommes.

C’est aussi, pour Natacha Henry, une autre manière d’aborder les tabous, les blocages, les non dits autour du système prostitutionnel et la mauvaise foi, notamment politique, qu’il génère. 70 ans et l’on se demande si les mentalités ont évolué sur ce que certain.es appellent encore communément « le plus vieux métier du monde ».

Natacha Henry, Victoria Vanneau, deux femmes qui ont des choses à dire. Toutes deux ont l’art de raconter l’histoire pour en comprendre les origines et les trames, toutes deux ont de l’humour et la curiosité de regarder au-delà des vérités dites "premières", bref des auteures qui ne jouent pas les expertes et sont curieuses de comprendre.



Samedi 13 août 2016

Deux livres et un film de Rémy Ricordeau (parus à L’Insomniaque)

Denise et Maurice, dresseurs d’épouvantails (1 livre et un DVD)

Denise et Maurice, dresseurs d’épouvantails. Et voilà que sous nos yeux se dressent des personnages sortis de terre et des songes, une communauté étrange de lutins, de djins, de gardiens de la nature et d’une maison paysanne nichée sur la pente d’une colline. Les mannequins s’intègrent au décor comme les personnages d’une comédie bucolique et fantasque, dans une immobilité en mouvement. Les vaches passent pour rejoindre leur pâturage sans prêter attention à tous ces épouvantails qui semblent les surveiller du coin de l’œil, grand ouvert et bordé de longs cils candides.

C’est l’ouverture du film, Denise et Maurice, dresseurs d’épouvantails, réalisé par Rémy Ricordeau, passionné d’art brut, d’art «  instinctif ». Pour Denise et Maurice, il s’agit de récupération créative et d’inventivité à partir de matériaux inattendus et recyclés pour cause d’« embellir la nature ». Autrement dit, c’est un art simple, naturel, spontané, comme jailli d’une imagination à la fois enfantine, vécue, libérée du besoin de reconnaissance et donc sans limites.

Tous ces personnages — et « Y en a du monde ! »— ont une personnalité propre ; les voilà qui sortent aux beaux jours pour fêter le printemps, animent le flanc du coteau, se perchent aussi dans les arbres, et tout ce petit monde se retrouve dans un décor recréé à partir de bouchons, de capsules et autres objets usuels — vive la récup ! —, qui finalement se transforment, se recyclent et s’enjolivent dans une nature simple et rude. Et Denise de constater : « C’est un peu notre famille » cette multitude d’épouvantails, de poupées, de mannequins, d’animaux qui demeurent et même s’entassent dans un hangar, un « musée », enfin dans une sorte de caverne d’Ali Baba où l’on s’attend à les voir s’animer d’un coup pour aller se faire une balade dehors et se planter dans le paysage de l’Aubrac.

Et toujours dans la collection la petite brute de L’Insomniaque :
Visionnaires de Taïwan. Art brut, art populaire insolite et visionnaires autodidactes de l’île de Taïwan de Rémy Ricordeau. Un livre issu d’un périple dans l’île de Taïwan, dans un art populaire et visionnaire à la rencontre de découvertes fascinantes. Encore des bricoleurs de paradis qui offrent à qui a le désir de regarder, leur imagination, leur savoir-faire, c’est-à-dire leur « savoir-être ».

En seconde partie des chroniques rebelles :

Faut savoir se contenter de beaucoup

Film de Jean Henri Meunier

Entretien avec Jean Henri Meunier et Jean-Marc Rouillan

C’est l’aventure d’un duo qui commence par des retrouvailles et se prolonge avec des rencontres fortuites ou non, des coups à boire et de la rigolade…

Deux complices à la recherche d’une bagnole pour un périple des émergences subversives, mais attention pas n’importe quelle bagnole : une Cadillac des années 1965 ou 1970 ! En plus, elle doit être noire et décapotable ! On se croirait presque dans une balade de fans du Hot Rod (traduisez Bielle chaude !), un mouvement populaire états-unien né dans les années 1960. Mais, fausse route, c’est une autre histoire…

Après la trilogie najacoise — Ici Najac, à vous la terre, la Vie comme elle va et Y a pire ailleurs, Jean Henri Meunier réalise Faut savoir se contenter de beaucoup, une road movie avec pour interprètes Noël Godin et Jean-Marc Rouillan, où l’on croise entre autres, Miss Ming, Bernardo Sandoval et Sergi Lopez...

Faut savoir se contenter de beaucoup, ça questionne, ça bouscule et ça surprend… « La réalité et la fiction, c’est assez flou… ». Et soudain, en guise de conclusion : À suivre… » Alors la road movie va se poursuivre ?

Sans doute, il faut bien « Trouver où ça se passe » !



Samedi 20 août 2016

Jean Genet

Traces d’ombres et de lumières

Patrick Schindler (éditions libertaires)

Provocateur, révolté, individualiste, génie… Il y a beaucoup à dire de Jean Genet, beaucoup à lire aussi de ses textes fulgurants qui, en aucun cas, laissent indifférent.e.
«  Tout au long de sa vie littéraire et de militant, il ne fera que renforcer son image provocante, refusant la " Novlangue" ou plutôt ce que l’on qualifierait aujourd’hui de "politiquement correct". Pour autant, il n’est pas question de ne pas prendre en compte ou de minimiser certains faits, certaines contradictions ou certaines réalités qui, depuis sa mort, ont déjà été rapportés par de nombreux biographes. il est à parier que Genet lui-même n’aurait sans doute pas songé à les escamoter. »

Genet libertaire ? C’est ce que se demande Patrick Schindler en déroulant des textes et un itinéraire à rebondissements, aussi douloureux qu’inattendu, en s’attardant sur les traces d’ombres et lumières de celui qui se qualifiait lui-même d’individualiste révolté :

« Les régimes actuels me permettent la révolte individuelle. [...] S’il s’agissait d’une véritable révolution, je ne pourrais peut-être pas être contre. Il y aurait adhésion et l’homme que je suis n’est pas un homme d’adhésion, c’est un homme de révolte ».

Jean Genet, une vie de révoltes et de blessures sublimées…

Le ciel peut s’éveiller, les étoiles fleurir,
Et les fleurs soupirer, et des prés l’herbe noire
Accueillir la rosée où le matin va boire,
Le clocher peut sonner : moi seul je vais mourir.
[…]
Nous n’avions pas fini de nous parler d’amour.
Nous n’avions pas fini de fumer nos gitanes.
On peut se demander pourquoi les Cours condamnent
Un assassin si beau qu’il fait pâlir le jour.

Amour viens sur ma bouche ! Amour ouvre les portes !
Traverse les couloirs, descends, marche léger,
Vole dans l’escalier, plus souple qu’un berger,
Plus soutenu par l’air qu’un vol de feuilles mortes.

Ô traverse les murs ; s’il le faut marche au bord
Des toits, des océans ; couvre-toi de lumière,
Use de la menace, use de la prière,
Mais viens, ô ma frégate une heure avant ma mort.

Avec l’auteur. Lectures par Nicolas Mourer



Samedi 27 août 2016

Tueries. Forcenés et suicidaires à l’ère du capitalisme absolu Franco Berardi (éditions LUX)

Dans Tueries. Forcenés et suicidaires à l’ère du capitalisme absolu, Franco Berardi s’interroge donc sur les origines, les motivations de ces meurtres de masse, sur « ces tueurs [qui] sont la manifestation extrême d’une des tendances principales de notre temps […], les héros d’une époque de nihilisme et de stupidité spectaculaire : l’ère du capitalisme financier. »

Manipulation, désespoir, nihilisme, frustration, affirmation identitaire, quête d’un pouvoir éphémère… « L’on comprend probablement mieux le devenir actuel du monde si l’on observe [celui-ci] à la lumière de ce genre de folie affreuse, plutôt qu’à travers le prisme de la folie policée des économistes et des politiciens. J’ai vu [écrit Berardi], l’agonie du capitalisme et le démantèlement d’une civilisation sociale d’un point de vue très particulier : celui du crime et du suicide. »

Pourquoi Franco Berardi — philosophe, militant issu du mouvement autonome italien des années 1970, cofondateur de Radio Alice à Bologne, et aujourd’hui enseignant de l’histoire sociale des médias, pourquoi a-t-il choisi cet axe de recherche et écrit un livre sur ce sujet ? Tueries. Forcenés et suicidaires à l’ère du capitalisme absolu, est-ce la fascination, la répulsion vis-à-vis d’actes qui pourraient être interprétés «  comme l’abolition de la frontière entre spectacle et vie réelle (ou mort réelle, ce qui revient au même) » ?

Entretien avec Franco Berardi

Et en deuxième heure des chroniques

Entretien avec Patrice Bouveret sur l’Observatoire des armements et le commerce des armes en France



Samedi 3 septembre 2016

« Cela fait longtemps que les architectes et les urbanistes ont pour fonction d’éviter que la vie urbaine ne soit la vie tout court. D’où leur obsession de soumettre, grâce au pouvoir magique qu’ils attribuent aux plans et aux projets, la fièvre des rues, les diverses formes de désobéissance et de désertion qu’elles abritent. » Ainsi commence l’essai de Manuel Delgado, L’Espace public comme idéologie, avec un premier chapitre intitulé L’espace public contre la rue.

Dans L’Espace public comme idéologie, Manuel Delgado tend à démonter le discours répandu quant au souhait de la classe dirigeante de voir une classe moyenne pacifiée par un consensus forcé — « cours de civisme ou d’éducation à la citoyenneté » à l’appui — et une surveillance de tous les instants grâce à des caméras omniprésentes, un mobilier urbain adapté, un environnement entièrement policé. Pour les « classes dangereuses », les laissés pour compte, le « peuple » qu’il s’agit de contenir et de rendre invisible, sinon dans la rubrique faits divers, histoire de faire trembler dans un centre ville bunkérisé, « l’espace public  » devient donc un « espace militarisé », dans un contexte de nettoyage social lié à « l’aménagement capitaliste du territoire et [à] la production immobilière. »

Entretien avec Jean-Pierre Garnier autour du texte de Manuel Delgado.

En seconde partie des chroniques rebelles :

Lutte sur le Larzac

Trois entretiens avec des militants contre l’installation de la légion.

Avec Thierry Vandennieu.



Samedi 10 septembre 2016

Violences policières et propagande d’État

Une stratégie du contrôle social

« Le gouvernement socialiste, les représentants politiques des partis les plus puissants de France, les médias dominants font du mensonge un mode de gouvernement et de domination. »

Automne 2014, un manifestant est tué par une grenade lancée par un gendarme à Sivens. L’armement de la police fait, pour la première fois, la une de l’actualité.

Loin de susciter de réactions à la hauteur, ce drame est l’occasion pour le pouvoir de renforcer ses stratégies de maintien de l’ordre en faisant interdire et réprimer implacablement les mobilisations qui suivent.
La mort de Rémi Fraisse n’est ni une " bavure ", ni un accident.

Elle est le produit d’une logique structurelle, qui s’inscrit dans un processus d’impunité généralisée et de militarisation de la police en germe depuis deux décennies. Sur fond d’hégémonie culturelle des idées sécuritaires, la police française se dote de nouvelles armes sous l’impulsion des gouvernements successifs : taser, grenades, flashballs, LBD. On tire à nouveau sur la foule. D’abord expérimentées dans les quartiers périphériques, puis contre les mobilisations incontrôlables, les armes de la police s’imposent aujourd’hui potentiellement contre tous.

« En blesser un pour en terroriser mille », telle est la doctrine des armes de la police. Cet essai passe en revue l’armement de la police pour comprendre ce que les armes disent de notre temps, quelles sont les logiques politiques qu’elles suggèrent, au-delà des spécificités françaises d’un maintien de l’ordre présenté comme irréprochable.

Entretien avec Pierre Douillard-Lefevre, Patrick Vassort…

Une émission avec Thierry et Christophe qui se poursuivra à Publico
(145 rue Amelot, 75011) à partir de 16h30.



Samedi 17 septembre 2016

"Ce numéro de Réfractions est parti d’un double constat. Le premier, c’est que nous vivons, tout du moins dans ce qu’on appelle le monde occidental, dans des sociétés où la perspective révolutionnaire semble s’être éloignée, sinon avoir complètement disparu.

Dès lors, le projet libertaire se retrouverait orphelin d’une révolution qui semble pourtant en être la condition nécessaire, et dont il ne faudrait pas perdre le désir. Le second, c’est qu’il existe, ici et ailleurs, quantité d’expériences sociales et politiques dans lesquelles il est possible de se reconnaître et qui se situent explicitement dans un horizon révolutionnaire sans pour autant être concentrées sur l’instant dramatique du renversement de l’ordre établi. Le développement du mouvement anarchiste en Grèce, l’essor, notamment en Espagne, d’un mouvement multiforme de sécession vis-à-vis de l’État et de la société capitaliste, le lent mouvement d’autonomisation porté par les zapatistes au Mexique, voire (pour autant qu’on puisse avoir des informations fiables à son propos) le confédéralisme démocratique tel qu’il serait pratiqué dans la partie syrienne du Kurdistan (Rojava), tous ces processus attirent aujourd’hui l’attention des militants libertaires qui savent que leurs aspirations signifient une subversion complète de l‘ordre existant.

Au moment où nous bouclons ce numéro, nous assistons également avec intérêt (et certains d’entre nous participent), en France, aux contestations de la loi « Travail » et au mouvement « Nuit Debout » qui, s’il n’est pas un mouvement révolutionnaire, nous semble néanmoins avoir le mérite d’aller dans le sens de l’inventivité.

À quoi pourrait donc ressembler aujourd’hui une transformation révolutionnaire ? Peut-on deviner ce que seront les révolutions de demain ? Celles-ci peuvent-elle être cherchées dans la continuité de celles qui ont jalonné le XIXe siècle, et qui avaient toutes plus ou moins la révolution française pour modèle ? Ou bien, dans les tentatives pratiques qui remettent en cause le fonctionnement même de nos sociétés, de nouvelles formes de révolution sont-elles déjà en cours de réinvention, voire en gestation ? Et ces deux perspectives s’excluent-elles ? C’est à ces questions que s’affrontent les différents articles réunis dans le dossier principal de ce numéro. Comme le but n’est pas de parvenir à y répondre d’une manière univoque, en proposant en quelque sorte clés en main le mode d’emploi des révolutions de l’avenir, les textes en question proposent des perspectives diverses, voire divergentes – qu’il s’agisse du rapport à l’histoire de la révolution en général et de l’anarchisme révolutionnaire en particulier, ou de la signification qu’il est possible de donner à des mouvements en cours –mais sans jamais perdre de vue que, pour des anarchistes, il n’est pas possible de dissocier la préparation de la révolution et sa mise en oeuvre."

Entretien avec Eduardo Colombo…



Samedi 24 septembre 2016

Histoire du fascisme aux États-Unis Larry Portis (éditions CNT)

Pays jeune et puissant, pays de toutes les possibilités et de la liberté, les États-Unis sont souvent cités en exemple et continuent d’alimenter bien des fantasmes. Le fameux American Way of Life et le rêve états-unien semblent avoir encore de beaux jours devant eux.

Il y cependant un revers de la médaille. Première démocratie au monde et première puissance mondiale, les États-Unis se sont construits grâce à une politique génocidaire, à la pratique de l’esclavage et à la répression des revendications sociales.

Si les États-Unis n’ont jamais connu de régime fasciste, les lois d’exception, les persécutions politiques et les mouvements fascistes ont marqué l’histoire de ce pays.

Le fascisme a existé aux États-Unis, et il existe encore.

Débat autour du livre de Larry Portis à Pubico 145 rue Amelot 75011 à partir de 16h30



Samedi 1er octobre 2016



Mercredi 5 octobre 2016 à 20h00

Capitaine Thomas Sankara de Christophe Cupelin

Projection-débat autour du film au CICP
21 ter rue Voltaire, 75011 Paris - m° Rue des Boulets ou Nation.

Le documentaire, qui présente des archives exceptionnelles, dépeint avec humour la révolution conduite par Thomas Sankara, ancien président du Burkina Faso.



Samedi 8 octobre 2016



Samedi 15 octobre 2016



Samedi 22 octobre 2016



Samedi 29 octobre 2016



Samedi 5 novembre 2016



Samedi 12 novembre 2016



Samedi 19 novembre 2016



Samedi 26 novembre 2016


Articles les plus récents

lundi 1er août 2016
par  CP

La paix des ménages. Histoire des violences conjugales XIXe-XXe siècle de Victoria Vanneau. Marthe Richard. L’Aventurière des maisons closes de Natacha Henry

La paix des ménages. Histoire des violences conjugales XIXe-XXe siècle
Victoria Vanneau (Anamosa)
Marthe Richard. L’Aventurière des maisons closes
Natacha Henry (Librairie Vuibert)
La paix des ménages. Histoire des violences conjugales XIXe-XXe siècle
Victoria Vanneau (Anamosa)
Après la lecture (...)

lundi 1er août 2016
par  CP

Les Dyschroniques du passager clandestin

Faute de temps
de John Brunner
Audience captive
d’Ann Warren Griffith
La Montagne sans nom
de Robert Sheckley
Pigeon, Canard et Patinette
de Fred Guichen
Faute de temps
de John Brunner
En 1963, John Brunner imagine un monde hanté par le ressentiment des générations futures… Une nuit, (...)

lundi 1er août 2016
par  CP

Franchir la mer. Récit d’une traversée de la Méditerranée avec des réfugiés syriens

Franchir la mer Récit d’une traversée de la Méditerranée avec des réfugiés syriens Wolfgang Bauer (LUX)
Entretien avec Wolfgang Bauer
Wolfgang Bauer est le tout premier journaliste à s’être infiltré dans un groupe de réfugiés afin de témoigner directement de l’épreuve inimaginable que constituent la (...)

lundi 11 juillet 2016
par  CP

Refu(s)ge. Pièce radiophonique de Marina Damestoy et la Cie La Boîte blanche

Refu(s)ge
Marina Damestoy et la Cie La Boîte blanche
Refu(s)ge est un projet théâtral en forme de scénario issu du triptyque A M O (trois figures de la résistance des femmes : Antigone, Médée, Ophélie).
Les séquences rythmées transposent l’Antigone de Sophocle dans l’actualité politique concernant les (...)

samedi 9 juillet 2016
par  CP

Le Syndrome du bien-être de Carl Cederström et André Spicer. Celles de 14. La situation de femmes au temps de la grande boucherie d’Hélène Hernandez

Le Syndrome du bien-être
Carl Cederström et André Spicer (L’échappée)
et
Celles de 14. La situation de femmes au temps de la grande boucherie Hélène Hernandez (Les éditions libertaires)
Le syndrome du bien-être, c’est quoi ?
Carl Cederström et André Spicer montrent dans ce livre comment la recherche (...)