Le vendredi 22 mai 2009, la radio en était à son 11ème jour de grève, et toute la semaine, la direction buvaient le champagne sur la croisette, au festival de Cannes.
Pourtant, c’est à Paris que ça se passait
Classique ! La direction a prétendu qu’il y avait 3,7% de grévistes, mais grâce à l’organisation de la grève, l’antenne est bel et bien restée lacunaire et perturbée depuis le début. Les salarié-es se sont débrouillés pour ne pas être tous en grève en même temps, mais plutôt en grève perlée sur la longueur et sur des postes clés ; et la création de la caisse de grève, qui permet aux grévistes de tenir, a recueilli une majorité de soutiens et contributions.
Quand, mardi 19 mai, les salarié-es ont envahi la salle des négociations avec la DRI (direction des ressources inhumaines), ils ont pu entendre ce que ceux-ci avaient à dire : rien. La consigne des chefs en goguette étant sûrement : « ne cédez pas, ils se fatigueront avant nous ». Les délégué-es de l’intersyndicale FO-CGT-SNJ ont donc posé un fois de plus, en public, les questions qu’ils posaient vainement depuis 11 jours, ils ont affirmé leurs positions de base : pas de licenciements, c’est la condition sine qua non avant toute négociation.
Pour ces syndicats, ce plan de licenciements est inique : les salarié-es n’ont pas à faire les frais d’un déficit financier organisé par les tutelles. Et la justification de la direction est fallacieuse : les chiffres censés démontrer de prétendus déficits d’audience, ou financier, ont bien été manipulés ; les expertises lancées par le Comité d’Entreprise, sur les comptes 2007 à 2009, l’ont confirmé.
Voir l’article en ligne
http://divergences.be/spip.php ?article1339
le blog des salarié-es :
Ce blog se veut une passerelle et une arme. Une passerelle entre nous pour partager au mieux les informations dont nous disposons et pour nous obliger à chercher et à partager celles dont nous ne disposerions pas . Une passerelle vers l’extérieur — la presse , les auditeurs/trices, les familles pourquoi pas ? — qui devrait nous permettre de montrer l’autre versant de RFI, celui où vivent ses salarié-es. Il peut servir à poser des questions, à proposer des réponses, à poster des témoignages, à signaler des abus. Il appartient aux salarié-es de RFI. C’est leur arme face à une direction qui « joue la montre » et connait bien les rouages de la com’ et du marketing.
Vous pouvez aussi contacter et soutenir les grévistes à : rfiriposte@gmail.com

« La stratégie policière fabrique tactiquement l’ennemi tel qu’elle le veut, de toutes pièces. Il ne s’agit plus de punir le coupable d’un méfait (ce qui, déjà, était inacceptable), mais de créer le méfait et son coupable pour criminaliser, effaroucher, désolidariser, et donc prévenir la grogne qui monte. »
À l’issue de la manifestation parisienne du 19 mars, la police a procédé à des passages à tabac en règle et à des interpellations massives (plus de 300) dont 49 personnes sont poursuivies dont la majorité a refusé la comparution immédiate.
Face à cette violence, un collectif de soutien réunissant inculpé-e-s, individu-e-s, organisations syndicales, politiques et associatives.
http://parolesdu19mars.over-blog.com/
La plupart des personnes arrêtées sont principalement des étudiant-e-s et des lycéen-ne-s venu-e-s écouter de la musique.
Lundi 4 mai, la seule personne à comparaître (en dehors des 5 reports accordés), a écopé de 300 Euros d’amende sans aucune inscription sur le casier.
Mardi 5 mai, les (chiffre à préciser entre 10 et 12) accusés ont tous écopé de 500 € d’amende avec sursis sans inscription au casier judiciaire. Il semblerait que les juges aient été sensibles au fait que cette affaire flairait bon le piège grossier et ses relents de provocation policière sont arrivés jusqu’à leur nez délicat.
Merci à tous ceux et toutes celles qui ont apporté leur soutien aux inculpés et permis que la loi du silence n’aggrave pas le sentiment d’injustice et d’abandon ressenti à la suite des événements.
Hélas, il ya fort à parier que ce qui s’est passé ne soit qu’une répétition d’une stratégie de la tension à laquelle le gouvernement désire nous habituer. Et n’oublions pas que Coupat est toujours détenu.
Report des procès à la rentrée. À suivre…
RFI, 1er plan social dans une entreprise publique : le laboratoire de démontage (lundi 25 mai 2009)
La raison du plan social est avant tout politique : fin des service publics et reprise en main des médias par le pouvoir.
LE RENARD NOIR
Lire la suite de l’article sur :
http://chroniques-rebelles.info/ecrire/ ?exec=breves_voir&id_breve=1
Les sans-papier-e-s qui occupaient la bourse depuis le 02 mai 2008 se sont fait expulser manu militari par… « la milice » de la CGT. Cagoulés et armés de barres de fer et bombes lacrymogènes, les syndicalistes ont attaqué les femmes, les enfants et les hommes restés à la bourse pendant que la majorité de leur camarade était en cortège hebdomadaire devant la préfecture de Paris pour réclamer leur régularisation. Il y a des blessés dont le petit Mohamed, 3 ans à l’hôpital, et d’autres…
La police a fait évacuer les affaires, par les personnes à raison de dix par dix … Pendant qu’ils parquaient les manifestants revenus et les citoyens scandalisés venus soutenir les expulsé-e-s… Nous avons été matraqués pour nous faire reculer, avancer…Encercler. Les cartes de presse ne nous ont pas permis de rentrer dans la bourse et les policiers ont matraqué ceux qui filmaient les personnes malmenées.
Aucune information ne circule dans les médias. Rien sur cet événement ni sur ce qui se déroule à Calais ou des manifestants de toute l’Europe ont été maltraités par la police française. Pire qu’a Strasbourg disent ceux qui ont pu recevoir des informations…
Nous nous devons réagir… demander des comptes à des syndicats complices d’un pouvoir autoritaire, violent et raciste !
Bourse du Travail : prends ta tarte, camarade !
Voir articles et reportages, rares témoignages de ce qui se passe en bas de vous. Article, photos, audio sur le site de Article 11 :
http://www.article11.info/spip/spip.php ?article473
Articles du Site du Quotidien des Sans-Papiers :
http://parisseveille.info/expulsion-des-sans-papiers-de-la,1905.html
Infos envoyée par May.
Jean-Pierre Thorn, cinéaste, militant, observateur engagé, dans les Chroniques rebelles
En 2004, « La Caravane pour l’Egalité », initiative de la Ligue Démocratique du Droit des Femmes est invitée par l’association lyonnaise « Femmes contre les Intégrismes » pour visiter les cités des banlieues de Lyon.
Jean-Pierre Thorn en a rapporté un passionnant carnet de route filmé. Deux mois plus tard, à l’invitation des Marocaines, la caravane se rend à Larache, puis dans des régions isolées du Maroc.
Jean-Pierre Thorn a suivi les caravanières et a été frappé par les corrélations existant entre la France et le Maroc, Nord et Sud, sur les questions relatives à la lutte contre l’exclusion des plus démunis, femmes et enfants. La caravane et ses caravanières constituent le fil conducteur du film, les expériences marocaines et françaises alternant dans un effet miroir.
Face à la montée des intégrismes religieux des dernières années, Allez Yallah montre les femmes, les associations qui luttent, en France et au Maroc, pour l’égalité du droit des femmes, particulièrement dans les communautés maghrébines ou issues de l’immigration.
"ZEBROCK AU BAHUT"
Je suis profondément choqué d’apprendre l’attaque en règle subie par l’association ZEBROCK avec laquelle je collabore depuis plus d’un an (à l’occasion de la réalisation d’un film sur la mémoire musicale du "9-3", film par ailleurs soutenu par la Région Ile-de-France)
La nouvelle équipe du Conseil Général (dirigé par Claude Bartelone) semble vouloir remettre en cause l’action de "ZEBROCK AU BAHUT" permettant à des milliers de lycéens et collégiens (70 classes en moyenne chaque année !) d’être mis en relation avec TOUTES les musiques actuelles dans un processus exemplaire d’action culturelle, au sein des établissements scolaires, action dont le Conseil Général devrait plutôt s’enorgueillir !
J’ai assisté (dans le cadre de mes repérages) à des interventions de ZEBROCK dans des salles de classes et je peux affirmer que c’est une action formidable (et combien difficile et patiente à long terme) : j’ai encore en tête la brillance des yeux des gamins écoutant l’audition des musiques du CD offert avec le livret ZEBROCK AU BAHUT ! Et la force et la vérité de leurs expressions après...
Remettre en question le principe d’une telle action culturelle en prétextant qu’aujourd’hui ("pour être moderne ?!!") il suffirait de mettre les oeuvres et les artistes en relation directe avec les publics - sans "médiation" - c’est pure démagogie ! Voilà bien l’expression des ravages du libéralisme en matière culturelle (ce sont les mêmes attaques idéologiques subies parallèlement par l’Action Culturelle Cinématographique à l’échelle nationale - cf. notre dernier rassemblement au "104" en Janvier 2009).
Sans travail d’éducation populaire, sans formation du jeune public, sans action volontariste pour l’amener à découvrir des artistes et des oeuvres qu’il n’aurait autrement jamais eu l’occasion d’écouter ou de voir, c’est permettre à ce public d’échapper au formatage du marché dominant et l’aider à se forger ses propres goûts, en toute liberté, par une confrontation vivante avec une diversité d’oeuvres qu’autrement il n’aurait jamais croisées...
L’idée que les oeuvres et les artistes puissent rencontrer leurs publics, sans médiation, d’un coup de baguette magique - sans action culturelle structurée et dans la durée - est totalement fausse.
De fait cela contribue à éliminer davantage encore les oeuvres les plus atypiques, les moins standardisées et les moins promotionnées par le marché. Ce sera un nouveau coup porté à la diversité culturelle et à la création libre et indépendante dans ce pays.
Que la sélection de groupes musicaux émergents, repérés par ZEBROCK, soient ultérieurement programmée, chaque année, sur un plateau "jeunes talents" à la Fête de l’HUMA n’a rien à voir avec une quelconque récupération politicienne : c’est juste un tremplin fabuleux pour aider des groupes émergents à se professionnaliser et accéder à la scène artistique. Pour la multitude des groupes ayant bénéficié de cette aide (pour certains archi reconnus depuis) c’etait une chance merveilleuse.
Pourquoi s’attaquer à cela et finalement au Rock et au Hip Hop, expression de la jeunesse des quartiers populaires aujourd’hui ?!
L’existence de ZEBROCK dépasse les clivages politiques et il n’y a absolument pas lieu de faire des procès d’intentions à caractère "politiciens" sur le terrain d’une action d’intérêt général au service de toute la jeunesse de ce département.
Les premiers à payer la facture de cette disparition éventuelle de ZEBROCK AU BAHUT, des équipes de professionnels qui la mènent, ce seront au final les milliers de jeunes concernés dont on va encore casser un nouvel espoir ! Comment s’étonner après de la désaffection de la jeunesse pour la "chose politique" et sa tentation croissante d’abstention lors des rendez-vous électoraux ?!
Jean-Pierre Thorn
http://zebrockendanger.blog.zebrockaubahut.net
Et nous parlerons aussi de Djamel KELFAOUI et de son film CHEB HASNI, JE VIS ENCORE .
VENDREDI 10 JUILLET
Hommage à Djamel au CINE 104 de PANTIN.
http://bellaciao.org/fr/spip.php ?article86486
ET CECI CHAQUE ANNÉE PENDANT 10 ANS
SUR LES TERRASSES PRIVÉES,
SQUATTÉES OU PUBLIQUES DE BARCELONE,
DÉMONTRONS L’AUTONOMIE RÉELLE :
ÉNERGIES, MATIÈRES PREMIÈRES,
INFORMATION AUTONOMISANTE
CRÉONS L’URBARURALISME
« Il faut s’associer avec l’écosystème. Trois milliards d’individus sont stockés dans les villes et ça ne fait que continuer. »
Rediffusion de l’entretien avec Michel du 6 juin 2009
Disparition de Robert Corbière, libertaire communiste dans l’Hérault.
Robert a conservé pendant 40 ans la mémoire écrite, collective des interventions d’une partie du mouvement libertaire de Montpellier et de la région.
Pour éviter la dispersion de cette mémoire, Michel Rosell lance un appel pour trouver un endroit afin d’accueillir cette documentation. Le Centre Ascoso Durruti n’ayant pas la place la place nécesaire à cet effet.
Une liste des contenus du fond sera bientôt mise en ligne dont le lien sera communiqué dans les Chroniques rebelles de Radio libertaire.
Pour toute suggestion : 06 35 57 63 86
Sri Lanka : dossier et débat.
Avec Nirmala Rajasingham, Paul Éric Meyer, Sarah et Émilie.
Nirmala Rajasingham est militante du SLDF (Sri Lanka Democracy Forum).
Lorsque nous avons décidé de faire cette émission, le Nord du pays était en proie aux combats entre les forces gouvernementales sri lankaises et les derniers combattants LTTE (Mouvement des Tigres de libération de l’Eelam Tamoul). La situation était terrible pour les civils pris entre deux feux. Toute une population était prise en otage.
(6 mai 2009). « Une centaine de milliers d’habitants [a] pu s’échapper depuis la mi-avril de la nasse où ils étaient enfermés ; ils ont rejoint, dans des conditions sanitaires dramatiques, les zones tenues par les troupes gouvernementales. Beaucoup ont traversé la lagune qui séparait la bande côtière où ils étaient entassés de la terre ferme, après avoir franchi les tranchées et les levées de terre édifiées à la hâte par les LTTE pour arrêter l’avance des troupes gouvernementales et empêcher les civils de s’enfuir. Beaucoup ont été victimes des bombardements de l’armée, des tirs des Tigres et de la situation sanitaire et alimentaire désastreuse. Il reste environ 2 000 personnes dans les hôpitaux, sur les 12 400 blessés et leurs familles que le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a évacués depuis la zone des combats. » Paul Éric Meyer, "Massacres au Sri Lanka, triomphe de Colombo".
Sur place, pas de témoins extérieurs ; en effet ni les journalistes indépendants, ni les ONG n’étaient autorisés à pénétrer à l’intérieur de la zone des combats. Et les informations qui nous parvenaient soulevaient évidemment des questions sur la manipulation des médias à but de propagande, des deux côtés.
Après la défaite des LTTE de l’intérieur et la fin des combats, nombreuses sont les questions qui perdurent sur la suite de ce drame humain, notamment sur les possibilités de réconciliation dans un pays qui a vécu plusieurs décennies de guerre civile et la répression de l’État.
Quel est l’avenir immédiat des populations déplacées du Nord et quelles sont les solutions proposées ?
Le droit au retour dans leur région est-il possible ?
Quelles sont les conditions sanitaires dans les camps de réfugiés ?
Le risque de repli communautaire est-il important, par exemple pour les Tamouls, les musulmans ? Mais aussi pour les Sri Lankais chrétiens, les Burghers, les Malais, les Tamouls des plantations qui ne se sentent pas représentés par ce gouvernement qui prône l’identité cinghalaise bouddhiste ?
Quelle sera l’attitude des Tigres de la diaspora ? Car il semble qu’un décalage règne entre les analyses sur la situation, selon qu’elles parviennent de l’intérieur ou de l’extérieur de Sri Lanka.
Autre enjeu majeur : le soutien de la Chine au gouvernement sri lankais actuel. Est-il basé sur des accords d’échange concernant le Nord du pays ? Ou bien repose-t-il sur la situation stratégique de l’île ?
S’ajoute à cela la crise économique mondiale et une situation économique nationale mise à l’arrière-plan par le gouvernement dans sa logique de guerre. Logique de geurre dont les conséquences sont à l’évidence une difficulté supplémentaire pour unifier la population de Sri Lanka.
Les informations et les analyses soulignent la situation cruciale et dramatique de la population sri lankaise car, une fois encore, comme dans d’autres pays où sévissent des guerres de pouvoir, les civils sont les principales victimes, à court et à long terme.
http://blog.mondediplo.net/2009-05-05-Massacres-au-Sri-Lanka-triomphe-de-Colombo
Sri Lanka Democracy Forum :
[1]
University Teachers for Human Rights (Jaffna) :
CPA (Centre for Policy Alternatives, Colombo) :
Rediffusion de l’émission du 30 mai 2009
La nouvelle Guerre médiatique israélienne
Denis Sieffert (La Découverte)
Remarquable chronologie des événements, La nouvelle Guerre médiatique israélienne de Denis Sieffert « décrypte les formes, souvent très subtiles, par lesquelles cette désinformation a circulé — et continue de circuler — dans les médias français. »
Cet essai est une étude de la propagande et de son importance pour la perception des événements dans cette partie du monde, Israël-Palestine. Une région où il y a certainement le plus grand nombre de caméras et de journalistes au kilomètre carré comme le remarquait le cinéaste Amos Gitaï. Mais concernant l’opération de l’armée israélienne "plomb durci", ce ne fut pas le cas puisque les journalistes envoyé-e-s sur place en décembre 2008 et janvier 2009 ne purent entrer dans Gaza.
La constante déshumanisation des Palestinien-ne-s permet des crimes contre l’humanité comme à Sabra et à Chatila, en 1982, et à Gaza en 2008-2009. « Il est temps[déclarait Lea Tsemel, avocate israélienne] que notre armée et notre police comprennent qu’ils ne peuvent pas traiter les Palestinien[ne]s comme des êtres inférieurs au mépris total des droits humains ».
Rediffusion de l’émission du 27 juin 2009
Entretien avec Lucio Urtubia.
Esquisse de portrait d’un anarchiste, un après-midi à l’espace Louise Michel, rue des Cascades.
Lucio Urtubia est né en 1931 à Cascante, en Espagne. On le connaît aujourd’hui par l’espace Louise Michel de la rue des Cascades, dans le vingtième arrondissement, qu’il a ouvert à tous et toutes, et même construit. Car Lucio est maçon, un « pauvre type » comme il le dit, que l’anarchie a guidé en lui offrant des rencontres formidables et des connaissances aussi.
Militant anarchiste, Lucio revient toujours sur la notion de travail, essentielle à ses yeux. Pas le travail abrutissant et sans but, mais le travail qui permet d’avancer dans les projets et de faire essaimer les idées libertaires.
« Je suis content aujourd’hui parce que nos idées sortent de plus en plus. Nos idées répondent à des besoins, je le vois dans le monde entier. » Car Lucio voyage beaucoup depuis le documentaire que de jeunes cinéastes espagnols, Aitor Arregi, Jose Mari Goenaga et Javi Agirre, ont réalisé d’après sa vie, depuis son enfance en Navarre, jusqu’à son engagement dans le mouvement anarchiste, et à son aventure illégaliste de faussaire. La révolution et l’anarchie dans les faits, dirait-il sans doute.
L’art de faire des faux papiers et de fabriquer de la fausse monnaie au service de causes révolutionnaires, cela en fascine plus d’un. Comment cet homme, simple maçon, a-t-il tenu en échec les polices internationales et les banques ? Une question qui laisse perplexe. La réponse tient à la détermination de Lucio et à ses convictions. Les hommes politiques, les financiers volent pour leur profit, pour le pouvoir. Lui, il vole pour lutter contre l’oppression, pour agir contre la dictature, le franquisme, le fascisme.
« Il ne faut pas oublier ce qu’a été la guerre. Mais, ensuite, il y a eu des centaines de milliers de morts, fusillés dans les prisons. »
Lucio ou du grand art de voler les riches pour des projets révolutionnaires. L’illégalisme et la réappropriation mis en pratique le plus simplement et le plus naturellement du monde.
Né dans une famille pauvre, Lucio a une adolescence mouvementée. Une de ses sœurs dit de lui que, très jeune, il était déjà différent des autres. Alors que son père, atteint du cancer, souffre atrocement sans médicaments, il s’adresse à Lucio pour mettre fin à ses douleurs. Lucio restera marqué par l’injustice d’une société qui l’empêche de soulager son père et d’abréger son calvaire.
Vivant près de la frontière française dans les premières années noires de la dictature franquiste, il fait un peu de contrebande et, plus tard, pendant son service militaire, il trouve le moyen de détourner des marchandises pour en envoyer à sa famille. Les vols sont découverts pendant une permission. Il décide alors de déserter et de passer en France. « Quand je pense aux massacres perpétrés par les militaires franquistes, je suis fier de ma vie. Je suis fier d’avoir volé et de n’avoir fait de mal à personne. »
En 1954, il travaille dans le bâtiment en France et se lie avec des exilés espagnols de la CNT. Il rencontre alors Albert Camus, Daniel Guérin, Catherine Sauvage, Brassens, Léo Ferré et bien d’autres… En 1958, il héberge et cache Francisco Sabaté dont l’influence est essentielle pour sa formation de militant. Francisco Sabaté, El Quico, est l’un des hommes les plus recherchés par les franquistes, en Espagne, mais aussi par les autorités françaises. Lucio participe à divers braquages pour le mouvement qui « n’a pas d’autres moyens pour aider la lutte antifranquiste. » Quand Quico se rend clandestinement en Espagne et est tué par la Guardia civil, en 1960, c’est pour Lucio un choc immense.
Il est aussi en relation avec les organisations de résistance antifranquiste, notamment le MIL (Mouvement Ibérique de Libération), le FLP (Front de libération populaire), le GARI (Groupe d’Action Révolutionnaire Internationaliste) et le DI (Défense intérieure). Avec des libertaires, il imprime de nombreux tracts de résistance. Il se lance ensuite dans la fabrication de faux papiers, puis de travellers chèques. Il organise des détournements de fonds de manière très judicieuse, toujours pour aider les mouvements révolutionnaires contre l’oppression. « Les plus grands escrocs sont les banques », donc voler les banques est un acte subversif. Il soutient la révolution cubaine, rencontre le Che, en 1962, à qui il propose de fabriquer de faux dollars pour déstabiliser l’économie étatsunienne, mais il n’est pas dupe de la récupération faite de la révolution du peuple cubain par les staliniens.
En mai 1968, il rencontre sa compagne, Anne, et a une fille. Il mène de front sa vie clandestine et familiale. Après l’exécution du militant Puig Antich, le directeur de la banque de Bilbao à Paris, Balthazar Suarez, est enlevé en 1974. Lucio et Anne sont accusés de complicité ainsi que plusieurs personnes dont Octavio Alberola. Lucio est d’abord incarcéré, mais le procès acquittera tous les inculpé-e-s.
« Qu’est-ce que l’illégalité ? »
Reste l’histoire des faux travellers chèques. Il est arrêté en 1980, mais grâce à son système de caches, les plaques de fabrication ne sont pas retrouvées et les faux travellers de la First National City Bank s’échangent dans toute l’Europe. Roland Dumas, qui comprend la démarche de Lucio et sa lutte contre les dictatures, assure sa défense ainsi que Thierry Fagart et Louis Joinet. Lucio fournit des papiers à des exilés politiques d’Uruguay, de Bolivie, du Chili et d’Argentine, soutient la défense de prisonniers politiques. Tout pour la cause : 15 millions de dollars escroqués — selon les représentants de la banque — pour aider les mouvements révolutionnaires, partout dans le monde. Et il se passe alors une chose incroyable, La First National City Bank accepte une négociation avec Lucio afin de récupérer les plaques des faux travellers chèques et en faire cesser la fabrication. Le deal est accepté, les poursuites sont abandonnées et Lucio va même récupérer une somme d’argent dans la transaction.
« Je ne suis pas contre la richesse, [dit-il,] mais contre la manière dont elle est utilisée. »
Mais l’important, c’est l’action directe par le peuple et, bien sûr, le travail. « Pour moi, l’anarchie et la vie sont synonymes de travail et de création. »
La création de l’espace Louise Michel de la rue des Cascades poursuit donc la démarche de Lucio, le rebelle et le travailleur.
Rediffusion du 16 mai 2008.
Dévoration de Louis Mandler.
Homeless Story et Conquête du désastre de FP Mény
Dévoration. Introspection de l’imaginaire dans un monde décalé ou plutôt détourné. Un long dialogue avec soi-même et l’autre — l’être ordinaire. Le héros ? L’auteur ? On ne sait plus, car l’autre, c’est aussi nous… Peut-être… Cet autre, victime rebelle et consentante d’une société du spectacle et de la consommation à tout prix ! Dévoration. Un long dialogue dans l’intime d’une vision fragmentée.
Difficile de dire en peu de mots, de présenter en quelques mots le texte de Louis Mandler. Texte critique d’une société en dégénérescence « où l’illusion du vide et de l’épanouissement est un levier puissant, lorsque la lâcheté est aux portes comme une horde de pillards avides. »
Recherche de réponses à des questions universelles et réflexion critique en roue libre : « Et près des cyniques vieillissants croissent les jeunes envieux, hier encore révoltés, agonisant la grosse poire blette qu’ils s’apprêtent à sucer aujourd’hui comme une pyrale posant au papillon qu’ils ne deviendront jamais, sinon aux yeux des mâles et des femelles très nombreux qu’impressionnent ces décolletés de diplômes, ces CV en moule-bites, ces titres élevés en perruques in-folio, ces testicules de colloques gros comme des cerveaux, ces cœurs dégorgés comme des escargots de vernissage. »
L’être humain « aura été si souvent modifié, modelé, étiré, alourdi, retourné, pétri, qu’à la fin nul ne peut se prévaloir d’une quelconque sagesse, aucun propos ne sera davantage que l’éclairage d’un passé aux formes […] complexes ».
Dévoration de Louis Mandler. On entre dans un labyrinthe dont on ne sort pas indemne. « Il n’y a pas d’espoir, il n’y a que l’erreur » dans une pérégrination aux tréfonds de l’être et une approche lucide du monde d’hier et aujourd’hui.
C’est le sujet des Chroniques rebelles où nous parlerons aussi de deux autres textes, Homeless Story et Conquête du désastre, d’un auteur de la galère, FP Mény. Autre forme de critique d’une société qui n’est plus à l’échelle humaine. C’est la galère à la fois créative et glauque… La rébellion… La route… La mort…
CP
Dévoration (extrait) :
Frapper au cœur. Il est impossible qu’il ne se passe rien, que les êtres humains du monde entier continuent à souffrir, à mourir sans avoir — véritablement — vécu. Mon désir d’enfant n’a pas été dissout par la « maturité » de l’administré, du salarié, du paternel gestionnaire de famille, du mutilé que sont visiblement devenus, tordus atrocement, les enfants ayant atteint l’âge adulte.
Je me souviens des montagnes où je marchais seul à mi-pente, entre des mamelons crevés de projectiles enterrés et couverts de verdure, les écueils nus dressant leurs hautes fissures comme des menaces au-dessus des rocs fendus, éclatés, dépareillés, énormes ; de l’autre côté d’une vallée rocailleuse, un repli profond à l’herbe rase, lumineuse, au fond duquel un ruisseau glougloutait dans son lit courbe de cailloux, provenant de sommets gris hérissés d’aiguilles vierges. Une cabane était greffée à la paroi lisse et blanche d’une falaise. Des vivres et de l’eau accumulés pour un hiver qu’aucune fonte ne dévasterait, je vivrais seul dans un silence fendu par les craquements des avalanches, surprenant sans lever les yeux les larges spectres blancs des éclairs dont les décharges aveuglent et détruisent comme une amie étrangère à toute vie sociale, crépitant de lames et de pitons, vous embrasse, sauvagement émue. Le vallon de la Saume apparaît, large, rassurant, strié d’éboulis fulgurants drainés la nuit par les tempêtes accrochées aux cimes qui enveloppent le col des Esbéliousses, arène d’éclairs où personne ne songerait à passer une nuit d’orage. Sur la pente de la Pierre éclatée, je vivrais comme un ours sans besoin, solitaire, en tête à tête permanent avec le ciel, le regard jamais borné, chaque aurore m’éveillant sur les crêtes immuables du Cimet et du Trou de l’aigle, participant par ma seule présence au déchaînement de la foudre dans le cirque de la Grande Cayolle.
Homeless Story (extraits)
Le fait de vieillir sans avoir jamais rien fait pourrait s’apparenter à une sorte d’exploit personnel, mais pour notre génération vissée au No Futur et sustentée au RMI, ce n’est que la pierre angulaire, une marque de fabrique qu’on est pas près de revoir. […]
Au bout du compte, pas de quoi crier venez voir. Le problème de vivre au jour le jour, c’est que quand tu regardes derrière, y’a rien, et un jour ou l’autre, tu finis bien par te retourner, alors là, c’est la claque et de deux choses l’une, ou bien tu réagis en espérant qu’il soit pas trop tard ou bien tu te défiles avec plein de connards qui t’amènent l’addition alors que t’as rien demandé et que t’es plutôt habitué à te barrer sans payer. […]
Dire qu’on peut se fier à notre entourage pour en quelque sorte savoir où on habite, et je te dis pas le travail. La marginalité, c’est possible jusqu’au bout, mais moi, je suis trop animé de forces contradictoires, ou bien comme fait Damien, mieux vaut tard que jamais, tracer la route dix ans plus tard en camion, de toute façon il y aura toujours de la place à travers le monde quand chez nous on n’y verra plus clair, ça changera pas mais moi je refuse maintenant de faire les choses à perte. Le truc, c’est qu’à force de se la jouer ultra-individualiste, on y a laissé des plumes, on fait rien sans personne et aujourd’hui le problème, c’est que les amitiés qui te portent vers d’autres horizons, elles viennent de loin. Demain, je mets le réveille-matin et je remonte le temps.
Dévoration de Louis Mandler. C’est l’histoire d’un regard effaré. Ce pourrait être une nouvelle Histoire de l’œil, une nouvelle Bataille de la rétine avec le réel. C’est l’histoire d’un regard promené le long de tous les chemins. Il est omniscient, omnivisionnaire et dévore sur son passage, engloutit, un monde toujours déjà épuisé. C’est un regard qui ne s’arrête ni dans l’espace, ni dans le temps, refuse la sédentarité, l’autochtonie. Il est de tous les lieux ouverts, surtout les plus détraqués. Les ronces et le lierre côtoient la taule et les déchets : la nature reprend ses droits avec le langage qui, si pauvre de mots soit-il composé, nous semble assez affûté, aiguisé pour procéder à la dévoration de ce qui l’entoure : une viande taillée pour un monde de rats.
Dévoration , récit poétique de Louis Mandler, où la poésie s’invite dans le récit, où le récit accueille la poésie, où leurs vestons et leurs noms enchaînés l’un dans l’autre nourris dans le sérail en connaissent les détours. C’est le récit, le récit de Louis Mandler, le récit d’une déconstruction patiente, d’une décomposition brique après brique, liquéfaction après liquéfaction, qui ne laisse aucune strate de signification dans un quelconque répit.
Dévoration , c’est le récit d’une reptation, d’un long et patient serpent qui tranquillement touche à tout ce que l’on croyait unique, certain, circulaire, symbolique. De Noël en anniversaire, le réel est las comme la chair et nous avons certainement lu tous les livres en lisant celui de Louis Mandler. Il m’aura tué dix fois. Les valeurs n’y sont plus une évidence, le lecteur même se surprend à refuser d’y croire. Comme si les souvenirs, l’enfance, ça t’a une de ces gueules, la prose elle-même s’était noyée dans son propre jus, surprise par l’immensité de sa fiction, en miroir.
Quel est le sens qu’emprunte Louis Mandler ? Aucun, je vous le dis aucun, sinon tous, je vous le répète, tous. Le temps s’y déploie à travers ce même et éternel regard : la mort de l’homme est dite dans le prisme de cette vue paisible et transparente qui ne laisse, je vous le redis, qui ne laisse, je vous le redis, rien au hasard, rien au désir, tout à la peur, et au laisser faire poétique. La totalité du système est détraquée dans la conscience de celui qui écrit : tout est douleur, capitale. L’Histoire a fini d’avoir un sens, nous le savions, mais de là à ce que les événements, les mots et les choses deviennent un musée coupé de toute quiétude et pourtant ouvert À tout, avec cette différAnce, cette diff-errance, cet écart, cette co-errance, errance en commun.
« Il n’y a plus rien », braillait Léo Ferré, Louis Mandler va vous le redire encore. Si si, approchez vous un peu, ne prenez pas cet air « matter of fact » de carte postale, de celui qui fait mine d’être surpris, laissez vous agrippé, dévoré, avec du sel de port industriel. Il faut regarder, outrepasser sa propre vision si l’on veut absolument que la vérité soit dans un livre. Ca avance, je sens que ça vient, ce qui vient en moi, c’est ce qui vient à la vue du narrateur de Dévoration , le rapace qui bouffe le sens, le carnage du réel, c’est bien l’Emile Zola du XXIIIème siècle, non ? Quand la Tour Eiffel n’aura plus les quatre fers plantés dans l’exposition universelle. Louis Mandler voit tout ça. Tu veux, mon enfant, ma sœur, songer à la stupeur, à ce qui te dissemble, dévorer et mourir, dévorer à loisir. Là tout n’est que viande grillée, os, larmes et pneux crevés. Tu veux voir ça avec lui, tu veux, ou tu veux pas ?
Louis Mandler c’est fantastique, on ne peut pas l’expliquer par les mots. Parce qu’il y a 36 milliards de trucs qui sont organisés selon une certaine illogique informelle et destructurée de poétique insensée. Et bien, c’est une sorte d’engluement de la vision dans le logos, dans les plantes, dans les listes, les Grands Hommes de mon cul et viens là que je t’arrache ton mythe d’Œdipe à docteur Freud histoire de te séparer de tes certitudes.
Tu as peur, hein ? Ne rigole pas de froid, tu as peur et c’est tout. Toi, tu voulais reconstituer tranquillement dans tes universités le fonctionnement de l’objet poétique et Louis Mandler, mais mon petit gars, avec un prénom pareil on peut bien se permettre d’être le Roi Soleil noir de la littérature, Louis, The « black dark king of litterature ». Oui, Louis Mandler est noir, si tu veux, ou albinos si ça te fait plaisir, mais là, quand tu découpes au cutter les pages de Dévoration , ce récit-là mon vieux, ça te fait comme si le cutter on te le passait sur l’échine. Il n’y a pas d’innocence des choses chez Louis le Soleil noir, c’est un peu, « je veux tout tout de suite », mais « doucement pas trop vite, sachez me dévorer er er hen hen, mon carnassier, me cadavériser » mais pas dans la candeur d’un spleen qui secoue sa levrette dans le gazon. C’est bien plus cachotier que ça, c’est le cachot Louis Mandler, ouvert sur un désert de mélancolie. Bien sûr que ça avait déjà commencé avec Mallarmé et qui tu voudras, mais il faut bien encore et toujours accepter que les auteurs se mettent à mort, à nu, à hue et à dia pour la puissance linguistique des signes, sinon ça sert à quoi ? À enculer des mouches ? Elle est où la signification à la fin ?! C’est la disparition, l’absence de tout, l’écriture qui s’excèderait elle-même et sortirait de l’écriture, elle, où ?
À la fin tu survis, dévoré par un agent, Monsieur l’agent, un agent subversif, corrosif, qui opère un travail de déplacement avec son regard et sa langue sur ton corps parfait, une narratologie révolutionnaire, une remise à niveau minutieuse des compteurs sémantiques, un refroidissement soudain de la température écrite, une critique sociale au-delà de ta tronche, qui devient révolutionnaire justement je me répète parce qu’elle se fait contre le langage lui-même et en l’utilisant, espèce de profiteur ! Il faut encore se contenter du maximum poétique autorisé par personne. Oui, Monsieur l’agent acide, basique, protéiforme, de toute façon avec Louis Mandler tu traverses en dehors des clous et c’est comme ça que tu sais que t’es anarchiste. Pas vrai, Monsieur Brassens ?
À la fin, quand tu lis, « Louis Black King of a beautiful nightmare », tu es dans une utopie de la littérature qui a perdu la boussole du rêve, une nostalgie mortelle qui s’est séparé – à Venise oui, à Venise peut-être si tu veux, la ville de toutes les séparations – qui s’est séparée de la notion même de passé, un désespoir profondément oublieux, un continuum dans la jungle abyssale d’une zone de droit ultimemement hantée par la folie de sa propre disparition. A la fin, tu te souviens juste de ton être. C’eût pu être bon, mais cuit, très cuit, genre semelle de godasse, tu vois ? Indévorable langue de bœuf qui roule sur mon corps littérairement vu. La langue se rue sur la carne, la barbaque. Barback Obama se dévore la tronche sur fauteuil doré. Aux alentours de ce livre, je ne vois rien qui vaille, qui veille, qui vive ou qui me plaise encore que cette poésie-là. Longtemps j’ai imaginé le regard de Louis Mandler, comme si j’allais être effrayé, moi aussi, par ce qu’il a de dévorant.
Je me demande si moi aussi, un jour, je pourrais devenir un monstre et dévorer ; me transformer en ce que j’exécrais lorsque j’étais enfant. Quand je revois passer dans ma tête les bibelots, la surprise de voir le corps nu de ma mère sous la douche, la collection de santons de grand-père, des nuits à crapoter des royale menthol légères avec un copain, mon premier téléphone portable, les bornes kilométriques qui défilent loin loin vite vite sur la route, des soirées d’hôtel à ne rien faire, je me dis que je ne pouvais pas devenir ce monstre-là, que je l’ignorais de toutes façons.
À mon insu peut-être je suis un peu comme vous, le buste légèrement penché en avant, le sourire de circonstance, l’amour des beaux paysages quand il faut le dire. Mais au fond, j’en aurai quand même bien profité, je m’en serai mis plein la glotte, comme tout le monde, j’aurai bien éjaculé dans ma soupe. Est-ce que j’aurai honte d’être devenu ce que je deviendrai, regard perdu dans le rétroviseur et pied à fond sur la pédale du profit. Allez, ne faites pas les timides, ne coincez pas votre bouche dans les fossettes, vous aussi vous avez pensé à vous en foutre jusque là, ne dites pas que vous n’êtes que d’art et de beauté épris, vous buvez, vous fumez, vous puez et vous avez les ongles noirs, ça ce n’est rien, ça fait rien, ce n’est pas grave. Mais surtout vous avez mordu, vous avez haï au moins une fois, vous avez croqué, avalé à gorge pleine. Je ne parle pas de vice, de vertu, je parle de cette sainte horreur de l’autre que nous avons à un moment tous en nous, dont nous repentir serait mièvre. Je parle de cette métamorphose toujours accomplie, le petit Kafka au fond du ventre, qui gargouille : rien de méchant, simplement immonde, hors du monde et pourtant se servant de lui.
Je vous dirai, je vous promets que je vous dirai, au creux d’une herbe folle, à côté des serpents, des Rois, des Noirs, et des Albinos, je vous dirai oui dans la folie du jour, le mot qui me restera lorsque le verbe malin aura tiré sa révérence : Dévoration .
Nicolas Mourer
Memorias Rojas y Negras
Christiane Courvoisier Chante et dit les
Mémoires en Rouge et noir. Espagne 1936/1939
Textes magnifiques et terribles… L’accordéon de Michel Glasko…
À écouter :
http://chansonrebelle.com/parutions-cd-/-livres/christiane-couvoisier-memorias-rojas-y-negras.html
[1] http://www.srilankademocracy.org/