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LE MONDE LIBERTAIRE N° 1796 Juin 2018


CQFD n°166 Juin 2018


Au fond, ce que Collomb a dans le collimateur, c’est la dynamique du fameux cortège de tête. Son indépendance et sa complicité avec les jeunes énervés. Mais aussi la sympathie croissante qu’il éveille parmi ceux et celles qui, révoltés par l’injustice radicale du système, savent que de nouvelles formes de résistance sont à inventer.

Prendre la rue, occuper l’espace sans demander la permission, c’est le dernier privilège des sans-privilèges. C’est la troupe spontanée des lycéens bloqueurs qui sillonne le centre-ville et apporte son énergie au mouvement social. C’est la manif sauvage qui veut faire durer la fête. C’est l’occupation et /ou transformation d’un territoire en danger comme Notre-Dame-des-Landes ou Bure. Ce sont, aussi, des tentatives plus ou moins encadrées de dépassement, type Nuit debout, Fête à Macron ou Marées populaires.

Quand la foule se referme sur quelqu’un qui court pour échapper aux matraques, c’est qu’elle s’est reconnue un ennemi commun. Ça s’appelle la solidarité. Une sorte d’« esprit de corps » diamétralement opposé à celui des possédants, qui lui se referme comme une huître pour protéger de bien tristes intérêts.



Des spectres hantent l’Europe de Maria Kourkouta et Niki Giannari (sortie nationale le 16 mai)



Reprise d’Hervé Leroux. (Sortie nationale en copie restaurée : 30 mai 2018.)

10 juin 1968, des étudiants en cinéma filment la reprise du travail aux Usines Wonder de Saint Ouen. Une jeune ouvrière en larmes crie, dit qu’elle ne rentrera pas. 1997 : le réalisateur Hervé Le Roux part à la recherche de cette femme en rencontrant d’anciens ouvrier.es, militant.es et syndicalistes, en leur donnant la parole. Cette enquête cinématographique va dévoiler un pan d’histoire enfoui.





3 Visages de Jafar Panahi (6 juin 2018)



Una questione privata (une affaire privée) de Paolo et Vittorio Taviani (6 juin 2018)



Sicilian Ghost Story de Fabio Grassadonia et Antonio Piazza (13 juin 2018)



Jerico « L’envol infini des jours » de Catalina Mesa (13 juin 2018)



Have a Nice Day de Liu Jian (20 juin 2018)



Un couteau dans le cœur de Yann Gonzalez (27 juin 2018)



Le Dossier Mona Lina de Eran Riklis (4 juillet 2018)



La Ballade de Narayama de Shohei Imamaura (11 juillet 2018)



Mon Tissu préféré de Gaya Jiji (18 juillet 2018)




Journal d’un curé de campagne de Robert Bresson (4 juillet 2018, copie restaurée)

Les Dames du Bois de Boulogne de Robert Bresson (1er août 2018, copie restaurée)



Le Poirier sauvage de Nuri Bilge Ceylan (8 août 2018)







Samedi 4 août 2018


Young Lords. Histoire des Blacks Panthers latinos (1969-1976). Inspiré.es par les Blacks Panthers, les Young Lords n’ont pas eu la même reconnaissance historique et l’un des intérêts de l’ouvrage de Claire Richard est de faire connaître ce mouvement et son importance auprès de la communauté portoricaine de l’est des États-Unis. Si la période d’activisme des Young Lords fut courte — 1969-1976 —, elle n’en fut pas moins intense dans le contexte effervescent des mouvements sociaux et politiques de l’époque. Un autre intérêt de l’ouvrage est dans la démarche de l’auteure, essentielle pour le rythme des témoignages dans la réalisation d’un « récit polyphonique ». Ainsi, choisir de donner la parole aux Young Lords fait entrer de plain-pied le lecteur et la lectrice dans la réalité du mouvement sans en gommer le caractère subversif, les objectifs, les tensions internes et même les contradictions inhérentes au groupe. Donc il n’est pas question ici de héros ou d’héroïnes, encore moins d’une quelconque « icônisation », il s’agit d’actions et d’expériences qui portent à la réflexion et inspirent pratiques, alternatives et luttes sociales.

« De 1969 à 1976, l’épopée des Young Lords de New York va provoquer un vrai mouvement sur toute la côte est, et créer une prise de conscience chez ces populations abandonnées. Tout est à faire : santé, éducation, organisation, et des comités de lutte pour toutes les tâches militantes. Comme les Black Panthers, [ce sont] d’abord les enfants : cantines, vêtements, soins… Mais très vite, les besoins se multiplient, il faut aussi éduquer les militants [et les militantes], les gens isolés, créer un journal de liaison, trouver de l’argent. »

Quilombos. Communautés d’esclaves insoumis au Brésil
de Flavio dos Santos Gomes
Traduction Georges da Costa (l’échappée)

En compagnie de Nicolas Mourer, deux textes (collectif, puis un texte d’Alain Thévenet) extraits de la revue anarchiste Réfractions, le numéro 38, qui a pour titre : « Tu vois le travail ? »

Ceci pour signaler le numéro 40 de Réfractions qui s’intitule « A comme Résistances ».

Le Poirier Sauvage de Nuri Bilge Ceylan (8 août)


Après Il était une fois en Anatolie et Winter Sleep, Nuri Bilge Ceylan réitère un tour de force créatif en nous contant l’histoire d’un jeune homme, Sinan, passionné de littérature, qui, à la fin de ses études, décide de publier son premier roman. Il revient dans sa ville natale où il pense trouver de l’aide, mais tout dérape, son père est un joueur invétéré, sa mère est résignée, sa sœur regarde des séries à la télé, il se bat avec un ami à cause des déboires amoureux de celui-ci… Quant à l’aide pour la publication, c’est un fiasco, le maire et l’entrepreneur du coin lui conseillent de publier à compte d’auteur et, de surcroît, il échoue à son examen pour trouver un éventuel poste d’enseignant.



Samedi 11 août 2018

Le Cinéma des surréalistes Alain Joubert

Images de Pierre-André Sauvageot
(édité par les Editions Maurice
Nadeau avec le soutien de la Cinémathèque de Toulouse)

S’il n’y a pas à proprement parler de cinéma surréaliste, comme le rappelle Alain Joubert dans sa « bande-annonce », il y a un cinéma des surréalistes.

C’est ce que l’on découvre grâce à ce très beau livre, Le Cinéma des surréalistes. Un point que souligne l’auteur est qu’« il n’existe pas de forme surréaliste de référence en matière de création, quelle qu’en soit la nature, cinéma compris. Le surréalisme n’étant pas une esthétique, il traverse toutes les formes et c’est l’état d’esprit de celui, ou de ceux qui s’expriment qui crée la différence ».

Sous le titre Ultra Rêve, trois films sur les écrans le 15 août :


After School Knife Fight de Caroline Poggi et Jonathan Vinel.


Les Îles de Yann Gonzalez — auteur également d’Un couteau dans le cœur, sorti fin juin, dans lequel Bertrand Mandico tient le rôle de chef opérateur.


Ultra Pulpe de Bertrand Mandico . Fin de tournage d’un film de science-fiction, fin d’une relation amoureuse. Bertrand Mandico décrit son film comme un essai, onirique et presque exclusivement féminin, en couleur, mais toujours en pellicule.



Samedi 18 août 2018

Le Scandale de Strasbourg
Mis à nu par ses célibataires, même

André Bertrand et André Schneider (L’insomniaque)

En compagnie des auteurs, Thierry Vandennieu et Yves Giry

De nombreux livres sont publiés sur Mai 1968, diverses interprétations, imaginaires et autres, d’un roman national récupéré, autant dire une « façon de gommer les contenus subversifs nouveaux portés par la révolte étudiante » et de nier son désir de « s’affronter au pouvoir d’État ». Dans ce contexte, l’ouvrage d’André Bertrand et d’André Schneider, le Scandale de Strasbourg mis à nu par ses célibataires, même, porte « un regard rétrospectif » sur « un processus auquel on n’avait prêté aucune attention particulière [ :] un prélude à cette fête révolutionnaire ».

Qu’est-ce que le « scandale de Strasbourg  » ?

Lectures par Nicolas Mourer et Yves Giry, notamment les extraits De la misère en milieu étudiant considérée sous ses aspects économique, politique, psychologique, sexuel et notamment intellectuel et de quelques moyens pour y remédier.

Suivi de
Voyage en outre-gauche. Paroles de francs-tireurs des années 68

Lola Miesseroff (Libertalia)

Avec Voyage en outre-gauche, l’auteure propose un journal des impressions, des critiques, des idées, revenant sur la formation politique et le Scandale de Strasbourg, qui a précédé Mai 68 ; le livre est une sorte d’enquête chorale et personnelle, retraçant des itinéraires anonymes, mais très proches, dans un va-et-vient entre passé, présent et… et après ! « La question de la révolution reste d’actualité et […] la lutte de classes est la seule façon d’éviter que la faillite du capitalisme soit la destruction de l’humanité. »



Samedi 25 août 2018


À la lecture de Errico Malatesta. Vie extraordinaire du révolutionnaire redouté de tous les gouvernements et polices du royaume d’Italie, on est tenté de voir dans l’ouvrage de Vittorio Giacopini un travail de journaliste d’investigation allié à un véritable talent de conteur. Dans cette trame de réminiscences croisées, Giacopini choisit une phrase de Malatesta, forcé alors à l’inactivité par la police fasciste, une phrase qui ponctue les péripéties du récit : « On ne va pas là où on veut, comme toujours, mais “là où la route t’emmène” ». Cette phrase est en quelque sorte le fil d’Ariane dans le défilement des événements et l’enchevêtrement entre temps, espace et mémoire de cet homme piégé par la maladie et le fascisme.

La propagande par le le fait ? «  Le grand rêve, c’était une chose ; l’action extrême, quotidienne, la stratégie ou la tactique de la “propagande par le fait”, c’en était une autre. Son appel à l’action illégale, la seule à être juste, pouvait aussi être mal interprété ou trahi, compris autrement, poussé trop loin. » Parce que « ce n’est pas avec la haine qu’on rénove le monde. »

Errico Malatesta. Vie extraordinaire du révolutionnaire redouté de tous les gouvernements et polices du royaume d’Italie : sans doute « la légende [est-elle] plus vraie que l’histoire », sans doute l’approche de Vittorio Giacopini permet-elle de mieux comprendre en revisitant l’expérience d’un compagnon qui déclarait : l’« anarchie veut dire non-violence, non-domination […] Ce qui importe le plus, c’est que le peuple [apprenne] à penser et agir librement. Et c’est à cette œuvre de libération que les anarchistes doivent se consacrer. »

Le travailleur de l’extrême
Äke Anställning (éditions CMDE)

Iggy Pop porte un tablier de marchand de fruits et légumes, Sean Connery prend la pose en slip, un super héros trône sur sa motocrotte, un fan de Picasso vide des poubelles, Plastic Bertrand plane sur des seaux de choucroute…

Autant d’histoires déjantées qui émaillent le quotidien d’un travailleur précaire, racontées avec humour dans une mise en scène surprenante et décalée. À l’heure où le droit du travail se fond dans les manipulations des chantres du néolibéralisme, il faut dire que ces récits sonnent particulièrement juste pour évoquer une réalité absurde, pathétique sinon tragique. Il est des textes qui suscitent l’envie de répondre aux attaques quotidiennes faites au nom du profit : alors pourquoi pas le sabotage ?

Lectures d’extraits par Nicolas Mourer



Samedi 1er septembre 2018

Le sens des limites
Contre l’abstraction capitaliste

Renaud Garcia (l’échappée)

Dans ce nouveau livre intitulé Le sens des limites, conçu comme la poursuite de cette réflexion, l’auteur part de la critique du capitalisme comme « fait social total » qui s’attaque aux structures existentielles premières de l’être humain. En s’appuyant à la fois sur la philosophie, la sociologie et la littérature, Renaud Garcia nous montre comment l’abstraction capitaliste et ses catégories fondamentales que sont la marchandise, le travail, l’argent et la valeur, idolâtrés comme les nouveaux fétiches de la société, a détruit toutes les formes de subsistances vernaculaires.

En réduisant tous les aspects de la vie à la seule sphère économique, le règne de la marchandise remplace notre présence au monde par sa logique abstraite, car c’est sous l’effet de la quantification économique que nous ressentons peu à peu la perte du contact avec le monde.
Ainsi la ville capitaliste est conçue comme une machine à vivre. Elle ne laisse plus de place au corps sensible. Il ne s’agit plus que d’une ville administrée, qui a détruit l’art d’habiter, en niant le caractère sensible de l’humain, le corps y étant simplement ramené à ses dimensions géométriques. De ce fait, il n’est plus possible pour les êtres humains de s’installer dans l’espace et le temps pour habiter le monde et faire l’expérience de l’altérité.


Entretien en compagnie de l’auteur et de Thierry Vandennieu

Histoire des suffragistes radicales
Jill Liddington et Jill Norris (Libertalia)

Un combat méconnu, sinon oublié, d’ouvrières dans le Nord de l’Angleterre.
C’est à découvrir dans la collection Ceux d’en bas [et celles d’en bas] des éditions Libertalia
(Lecture d’extraits par Nicolas Mourer)



Samedi 8 septembre 2018

Interroger l’actualité avec Michel Foucault. Téhéran 1978 / 2015
Essai d’Alain Brossat et Alain Naze (Eterotopia)


Michel Foucault inaugure avec ses « reportages d’idées » sur le soulèvement iranien contre le Shah (1978- 1979) une approche du présent et un mode d’écriture situés au point de rencontre de la philosophie et du journalisme. Il s’y interroge sur ce qui, dans cet événement, fait époque, en tant qu’il signale la fin de l’ère des révolutions et se trouve placé sous le signe énigmatique du soulèvement d’un peuple tout entier contre un pouvoir despotique.

Au cœur de sa réflexion s’identifie une réflexion sur la spiritualité politique qui anime les masses iraniennes – ce mélange inextricable d’inspiration religieuse et d’aspiration à la dignité, l’égalité, la liberté. Ce qui le fascine dans ces événements, c’est la puissance mobilisatrice de la religion (l’Islam dans sa version chiite, ici) non pas au service de l’obscurantisme et de l’asservissement, mais de la lutte pour l’émancipation – comment, avant l’établissement de la théocratie de Khomeiny, la foi religieuse comme le terreau commun de la « volonté de tous » d’un peuple en lutte pour son émancipation.

Ces reportages, dans la mesure même où ils ont suscité à l’époque de leur publication des discussions acharnées et sont encore aujourd’hui susceptibles d’être discutés, dessinent une ligne de force qui conduit à toutes les discussions en litige dans le présent, à propos des relations entre politique et religion, du rôle de l’Islam dans les sociétés modernes, des luttes des peuples contre la violence du pouvoir.

En seconde partie, CINÉMA
Deux films sur les écrans depuis le 5 septembre :

À la recherche de Ingmar Bergman
Film documentaire de Margarethe von Trotta

Sofia

Film de Meryem Benm’Barek



Samedi 15 septembre 2018



Samedi 22 septembre 2018



Samedi 29 septembre 2018



Samedi 6 octobre 2018



Samedi 13 octobre 2018



Samedi 20 octobre 2018



Samedi 27 octobre 2018



Samedi 3 novembre 2018




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