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Juin-août 2016
ÉDITO DU MONDE LIBERTAIRE N° 1780
Le 19 juillet 1936, il y a 80 ans, la révolution sociale en Espagne débutait.
Cette histoire longtemps occultée et encore largement méconnue du grand public est le seul exemple historique du prolétariat réussissant à organiser la production économique sur des bases libertaires, tout en s’opposant au fascisme les armes à la main.

Du concret quoi... des propositions, des réalisations, des réflexions que tous ceux qui ont participé à cette révolution ont légué aux générations suivantes. Car ce n’est pas la nostalgie qui nous a motivé pour faire ce dossier mais c’est l’idée, partagé au sein du comité de rédaction, que connaître le passé permet de vivre le présent et préparer le futur.


CQFD n°143

JUIN 2016

Au sommaire du n°144 : spécial "Blocages partout", rubrique Édito, rubrique Sommaire par l’équipe de CQFD, illustré par Graffitivre, illustré par Quentin Faucompré, illustré par Yves Pagès

En kiosque à partir du vendredi 03 juin 2016. En une : "Le chef des casseurs" de Quentin Faucompré. Un article sera mis en ligne, chaque semaine. Les autres articles seront archivés sur notre site trois mois plus tard.



Eva no duerme (Eva ne dort pas) Film de Pablo Agüero (6 avril)



Dégradé Film de Tarzan et Arab Nasser ( 24 avril)



Bella e Perduta de Pietro Marcello. Un film entre conte et réalité. Un voyage onirique filmé comme un poème dans une Italie perdue. Sortie 1er juin.



Je me tue à le dire

Film de Xavier Seron (6 juillet 2016)



Lea

Film de Marco Tullio Giordana (13 juillet 2016)

Une femme seule contre la mafia calabraise.

Un film bouleversant dans la suite des Cent pas (I cento passi).







Samedi 2 juillet 2016

CINÉMA : CET ÉTÉ QUOI DE NOUVEAU ?

Je me tue à le dire

Film de Xavier Seron (6 juillet 2016)

On essaye bien ses pompes avant de les acheter, alors pourquoi pas son cercueil ? Dès le premier plan, on est dans le sujet du film : la mort. «  Il paraît qu’au moment de mourir, on revoit le film de sa vie. C’est chiant. » Mais je me tue à le dire de Xavier Seron est tout sauf chiant, iconoclaste plutôt dans sa fureur imaginative surprenante.

Michel Peneud (j’vous laisse deviner les blagues dans la cour de l’école !) est un brave mec un peu paumé, pris entre Monique, sa mère, dont le cancer du sein la pousse à vivre, aimer ses chats et boire du mousseux, et Aurélie, sa compagne qui hurle par la fenêtre que c’est un bon baiseur. Et voilà que Michel, hypocondriaque permanent, développe une tumeur au sein… « Tout ça, c’est la faute de ma mère. En me donnant la vie, elle m’a donné la mort. »

Entre la mère qui adore son fils et ses chats, les situation ubuesques et les images religieuses détournées, on est servi ! Et dieu dans tout ça ? En images revues et corrigées par Michel-Minou ? Alors les saints n’en parlons pas, y’en a même qui donnent la gougoute à un chat, comme dans la chanson de Brassens.

Sur les écrans le 6 juillet et Xavier Seron dans les chroniques le 2 juillet.

Lea

Film de Marco Tullio Giordana

Lea vit dans un village de Calabre sous la coupe de la mafia. D’une forte personnalité, elle se conforme cependant aux règles du clan jusqu’au jour où elle se révolte pour protéger sa fille de la violence. Mais la rupture pour gagner son indépendance en bravant les lois de la mafia sont une fuite incessante et dangereuse.

Le film s’inspire du combat de Lea Garofalo qui fut victime du système mafieux de . Marco Tullio Giordana filme ici en quelque sorte la suite des Cent pas, autre film réquisitoire sur les agissements de la mafia.Les deux films ont été écrits en collaboration avec la même scénariste, Monica Zappelli.

Sur les écrans le 13 juillet.

Mimosas

la voie de l’Atlas

Oliver Laxe

Des paysages à couper le souffle, une langue qui accompagne la l’âpre beauté de l’Atlas mythique. Un film qui oscille entre la quête d’une légende et la réalité rude et sauvage. Mimosas est un film rare où transparaît l’essence de la terre marocaine.

Une caravane tente de se frayer un chemin à travers le Haut Atlas. La voie est périlleuse et la quête difficile d’un vieux Cheikh pour sa dernière demeure, qu’il veut près es siens. Mais lors d’une halte dans la montagne, il meurt et les caravaniers rebroussent chemin, seuls deux hommes, qui paraissent peu recommandables, se proposent de ramener le corps à la ville du vieil homme …

Sur les écrans le 24 août.

Train to Busan

Yeon Sang-ho

Dans la tradition catastrophe, le film aborde plusieurs genre dans un rythme
étonnant, celui des zombies, celui de la destruction de la planète, social aussi par une galerie de portraits qui rend compte de de la société sud coréenne. Étonnant.

Sur les écrans en août



SAMEDI 2 JUILLET À 16H30

14 RUE DE TLEMCEN 75020 PARIS (M° Père Lachaise)

Projection de Federica Montseny l’indomptable

Documentaire réalisé par Jean-Michel Rodrigo avec à la caméra et au montage Marina Paugam

Elle est l’une des quatre ministres anarchistes qui participent au gouvernement de Largo Caballero en novembre 1936. Elle est nommée ministre de la Santé et prend une série de mesures révolutionnaires : libéralisation de l’avortement, soutien aux prostituées, création de lieux d’accueil pour les enfants et les personnes âgées, des centres de formation pour les femmes…



Samedi 9 juillet 2016

Le Syndrome du bien-être

Carl Cederström et André Spicer (L’échappée)

Le syndrome du bien-être, c’est quoi ?

Carl Cederström et André Spicer montrent dans ce livre comment la recherche du bien-être optimal, loin de produire des soi-disant effets bénéfiques, provoque au contraire un sentiment de mal-être et participe du repli sur soi.

De multiples cas symptomatiques sont analysés comme ceux des fanatiques de la santé en quête du régime alimentaire idéal, des employés qui débutent leur journée par un footing ou par une séance de fitness, des adeptes du quantified self qui mesurent – gadgets et applications à l’appui – chacun de leurs faits et gestes, y compris les plus intimes…

Un monde stressant et obligé où la bonne santé devient un impératif moral, le désir de transformation de soi remplace la volonté de changement social, la culpabilisation des récalcitrants est un des grands axes des politiques publiques et la pensée positive empêche tout véritable discours critique d’exister.

Présentation des auteurs à la librairie Quilombo.

Et

Celles de 14. La situation de femmes au temps de la grande boucherie Hélène Hernandez (Les éditions libertaires)

Durant la Première Guerre mondiale — la grande boucherie —, le quotidien de la vie des femmes a été bouleversé. Il est rarement question de l’histoire "enfouie" de ces oubliées. Par bribes, dans certains films, grâce à des témoignages, on apprend leurs luttes — elles sont les seules à faire grève —, leur engagement antimilitariste — les tracts distribués de la main à la main —, leur présence dans les usines — elles remplacent les hommes qui sont au front.

Comment vivent-elles la réalité sociale et économique en temps de guerre : les privations, la perte de leurs proches, les responsabilités nouvelles, une autonomie nouvelle peut-être, mais à quel prix ? Quel est leur rôle dans les mouvements politique, féministe, pacifiste ? Si ces années ont semblé représenter une avancée vers l’émancipation des femmes, qu’en est-il réellement ? La loi de 1920 va les remettre sans ambiguité à leur place… Au foyer pour faire des gosses !


Samedi 16 juillet 2016

Refu(s)ge

Marina Damestoy et la Cie La Boîte blanche

Refu(s)ge est un projet théâtral en forme de scénario issu du triptyque A M O (trois figures de la résistance des femmes : Antigone, Médée, Ophélie).

Les séquences rythmées transposent l’Antigone de Sophocle dans l’actualité politique concernant les migrants. Safia est Antigone et décide d’agir en faveur des « sans-papiers » en bravant les règles de l’État et ses lois. Désobéissance civile jusqu’où…

Une pièce radiophonique sur Radio Libertaire.


Samedi 23 juillet 2016

Franchir la mer Récit d’une traversée de la Méditerranée avec des réfugiés syriens Wolfgang Bauer (LUX)

Wolfgang Bauer est le premier journaliste à s’être infiltré dans un groupe de réfugiés afin de témoigner directement de l’épreuve inimaginable que constituent la traversée de la Méditerranée et l’entrée en Europe. Avec des Syriens qui tentaient de traverser d’Égypte en Italie, il a vu et subi la cruauté des passeurs, l’absurde et l’aléatoire, la violence des représentants de l’ordre, la proximité de la mort.

Un périple difficile, vécu et regardé de l’intérieur, raconté dans un style direct, simple, sans dramatisation ou effet spectaculaire. On est sur le bateau sur lequel sont embarqués le journaliste, son photographe et les réfugiés qui est intercepté avant d’arriver en Europe. Tout le monde est arrêté, Bauer est séparé des réfugiés, mais il s’assure avant que ceux-ci pourront le contacter pour les aider. Quelques semaines plus tard, certains font appel à lui pour passer d’Italie en Allemagne, mais il est du coup arrêté et accusé d’être un passeur.

Toutes les difficultés, toutes les incohérences des systèmes mis en place aux frontières sont ici soulignées et prouvent encore une fois que les droits humains sont arbitraires.


Samedi 30 juillet 2016

Les Dyschroniques du passager clandestin

Il y a des décennies ils/elles imaginaient l’avenir…

Audience captive

d’Ann Warren Griffith

En 1953, Anne Warren Griffith imagine le ciblage publicitaire comportemental…

Qu’il fait bon vivre dans l’Amérique des époux Bascom. Maman est à sa place, dans sa belle cuisine, aidée dans ses tâches par des messages publicitaires qui lui disent quand et avec quoi remplir son frigo.

Il y a les deux magnifiques enfants de la maisonnée, totalement accros aux jingles délivrés par leur boîte de céréales préférées.

Et puis il y a Papa, qui travaille avec tant de fierté pour la Société de Ventriloquie Universelle des Etats-Unis, fleuron de l’Amérique, pourvoyeuse de bonheur et chien de garde du devoir constitutionnel à consommer ; Papa qui déborde d’imagination pour faire acheter ses concitoyens. Et personne ne peut échapper à cette fièvre acheteuse institutionnalisée.

Il n’y a que la grand-mère, qui sort de prison et refuse de suivre la lobotomisation familiale…

Faute de temps

de John Brunner

En 1963, John Brunner imagine un monde hanté par le ressentiment des générations futures…
Une nuit, Max Harrow est arraché brutalement à un cauchemar par la sonnerie de la porte d’entrée. Un agent de police vient de secourir dans la rue un homme inconscient, à la maigreur effroyable...

Cette longue nouvelle porte la trace de la terreur qu’inspira le nucléaire dans le monde de la Guerre Froide. Mais son originalité – qui justifie pleinement son entrée dans la collection Dyschroniques – repose moins sur l’expression de cette peur présente que sur la conviction du risque écrasant que fait peser cette menace sur le futur de l’humanité. Un exemple efficace et glaçant de recours à l’un des thèmes fondateurs de la science fiction, celui du voyage temporel.

La Montagne sans nom

de Robert Sheckley

En 1955, Robert Sheckley imagine le dernier des grands projets inutiles.

« Plusieurs milliers d’hommes et de machines étaient déjà sur la planète et au commandement de Morrison, ils se disperseraient, supprimeraient les montagnes, raboteraient des plaines, déplaceraient des forêts entières, modifieraient le cours des rivières, fondraient les calottes glaciaires, façonneraient des continents, creuseraient des mers nouvelles, bref, accompliraient tout ce qu’il faudrait pour que le Plan de Travail 35 devienne un centre d’accueil favorable à la civilisation technologique unique et exigeante de l’homo sapiens.  »

Visionnaire Robert Sheckley ? On est en plein dedans !

Et

En 2015, le passager clandestin a proposé d’inventer les Dyschroniques 2051, en lançant un concours d’écriture d’une nouvelle de science-fiction sur les thèmes de la terreur nucléaire, du complexe militaro-industriel, du mensonge d’État, du contrôle politique à partir des Retombées de Jean-Pierre Andrevon.

Et cela a donné :

Pigeon, Canard et Patinette

de Fred Guichen

« Épuisé par les efforts qu’il venait de fournir, Patinette ne tenta même pas de planter sa bêche et la laissa tomber sur la terre qu’il venait de retourner. Le sol était sacrément dur, cette année, plein de caillasse et des racines épaisses qu’on appelait copie-carottes, faute de connaître leur véritable nom. Il suffisait de savoir que, si elles n’étaient pas vénéneuses, leurs fibres coriaces les rendaient impropres à la consommation. Les véritables carottes poussaient un peu plus loin, en rangs bien droits, dans la terre soigneusement travaillée du lopin communautaire. Il fallait cependant rester attentif et ne pas trop en manger lorsque la couleur de leur chair se révélait par trop violacée, indice d’une trop grande richesse en cyanogène... »
(extrait de Pigeon, Canard et Patinette)

Lectures Nicolas Mourer



Samedi 6 août 2016

La paix des ménages. Histoire des violences conjugales XIXe-XXe siècle

Victoria Vanneau (Anamosa)

Après la lecture du livre de Victoria Vanneau, La Paix des ménages. Histoire des violences conjugales XIXe-XXIe siècle, on serait tenté de dire que l’on vient de loin en ce qui concerne les droits des femmes durant les deux derniers siècles. Mais presque immédiatement se posent des questions cruciales par rapport à la mobilisation des femmes aujourd’hui pour défendre leurs droits, sur le backlash régressif amorcé dans les années 1980, de même que sur l’évolution des mentalités qui parfois semblent émerger d’un autre âge… Il est vrai que lorsque que l’on aborde la question des violences conjugales, des pratiques de harcèlement, des habitudes soi-disant « naturelles » de domination masculine, on constate que l’on est loin du compte concernant le respect mutuel ou la reconnaissance de l’égalité des droits… Les traditions sont tenaces et imprègnent, qu’on le veuille ou non, les esprits des femmes et des hommes dès la petite enfance.

Autant dire que la vigilance est essentielle et que la lutte est quotidienne vis-à-vis des tendances machistes qui ne disent pas forcément leur nom. Les chiffres officiels des violences contre les femmes sont effrayants. Aujourd’hui, une femme décède tous les trois jours sous les coups de son actuel ou ex-compagnon, environ 223 000 femmes, entre 18 et 75 ans, subissent des violences physiques et/ou sexuelles. Et seules 14 % des victimes vont jusqu’à déposer une plainte, la plupart se taisant pour protéger les enfants ou par peur des représailles. Selon l’association Osez le féminisme, la volonté politique d’agir contre le phénomène des violences est plus que tiède comparée aux moyens de communication et de prévention mis en œuvre pour inverser la courbe des chiffres des victimes d’accidents de la route.

Dans ce contexte, l’étude de Victoria Vanneau, La paix des ménages. Histoire des violences conjugales XIXe-XXIe siècle, donne des pistes importantes pour comprendre les origines de non droit au féminin, de sa justification, depuis l’esclavage des femmes et leur dépendance pour justifier leur «  incapacité légale  ». On connaît l’argument : « la femme est l’inférieure de l’homme », et cela de « tout temps » et de « toute éternité » ! D’ailleurs, « tout l’édifice marital tient dans l’inégalité des sexes ».

« La femme a une certaine place dans notre société », qu’elle y reste ! Et à ce sujet, les religions viennent à la rescousse : tant le Pape que certains évêques, de même les Frères musulmans et les Salafistes sont finalement d’accord sur le rôle dévolu aux femmes : à savoir procréer en demeurant à la place subalterne qui leur a été assignée par… des hommes. Il faut attendre le 4 juin 1970 pour que la mention « L’épouse doit respect et obéissance à son mari » soit remplacée par « les époux assurent ensemble la direction morale et matérielle de la famille ».

Le recul des droits des femmes dans les sociétés, c’est le recul pour toutes les femmes. Et une société qui ne respecte pas la moitié qui la compose — les femmes — est une société en perdition.

Or, comme le souligne Victoria Vanneau dans son introduction, « la justice, comme toutes les administrations d’État, mène, on le sait, des politiques, ajuste des répertoires d’action, développe des savoir-faire et les met en circulation. »
Donc, dans le cas où le mari, ou bien le compagnon, est autorisé à user de son pouvoir sur la personne de sa femme, il « reste alors à cerner de quel ordre est ce pouvoir.  »

Marthe Richard L’Aventurière des maisons closes Natacha Henry (la librairie Vuibert)

C’est en quelque sorte un roman de gare que l’histoire de Marthe Richard, un récit de vie à surprises et rebondissements, celui d’une femme hors du commun, pour laquelle on a parfois du mal à démêler le vrai du faux, la réalité de l’imaginé, la sincérité de l’opportunisme… Elle est certainement une véritable aventurière dont il n’est guère possible de mettre en doute la détermination.

Marthe Richard a donné son nom à la loi du 13 avril 1946 qui ordonna la fermeture des maisons closes, des lieux où la violence des « clients » était non seulement dissimulée, mais institutionnalisée. À tort ou à raison, elle est considérée comme une pionnière, ayant connu, elle aussi, la prostitution. Et lorsque 70 ans plus tard, une loi est promulguée visant à renforcer la lutte contre le système prostitutionnel, à accompagner les personnes prostituées, à adopter des moyens de lutte contre le proxénétisme et la traite des êtres humains aux fins d’exploitation sexuelle, afin d’assurer leur protection, leur insertion sociale et professionnelle, on pense évidemment à Marthe Richard et à sa déclaration de 1946 :

« Il ne suffit pas de s’indigner, il faut démasquer l’existence des responsables de cette vague d’immoralité qui nous déborde : une mafia, à la fois capitaliste et internationale ; un grand trust dont on ne parle jamais, qui présente tous les caractères d’un commerce, d’un consortium méthodiquement organisé et même syndiqué. […] C’est par l’amélioration des conditions de la vie sociale des femmes que nous pouvons faire régresser la prostitution. […] Aujourd’hui, nous, les femmes, nous votons. Nous sommes des citoyennes, libérées de toute tutelle ; nous avons notre mot à dire, les temps ont changé… Il est de notre devoir et de notre souci de défendre nos semblables. La femme est un être humain et non une marchandise. » D’ailleurs, il n’existe pas de prostitution choisie et épanouie, c’est toujours une décision de survie, quand ce n’est pas une contrainte par un tiers.

« C’était une drôle de bonne femme. Elle a été aviatrice, espionne, une vraie aventurière » dira la tenancière d’une maison close renommée — le Sphinx —, en prétendant que Marthe Richard a été manipulée dans ce combat de la fin de la collaboration et de la Seconde Guerre mondiale. Les maisons closes étaient des lieux de « repos des guerriers » de la Wehrmacht, des magouilles des collabos, mais « contrairement aux insoumises, aux occasionnelles, aux femmes du quotidien tondues à la Libération et exposées en place publique pour avoir fricoté avec les “Boches”, les soumises bénéficient d’une certaine indulgence au sortir de la guerre. Assimiler ce “métier” à une volonté de collaboration ? Impossible, car une activité professionnelle n’est pas un choix politique.  »

Dans son livre, Natacha Henry retrace sans complaisance le parcours de vie de Marthe Richard, sans épargner les zones d’ombre avec le rappel d’un passé trouble et de ses compromissions. Mariée à plusieurs reprises, lucide sur les relations amoureuses et sur la domination patriarcale, Marthe Richard a su « naviguer » dans des périodes difficiles et construire une légende, la sienne dans un monde d’hommes.

C’est aussi, pour Natacha Henry, une autre manière d’aborder les tabous, les blocages, les non dits autour du système prostitutionnel et la mauvaise foi, notamment politique, qu’il génère. 70 ans et l’on se demande si les mentalités ont évolué sur ce que certain.es appellent encore communément « le plus vieux métier du monde ».

Natacha Henry, Victoria Vanneau, deux femmes qui ont des choses à dire. Toutes deux ont l’art de raconter l’histoire pour en comprendre les origines et les trames, toutes deux ont de l’humour et la curiosité de regarder au-delà des vérités dites "premières", bref des auteures qui ne jouent pas les expertes et sont curieuses de comprendre.



Samedi 13 août 2016

Deux livres et un film de Rémy Ricordeau (parus à L’Insomniaque) Denise et Maurice, dresseurs d’épouvantails (1 livre et un DVD)

Denise et Maurice, dresseurs d’épouvantails. Et voilà que sous nos yeux se dressent des personnages sortis de terre et des songes, une communauté étrange de lutins, de djins, de gardiens de la nature et d’une maison paysanne nichée sur la pente d’une colline. Les mannequins s’intègrent au décor comme les personnages d’une comédie bucolique et fantasque, dans une immobilité en mouvement. Les vaches passent pour rejoindre leur pâturage sans prêter attention à tous ces épouvantails qui semblent les surveiller du coin de l’œil, grand ouvert et bordé de longs cils candides.

C’est l’ouverture du film, Denise et Maurice, dresseurs d’épouvantails, réalisé par Rémy Ricordeau, passionné d’art brut, d’art «  instinctif ». Pour Denise et Maurice, il s’agit de récupération créative et d’inventivité à partir de matériaux inattendus et recyclés pour cause d’« embellir la nature ». Autrement dit, c’est un art simple, naturel, spontané, comme jailli d’une imagination à la fois enfantine, vécue, libérée du besoin de reconnaissance et donc sans limites.

Tous ces personnages — et « Y en a du monde ! »— ont une personnalité propre ; les voilà qui sortent aux beaux jours pour fêter le printemps, animent le flanc du coteau, se perchent aussi dans les arbres, et tout ce petit monde se retrouve dans un décor recréé à partir de bouchons, de capsules et autres objets usuels — vive la récup ! —, qui finalement se transforment, se recyclent et s’enjolivent dans une nature simple et rude. Et Denise de constater : « C’est un peu notre famille » cette multitude d’épouvantails, de poupées, de mannequins, d’animaux qui demeurent et même s’entassent dans un hangar, un « musée », enfin dans une sorte de caverne d’Ali Baba où l’on s’attend à les voir s’animer d’un coup pour aller se faire une balade dehors et se planter dans le paysage de l’Aubrac.

Et toujours dans la collection la petite brute de L’Insomniaque
Visionnaires de Taïwan. Art brut, art populaire insolite et visionnaires autodidactes de l’île de Taïwan de Rémy Ricordeau. Un livre issu d’un périple dans l’île de Taïwan, dans un art populaire et visionnaire à la rencontre de découvertes fascinantes. Encore des «  bricoleurs de paradis » qui offrent à qui a le désir de regarder, leur imagination, leur savoir-faire, c’est-à-dire leur « savoir-être ».

En seconde partie des chroniques rebelles :

Faut savoir se contenter de beaucoup

Film de Jean Henri Meunier

Entretien avec Jean Henri Meunier et Jean-Marc Rouillan

C’est l’aventure d’un duo qui commence par des retrouvailles et se prolonge avec des rencontres fortuites ou non, des coups à boire et de la rigolade…

Deux complices à la recherche d’une bagnole pour un périple des émergences subversives, mais attention pas n’importe quelle bagnole : une Cadillac des années 1965 ou 1970 ! En plus, elle doit être noire et décapotable ! On se croirait presque dans une balade de fans du Hot Rod (traduisez Bielle chaude !), un mouvement populaire états-unien né dans les années 1960. Mais, fausse route, c’est une autre histoire…

Après la trilogie najacoise — Ici Najac, à vous la terre, la Vie comme elle va et Y a pire ailleurs, Jean Henri Meunier réalise Faut savoir se contenter de beaucoup, une road movie avec pour interprètes Noël Godin et Jean-Marc Rouillan, où l’on croise entre autres, Miss Ming, Bernardo Sandoval et Sergi Lopez...

Faut savoir se contenter de beaucoup, ça questionne, ça bouscule et ça surprend… « La réalité et la fiction, c’est assez flou… ». Et soudain, en guise de conclusion : « À suivre… » Alors la road movie va se poursuivre ?
Sans doute, il faut bien « Trouver où ça se passe » !



Samedi 20 août 2016

Jean Genet

Traces d’ombres et de lumières

Patrick Schindler (éditions libertaires)

Provocateur, révolté, individualiste, génie… Il y a beaucoup à dire de Jean Genet, beaucoup à lire aussi de ses textes fulgurants qui, en aucun cas, laissent indiférent.e.
«  Tout au long de sa vie littéraire et de militant, il ne fera que renforcer son image provocante, refusant la « novlangue » ou plutôt ce que l’on qualifierait aujourd’hui de "politiquement correct". Pour autant, il n’est pas question de ne pas prendre en compte ou de minimiser certains faits, certaines contradictions ou certaines réalités qui, depuis sa mort, ont déjà été rapportés par de nombreux biographes. il est à parier que Genet lui-même n’aurait sans doute pas songé à les escamoter. »

Genet libertaire ? C’est ce que ce demande Patrick Schindler en déroulant des textes et un itinéraire à rebondissements, aussi douloureux qu’inattendu, en s’attardant sur les traces d’ombres et lumières de celui qui se qualifiait lui-même d’individualiste révolté :

« Les régimes actuels me permettent la révolte individuelle. [...] S’il s’agissait d’une véritable révolution, je ne pourrais peut-être pas être contre. Il y aurait adhésion et l’homme que je suis n’est pas un homme d’adhésion, c’est un homme de révolte ».

Jean Genet, une vie de révoltes et de blessures sublimées…

Le ciel peut s’éveiller, les étoiles fleurir,
Et les fleurs soupirer, et des prés l’herbe noire
Accueillir la rosée où le matin va boire,
Le clocher peut sonner : moi seul je vais mourir.
[…]
Nous n’avions pas fini de nous parler d’amour.
Nous n’avions pas fini de fumer nos gitanes.
On peut se demander pourquoi les Cours condamnent
Un assassin si beau qu’il fait pâlir le jour.

Amour viens sur ma bouche ! Amour ouvre les portes !
Traverse les couloirs, descends, marche léger,
Vole dans l’escalier, plus souple qu’un berger,
Plus soutenu par l’air qu’un vol de feuilles mortes.

Ô traverse les murs ; s’il le faut marche au bord
Des toits, des océans ; couvre-toi de lumière,
Use de la menace, use de la prière,
Mais viens, ô ma frégate une heure avant ma mort.

Avec l’auteur. Lectures par Nicolas Mourer



Samedi 27 août 2016



Samedi 3 septembre 2016



Samedi 10 septembre 2016



Samedi 17 septembre 2016



Samedi 24 septembre 2016


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