Les Dyschroniques du passager clandestin

lundi 1er août 2016
par  CP
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Faute de temps

de John Brunner

Audience captive

d’Ann Warren Griffith

La Montagne sans nom

de Robert Sheckley

Pigeon, Canard et Patinette

de Fred Guichen

Faute de temps

de John Brunner

En 1963, John Brunner imagine un monde hanté par le ressentiment des générations futures…
Une nuit, Max Harrow est arraché brutalement à un cauchemar par la sonnerie de la porte d’entrée. Un agent de police vient de secourir dans la rue un homme inconscient, à la maigreur effroyable...

Cette longue nouvelle porte la trace de la terreur qu’inspira le nucléaire dans le monde de la Guerre Froide. Mais son originalité – qui justifie pleinement son entrée dans la collection Dyschroniques – repose moins sur l’expression de cette peur présente que sur la conviction du risque écrasant que fait peser cette menace sur le futur de l’humanité. Un exemple efficace et glaçant de recours à l’un des thèmes fondateurs de la science fiction, celui du voyage temporel.

Parue pour la première fois en 1963, Some Lapse of time a été traduite en français sous le titre Faute de temps par George W. Barlow pour Le Livre d’Or de la science-fiction, n° 5049, consacré à Brunner, en 1979. Ce texte n’avait jamais été republié en France depuis cette date.

Audience captive

d’Ann Warren Griffith

En 1953, Anne Warren Griffith imagine le ciblage publicitaire comportemental…
Qu’il fait bon vivre dans l’Amérique des époux Bascom. Maman est à sa place, dans sa belle cuisine, aidée dans ses tâches par des messages publicitaires qui lui disent quand et avec quoi remplir son frigo.

Il y a les deux magnifiques enfants de la maisonnée, totalement accros aux jingles délivrés par leur boîte de céréales préférées.

Et puis il y a Papa, qui travaille avec tant de fierté pour la Société de Ventriloquie Universelle des Etats-Unis, fleuron de l’Amérique, pourvoyeuse de bonheur et chien de garde du devoir constitutionnel à consommer ; Papa qui déborde d’imagination pour faire acheter ses concitoyens. Et personne ne peut échapper à cette fièvre acheteuse institutionnalisée.

Personne, sauf Grand-mère, qui sort de prison, une vraie terroriste qui a refusé de se laisser bouffer par la publicité et qui débarque chez les Bascom. Mais est-elle vraiment décidée cette fois à subir le matraquage que son gendre souhaite lui imposer à elle comme à tout le pays ?

Sous des dehors légers, la charge est sans appel. Voilà à quoi pourrait bien ressembler une société livrée toute entière aux appétits et à la imagination sans limite des marques et de leur service marketing. Ciblage comportemental, marketing viral, publicité contextuelle, si le tableau fleure bon les années 1950, la force de sa vision reste intacte !

La Montagne sans nom

de Robert Sheckley

En 1955, Robert Sheckley imagine le dernier des grands projets inutiles.

« Plusieurs milliers d’hommes et de machines étaient déjà sur la planète et au commandement de Morrison, ils se disperseraient, supprimeraient les montagnes, raboteraient des plaines, déplaceraient des forêts entières, modifieraient le cours des rivières, fondraient les calottes glaciaires, façonneraient des continents, creuseraient des mers nouvelles, bref, accompliraient tout ce qu’il faudrait pour que le Plan de Travail 35 devienne un centre d’accueil favorable à la civilisation technologique unique et exigeante de l’homo sapiens.  »

Cette nouvelle visionnaire et pleine d’imagination illustre à merveille l’art de Robert Sheckley. Pourfendeur acerbe de la société étatsunienne et de son American Way of Life, il s’attaque ici à l’arrogance du productivisme capitaliste et de ses serviteurs, et à la soif d’expansion de l’humanité qui ne peut s’étancher qu’au détriment des minorités, des cultures locales et de la nature.« La montagne sans nom » (The Mountain Without a Name) est parue aux États-Unis en 1955 et en France en 1969 dans la revue Fiction, n° 192. Elle a été reprise en 1981 dans le recueil collectif intitulé La montagne sans nom et autre récits sur la nature (Gallimard, Folio Junior), qui comprend aussi des nouvelles de Ray Bradbury, Christian Grenier, Gérard Klein, Robin Scott, Alfred Eton Van Vogt…

Et

En 2015, le passager clandestin a proposé d’inventer les Dyschroniques 2051, en lançant un concours d’écriture d’une nouvelle de science-fiction sur les thèmes de la terreur nucléaire, du complexe militaro-industriel, du mensonge d’État, du contrôle politique à partir des Retombées de Jean-Pierre Andrevon.

Et cela a donné :

Pigeon, Canard et Patinette

de Fred Guichen

« Épuisé par les efforts qu’il venait de fournir, Patinette ne tenta même pas de planter sa bêche et la laissa tomber sur la terre qu’il venait de retourner. Le sol était sacrément dur, cette année, plein de caillasse et des racines épaisses qu’on appelait copie-carottes, faute de connaître leur véritable nom. Il suffisait de savoir que, si elles n’étaient pas vénéneuses, leurs fibres coriaces les rendaient impropres à la consommation. Les véritables carottes poussaient un peu plus loin, en rangs bien droits, dans la terre soigneusement travaillée du lopin communautaire. Il fallait cependant rester attentif et ne pas trop en manger lorsque la couleur de leur chair se révélait par trop violacée, indice d’une trop grande richesse en cyanogène... »
(extrait de Pigeon, Canard et Patinette)

Lectures Nicolas Mourer