Cinéma. Denise et Maurice, dresseurs d’épouvantails de Rémy Ricordeau. Il faut se contenter de beaucoup de Jean Henri Meunier

dimanche 4 septembre 2016
par  CP
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Deux livres et un film de Rémy Ricordeau (parus à L’Insomniaque) Denise et Maurice, dresseurs d’épouvantails (1 livre et un DVD)

Denise et Maurice, dresseurs d’épouvantails. Et voilà que sous nos yeux se dressent des personnages sortis de terre et des songes, une communauté étrange de lutins, de djins, de gardiens de la nature et d’une maison paysanne nichée sur la pente d’une colline. Les mannequins s’intègrent au décor comme les personnages d’une comédie bucolique et fantasque, dans une immobilité en mouvement. Les vaches passent pour rejoindre leur pâturage sans prêter attention à tous ces épouvantails qui semblent les surveiller du coin de l’œil, grand ouvert et bordé de longs cils candides.

C’est l’ouverture du film, Denise et Maurice, dresseurs d’épouvantails, réalisé par Rémy Ricordeau, passionné d’art brut, d’art «  instinctif ». Pour Denise et Maurice, il s’agit de récupération créative et d’inventivité à partir de matériaux inattendus et recyclés pour cause d’« embellir la nature ». Autrement dit, c’est un art simple, naturel, spontané, comme jailli d’une imagination à la fois enfantine, vécue, libérée du besoin de reconnaissance et donc sans limites.

Tous ces personnages — et « Y en a du monde ! »— ont une personnalité propre ; les voilà qui sortent aux beaux jours pour fêter le printemps, animent le flanc du coteau, se perchent aussi dans les arbres, et tout ce petit monde se retrouve dans un décor recréé à partir de bouchons, de capsules et autres objets usuels — vive la récup ! —, qui finalement se transforment, se recyclent et s’enjolivent dans une nature simple et rude. Et Denise de constater : « C’est un peu notre famille » cette multitude d’épouvantails, de poupées, de mannequins, d’animaux qui demeurent et même s’entassent dans un hangar, un « musée », enfin dans une sorte de caverne d’Ali Baba où l’on s’attend à les voir s’animer d’un coup pour aller se faire une balade dehors et se planter dans le paysage de l’Aubrac.

Et toujours dans la collection la petite brute de L’Insomniaque
Visionnaires de Taïwan. Art brut, art populaire insolite et visionnaires autodidactes de l’île de Taïwan de Rémy Ricordeau. Un livre issu d’un périple dans l’île de Taïwan, dans un art populaire et visionnaire à la rencontre de découvertes fascinantes. Encore des «  bricoleurs de paradis » qui offrent à qui a le désir de regarder, leur imagination, leur savoir-faire, c’est-à-dire leur « savoir-être ».

En seconde partie des chroniques rebelles :

Faut savoir se contenter de beaucoup

Film de Jean Henri Meunier

Entretien avec Jean Henri Meunier et Jean-Marc Rouillan

Avec Noël Godin, Jean-Marc Rouillan, Miss Ming, Bernardo Sandoval, Sergi Lopez...

C’est l’aventure d’un duo qui commence par des retrouvailles et se prolonge avec des rencontres fortuites ou non, des coups à boire et de la rigolade…

Deux complices à la recherche d’une bagnole pour un périple des émergences subversives, mais attention pas n’importe quelle bagnole : une Cadillac des années 1965 ou 1970 ! En plus, elle doit être noire et décapotable ! On se croirait presque dans une balade de fans du Hot Rod (traduisez Bielle chaude !), un mouvement populaire états-unien né dans les années 1960. Mais, fausse route, c’est une autre histoire…

Après la trilogie najacoise — Ici Najac, à vous la terre, la Vie comme elle va et Y a pire ailleurs, Jean Henri Meunier réalise Faut savoir se contenter de beaucoup, une road movie avec pour interprètes Noël Godin et Jean-Marc Rouillan, où l’on croise entre autres, Miss Ming, Bernardo Sandoval et Sergi Lopez...

Une aventure menée par deux complices, Noël Gaudin — entartreur émérite de l’Internationale patissière, auteur de l’Anthologie de la subversion carabinée et de Entartrons, entartrons les pompeux cornichons !  —, et Jean-Marc Rouillan — ancien membre d’Action directe, auteur entre autres des Viscères polychromes de la peste brune et de Autopsie du dehors —, une aventure, une quête de révolutions qui s’amorcent, ponctuée de multiples rencontres, de souvenirs et de discussions suivies pas à pas par la caméra de Jean Henri Meunier… Cela donne des moments mémorables et des temps de réflexions sur les luttes aujourd’hui : « Je ne suis pas triste parce qu’ils sont morts, [dit Jean-Marc Rouillan] mais parce que je ne peux pas continuer leur combat. »

Faut savoir se contenter de beaucoup, ça questionne, ça bouscule et ça surprend… « La réalité et la fiction, c’est assez flou… ». Et soudain, en guise de conclusion : « À suivre… » Alors la road movie va se poursuivre ?
Sans doute, il faut bien « Trouver où ça se passe » !