La peur du peuple. Agoraphobie et agoraphilie politiques. Les black blocs. La liberté et l’égalité se manifestent de Francis Dupuy-Déri. Des spectres hantent l’Europe, film de Maria Kourkouta et Niki Giannari

lundi 28 novembre 2016
par  CP
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La peur du peuple

Agoraphobie et agoraphilie politiques.

Les black blocs

La liberté et l’égalité se manifestent de Francis Dupuy-Déri

Deux ouvrages de Francis Dupuy-Déri (LUX)

Entretien mené par Thierry lors du passage à Paris de Francis Dupuis-Déri

Dans La peur du peuple : agoraphobie et agoraphilie politique, Francis Dupuis-Déry propose une réflexion sur la démocratie directe et l’horizontalisme politique. Il y relève les arguments de ses adversaires, mais également les expériences historiques et contemporaines qui s’en inspirent. Selon l’auteur, le concept d’agoraphobie incarne la peur, la haine ou le mépris du peuple alors que le concept d’agoraphilie désigne au contraire l’empathie et la solidarité envers celui-ci. Ce qui n’exclut pas d’interroger la notion imprécise de « peuple » : le peuple mythique, le peuple juridique, le peuple identité, le peuple social ou le peuple politique ?

Dans la dernière partie de l’entretien, Francis Dupuis-Déri évoque la nouvelle édition augmentée de son ouvrage Les black blocs. La liberté et l’égalité se manifestent. Dans cet essai, il décrit la forme d’action collective des black blocks au sein des manifestations, avec notamment leur participation aux « printemps arabes », dans les mouvements sociaux grecs, brésiliens et québécois.

Des spectres hantent l’Europe

Film documentaire de Maria Kourkouta et Niki Giannari

Premier entretien avec les réalisatrices au cours du 38 ème festival international du cinéma méditerranéen, CINEMED

Francis Dupuy-Déri dans les chroniques rebelles :

La peur du peuple
Agoraphobie et agoraphilie politiques.

Francis Dupuy-Déri (éditions LUX)

Zapatistes, altermondialistes, Indignés, Occupy, Printemps érable et Nuit debout. Alors que ces mouvements populaires sont présentés par certains comme l’incarnation de l’idéal de la démocratie directe, d’autres n’y voient que des mobilisations certes sympathiques mais insignifiantes, quand ils ne tentent pas de les discréditer en les associant à la violence.

S’appuyant sur ces expériences politiques ainsi que de l’histoire des pratiques démocratiques, Francis Dupuis-Déri propose une réflexion inspirée et critique. Il présente la lutte entre l’agoraphobie et l’agoraphilie politiques, soit la haine et l’amour de la démocratie directe, dévoilant les arguments et les manœuvres des deux camps. Il discute aussi du rapport délicat entre le peuple assemblé à l’agora pour délibérer (le dêmos) et celui qui descend dans la rue pour manifester, voire pour s’insurger (la plèbe). Cet ouvrage, à la fois original et provocateur, est d’autant plus stimulant qu’il se situe à la croisée des chemins entre la philosophie politique, l’anthropologie et la sociologie.

Les black blocs
La liberté et l’égalité se manifestent

Francis Dupuy-Déri (éditions LUX)

Apparue à Berlin-Ouest au début des années 1980, employée après le Sommet de l’OMC à Seattle en 1999, la tactique du black bloc connaît un nouvel essor depuis 2010. Des black blocs ont pris la rue lors des manifestations contre le G20 à Toronto, lors du Printemps arabe, pendant le mouvement Occupy et celui des Indignés, lors des récentes grèves étudiantes au Québec, de la campagne contre la vie chère au Brésil, etc.

Cagoulés, vêtus de noir et s’attaquant souvent aux symboles du capitalisme et de l’État, les black blocs sont présentés par les voix dominantes au mieux comme des « casseurs » apolitiques s’adonnant à la destruction par pure jouissance du chaos, au pire comme de dangereux « terroristes ».

Ce livre est paru pour la première fois en 2003, mais cette édition offre une mise à jour, fort utile à qui veut comprendre l’origine de ce phénomène, sa dynamique et ses objectifs. Alliant observations de terrain, entretiens avec des militants et réflexion éthique et politique, Francis Dupuis-Déri inscrit les black blocs dans la tradition anarchiste de l’action directe.

Musiques et illustrations sonores : The Interview, Philippe Glass. Les anarchistes (Ferré), Tony Hymas. Chanson détournée par les étudiantes de Paris VIII. On lâche rien, HK Saltimbanques. La Nuit est une sorcière, British Summer Time Ends. Chômeurs, précaires, Jolie Môme. Attention l’armée, collectif le Temps des cerises. Ambiance manif (arrivée à Bastille). C‘est dans la rue qu’ça se passe, Jolie Môme.

Des spectres hantent l’Europe

Film documentaire de Maria Kourkouta et Niki Giannari

Le film de Maria Kourkouta et Niki Giannari a été présenté dans le cadre des documentaires sélectionnés pour la compétition du 38e festival international du cinéma méditerranéen de Montpellier. C’était sa première projection et c’est à cette occasion que nous avons rencontré Maria et Niki.

Le film commence par un long plan fixe sur les pas d’une foule qui piétine dans la boue et se dirige… Où ? On l’ignore, mais on a immédiatement l’impression qu’ils et elles fuient quelque chose, tentent de passer vers un ailleurs différent, passer pour échapper aux bombes, à la misère, à l’insupportable.

Dans des Spectres hantent l’Europe de Maria Koukouta et Niki Giannari, l’idée de passage est fondamentale. Les cinéastes expriment — par les regards et les gestes saisis, par le choix des cadres et des types de caméras —, le quotidien des réfugié.es dans le camp de Idoméni, à quelques pas de la frontière, entre la Grèce et la Macédoine. Le camp est occupé par une population internationale, kurde, syrienne, pakistanaise, afghane et d’autres encore… Tous et toutes attendent inlassablement de passer, d’avancer sur cette route des Balkans, sans comprendre pourquoi l’Europe leur interdit brutalement cette voie de passage, sans donner d’explications. Attente désespérée, queues interminables, résignation, révoltes en voyant l’autre côté à portée de voix et de regard…

Des Spectres hantent l’Europe de Maria Kourkouta et Niki Giannari sera projeté le dimanche 18 décembre à la Parole errante, à Montreuil.

Musique : Kostas Christides et Minos Marsas pour BO du film Eduart de Angeliki Antoniou.

https://vimeo.com/184413764


Premier entretien avec les réalisatrices au cours du 38 ème festival international du cinéma méditerranéen, CINEMED. Elles seront en direct dans les Chroniques rebelles de Radio Libertaire le samedi 17 décembre.