Benjamin Péret, l’astre noir du surréalisme

Barthélémy Schwarz (Libertalia)
dimanche 5 mars 2017
par  CP
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De Dada au surréalisme, Benjamin Péret (1899-1959) est l’un des principaux acteurs des mouvements d’avant-garde qui ont secoué la poésie et l’art moderne au XXe siècle.
Le sort s’est pourtant acharné sur ce grand poète dont le rôle et l’importance ont été minimisés par les historien.nes de l’art. Son engagement dans les mouvements révolutionnaires de son temps, notamment pendant la révolution espagnole aux côtés du POUM et des anarchistes, n’est peut-être pas étranger à cette occultation.

Sur sa tombe, au cimetière des Batignolles, ses ami.es ont fait inscrire une épitaphe qui résume sa vie de révolté permanent : « Je ne mange pas de ce pain-là. »

En compagnie de l’auteur de Benjamin Péret, l’astre noir du surréalisme, Barthélémy Schwartz, Alain Joubert, surréaliste et auteur de Pour le grand surréalisme. La clé est sur la porte. Fragments désordonnés d’un impossible manifeste (éditions Maurice Nadeau)
et Rémy Ricordeau, réalisateur du film Je ne mange pas de ce pain-là.
Benjamin Péret, Poète c’est-à-dire révolutionnaire
(DVD en vente à Publico).

Réfractaire à l’autorité dès l’enfance, Benjamin Péret est un poète révolutionnaire dont les engagements n’ont souffert d’aucune concession. Luis Bunuel disait de lui qu’il représentait « le poète surréaliste, par excellence : liberté totale d’une inspiration limpide, coulant de source, sans aucun effort culturel et recréant tout aussitôt un autre monde. […] Péret était un surréaliste à l’état naturel, pur de toute compromission. »

On lui impose la Première Guerre mondiale à l’âge de 16 ans — c’est la guerre ou la maison de correction —, et lorsqu’il arrive à Paris au début des années 1920, il est tout de suite attiré par le dadaïsme et sa liberté provocante, puis par le surréalisme. Péret l’autodidacte qui « écrivait non pas sous la dictée sonore, mais sous la dictée visuelle », s’est épanoui grâce «  l’apport émancipateur de l’automatisme », mais aussi grâce à la rage de vouloir changer le monde.

Dans son ouvrage, Benjamin Péret. L’astre noir du surréalisme, Barthélémy Schwartz couvre l’itinéraire poétique et militant, d’une figure essentielle des mouvements artistiques du XXe siècle, figure sans doute écartée pour sa radicalité en général, et en particulier pour ses engagements auprès du POUM et des anarchistes durant la révolution espagnole. Benjamin Péret ne dissociait pas la poésie de la critique sociale, de la subversion et de l’action révolutionnaire. C’est ce qui est passionnant dans cet essai extrêmement documenté, un essai qui, par ailleurs, rassemble un choix de poèmes de Benjamin Péret et un cahier de photos. Et l’on peut se réjouir que Benjamin Péret. L’astre noir du surréalisme paraisse justement dans un moment où le refus de jouer le jeu et la révolte du poète pourraient inspirer le désir nécessaire de résister, aujourd’hui, à la médiocratie ambiante.

L’insolence de Benjamin Péret en ravissait certains, mais ce n’était pas le cas de tout le monde. Il se distinguait en effet par un humour corrosif, une expression poétique surprenante, un mépris des honneurs, et les charges violentes qu’il lançait contre l’ordre social, par exemple dans son recueil le plus connu, Je ne mange pas de ce pain-là. En effet, il avait la dent dure.

Profondément anticlérical, « il n’a cessé de revenir sur la fonction sociale, autoritaire, de la religion à travers l’histoire ». Il analysait même les formes d’intrusion de la religion dans l’imaginaire : «  si le mythe a une origine magique, la religion qui constitue le fondement de tout mysticisme est la négation de toute magie, donc de toute poésie et si celle-ci arrive à s’exprimer à travers la religion, c’est seulement dans la mesure où elle s’y oppose implicitement. » De même sa critique de la société, fondée sur les antagonismes sociaux et la lutte de classes, lui permit de percevoir très tôt les conséquences désastreuses de la bureaucratisation sur la révolution espagnole, ce qu’il appelait le « tassement de la révolution » : « Politiquement l’élan révolutionnaire est passablement tombé. Les petits-bourgeois de la gauche catalane ont repris un terrain considérable et les partis ouvriers suivent derrière. »

Barthélémy Schwartz souligne dans son livre que « Benjamin Péret s’est directement ouvert au cœur du surréalisme si bien qu’une part essentielle de l’utopie du projet collectif s’est peu à peu cristallisée dans son parcours. Sa “surréalité” débordait largement les limites du mouvement. Péret a été un des rares surréalistes à répondre présent à l’appel initial des manifestes, vivant le surréalisme tel qu’il s’annonçait.  » C’est un point essentiel pour comprendre la dialectique poésie/révolution.

Dans La Parole est à Péret, texte considéré comme un nouveau manifeste du surréalisme, il écrit « Le merveilleux, je le répète, est partout, de tous les temps, de tous les instants. C’est ce que devrait être la vie même, à condition cependant de ne pas rendre cette vie délibérément sordide comme s’y ingénie cette société avec son école, sa religion, ses tribunaux, ses guerres, ses occupations et ses libérations, ses camps de concentration et son horrible misère matérielle et intellectuelle. » À la lumière de ce qui se passe aujourd’hui, j’ajouterai ces mots d’une étonnante actualité, car sans la lutte, sans la révolte : « La bureaucratie policière et démocratique aura beau jeu d’asservir toute pensée libre, de faire régner cette terreur grise dans laquelle commence à se complaire sa tyrannique médiocrité. »


L’ association ATL Jénine sera présente au salon anti-colonial à la Bellevilloise, le samedi 4 et le dimanche 5 mars 2017, de 11 h à 19 h .

DVD, livres et brochures de photos sur le Freedom Theatre .

Salon anti-colonial à la Bellevilloise. 21 rue Boyer Paris 20e, métro : Ménilmontant ou Gambetta, bus 26 . Participation solidaire : 2 €

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