Cinélatino, 29e Rencontres de Toulouse 2017 du 17 au 26 mars 2017. Paris pieds nus d’Abel et Gordon. Entretien avec les réalisateur.es

dimanche 12 mars 2017
par  CP
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Cinélatino, 29e Rencontres de Toulouse 2017 du 17 au 26 mars 2017

Caliwood, hier, aujourd’hui, demain

Et

Paris pieds nus d’Abel et Gordon, sur les écrans depuis mercredi dernier.

Après Cinéma et politique en 2013, Femmes de cinéma en 2014, L’âge des possibles en 2015 et Figures d’Amérique latine en 2016, Cinélatino se consacre cette année au cinéma de Caliwood (de la ville de Cali en Colombie). Caliwood est une référence importante dans l’histoire du cinéma à l’échelle de l’Amérique latine. Tout a commencé dans les années 1970, avec le groupe de Cali, fondateurs d’un mouvement qui produit des courts et des longs métrages d’expérimentation et d’esprit critique.

Dans les années 1990, l’École de communication de l’Université du Valle est l’épicentre du boom du documentaire. Plusieurs générations d’étudiant.es, de réalisateurs et réalisatrices portent des regards sur les transformations sociales et les pratiques artistiques et culturelles de la ville.

Cette année, Cinélatino s’attache à l’expression d’Andrés Caicedo, Carlos Mayolo, Luis Ospina et Ramiro Arbélaez, aux talents émergents en passant par des rétrospectives et d’une sélection de documentaires couvrant cinq décennies de production cinématographique, magnifique portrait d’une ville et d’un pays, la Colombie.

Entretien avec Catalina Villar, réalisatrice de La nueva Medellín [1] et d’Isabelle Buron.

La nueva Medellin

Les 29e Rencontres de Toulouse, du 17 au 26 mars, présente une sélection en compétition de 12 longs métrages de fiction [2], et de 15 films longs métrages en section Découvertes [3]]]. Sans oublier les courts métrages en compétition et les documentaires ; en tout c’est 150 films à découvrir !
Certains des films ont déjà été présentés dans des festivals : à Venise, au festival Sundance, à Berlin ou à Locarno… C’est donc une magnifique palette, 27 films pou les longs métrages de fiction, issus d’Argentine, de Bolivie, du Brésil, du Chili, de Colombie, de Cuba, du Mexique et de la République Dominicaine. Une très grande diversité, autant par les sujets que par leur traitement. Les films donnent à voir des visions cinématographiques différentes, qui témoignent de préoccupations ancrées, tant dans les territoires latino américains que dans l’universel, et qui abordent de front les domaines sociaux, politiques, mémoriels, intimes… C’est plusieurs autres regards portés sur la réalité et c’est l’expression d’une grande créativité par les images et par les sons.

Les 29e Rencontres de Toulouse, du 17 au 26 mars, offrent une très large perspective des créations cinématographiques en Amérique latine, et de belles découvertes qui laissent espérer que les films seront programmés par la suite dans les salles françaises. Certains le sont déjà : JAZMIN ET TOUSSAINT (La Caja vacía) de Claudia Sainte-Luce (29 mars) ; CITOYEN D’HONNEUR de Mariano Cohn et Gastón Duprat (sur les écrans depuis le 8 mars) ; MATE-ME POR FAVOR de Anita Rocha da Silveira (15 mars).

Cette année, les 29e Rencontres de Toulouse proposent également un focus : CALIWOOD, hier, aujourd’hui et demain. Caliwood est une référence dans l’histoire du cinéma latino américain. Tout a commencé dans les années 1970, lorsqu’un groupe d’ami.es cinéphiles décident d’abord de créer un ciné club et une revue, Ojo al Cine, puis de fonder un mouvement qui va réaliser des courts et des longs métrages, « une époque de camaraderie, d’expérimentation, d’esprit critique et de jouissance ». Toute une programmation de films du groupe est donc proposée, durant un week end, des courts et des longs métrages.

Quant aux reprises, elles seront autant d’occasions de voir ou de revoir des films comme Aquarius de Kleber Mendonça Filho ; El Sicario chambre 164 du réalisateur de Fuocoammare, par-delà Lampedusa, Gianfranco Rosi ; Rara de Pepa San Martin ; Poésie sans fin d’Alejandro Jodorowsky ; Neruda de Pablo Larrain ; Zona Franca de Georgi Lazarevski ; ou encore Un monstre à mille têtes de Rodrigo Plà. Et bien sûr, dans les classiques, L’histoire officielle de Luis Puenzo et Le Sud de Solanas.

http://www.cinelatino.fr/

En plus des Rencontres de Toulouse, et cette fois à Paris, c’est la 2ème édition de Différent Junior ! qui propose, du 13 au 17 mars, aux jeunes et à leurs professeur.es un programme de plusieurs films, longs métrages et courts métrages, en version originale sous titrées, de même que de rencontrer des cinéastes et des artistes. [4]

En deuxième partie de l’émission, c’est un entretien avec Fiona Gordon et Dominique Abel pour leur film qui vient de sortir, Paris Pieds nus.

Paris pieds nus d’Abel et Gordon, sur les écrans depuis mercredi dernier.

C’est une fable dès le départ… Du haut d’une colline canadienne enneigée, une petite fille et sa tante fantasque rêve de Paris, d’un Paris où tout est possible. Martha, la tante saisit sa chance, part à Paris, et bien des décennies plus tard, sa nièce, Fiona, reçoit une lettre contenant une missive étrange trouvée dans une poubelle parisienne. C’est une lettre de Martha qui l’appelle au secours pour ne pas être placée dans une maison de retraite : « j’ai seulement 88 ans ! ». Et pour elle, l’autonomie est essentielle. Alors vive la liberté !

« T’as toujours voulu aller à Paris, vas-y ! » dit la postière. Et voilà Fiona, bibliothécaire de sa petite ville, débarquant dans le métro parisien, avec son look de compagne de Popeye, Olive, et son sac à dos surmonté d’un petit drapeau canadien. Elle se rend à l’adresse de Martha, mais celle-ci a fugué pour éviter l’infirmière. Dans la rue, elle évite les flics et tout ce qui peut ressembler de près ou de loin à une ambulance. Nos deux héroïnes se loupent donc de peu. Alors Fiona part en balade dans Paris, le Paris des hauts lieux du tourisme et puis, à son corps défendant, le Paris de la galère…

Pendant ce temps, Dom se débrouille comme il peut pour manger. La vie n’est pas facile pour lui, il est SDF et a planté sa tente au pied de la statue de la liberté, enfin celle de Paris, sur l’île aux Cygnes. Pas facile en effet, surtout lorsqu’un chien squatte l’habitacle, car Dom n’a nulle envie de partager son petit coin.

Pour Fiona Gordon et Dominique Abel, il s’agissait, dans Paris pieds nus, de « se glisser dans la ville et auprès de ses habitants avec spontanéité. C’est un désir d’expérimentation, d’un peu de bordel et de liberté, que ce soit au niveau du récit, du cadre ou de la musique. On a laissé opérer les hasards, on a composé avec les contraintes des lieux. C’était important pour nous, autant que de préserver notre esprit burlesque, d’ancrer cette histoire dans un milieu réel, peuplé, de faire de Paris un personnage, aussi, au corps cabossé. »

Trois personnages donc, cabossés, chacun à sa manière, qui vont errer, se croiser, danser, rêver, et même tomber dans la Seine, aimer aussi. Et c’est ainsi que de maladresses en maladresses, de situations incongrues en loufoqueries, on entre dans le récit qui, mine de rien, génère une autre vision de la ville, des rapports humains, de la poésie, de la mort, des soi-disant priorités, des travers de chacun et chacune, enfin de l’absurdité des règles et des obligations déclarées. Une histoire comme aucune autre, imaginée par deux clowns de génie, et servie entre autres, par la merveilleuse Emmanuelle Riva en Martha facétieuse.

Fiona Gordon et Dominique Abel viennent du spectacle vivant et veulent transposer cet imaginaire au cinéma, « trouver des trucs, des astuces 
en connivence avec le public. Nous avons emporté cette démarche au cinéma, tout en avançant, de film en film, dans le monde bien réel, concret, d’aujourd’hui.  »

De toute évidence, c’est réussi. Paris pieds nus est une fable touchante et burlesque, une magnifique promenade dans la ville et dans la vie…


[1En 1997, Catalina Villar filmait les adolescents d’un quartier populaire de Medellín, alors « ville la plus dangereuse du monde ». Le poète du groupe, Juan Carlos, y était tué trois ans plus tard. Comme l’annonce le titre de ce film-ci, la ville a changé. Mieux : elle se pose en modèle d’innovation urbanistique. Qu’il grimpe sans relâche les escaliers ou qu’il emprunte le « métrocâble », occasion de beaux travellings en plongée, Manuel, l’un des adolescents de 1997 devenu président de son comité de quartier, imprime au film son activisme arpenteur. Mais le montage alterne ce fil suractif avec l’évocation de Juan Carlos, à travers des citations de ses poèmes et le marathon bureaucratique de ses parents pour obtenir réparation de son meurtre. « Cette nuit, tout s’écrit à l’encre de sang… », notait le poète : sous la nouvelle Medellín, avec ses télécabines immaculées, Catalina Villar fait affleurer la violence passée. Les peintres d’une fresque murale se demandent comment suggérer la présence symbolique des armes sans pour autant les peindre. Séquence forte du film, la rencontre avec le maire pointe le fossé entre l’image extérieure d’une Medellín high tech et le travail de terrain à accomplir afin que la Bibliothèque España, énorme bâtiment en surplomb récent mais déjà en ruines, ne devienne pas la métaphore de l’échec du progrès. Déjà un voile noir la recouvre, deuil d’une utopie urbaine…

[2COMPÉTITION LONG-MÉTRAGES FICTION

JAZMIN ET TOUSSAINT (La Caja vacía) de Claudia Sainte-Luce (Mexique - France, 2016, 1h41) (29 mars).
À 60 ans, en raison d’une santé fragile, Toussaint doit s’installer chez sa fille Jazmin, qui vit à Mexico. D’origine haïtienne, Toussaint n’a jamais été capable de prendre racine nulle part. Il n’a pas été un père aimant et est un parfait inconnu pour Jazmin. Au gré de cette cohabitation forcée, Toussaint recompose le puzzle de son passé sous le regard tantôt sévère, tantôt bienveillant de sa fille. Il permettra à Jazmin d’aller de l’avant avec sa propre vie.


CARPINTEROS (Piverts) de José María Cabral (République Dominicaine, 2017, 1h49)
Tourné à l’intérieur de trois prisons de République Dominicaine avec la participation active des détenus et de l’encadrement, Carpinteros nous plonge de manière très réaliste dans la vie pénitentiaire avec ses trafics, ses rapports de force, ses petits arrangements. En particulier les hommes et les femmes dont les quartiers sont voisins communiquent grâce à un étonnant langage de signes… Ce qui facilite les rapprochements amoureux et engendre des rivalités. Quelques acteurs professionnels s’intègrent parfaitement à cet univers carcéral que la caméra révèle avec une vivacité inventive. Ce film, parfaitement rythmé, navigue avec beaucoup de naturel dans ces milieux clos y retrouvant les forces et les faiblesses de la nature humaine.
- Bio du réalisateur : José María CABRAL (Saint Domingue, 1988) a commencé à faire des films à 16 ans. À 29 ans, il a déjà réalisé cinq longs-métrages : Jaque mate ! (2012), Arrobá (2013), Despertar (2014), Detective Willy (2015). À l’exception de Jaque mate ! diffusé à la télévision, tous ses films sont inédits en France.


EL CRISTO CIEGO (Le Christ aveugle) de Christopher Murray (Chili - France, 2016, 1h22)
Michael est mécanicien dans un village chilien de la pampa désertique de Tamarugal. Depuis une révélation qu’il a eue enfant, il ressent une foi intime : Dieu ne parle pas dans les églises, il est en nous. Michael se sent élu, peut-être un sauveur, mais il doute et certains le méprisent ou le prennent pour un fou. Quand il apprend qu’un ami d’enfance a eu un accident dans un hameau éloigné, Michael entreprend le voyage pour le guérir. Le long de sa marche, des laissés-pour-compte voient en lui un Christ capable de soulager leur réalité. Entre documentaire et fiction, un beau pèlerinage aux images fortes dans un univers poussiéreux et minéral, oublié du développement et de tout système de soutien, où la foi prend une valeur particulière d’espérance et de survie.
- Bio du réalisateur : Christopher MURRAY (Santiago du Chili, 1985) a réalisé Manuel de Ribera, sélectionné au festival de Rotterdam en 2010 et à Cinélatino. Il a été le producteur général du documentaire collectif Propaganda. Soutenu par Cinéma en Construction, El Cristo ciego était en compétition officielle au festival de Venise 2016.


ERA O HOTEL CAMBRIDGE (C’était l’hotel Cambridge) de Eliane Caffé (Brésil - Espagne - France, 2016, 1h33)
Un hôtel désaffecté du centre de São Paulo, le Cambridge, est occupé par un grand nombre de « sans-toit  » et par quelques réfugiés (africains, palestiniens…). Une menace d’expulsion plane. La lutte est encadrée par une association. Sous l’impulsion de Carmen et de son équipe, les problèmes pratiques de la vie de tous les jours et les petits conflits qu’ils engendrent sont discutés et réglés de manière solidaire et humaine. Les décisions sont prises de manière collective. Era o hotel Cambridge ressemble à un documentaire bien construit, mais c’est en fait une fiction militante écrite avec beaucoup de sensibilité, dont les rôles principaux sont tenus par d’excellents acteurs professionnels qui s’intègrent à une foule d’anonymes, personnages réels, étonnants de véracité. Actuel et universel, un film vivifiant !
Era o Hotel Cambridge a été lauréat du Prix Cinéma en Construction en 2015.
- Bio du réalisateur : Eliane CAFFÉ (São Paulo, 1961) a réalisé pour le cinémaKenoma (1988), Narradores de Javé (2003) et O Sol do meio dia (2009). Elle est également coordinatrice de collectifs audiovisuels dans des zones conflictuelles au Brésil.


HERMIA Y HELENA (Hermia et Helena) de Matías Piñeiro (Argentine - États-Unis, 2016, 1h27)
Camila, jeune argentine, obtient une bourse pour terminer un travail d’écriture à New York. Loin de ses amis, sa famille et son compagnon, alors qu’elle doit parfaire une traduction espagnole du Songe d’une nuit d’été de Shakespeare, elle va de rencontre en rencontre, un peu perdue dans sa quête personnelle et professionnelle. Entre Buenos Aires et le New York de Woody Allen, on retrouve avec bonheur Agustina Muñoz, une des actrices montantes du cinéma argentin, dans un jeu de miroir brillant entre l’oeuvre du grand auteur britannique - référence majeure de Matías Piñeiro - et les questionnements de son personnage.
- Bio du réalisateur : Matías PIÑEIRO (Buenos Aires, 1982) a fait ses études à l’Universidad del Cine à Buenos Aires. Il a réalisé cinq longs-métrages remarqués dans les festivals. Les quatre derniers, Rosalinda (2011), Viola (2012), La Princesa de Francia (2014) et Hermia y Helena déclinent une lecture des œuvres de Shakespeare.


JESÚS de Fernando Guzzoni (France - Chili - Allemagne -Colombie - Grèce, 2016, 1h26)
Jesús, 18 ans, habite avec son père, souvent absent, à Santiago du Chili. Entre compétitions de K-pop (pop coréenne) et soirées alcoolisées : une jeunesse un peu sans limites, fan d’images trash et en quête perpétuelle d’elle-même. Et puis, une nuit dans un parc, Jesús et son groupe dérapent : tout va basculer pour le jeune homme. Beau portrait tragique de la perte de l’insouciance, réalisé par Fernando Guzzoni qui avait impressionné le public avec son premier film Carne de perro en 2012. Les deux acteurs principaux, le jeune Nicolás Durán, à la beauté androgyne et, dans le rôle du père, Alejandro Goic, fidèle du cinéma de Pablo Larraín (El Club, Neruda), sont filmés au plus près dans un clair-obscur magnifique. Un film puissant et déroutant.
- Bio du réalisateur : Fernando GUZZONI (Santiago du Chili, 1983) a coréalisé le documentaire La Colorina sur la poétesse chilienne Stella Díaz Varín. En 2013, son premier long-métrage de fiction Carne de perro a été présenté en première française au festival Cinélatino.


LOS NADIE (Les anonymes) de Juan Sebastián Mesa (Colombie, 2015, 1h24)
Juan Sebastián Mesa fait ses débuts au cinéma avec ce portrait de la jeunesse de Medellín. Cinq amis, qui veulent élargir leur horizon et rompre avec le monde des adultes et un quotidien trop étriqué, rêvent de voyager en Amérique du Sud et se préparent à cette expérience initiatique. Quelques jours avant leur départ, ils parcourent cette ville plutôt hostile et chaotique. Les arts de la rue, les graffitis, les tatouages et la musique sont leur trait d’union, leur refuge, leur culture punk. Le noir et blanc que choisit l’auteur ajoute un sentiment d’intemporalité à ce film tourné en dix jours avec de tous petits moyens mais avec une grande fraîcheur et beaucoup de tendresse pour ses personnages enthousiastes et épris de liberté.
- Bio du réalisateur : Juan Sebastián MESA réalise en 2009 son premier court-métrage Maquillando el silencio, dans le cadre de ses études. Entre 2010 et 2011, il réalise des vidéos clips et des vidéos expérimentales. Los Nadie, soutenu par Cinéma en Construction, est son premier long-métrage de fiction. Il a été sélectionné par la Semaine de la Critique au Festival de Venise en 2016.


MALA JUNTA (Mauvaise influence) de Claudia Huaiquimilla (Chili, 2016, 1h29)
Pour éviter l’internement dans un centre de rééducation, une solution de la dernière chance s’offre à Tano, 16 ans. Il est expédié dans le sud du Chili chez son père qu’il n’a pas vu depuis des années. Entre l’ennui de la vie à la campagne et le ressentiment pour son père, une amitié va naître entre l’ado rebelle et Cheo, un garçon timide et maladroit harcelé en raison de ses origines indigènes. Alors que la communauté mapuche doit faire face à de fausses accusations et affronte la violence policière, Tano découvre des facettes de Cheo qui vont forcer son respect. D’origine mapuche, la réalisatrice a voulu mettre en scène dans un contexte politique particulier, celui de la violence exercée contre les Mapuches, une trajectoire commune de deux ados souffrant des préjugés et cherchant à trouver leur place dans un monde duquel ils sont laissés en marge.
- Bio du réalisateur : Claudia HUAIQUIMILLA (Chili, 1987) est diplômée en direction audiovisuelle de l’Université Catholique du Chili. Son court-métrage San Juan, la noche más larga (2012) abordait ses racines mapuches. C’est également le sujet de son premier long-métrage Mala junta produit et tourné dans une communauté mapuche.


NÃO DEVORE MEU CORAÇÃO ! (N’avale pas mon cœur !) de Felipe Bragança (Brésil - France - Pays-Bas, 2017, 1h48)
Frontière naturelle entre le Brésil et le Paraguay, le Rio Apa est témoin depuis des siècles de vives tensions entre ses riverains. Alors que l’armée brésilienne y perpétra un véritable génocide indigène, aujourd’hui, fermiers et Guaranis s’y disputent encore les terres avoisinantes. Joca, jeune brésilien, y croise la fille alligator, Basano, jeune paraguayenne, reine du Rio Apa. Elle lui vole son coeur, il l’aimera à jamais. Son frère Fernando fait partie d’une bande de motards, menée par le terrible Telecath. Les destins sont scellés, rien ne pourra les changer. Long-métrage « rock’n’roll » doté d’une vraie dimension romanesque, le film, empreint de réalisme magique, éblouit par son image impeccable. Remarqué par Cinélatino en 2014 pour son court-métrage décalé, Fernando que ganhou um passaro do mar, Felipe Bragança réalise ici son premier long-métrage en solo, qui a été soutenu par Cinéma en Construction.
- Bio du réalisateur : Felipe BRAGANÇA (Rio de Janeiro, 1980) a coréalisé avec Marina Meliande le long-métrage A Alegria. Il est également le coscénariste de deux films de Karim Aïnouz Praia do futuro et Le Ciel de Suely.


PARIENTE (Parent) de Iván Gaona (Colombie, 2016, 1h55)
Ce premier long-métrage d’Iván Gaona nous amène dans un village rural où la vie quotidienne des habitants est marquée par la violence du conflit armé vieux d’un demi siècle. Willington essaie de récupérer l’amour de son ex-fiancée Mariana qui est sur le point de se marier avec René (son cousin). Cette histoire d’amour perdu se mêle à des épisodes violents commis par des paramilitaires qui refusent la démobilisation et continuent de sévir dans les campagnes colombiennes. Un film d’actualité dans la période de négociation des accords de paix, qui pose le difficile problème du retour à la normalité dans un pays si longtemps submergé par la guerre. L’auteur utilise certains codes du cinéma de genre pour nous raconter une histoire de triangle amoureux perturbée par l’histoire de la Colombie.
- Bio du réalisateur : Iván GAONA (Güepsa, 1980) a été assistant réalisateur de films comme Los Viajes del viento, La Playa DC. Il a écrit et réalisé Los Retratos, Completo, Naranjas, Forastero, courts-métrages présentés en compétition par Cinélatino (et primés).


REY (Roi) de Niles Attalah (Chili - France - Allemagne - Pays-Bas, 2017, 1h31)
Le réalisateur de Lucía poursuit son exploration esthétique fondée sur une hybridation plastique du cinéma. Dans Rey, en mêlant au film des images d’archives, de la pellicule grattée, des marionnettes et des supports filmiques en décomposition, il nous emporte au plus près de l’univers intérieur tourmenté d’Orélie-Antoine de Tounens, avocat excentrique originaire de Dordogne qui a fondé le royaume d’Araucania au Chili. Hallucinatoire et unique, la forme du film reflète la trajectoire de cet aventurier qui s’est proclamé roi, a créé une constitution, un hymne et un drapeau. Niles Attalah propose une réflexion sur la subjectivité historique et met en scène un épisode de l’histoire du Chili sur lequel il y a peu d’archives.
Prix spécial du jury au festival de Rotterdam 2107.
- Bio du réalisateur : Niles ATALLAH (Californie, 1978) a réalisé une série de courts-métrages mêlant la prise de vue réelle et l’animation : Lucía, Luis y el lobo diffusés en 2010 à Toulouse. Lucía, son premier long-métrage, a reçu le Prix spécial du jury au festival Cinélatino, Rencontres de Toulouse 2011.


SANTA Y ANDRÉS (Santa et Andrés) de Carlos Lechuga (Cuba - Colombie - France, 2016, 1h45).
Cuba, 1983. Près d’un petit village de l’est de l’île, Andrés vit reclus comme un paria, maintenu à l’écart par le gouvernement pour ses « problèmes idéologiques » : il est écrivain et homosexuel. Un événement politique international a lieu dans la zone et Santa, paysanne révolutionnaire, a pour mission de le surveiller étroitement pendant trois jours afin d’éviter qu’il ne commette un acte dissident. Au-delà de leurs différences, cette proximité forcée va permettre de révéler ce que les deux êtres blessés ont en commun. Une belle histoire d’amitié qui questionne les thèmes de la tolérance et de la morale imposée, de la liberté de création et de l’embrigadement. Le film rend un hommage aux écrivains privés de liberté d’expression.
- Bio du réalisateur : Carlos LECHUGA (La Havane, 1983) a étudié à l’École internationale de cinéma et de télévision de San Antonio de los Baños. Il a réalisé plusieurs courts-métrages dont Los Bañistas et Cuca y el pollo avant Melaza, son premier long-métrage que Cinélatino a présenté en clôture de sa 25e édition en 2013.

[3Découvertes fiction


A cidade do futuro de Cláudio Marques et Marília Hughes (Brésil)
Mila, 19 ans, professeure de théâtre, est enceinte. Gilmar, 27 ans, professeur d’histoire, a une relation avec Igor, un vacher de 19 ans. Tous les trois forment une famille peu conventionnelle. Le film suit le cheminement de ces jeunes, dans la petite ville de Serra do Ramalho, parmi les terres arides de Bahía, confrontés à la réaction de la société à cette histoire singulière. Un voyage permanent entre passé, présent et futur pour une histoire sans frontières.


Citoyen d’honneur de Mariano Cohn et Gastón Duprat (Argentine)
Daniel Mantovani, lauréat du Prix Nobel de littérature, vit en Europe depuis plus de trente ans. Il décide d’accepter l’invitation de sa petite ville natale qui souhaite le faire citoyen d’honneur. Est-ce vraiment une bonne idée de revenir à Salas dont les habitants sont devenus à leur insu les personnages de ses romans ? On retrouve l’humour, le ton grinçant et impitoyable des deux films précédents du duo de cinéastes présentés à Cinélatino, L’Homme d’à côté et El Artista.


El Amparo (La protection) de Rober Calzadilla (Vénézuela/Colombie)
Dans les années 1980, à la frontière entre la Colombie et le Venezuela, des seize pêcheurs partis sur une pirogue, seuls deux ont survécu, suite au massacre perpétré par l’armée vénézuélienne. L’État accuse les victimes d’être des guérilleros. Rober Calzadilla développe, à partir de la réalité historique du massacre de 1988 toujours impuni, un film politique contre l’oubli et le refus de la normalisation de la violence.


El futuro perfecto de Nele Wohlatz (Argentine)
Xiaobin, jeune chinoise de 17 ans, ne parle pas un mot d’espagnol lorsqu’elle arrive en Argentine. En quelques jours, elle a un nouveau nom, Beatriz, et un job dans un supermarché chinois. Sa famille vit dans un monde parallèle en retrait de la société mais Xiaobin met secrètement de l’argent de côté pour prendre des cours d’espagnol et essaie de communiquer… Ce film élégant et hybride met en scène avec beaucoup d’humour des situations inattendues et cocasses.
Prix du meilleur premier long-métrage au festival de Locarno 2016.


El invierno de Emiliano Torres (Argentine)
Après avoir travaillé toute sa vie dans une hacienda perdue au milieu de la Patagonie, un vieux contremaître aigri, Evans, est contraint de prendre sa retraite et donc de revenir à une vie « normale » en famille. Dans des paysages spectaculaires, ce « western » argentin a en toile de fond la mondialisation et ses enjeux.
Ce film a été soutenu par Cinéma en Construction et a reçu le Prix du Jury et le Prix de la meilleure photographie au festival de San Sebastián.


El soñador de Adrián Saba (Pérou/France)
Pour échapper brièvement à sa morne existence de petit délinquant, Sebastián se laisse dériver dans le monde de ses rêves. C’est le seul endroit où il peut se protéger, lui et son amour pour Emilia, et échapper aux menaces du monde réel. Mais la frontière entre rêve et réalité devient floue... Après El Limpiador, son premier long-métrage, Adrián Saba développe un univers onirique dans une réalité dystopique, mariant les genres cinématographiques avec une grande aisance.


El sueño del Mara’akame de Federico Cecchetti (Mexique)
Nieri est un adolescent banal qui rêve d’aller à Mexico pour donner un concert avec son groupe de rock folk. Mais son père est un mara’akame (chaman huichol) qui a d’autres projets pour lui. Selon lui, son fils a hérité du don, il a une mission et doit suivre la tradition en devenant à son tour un mara’akame et gardien du Peyotl. Ce film initiatique, consacré aux Wirrárika, montre la force et la profondeur de cette culture marginalisée en lutte permanente pour son existence.


La idea de un lago de Milagros Mumenthaler (Argentine/Suisse)
Inès, photographe professionnelle, se fixe comme ultimatum la naissance de son premier enfant pour finaliser un livre. Ce travail la ramène dans la maison familiale où a été prise la seule photo qu’elle conserve d’elle en compagnie de son père avant que celui-ci ne disparaisse, victime de la dictature. La réalisatrice de Trois sœurs (Abrir puertas y ventanas) aborde la question de la mémoire et du présent dans ce film poétique où vérité et imaginaire se mélangent à la frontière du surréalisme.


La región salvaje de Amat Escalante (Mexique)
Jeune mère au foyer, Alejandra élève ses deux garçons avec son mari Angel. Fabian, son frère, est infirmier dans un hôpital local. Leurs vies vont être bouleversées par l’arrivée de la mystérieuse Veronica et d’une entité extraterrestre. Amat Escalante (Sangre, Los Bastardos, Heli) poursuit sa radiographie de la société mexicaine en ajoutant l’exploration du cinéma fantastique et d’horreur dans la lignée de Cronenberg où violence et sexualité sont étroitement liées.


Las tinieblas de Daniel Castro Zimbrón (Mexique)
Au fin fond d’une forêt recouverte d’un épais brouillard, vivent trois enfants enfermés dans le sous-sol d’une vieille cabane : c’est la seule façon que leur père a trouvée pour les protéger de la bête qui erre dans les profondeurs de la forêt. Une ambiance oppressante d’un conte de fées qui aurait mal tourné, servie par une esthétique picturale, inspirée du récit apocalyptique La Route de Cormac McCarthy.


La última tarde de Joel Calero (Pérou/Colombie)
Deux anciens militants d’extrême gauche se retrouvent pour officialiser leur divorce dix-neuf ans après s’être perdus de vue. Ces retrouvailles forcées sont une occasion pour eux de revenir sur leur passé commun, sur ce qui les a séparés et sur ce qu’ils sont devenus. Une exploration sensible de l’histoire passée du Pérou à l’aune des engagements politiques et sentimentaux de militants, non loin du cinéma de Richard Linklater.


Mate-me por favor de Anita Rocha da Silveira (Brésil)
Une vague de meurtres tourmente une génération d’adolescentes esseulées tout autant fascinées par la sexualité que par la mort, les selfies et... Jésus. Le film flirte avec les codes du soap opera pour nourrir un thriller pop et punk dans des couleurs chatoyantes, sensuelles et irréelles. Nous sommes heureux de retrouver Anita, dont les courts Handbol et Os Mortos vivos ont été primés à Cinélatino. Mate-me por favor a été soutenu par Cinéma en Développement en 2016.


Pela Janela de Caroline Leone (Brésil/Argentine)
Rosalia, 65 ans, est licenciée après avoir passé la majeure partie de sa vie à travailler dans une usine. Elle serait devenue une ombre si son frère José ne l’avait pas invitée à sortir de la ville qu’elle n’avait jamais quittée pour faire un voyage de 2 000 kilomètres vers Buenos Aires. Ce Doux voyage initiatique dans la lignée de Central do Brasil de Walter Salles, premier long-métrage de la cinéaste.
Prix de la FIPRESCI au festival de Rotterdam de 2017


Viejo Calavera de Kiro Russo (Bolivie/Qatar)
Le jeune Elder erre dans la ville et se défonce dans les karaokés. À la mort de son père, qui semble le laisser indifférent, il est recueilli par sa grand-mère. Son oncle lui trouve un emploi à la mine. Mais Elder s’enferme dans son labyrinthe intérieur. C’est peu dire que le film manifeste une puissance émotionnelle et cinématographique rappelant le cinéma d’Andreï Tarkovski.
Juku, son court-métrage déjà prometteur avait été sélectionné en compétition en 2012.


X-Quinientos de Juan Andrés Arango (Colombie/Canada/Mexique)
Le Mexique, la Colombie, le Canada, comme cadre des destinées croisées de trois adolescents qui ont en commun de devoir faire face au monde, de se construire dans l’adversité et de se confronter à la migration. Trois parcours, trois pulsions de vie qui s’expriment chacun a sa façon, trois métamorphoses et renaissances.
Un regard saisissant sur la force des adolescents par le réalisateur de La Playa.

[4Dífferent Junior 2 ! C’est au cinéma Majestic Passy (18 rue de Passy - 75016 Paris - Métro Passy).