Un autre futur pour le Kurdistan ? Municipalisme libertaire et confédéralisme démocratique de Pierre Bance

samedi 1er avril 2017
par  CP
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Un autre futur pour le Kurdistan ? Municipalisme libertaire et confédéralisme démocratique

Pierre Bance (éditions Noir et rouge)

Un coffret des Dyschroniques (Le passager clandestin)

La défiance à l’égard des politicien.nes est aujourd’hui quasi-générale. Certes les masques tombent rapidement ces derniers temps et les « affaires » se multipliant, la défiance se renforce. Cependant, aussi étonnant que cela puisse paraître, cette défiance n’engendre pas de remise en question de l’État et du capitalisme ni ne suscite de prise de conscience générale sur le fait qu’ils génèrent hiérarchie et privilèges, d’où la domination d’une minorité sur la majorité. Il est vrai que la menace d’absence d’État est constamment brandie par les autorités politiques, médiatiques et autres qui répètent à l’envi que sans le sacro-saint État, c’est le chaos, c’est l’anarchie…

Pourtant l’ordre sans le pouvoir, l’organisation ensemble et sans la domination… Un système sans hiérarchie, donc sans patriarcat, sans caste, ni privilèges et autres injustices, c’est quand même plus logique et pragmatique que l’arrivée d’un chevalier blanc (ou d’une chevalière) nous prenant pour des imbéciles, ou bien d’une avant-garde garantissant la justice et le bien être du peuple ! Il faudrait « distinguer l’ordre de la bureaucratie et voir cette société pour ce qu’elle est : non pas ordonnée mais bureaucratique, non pas tournée vers la pratique, mais obsédée par les symboles hallucinatoires du pouvoir et de la richesse, non pas réelle et rationnelle […], mais fétichiste et paranoïaque. »

Pour en finir avec toutes les dominations, pourquoi ne pas reconsidérer l’idée du municipalisme libertaire de Murray Bookchin, qui préconisait de « remplacer le capitalisme par une société écologique fondée sur des relations non hiérarchiques, des communautés décentralisées, des technologies écologiques comme l’énergie solaire et l’agriculture biologique, et des industries à l’échelle humaine — bref des formes démocratiques d’établissement, économiquement et structurellement adaptées à l’écosystème où elles se trouvent. » Irréaliste ? Peut-être. Mais attendre que le système se délite de lui-même, quand l’on sait ses capacités à se recycler, et adopter un anticapitalisme qui se borne à critiquer ses dérives et ses aberrations, cela paraît tout aussi irréaliste.

Dans la première partie de son ouvrage, Un autre futur pour le Kurdistan ? Municipalisme libertaire et confédéralisme démocratique, Pierre Bance revient sur l’œuvre de Murray Bookchin, notamment sur « la théorie du municipalisme libertaire [tombée] aux oubliettes [lorsque] des Kurdes, en Turquie et en Syrie, lui donnèrent une nouvelle actualité. Sous le nom de confédéralisme démocratique, ils tentent [en effet] une expérience concrète d’un municipalisme libertaire adapté par Abdullah Öcalan à une situation géopolitique compliquée. »

Dans ce texte, Un autre futur pour le Kurdistan ? Municipalisme libertaire et confédéralisme démocratique, il s’agit ni de rejeter, ni d’adhérer sans restriction à cette tentative, mais plutôt de l’analyser. D’ailleurs, précise Pierre Bance dans le paragraphe intitulé « L’État dans la tête », « les Kurdes ne nous demandent pas de les aider, mais de les accompagner. Considérer leurs idées et leurs réalisations dans un esprit d’ouverture et un soutien critique, c’est un moyen de sortir de la situation décourageante dans laquelle le mouvement social s’enlise, de régénérer la pensée révolutionnaire, de cesser de croire que nous sommes dans l’action et la revendication alors que nous sommes dans la plainte, d’aller chercher ailleurs, non pour projeter notre incapacité sur des mouvements fantasmés, mais pour construire ici. »

Dans l’immédiat, la question n’est pas d’abolir le pouvoir, mais plutôt de définir qui a le pouvoir : une minorité dans sa bulle ou le peuple ? On peut estimer vaine l’expérience émancipatrice menée par la population du Rojava, au Kurdistan, n’empêche que c’est une bonne base pour commencer à remettre en question l’État et le capitalisme que de dire : « la liberté et l’égalité ne peuvent voir le jour sans égalités entre les sexes ».

« Sous l’effet de l’industrialisation culturelle capitaliste, les moyens étatiques de domination [que les Kurdes] dénoncent (nationalisme, sexisme, pouvoir religieux […]) sont confortés au point que “la société consent à sa propre captivité”, mieux, qu’elle finit par considérer les facteurs d’oppression “comme un souffle de liberté”. Si la société résout ses problèmes sans l’État, si elle s’émancipe de sa culture aliénante, elle le marginalise. C’est le projet du confédéralisme démocratique ».

Et si le projet échoue ? Ce n’est pas pour autant qu’il faut se résoudre à l’impuissance.
La Commune n’est pas morte.

À l’occasion de ses 10 ans, le passager clandestin édite son premier coffret de dyschroniques :

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