Un avant-poste du progrès de Hugo Vieira da Silva. Adieu Mandalay de Midi Z. I Am Not Your Negro} de Raoul Peck

samedi 20 mai 2017
par  CP
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Un Avant poste du progrès d’Hugo Vieira da Silva

Adieu Mandalay réalisé par Midi Z

I Am Not Your Negro de Raoul Peck

Agenda…

Librement adapté de la nouvelle de Joseph Conrad, un Avant poste du progrès d’Hugo Vieira Da Silva, explore la nature du colonialisme et la relation à l’autre, impossible sur la base de la domination, qui, même si elle n’est que commerciale en ce qui concerne le Portugal à la fin du XIXe siècle, n’est pas moins basée sur l’exploitation des populations africaines et le pouvoir occidental. À cette époque, l’occupation portugaise de quatre siècles se poursuit avec l’installation de nombreux comptoirs commerciaux, notamment le long du fleuve Congo, censés organiser le trafic principalement de l’ivoire, mais aussi d’autres denrées. Le film a pour cadre l’un de ces comptoirs perdus dans une jungle impénétrable, « un avant-poste du progrès », où sont débarqués par un bateau à vapeur deux colons inexpérimentés, néanmoins convaincus de leur « mission civilisatrice » et de leur supériorité intellectuelle et organisationnelle sur les autochtones.

Le premier plan donne déjà des indications sur le caractère des deux personnages, « des ronds de cuir » pistonnés par le siège de Lisbonne, commente l’un des occupants du bateau qui les amène, en ajoutant, « ils ne feront pas long feu ». D’ailleurs, on apprend que l’équipe de colons qui les a précédés n’a pas survécu. Campés sur le débarcadère de fortune, vêtus du costume colonial, les deux protagonistes sont d’emblée promis à une lente déliquescence dans un paysage splendide, inextricable et empreint d’une magie que les deux arrivants sont bien incapables de percevoir. Et pendant que le bateau s’éloigne, les deux hommes pénètrent dans la forêt tropicale pour atteindre le comptoir, bungalow surélevé et théâtre d’une expérience qu’ils sont loin d’imaginer, sans non plus se douter qu’un piège se referme, celui du passé colonial ignoré, du déni de l’histoire africaine et de l’incommunicabilité avec les populations du lieu.

L’Afrique est comme une drogue qui agit à leur insu et dont ils n’anticipent pas les effets : l’ivresse, la maladie, la folie…

Des récits d’explorateurs de cette époque, explique le réalisateur, il ressort, que les « Européens étaient dans un état d’extase permanente dû à la famine, aux hautes doses de quinine, d’alcool, d’opium et autres drogues. […] Je dirais que la folie de mes personnages est due à la fois à l’incapacité à comprendre l’autre et à l’émergence du refoulé  ».

Un Avant poste du progrès d’Hugo Vieira da Silva soulève des réflexions à multiples ramifications, à la manière de la nature tropicale qui en est le cadre. Plus de quatre siècles de colonisation laissent des traces culturelles, sociales, historiques et font émerger des réflexions sur l’esclavage, la nature du colonialisme, l’exploitation, le déni de l’histoire et des cultures africaines, sur l’altérité, les liens dominants/dominé.es, le racisme et bien sûr le néocolonialisme…

Un Avant poste du progrès d’Hugo Vieira Da Silva est sur les écrans depuis le 10 mai.

Adieu Mandalay réalisé par Midi Z

C’est un film qui pourrait avoir comme sous-titre : migration illégale et esclavage moderne.
Le passage illégal de la frontière entre la Birmanie et la Thaïlande est banal et représente, pour une partie de la jeunesse birmane, une opportunité de travailler et de vivre mieux. Guo rencontre Lianqing durant le passage clandestin de cette frontière, et s’en éprend. Mais la jeune fille, déterminée et ambitieuse, n’a qu’une idée en tête : obtenir un emploi pour avoir des papiers, fuir l’oppression et les inégalités d’une société patriarcale et s’émanciper. Guo, lui, est plus modeste, il espère gagner un pécule, améliorer le quotidien et retourner en Birmanie. Ce sont deux caractères, deux personnalités et deux volontés différentes. Inspiré de l’histoire d’un jeune couple, Adieu Mandalay est aussi une histoire d’amour sur fond de corruption, d’asservissement humain et de violences sociales.

« En Birmanie, [explique le réalisateur,] on dit souvent que pour échapper à la misère, les pauvres n’ont que trois solutions : la première est le trafic de drogue, la deuxième est de tenter sa chance dans une mine de jade, et la troisième est l’émigration clandestine. Cette troisième voie, à savoir passer clandestinement en Thaïlande, est celle que beaucoup choisissent : les risques sont moindres, et dire qu’on "va à l’étranger" est nettement plus présentable. » Pourtant, les conditions de vie des ouvrières et des ouvriers clandestins dans les usines de la périphérie de Bangkok sont terribles, il n’y a aucune protection sociale et les accidents du travail sont nombreux. La main d’œuvre est soumise, interchangeable et les patrons ne se gênent pas pour se débarrasser de ceux et celles qui les « encombrent » ou posent problème.

Le réalisateur a construit son récit grâce à son expérience personnelle, à de nombreuses rencontres, enquêtes, entretiens avec des exilé.es, s’inspirant de la réalité pour aller plus loin dans l’expression cinématographique et ainsi donner la parole aux sans voix, aux humilié.es.

En 2008, une enquête sur les droits humains en Asie indiquait le chiffre de 3 millions concernant la migration birmane en Thaïlande, dont 2 millions pour la migration illégale. Depuis 2010, les chiffres de l’émigration clandestine vers la Thaïlande n’a pas baissé et, en juin 2014, ce pays a expulsé 150 000 personnes y travaillant, toutes étant arrivées en 2013.

Si les conditions de vie des migrant.es sont atroces, « pour tous ces jeunes qui partent, la Thaïlande apparaît comme le pays-miracle », le moyen de s’enfuir d’une cage et d’espérer une autre vie. Mais pour la plupart, c’est en fait entrer «  dans une plus grande cage ».

Merci à Pascale Wei-Guinot qui a participé à l’entretien et a traduit les propos de Midi Z.

Le film est sur les écrans depuis le 26 avril 2017.

I Am Not Your Negro de Raoul Peck

Les Etats-Unis serait le soit disant pays de la liberté et des opportunités, la première « démocratie » ? Voilà une performance réussie de propagande, mais il faudrait ajouter au slogan idéologique : pas pour tout le monde ! Pour preuve, il faut se remémorer Une histoire populaire des Etats-Unis de Howard Zinn et le film qui en a été tiré.

Les Etats-Unis ont été fondés sur le massacre des populations indiennes et l’esclavage de populations africaines. L’extermination des Indiens, le trafic et l’asservissement des Noirs font partie de l’histoire des Etats-Unis qui en garde les traces dans les comportements au quotidien et les mentalités.

I Am Not Your Negro est en fait une histoire officielle revue par les luttes sociales et politiques des Noir.es, un récit bien différent du roman national WASP, White Anglo-Saxon Protestant, et de son idéologie basée sur la suprématie blanche.

Raoul Peck a réalisé I Am Not Your Negro d’après les écrits de James Baldwin, qui évoque trois hommes importants dans le combat pour les droits civiques aux Etats-Unis, trois hommes assassinés, Medgar Evers, Malcolm X et Martin Luther King Jr, mais rend aussi hommage aux luttes de toutes celles et tous ceux qui ont résisté à la ségrégation. C’est du très grand cinéma documentaire avec des archives étonnantes, une voix off magnifique et une bande son à couper le souffle ! (Sortie nationale : 10 mai 2017)

Dans la bande annonce de I Am Not Your Negro, vous entendrez James Baldwin déclarer : « Si n’importe quel Blanc dans le monde revendique la liberté ou la mort, tout le monde applaudira. Si un Noir dit exactement la même chose, il sera condamné et traité comme un criminel, et tout sera fait pour montrer à quel point c’est un mauvais nègre. L’histoire des Noirs aux Etats-Unis est l’histoire des Etats-Unis.  »

Et dans l’agenda des films à voir :

Tunnel de Kim Seong-Hun . En rentrant de son travail, un homme se retrouve piégé et enseveli sous un tunnel au volant de sa voiture. Une opération de sauvetage se met en place, une vitrine pour les médias et les politiques. Tunnel est plus qu’un film catastrophe : il y est question de BTP, de profit, de corruption, de responsabilité de l’État, du rôle joué par les médias… Et de la valeur d’une vie humaine face au profit. (3 mai 2017)

De toutes mes forces de Chad Chenouga. Un film personnel et très éclairant sur les foyers et les difficultés des jeunes qui y sont placés. (3 mai 2017)

Plus jamais seul de Alex Arwandter . Santiago du Chili. Pablo, 18 ans, est victime d’une sauvage agression homophobe. Inspiré par un crime qui a donné lieu au vote de la loi Zamudio, le film montre les racines sociales du machisme et de l’homophobie. (3 mai 2017)

Les pieds sur terre de Batiste Combret & Bertrand Hagenmüller . Un petit hameau d’une dizaine d’habitants au cœur de Notre-Dame-des-Landes résiste. Agriculteur.es, paysans syndicalistes, squatteurs... Tous et toutes apprennent à vivre et à lutter ensemble contre le projet de l’aéroport « Grand Ouest. « Ici, disent-ils, on ne fait pas de politique : on la vit ». Les Pieds sur Terre est une immersion dans ce petit village, devenu au fil des années, le symbole de la lutte contre l’aéroport et les projets inutiles. (3 mai 2017)

Une famille heureuse de Nana et Simon . Manana décide de ne plus être la femme de, la fille de, la mère de, la sœur de… bref de vivre seule, sans le poids et les obligations familiales… De vivre pour elle quoi ! L’autonomie joyeuse et une interprète inoubliable.

Après la tempête de Hirokazu Kore-Eda ou la journée d’une famille éclatée. Un écrivain raté devenu détective, sa mère, absolument géniale, son fils qui observe et son ex qui en a marre. C’est la description amère des rapports familiaux, avec les non dits, les mensonges et les frustrations.

À voix haute. La force de la parole. Le film documentaire de Stéphane de Freitas cartonne et c’est très bien. On y voit des jeunes gens qui prennent la parole, déterminé.es à briser les barrières sociales par la seule force du verbe. Filmé à Paris 8, c’est un puissant cri de rage et un souffle d’espoir. (12 avril 2017)

Le chanteur de Gaza. Après Ford Transit, Paradise now et Omar, trois films filmés en Cisjordanie sur l’occupation militaire israélienne, Hany Abu Assad choisit cette fois de tourner à Gaza l’histoire d’une vocation, celle d’un jeune chanteur palestinien. Inspiré de la vie de Mohammed Assaf et de sa sœur, le film ne se limite cependant pas au biopic classique d’un jeune homme ambitieux qui, après un périple risqué, participe à une émission télévisée, il s’inscrit dans la réalité de l’occupation de la Bande de Gaza. Cadre du récit, Gaza est aussi un personnage du film.




Eric FRASIAK : chant, guitares acoustiques
Jean-Pierre FARA : guitares acoustique et électrique, chœurs

au Théâtre CLAVEL
à PARIS (19ème)

Dimanche 14 mai 2017
à 20H précises

Renseignements/réservations :
Noir Coquelicot : 06 12 25 52 85 / edito.hudin@wanadoo.fr

Théâtre Clavel 3, rue Clavel 75019 PARIS
Métro : Pyrénées

Entrée : 16 € / 11 € (chômeurs, -26 ans et +65 ans)