Manifeste contre la normalisation gay d’Alain Naze. Taxi Sofia, film de Stephan Komandarev. L’Assemblée, film documentaire de Mariana Otero. 39e CINEMED

dimanche 15 octobre 2017
par  CP
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Manifeste contre la normalisation gay Alain Naze (la fabrique)

Entretien avec Alain Naze et Patrick Schindler

Taxi Sofia Film de Stephan Komandarev (11 octobre 2017)

Si les idées islamophobes et racistes ont pu pénétrer la dite “communauté homosexuelle“, c’est en raison d’un problème bien plus structurel : la normalisation, autant voulue par les intéressé.es que menée par l’État, d’une partie des personnes gays et lesbiennes. Cette lame de fond a rencontré son apogée lors de la consécration du “mariage pour tous”, présenté comme une victoire d’une revendication, portée de longue date.

Dans Manifeste contre la normalisation gay, Alain Naze pose des questions cruciales, par exemple : « obtenir des droits supplémentaires, est-ce nécessairement gagner en liberté ? » Faut-il encore savoir de quels droits il s’agit. Le “mariage pour tous” est-il une avancée vers l’égalité ? Le mariage est un contrat, un encartement dans la norme, une histoire de papiers et d’obligations, et dans certains cas une entrave, mais certainement pas une avancée vers l’égalité. Si l’on considère que le “mariage pour tous” est une avancée dans « l’émancipation homosexuelle, c’est qu’on envisage la possibilité pour les homosexuels de vivre en couple marié comme une forme de progrès en termes de liberté », alors que de toute évidence, c’est accepter la norme hétérosexuelle.

Ce qui domine depuis un certain temps, c’est la promotion d’une image de la liberté qui en fait est celle de l’intégration. « Ce n’est pas la suppression d’un interdit qui fait la liberté », et vivre en couple pour deux individus du même sexe n’est pas non plus garant d’une avancée vers l’égalité. C’est faire « comme tout le monde », être intégré.e à une société. Assimilation n’est pas émancipation. Et, comme le remarque Alain Naze, «  la liberté des homosexuels est désormais intégralement envisagée selon le prisme des droits accordés aux “populations LGBT”. Se joue ici une des modalités de l’uniformisation du monde aux conditions de la modernité démocratique occidentale : à travers ce filtre “LGBT”, on nivelle et on homogénise tous types de rapports possiblement sexuels entre personnes dites du même sexe. » Bref, il faut rentrer dans le rang.

La normalisation passe par la banalisation de « l’identité gay », de « l’uniformisation LGBT des pratiques entre personnes du même sexe », alors que « cette universalité LGBT [tant vantée] n’est jamais que l’indice du triomphe économique et culturel de l’Occident. » La globalisation gay, « c’est la logique même du colonialisme qui se rejoue ici, dans les conditions propres à un pouvoir fonctionnant désormais à la norme plus qu’à l’interdit. »

Alors, peut-on parler de dérive réactionnaire des mouvements gays ? Ou plutôt de recomposition d’une soi-disant “communauté” gay, structurée autour des valeurs petites-bourgeoises de la consommation, du conformisme et de l’entre soi social ? Faut-il considérer la normalisation gay comme une régression, une remise au pas ?

Toujours est-il qu’on est loin des revendications des Pink Block aujourd’hui ou du FHAR (Front homosexuel d’action révolutionnaire) des années 1970, à savoir : la subversion de l’État « bourgeois et hétéropatriarcal » et l’anticapitalisme…

Manifeste contre la normalisation gay Alain Naze (la fabrique)

Taxi Sofia Film de Stephan Komandarev (11 octobre 2017)

Le film de Stephan Komandarev reflète la réalité sociale de la Bulgarie actuelle, sans ellipse ni dramatisation… Une réalité sociale brute. Le drame en prologue du film est tiré d’un fait divers et c’est la trame du récit. Il ouvre en effet une investigation de la société bulgare tout au long d’une nuit, à travers des chauffeurs de taxis et leur clientèle. Chauffeur de taxi de nuit, c’est pour beaucoup la nécessité d’un double emploi pour survivre. C’est ainsi qu’on trouve là toutes les catégories de la société. Le constat fait par Stephan Komandarev dans Taxi Sofia est rude et sans concessions. C’est le fric qui règne dans la société bulgare, passée au capitalisme sauvage et, de manière concomitante, le désespoir et la corruption banalisée, et même instituée.

Le film est construit sur plusieurs épisodes qui, en quelque sorte, se passent le relais de manière très fluide. Le premier épisode, ou le prologue, se déroule au petit matin, lorsque Misho, chauffeur la nuit et petit entrepreneur dans la journée, apprend que, pour obtenir son prêt, le pot de vin a en fait doublé. Pris à la gorge, il tente de convaincre le banquier de lui allouer la somme afin de sauver in extremis son entreprise sur le point d’être saisie. Mais devant la morgue du banquier, Misho l’abat et se suicide.

Commence alors une balade nocturne dans différents taxis, avec en fond sonore la radio et les débats sur le drame du prologue. Cinq chauffeurs de taxi, dont une femme, et leurs passagers roulent dans Sofia, chacun et chacune espérant un avenir meilleur.

Taxi Sofia fait sans doute un constat désespéré de la société bulgare actuelle, en même temps, les personnages sont lucides ; certains et certaines quittent le pays, d’autres restent et n’ont pas abandonné leurs valeurs. On désespère du système certes, mais pas de l’humain.


Taxi Sofia est un grand film. Il est sur les écrans depuis le 11 octobre.

L’Assemblée Film documentaire de Mariana Otero (18 octobre)

La parole donnée ? La parole prise ? La parole échangée ?
Les trois certainement. Des paroles non confisquées… Et c’est rare. Et pour une fois, ce ne sont pas les vedettes, les connu.es qui tiennent le micro ou bien peu — ils et elles passent —, mais ceux et celles qui mettent les mains à la pâte, à l’organisation de l’assemblée, des commissions, de cet élan crucial qui témoigne, malgré ce que l’on en dit, que les « gens » ne sont pas seulement devant leurs écrans et qu’une soif de sortir de la lobotomie ambiante et instituée demeure. Oui, ils et elles pensent, proposent, se contredisent, s’opposent en écoutant l’autre quand même.

L’Assemblée de Mariana Otero est un document sur un mouvement, Nuit Debout, un point de vue sur l’émergence d’une parole multiple et multipliée, un débat dans le débat général.
Première partie de l’entretien avec Mariana Otero


39e CINEMED
Festival international du cinéma méditerranéen
20-28 octobre 2017
SOIRÉE D’OUVERTURE DU 39e CINEMED
Après Les Chevaux de Dieu et Much Loved, le nouveau film de Nabil Ayouch, Razzia, ouvre le 39e Cinemed le vendredi 20 octobre.

Un Focus sur la nouvelle génération du cinéma algérien
Kindil el Bahr de Damien Ounouri, En attendant les hirondelles de Karim Moussaoui, Dans ma tête un rond point de Hassein Ferhani, Loubia hamra de Narimane Mari et bien d’autres.

L’intégrale des films de Dominique Cabrera

Depuis près de trente ans, la cinéaste Dominique Cabrera construit une œuvre à la palette particulièrement étendue. Ses courts et longs métrages, ses fictions et ses documentaires, sont certainement empreints d’une note méditerranéenne.

Et la rétrospective de Fernando Trueba sera l’occasion de revoir ou de découvrir son œuvre riche et variée du cinéaste espagnol.

Toute la méditerranée en plus de deux cent films à Montpellier du 20 au 28 octobre.