Catalogne : année zéro ? La Fabrique de rien de Pedro Pinho. Les Bienheureux de Sofia Djama. un Homme intègre de Mohammad Rasoulof

dimanche 10 décembre 2017
par  CP
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Catalogne : année zéro ? Reportages sur le mouvement libertaire et la lutte pour l’indépendance de la Catalogne de Mireille et Daniel Pinos

CINÉMA
Entretiens avec le réalisateur Pedro Pinho pour son film, La Fabrique de rien (A fabrica de Nada)

et avec la réalisatrice Sofia Djama pour Les Bienheureux.

Panorama cinéma sur les écrans et sorties DVD

Sur les écrans depuis mercredi dernier, Los Nadie de Juan Sebastian Mesa, dont avons diffusé l’entretien samedi dernier ; le très beau film d’Emmanuel Gras, Makala ; et Isola de Fabianny Deschamps, une fable réaliste sur les migrations.

Mais nous reparlerons de tous ces films dans une émission spéciale «  cinéma  » le samedi 23 décembre.

Un mot encore cependant sur le film de Mohammad Rasoulof, un Homme intègre, un film qui pose la question : peut-on lutter contre la corruption sans se salir les mains ?

Un Homme intègre est interdit en Iran et Mohammad Rasoulof est assigné à résidence, en attente de procès, par les autorités iraniennes. Dans sa note d’intention, le réalisateur empruntait cette citation du sociologue états-unien Charles Wright Mills : « La peur du pouvoir entraîne une identification à ce même pouvoir qui viole les droits du peuple. ».
Un Homme intègre de Mohammad Rasoulof est un très grand film et il est actuellement dans les salles.

Et puisque nous parlons de cinéma iranien, sort en DVD Le Cycliste de Mohsen Makhmalbaf chez Tamasa. Également chez Tamasa, un Coffret DVD de trois films de Luis Garcia Berlanga : Bienvenue Mister Marshall (1953), Placido (1961) et Le Bourreau (1963).

Catalogne : année zéro ?

Reportages sur le mouvement libertaire et la lutte pour l’indépendance de la Catalogne

La Catalogne est-elle à l’aube d’une ère nouvelle après la déclaration d’indépendance de Carles Puigdemont devant le Parlement en octobre dernier ? Ou cette déclaration n’aura servi qu’à révéler un peu plus les antagonismes existant dans la partitocratie espagnole entre espagnolistes unionistes et indépendantistes catalanistes. Une classe politique gangrénée par la corruption issue du régime de la dictature franquiste et enkystée dans un régime « démocratique » qui n’a jamais pu la stopper.

Les citoyen.nes sont volé.es dans des secteurs tels que la construction et les terrains, l’énergie et la consommation, les banques et le crédit, les gouvernements et les partis. La caste économique catalane abandonnant ses sièges sociaux à la demande de la Confédération espagnole d’organisations patronales tente de provoquer une crise économique profonde et d’étouffer les luttes sociales. Ce n’est qu’un exemple.

En Catalogne, on assiste aujourd’hui à une lutte contre l’hégémonie oligarchique qui va bien au-delà de lutte pour l’indépendance. Depuis 2011 et la naissance du mouvement des Indigné.es, le mouvement libertaire catalan ne cesse de croître à travers de nouvelles assemblées de quartiers, de nouvelles organisations, de nouvelles sections syndicales, d’« ateneos » (centres culturels), de groupes de femmes, de squats, de fêtes populaires, chaque jour avec une plus grande capacité de mobilisation qu’auparavant.

En questionnant certain.es libertaires ayant participé au « process », au processus pour l’indépendance, nous avons cherché à comprendre si sur le champ de la mobilisation et de la construction d’alternatives politiques, une collaboration avec des organisations de gauche et d’extrême-gauche indépendantistes pouvait conduire à des alliances tactiques et si un projet émancipateur commun pouvait être envisagé après ce « process ».

Pour de nombreux et nombreuses libertaires, la brutale agression policière perpétrée le 1er octobre 2017 contre une partie de la population catalane, voulant participer à un référendum d’autodétermination, rappelle que l’usage de la force fait partie de la définition même de l’État. Pour ces libertaires, il ne faut pas se montrer ingénu.es face aux stratégies élaborées par l’indépendantisme catalan. Ils et elles pensent que ces stratégies sont le choix d’une partie de la bourgeoisie régionale pour forger un nouvel État qui aura nécessairement les mêmes prérogatives que l’État monarchiste actuel.

Durant plusieurs jours et à travers différents entretiens, nous avons tenté de refléter les diverses sensibilités existant aujourd’hui au sein du mouvement libertaire catalan. Nos témoins sont des militants et des militantes agissant sur différents terrains de lutte, anarcho-syndicalistes, militant.es d’ateneos et de quartiers, féministes, squatteurs, ils et elles nous permettent de comprendre les enjeux actuels et les perspectives qui s’ouvriront, après les élections régionales du 21 décembre, pour le mouvement indépendantiste.

Dans cette première émission, nous donnons la parole à Cristina et Ricardo Torrés, tous deux militant.es de la Fédération locale de la CNT de Barcelone, qui reflètent deux sensibilités différentes sur le processus d’indépendance. Et par ailleurs, Carlos Navarro, secrétaire aux moyens de communication de la CGT de Barcelone, qui est opposé, au nom des idées libertaires, à la participation au mouvement pour l’indépendance.

Musiques : Agafant l’horitzo [1]. Manifestation du 16-11. Silvia Tomas, Elias y elios, Necessito, et Tiempo de preguntar. Serge Utgé-Royo, L’estaca [2]. Txarango, Résiste et crie. Raimon, Au vent. Lagrimas de sangre, Quiero Liberarme.

C’était la première partie d’une série de reportages que nous diffuserons samedi prochain, le 16 décembre, et également le 6 janvier 2018 avec des commentaires sur l’évolution de la situation. Merci à Daniel et Mireille Pinos pour ces entretiens qui font entendre un autre son de cloche et favorisent réflexions et questions sur des problèmes qui dépassent largement l’Espagne et la Catalogne.

Quant à la réflexion sur le monde d’aujourd’hui, il y a une certaine continuité dans les chroniques, grâce à une rencontre avec le réalisateur de A fabrica de Nada (la Fabrique de rien), Pedro Pinho. Le film sera sur les écrans le 13 décembre.

La Fabrique de rien, interprétée par des acteurs professionnels et non professionnels, suit un groupe d’ouvriers qui tentent de sauver leurs emplois en empêchant la délocalisation de l’usine, à travers une solution d’autogestion collective.

Dans la Fabrique de rien sont abordées plusieurs problématiques et se croisent plusieurs genres. Dans la foulée, la forme documentaire pour la désindustrialisation et les délocalisations ; la logique du capitalisme ; l’histoire d’un couple ; le désarroi et la révolte des ouvriers manipulés et menacés, afin de les isoler et casser leur détermination ; leurs contradictions aussi et les questions soulevées par l’autogestion ; les syndicats et le droit au travail ; le contexte philosophique de la crise ; la musique et la mémoire… Un film dense et totalement passionnant.

Après avoir demandé des nouvelles de Radio Libertaire et de la librairie Publico que Pedro Pinho fréquentait lorsqu’il vivait à Paris, nous avons commencé un entretien qui ressemble plus à une conversation qui aurait pu se prolonger des heures, tant son propos est sujet à rebondissements et discussions, et tant l’idée de Pedro Pinho sur le rôle du cinéma est intéressante…

Son écriture cinématographique suscite elle-même le désir d’autres langages et l’expérimentation de nouvelles formes sociales et politiques. Pedro Pinho, proche du punk, est à la fois, comme il le dit lui-même, « pessimiste dans la théorie et optimiste dans la pratique »… Début d’une rencontre…
La Fabrique de rien ou l’Usine de rien de Pedro Pinho sort le 13 décembre.

L’entretien complet avec Pedro Pinho sera diffusé le samedi 30 décembre en ouverture d’un entretien avec Anselm Jappe, que l’on retrouve dans le film. Un entretien mené par Tierry autour de l’ouvrage d’Anselm Jappe, paru à la Découverte, La société autophage. Capitalisme, démesure et autodestruction.

Autre film sur les écrans le 13 décembre, Les Bienheureux de Sofia Djama.
Une réalisatrice certainement à suivre… Les Bienheureux se situe en 2008, à Alger, 20 ans après les événements d’octobre 1988, qui ont été suivis par la guerre civile, dont les cicatrices sont encore dans tous les cas présentes ou diffuses. Deux générations se croisent et s’affrontent…


La jeune génération, Fahim et ses deux ami.es, Feriel et Réda, se cherchent et traînent en quête d’une autre Algérie. Entre révolte, désillusions et conformisme, Sofia Djama fait un constat certes sans concession de la société algérienne, avec un humour subversif, mais aussi une certaine tendresse. Un film qui poursuit la découverte d’un nouveau cinéma algérien, profond, critique et universel…

Court panorama des sorties sur les écrans et DVD

Cinéma depuis le 6 décembre :
Los Nadie de Juan Sebastian Mesa.
Pour une bande d’ami.es, il s’agit de fuir Medellin et de voyager. L’entretien avec le réalisateur a été diffusé samedi dernier.


Makala d’Emmanuel Gras.
Le film raconte le périple d’un villageois congolais qui, après avoir coupé un arbre, en fait du charbon de bois et le transporte sur son vélo jusqu’à la ville de Kinshasa. Entre film documentaire et fiction, Makala est un véritable suspens, servi par des images superbes.


Un homme intègre de Mohammad Rasoulof.
La charge critique de Mohammad Rasoulof contre la corruption est implacable et ramène, durant la plus grande partie du film, à l’impuissance d’un homme qui ne veut pas se compromettre et se heurte aux autorités avec sa seule bonne foi.
On va tout lui prendre, mais il ne veut ni céder ni partir. Sa seule échappatoire, c’est de s’enivrer avec de l’alcool qu’il fabrique.

Un homme intègre de Mohammad Rasoulof, c’est le choix entre la résistance au rouleau compresseur du pouvoir ou hurler avec les loups ?

Les sorties DVD (Tamasa) :

Le Cycliste de Mohsen Makhmalbaf (1988).

Un réfugié afghan, Nassim, dont la femme a besoin de soins médicaux urgents, accepte, pour un directeur de cirque ambulant, de tenir sur une bicyclette durant toute une semaine. Il devra tourner sur la place centrale d’une petite ville iranienne.
Tant qu’il n’aura pas gagné l’argent de l’intervention, les médecins ne soigneront pas sa compagne. C’est alors que sa tentative désespérée va déchaîner curiosités et passions...


Coffret DVD de trois films de Luis Garcia Berlanga :

Bienvenue Mister Marshall (1953).
D’après un scénario écrit avec Juan Antonio Bardem, Bienvenue Mister Marshall est une critique sociale acerbe, masquée par une comédie de mœurs. Très grand succès public, la chanson principale reste connue et les dialogues des références du cinéma espagnol.

L’histoire : une chanteuse arrive dans un petit village pour donner un spectacle, et le même jour, on annonce la venue d’une commission du Plan Marshall supposé offrir des aides économiques. C’est alors que tout le village se mobilise afin d’organiser une grande fête dans le plus pur style andalou.


Placido (1961).
Cette satire féroce de la bourgeoisie s’inspire et se moque d’une campagne de charité lancée par Franco. Il fallait du courage et de l’humour noir à Berlanga pour mettre en scène, d’après un scénario de Rafael Azcona, une histoire où les riches, en l’occurrence un industriel de la région, se servent des pauvres pour redorer leur image.

À l’occasion du réveillon de Noël, est organisé un gala, avec défilé de miss en présence de vedettes bidon, avec une émission de radio et l’invitation d’un pauvre à table. Tout cela pour vanter la générosité de la bourgeoisie et promouvoir la cocotte-minute de l’industriel. Mais voilà, ça va mal tourner… On n’est pas loin de El Cocheccito de Marco Ferreri qui a lui aussi travaillé sur un scénario d’Azcona.


Le Bourreau (1963).
Pour terminer cette trilogie cinématographique de Luis Garcia Berlanga, le Bourreau (El Verdugo), pamphlet sans concession contre le régime franquiste, l’hypocrisie de la bonne société, la peine de mort et la barbarie du garrot. Le film est une coproduction avec l’Italie et, sans doute pour cela, il a échappé à la censure.

Un employé des pompes funèbres rencontre un bourreau en fin de carrière et la fille de celui-ci. Les jeunes gens se marient et s’installent dans l’appartement que l’administration accorde au bourreau. Oui, mais voilà, pour continuer à bénéficier de l’appartement, en pleine crise du logement, le jeune homme doit accepter la charge de bourreau de son beau-père. Celui-ci lui assure que ce n’est rien et que les exécutions au garrot sont très rares. Il est pourtant convoqué pour sa première exécution, à Majorque, et jure de ne plus recommencer. Ce à quoi le vieil homme lui rétorque : « Moi aussi j’avais dit ça la première fois ! »


El Mundo entero (Le Monde entier), moyen métrage de Julian Quintanilla. Une comédie étonnante et une charge désopilante contre l’homophobie.


[1Traduction de Agaçant l’hotitzo (Saisir l’horizon) :
Nous ne nous satisfaisons plus des miettes nous voulons le pain entier.
Le futur nous attend, nous avons de la mémoire.
La force entre nos mains pour construire l’histoire.
Nous ne voulons pas retourner vers le passé.
Nous ne sommes pas là pour faire virevolter des drapeaux.
Nous comptons sur toi tu ne peux pas nous faire défaut.
Le premier, repartons de zéro.
Un jour pour tout recommencer.

(Refrain)
Gens de la mer des rivières et des montagnes.
Nous aurons tout et parlerons de la vie.
Allons y, à nous tous, nous irons de l’avant.
Qui sème la rébellion, récolte la liberté.
Ne craignons rien.
Demain est à nous aujourd’hui
Toi et moi emparons nous de l’horizon.
Nous sommes légers nous irons de l’avant
Nous sommes l’avenir et la joie après le passage du temps.
Maintenant et ici l’heure du peuple est venue
Elle ne sera pas à nous si nous ne nous unissons pas.
Cela fait partie de vous, c’est aussi une partie de moi.

Vivre, veut dire prendre parti.
Nous n’avons pas les problèmes du monde entre nos mains.
Nous n’avons pas toutes les solutions.
Mais nous venons avec courage et avec des rêves géants.
Et pour les problèmes du monde nous avons nos mains.
Rien pour nous..tout pour tous.
À la peur et au racisme mettons y le feu.
Qui travaille la terre la mérite.
Le peuple commande, le gouvernement obéit.
Nos mains seront notre capitale.
Celui qui fait tourner les machines doit décider.
Créer, construire la conscience populaire.
Devise éternelle qui nous guide : vivre libres ou mourir.

[2Mardi 12 décembre 2017, à 20 h

Au Théâtre Trévise

(14 rue de Trévise, Paris 9e, métro : Cadet ou Grands boulevards).
Un concert pacifiste en ces temps belliqueux avec Serge Utgé-Royo & ses musiciens, Bruno Daraquy et Nathalie Solence.
Ce sera le Mardi 12 décembre 2017, à 20 h, au théâtre Trévise (14 rue de Trévise, Paris 9e, métro : Cadet ou Grands boulevards).
L’espoir est têtu.
Tarifs : 22 € - 17 € (seniors) - 12 € (chômeurs-chômeuses, jeunes) - 2 € (RSA)
Réservations : 06 12 25 52 85