ZUP ! Petites histoires des grands ensembles

Fred Morisse (L’Insomniaque)
lundi 21 janvier 2008
par  CP
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Petites histoires des grands ensembles , des ghettos où « rien n’a été laissé au hasard, [où] tout a été minutieusement étudié. Vraiment, une belle organisation, de la belle ouvrage ! » écrit Fred Morisse dans une des nouvelles de ZUP !
De la belle ouvrage en effet, « sans doute basée et copiée sur celle des camps de travail, ou s’inspirant des villes des pays miniers, toutes proches des puits, en devenant la banlieue, la rue se confondait avec la mine dans un même paysage triste et sans couleur. Ici : l’usine. »

C’est dans ce cadre oublié le plus souvent, ou bien surmédiatisé et dramatisé à outrance pour une vision angoissante — vous savez, c’est là que vivent les barbares ! — c’est dans ce cadre que se situe le, ou plutôt les récits, les « petites histoires » de Fred Morisse. Des histoires qui commencent par une course-poursuite à la vie à la mort. Et cette réflexion : « S’il existe une économie parallèle, il doit exister aussi une beauté parallèle. Bienvenus, vous y êtes. »

Il en a qui rêvent, d’autres qui jouent au foot en espérant s’en sortir et entrer dans le grand jeu du sport business, d’autres encore qui attendent sans trop savoir quoi, qui flippent, s’effacent, s’estompent d’un lieu où l’anonymat est le plus souvent l’équivalent de marginalité…

Tout un « peuple du béton » attend « qu’on tue le béton » qui est aussi cette « vie de village vertical, bruyante, odorante, bouillonnante ». Peut-être… Mais, comme le dit l’un des personnages, « Moi, tout ce que je sais, c’est dès que j’ai assez de maille, je trace d’ici direct, et le quartier peut disparaître, je m’en ouf… »

Quant au rêve de changement, les plus lucides lâchent : « Tant qu’on se crame et qu’on se pille entre nous, ils s’en battent les yeuks, mais si demain les bandits d’ici et d’autres cités arrêtent de pouillave aussi pauvres qu’eux et pouillavent que des cheuris, mon gars, crois-moi, c’est pas les CRS qu’on aura dans les rues, mais l’armée, les chars, les hélicos… »

Évidemment, le public consensuel préfère une « plèbe fracturée » à une classe dangereuse unie.

Mais tout de même, malgré la répression certaine et la brutalité de la réponse de « l’ordre », on se prend à rêver de révolte — pas d’un soulèvement — mais d’une révolte profonde, spontanée et sans espoir de récupération :
« Imagine que quelques gars plus intelligents que la moyenne, plus lucides, des gars respectés, fassent comme les barbus qu’on a vus débarquer y a quelques années en sensibilisant les jeunes à la religion, imagine le même travail en leur ouvrant les yeux sur leur condition sociale, en les politisant au-delà du blabla de la démocratie, du vote et tout ça… » « Il suffit de les intéresser […] et quand je vois la conscience politique des ouvriers les plus pauvres au XIXe siècle, sans les moyens qu’on a nous, y a pas de raison pour qu’on soit plus cons aujourd’hui… Les mecs étaient toujours prêts à se battre quand il y avait trop de pression, prêts à mourir pour leurs idéaux… […] Même les femmes, elles blaguaient pas ! »

Le peuple des abîmes et maintenant le peuple du béton revendique : «  Trop c’est trop, sans justice pas de paix ! »