Cinéma sur les écrans en décembre… Enseignez à vivre ! Edgar Morin et l’éducation innovante d’Abraham Ségal…

lundi 25 décembre 2017
par  CP
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Enseignez à vivre ! Edgar Morin et l’éducation innovante Un film d’Abraham Segal (13 décembre 2017)

La fiancée du désert Un film de Cecilia Atán et Valeria Pivato (13 décembre 2017)

Isola Un film de Fabianny Deschamps (6 décembre 2017)

Makala Un film d’Emmanuel Gras (6 décembre 2017)

I Am Not a Witch (Je ne suis pas une sorcière) Un film de Rungano Nyioni

Kedi Des chats et des hommes Un film de Ceyda Torun

Le rire de Madame Lin Un film de Zhang Tao (20 décembre 2017)

Le lion est mort ce soir Un film de Nobuhiro Suwa (27 décembre 2017)

Et d’autres films encore pour finir l’année 2017 et commencer 2018…

En présence d’Abraham Ségal et de Marc Olry, de Lost Films, distributeur du film de Jean-Baptiste Thoret, We Blew It

Enseignez à vivre ! Edgar Morin et l’éducation innovante

Un film d’Abraham Segal

Enseignez à vivre ! Edgar Morin et l’éducation innovante. Le film documentaire d’Abraham Ségal est sur les écrans depuis le 13 décembre.

La question de l’enseignement est de plus en plus discutée à quelque niveau que ce soit, tant cet enseignement — qui devrait être pour toutes et tous une source de découvertes personnelles et communes —, s’avère au contraire générer trop souvent des inégalités et des blocages. Si l’on considère que tout.e enfant mérite d’accéder à une école adaptée à ses attentes et à ses besoins, on ne peut que, trop souvent, faire le constat d’un échec. Au vu du schisme entre le système d’éducation — d’ailleurs aussi astreignant pour les profs que pour les élèves — et l’idée d’épanouissement, il est nécessaire de se demander pourquoi la réussite scolaire signifie la plupart du temps intégration et conformisme à l’inverse de développement d’un esprit lucide et critique.

Le film documentaire d’Abraham Ségal, Enseignez à vivre ! Edgar Morin et l’éducation innovante, offre à ce propos des témoignages et des expériences passionnantes et exemplaires. En effet, « comment faire en sorte que pédagogie rime avec plaisir de transmettre ? […] Comment un lycée ou un collège peut-il constituer un lieu où liberté se conjugue avec responsabilité, où l’acquisition de savoirs va de pair avec l’apprentissage de la vie en société ? » Des questions fondamentales, simples, concrètes que visite le film, Enseignez à vivre ! Edgar Morin et l’éducation innovante, en visitant cinq établissements publics qui illustrent la possibilité d’un enseignement créatif, curieux, enthousiaste… En un mot qui donne l’espoir d’un autre enseignement, de la transmission d’un autre savoir et — pourquoi pas ? — d’un autre monde.

Enseignez à vivre ! Edgar Morin et l’éducation innovante, le film documentaire est sur les écrans depuis le 13 décembre. Ce film devrait être projeté dans les établissements scolaires et dans tout lieu où l’on discute des alternatives au savoir muselé et codé, où se posent les questions sur l’exclusion et sur un enseignement différent afin de ne laisser personne sur le carreau du système éducatif.

La fiancée du désert

Un film de Cecilia Atán et Valeria Pivato

Tourné en cinémascope, le film suit un groupe de personnes marchant le long d’une route, au milieu d’un paysage semi désertique. Teresa fait partie du groupe et, par flash back, on apprend les raisons de sa présence sur cette route. Elle a 54 ans et a travaillé toute sa vie au service d’une famille de Buenos Aires, dont elle a élevé le fils.

Mais un jour, la famille ne peut plus la garder et lui propose d’accepter une place à l’autre bout du pays. Elle prend donc le bus pour San Juan, et commence alors, pour elle, une aventure en forme road movie qui va bouleverser sa vie. À la suite d’une panne et de la perte de son sac, le voyage se mue en effet en prise de conscience.

La Fiancée du désert est le très beau portrait d’une femme qui prend soudain sa vie en main, et c’est aussi la rencontre de personnages émouvants et atypiques. Une road movie de l’émancipation et une fin ouverte…

La fiancée du désert de Cecilia Atán et Valeria Pivato est sorti 13 décembre.

Isola

Un film de Fabianny Deschamps

C’est un autre personnage de femme qui est au centre du film de Fabianny Deschamps, sur les écrans depuis le 6 décembre : Isola.

On pourrait penser que le film est une fable moderne. Le récit en a la forme au départ puisqu’on ignore comment Dai, une jeune Chinoise enceinte, est arrivée sur cette île, entre l’Europe et l’Afrique, et les circonstances qui lui font espérer retrouver le père de son futur enfant. Elle vit dans une grotte, au décor composé d’objets hétéroclites, sur un rivage où la lumière, souvent crépusculaire, ajoute à l’ambiance du film, entre fiction et réalité.

L’île est un lieu, très contrôlé, de transit pour les migrants, le film se fait alors documentaire en montrant le processus de triage des réfugié.es avant leur envoi dans des camps de rétention : « Huit cents personnes qui se déversent, enfants, nouveaux nés, femmes enceintes, […] récupérées par la police, classées, ordonnées, enfermées  ». C’est quasi insoutenable. La jeune chinoise est présente et scrute les visages en espérant reconnaître celui qu’elle attend, mais sans le retrouver, elle se réfugie dans un monde onirique qu’elle crée, et réinvente son histoire pour résister à la violence.

Isola de Fabianny Deschamps est à voir depuis le 6 décembre.

Makala

Un film d’Emmanuel Gras

Film documentaire et véritable suspens, Makala est servi par des images fortes et superbes.

Le film raconte le périple d’un villageois congolais qui, après avoir coupé un arbre, en fait du charbon de bois et transporte l’énorme chargement sur son vélo jusqu’à la ville. « Je cherche l’expressivité, non le réalisme [dit Emmanuel Gras]. Je n’aime pas l’esthétique réaliste, dans le sens de reproduire le plus fidèlement possible le réel. [Je veux] rendre la réalité la plus expressive possible. Chercher par quels moyens faire exister plus encore ce qui est là. »

Un film impressionnant de beauté, depuis la découverte de l’arbre à abattre jusqu’aux plans sur la route, dans la lumière, dans les phares des camions, dans la poussière… Un périple qui met le public en prise directe avec l’effort, transcendé peut-être, comme l’explique le réalisateur, mais d’autant plus impressionnant.

Makala d’Emmanuel Gras est à voir depuis le 6 décembre.

I Am Not a Witch (Je ne suis pas une sorcière)

Un film de Rungano Nyioni

Je ne suis pas une sorcière, le film de Rungano Nyioni est une ode à la liberté certes, mais c’est aussi le prix à payer pour celle-ci. Si de la chèvre de Monsieur Seguin, on veut nous faire retenir une leçon sur les dangers de la désobéissance et de l’insouciance, il s’agit à la base d’une soif de liberté, d’être sans entraves, même s’il faut se passer de protection.

C’est à ce dilemme auquel est confronté la jeune Shula. Si elle quitte la communauté des sorcières où elle est cantonnée, après avoir été chassée de son village par des croyances ancestrales, elle sera livrée à tous les dangers.

Je ne suis pas une sorcière, est-ce la seule révolte de Shula, un exemple pour les autres femmes entravées, une provocation, une volonté d’autonomie ? Shula a-t-elle des pouvoirs de sorcière ? Qui sait ? En tous cas le film, lui, est magique et très puissant.

I Am Not a Witch (Je ne suis pas une sorcière) de Rungano Nyioni sort le 27 décembre.

Kedi. Des chats et des hommes

Un film de Ceyda Torun

Une ville, des chats, des humains… Kedi n’est pas un film documentaire animalier, c’est un récit particulier parce que, « À Istanbul, un chat est plus qu’un chat. Il incarne le chaos indicible, la culture, la singularité qui font l’essence d’Istanbul ». Depuis des siècles, des milliers de chats vagabondent dans les rues d’Istanbul. Mi sauvages, mi domestiqués, ils et elles s’adaptent très bien à la ville, pour les plus chanceux, et apportent joie et raison d’être à bien des Stambouliotes. Kedi est donc l’histoire de sept de ces félins et félines qui habitent Istanbul.

La réalisatrice, Ceyda Torun, est née à Istanbul et a toujours aimé les chats libres de la ville. Elle a vécu aussi à New York, sans les chats des rues, et c’est sans là sans doute qu’elle a réalisé la spécificité des chats d’Istanbul. Elle travaille d’abord comme assistante réalisatrice, fonde sa propre maison de production et enfin se lance dans le projet d’écriture sur les chats d’Istanbul.

Ceyda Torun réussit à merveille à mettre en évidence le lien entre les chats, la ville et les Stambouliotes. Si l’on doit faire une comparaison entre ce film unique et une autre création, c’est peut-être avec l’écriture de Colette qui savait s’effacer de la même manière que la réalisatrice devant la personnalité des chats. C’est la même impression laissée par les « personnages » de Kedi : Sari, l’arnaqueuse, Aslan, le chasseur, Deniz, le mondain, Bengü, la tombeuse, Psikopat, la dominante, Gamsiz, le joueur, Duman, le gentleman… On n’est en effet pas près de les oublier, comme c’est le cas du fameux Kiki-la-doucette du Dialogues de bêtes de Colette. Le film raconte plusieurs histoires qui s’enchaînent en saynètes rythmées par la ville, la parole de quelques humains et beaucoup de figurants et figurantes poilu.es. « Ma seule intervention [explique la réalisatrice] relative à la “direction d’acteurs” a consisté simplement à m’asseoir parmi les chats et à les caresser, pendant […] la mise en place et la préparation du cadre. […] Notre plus grand défi était de nous approcher des chats sans qu’ils viennent nous demander des caresses ou qu’ils sautent sur nos genoux. »

C’est d’abord, en prélude et en panoramique, la découverte d’Istanbul à partir du ciel, puis la caméra est très vite à hauteur de chats et de chattes, les guettant dans leurs pérégrinations, leurs habitudes et leurs rituels. La caméra les suit au raz du trottoir et cette perspective change la perception de la ville qui va des félins aux humains et vice versa. Un tournage, à deux caméras, pour lequel il a fallu chercher des moyens pour se mettre à niveau du monde félin qui déambulent dans les ruelles, dans les marchés, sur le port, dans les rues très fréquentées, grimpent sur les toits et les balcons, visitent certains appartements, se faufilent dans leurs planques. «  Les chats qui vivent dans la rue à Istanbul sont généralement très à l’aise avec les gens [raconte Ceyda Torun] et ça leur plaisait que nos cameramen les suivent. En revanche, ils étaient plus méfiants, en présence de la voiture télécommandée que nous avions transformée en caméra. Soit ils s’enfuyaient, soit ils jouaient avec, quand ils ne l’attaquaient pas ! Ils étaient capables de fixer l’objectif géant de la caméra pendant de longs moments. Sans doute voyaient-ils un œil immense qui les scrutait ? Ça avait l’air de les ravir d’être regardés ainsi.  » Et le public est certainement ravi par Kedi qui a déjà été vu dans une dizaine de pays et a fasciné différents publics.

Kedi est le premier long métrage documentaire de Ceyda Torun et c’est une petite merveille. Si vous aimez la gent féline, je n’ai même pas à vous dire d’aller le voir dès le 27 décembre.

Le rire de Madame Lin

Un film de Zhang Tao (20 décembre 2017)

« Depuis l’ouverture de la Chine au marché et le passage du socialisme au capitalisme, les valeurs traditionnelles entrent en conflit avec les valeurs du libéralisme et les traits de la société de consommation.  » C’est ainsi que Madame Lin, après un malaise et un séjour à l’hôpital, devient un poids pour ses enfants. La vieille dame alors « cristallise leurs frustrations et sert d’exutoire à l’injustice sociale qu’ils ressentent. » Selon les chiffres officiels, la Chine a l’un des taux de suicides de personnes âgées les plus élevés au monde.

Dans le rire de Madame Lin, le réalisateur montre comment la dépossession de son autonomie détruit la vieille dame, en même temps que l’indifférence ou la cruauté de ses enfants. «  Chacun des membres de la famille représente un aspect de l’envers du boom économique : paysans appauvris, petits commerçants qui voient fondre les économies d’une vie, enfants abandonnés par des parents partis tenter leur chance en ville… » Le rire de Madame Lin montre des faits et les conséquences du nouveau monde libéral et individualiste.

Le rire de Madame Lin de Zhang Tao est sur les écrans depuis le 20 décembre.

Le lion est mort ce soir

Un film de Nobuhiro Suwa (27 décembre 2017)

« J’ai un problème [dit Jean-Pierre Léaud à sa maquilleuse sur un tournage]. Comment jouer la mort ? La mort, ça ne se joue pas.  » Comment se termine une vie dont on ne veut pas savoir la fin ?

La question reste en suspens comme le tournage d’ailleurs et Jean-Pierre Léaud, soudain désœuvré, décide de visiter son passé en même temps que la maison d’une amie, Juliette, qui l’a aimé et est morte en 1972. Il retrouve la maison, discute avec le fantôme de Juliette et fait la rencontre de jeunes apprentis cinéastes qui veulent tourner un film d’horreur… Alors leur dit Léaud, il faut d’abord écrire le scénario. Un joli film sur le désir de cinéma et la transmission.

Jean-Pierre Léaud est remarquable dans la dernière scène qui se déroule à la reprise du tournage interrompu, il joue deux fois la même scène… Les deux prises sont-elles identiques ? Pour le dialogue, oui, mais l’émotion passe différemment… C’est ça le cinéma !

Le lion est mort ce soir de Nobuhiro Suwa sort le 27 décembre.

Et d’autres films encore pour finir l’année 2017 et commencer 2018…

Un homme intègre de Mohammad Rasoulof

Très grand film que cette charge critique de Mohammad Rasoulof contre la corruption. Un homme intègre décrit l’impuissance d’un homme qui ne veut pas se compromettre et se heurte aux autorités avec pour défense sa seule bonne foi.

On va tout lui prendre, mais il ne veut ni céder ni partir. Sa seule échappatoire, c’est de s’enivrer avec de l’alcool qu’il fabrique. Un homme intègre de Mohammad Rasoulof, c’est le choix entre la résistance au rouleau compresseur du pouvoir ou hurler avec les loups ?

Un homme intègre de Mohammad Rasoulof est sur les écrans depuis le 6 décembre.

Mohammad Rasoulof est toujours en attente de procès et assigné à résidence en Iran.

En présence d’Abraham Ségal et de Marc Olry, de Lost Films, distributeur du film de Jean-Baptiste Thoret, We Blew It