Refuzniks. Dire non à l’armée en Israël de Martin Barzilai. Centaure de Aktan Arym Kubat. The Ride de Stéphanie Gillard. Non de Ximun Fuchs et Enaut Castagnet

dimanche 4 février 2018
par  CP
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Refuzniks

Dire non à l’armée en Israël
Martin Barzilai (Libertalia)

Cinéma

Centaure de Aktan Arym Kubat (31 janvier) The Ride de Stéphanie Gillard (31 janvier) Non de Ximun Fuchs et Enaut Castagnet (31 janvier)

Refuzniks

Dire non à l’armée en Israël
Martin Barzilai (Libertalia)

La militarisation de la société israélienne et ses conséquences sur la population sont profondes et graves. « Depuis la création d’Israël en 1948, on désigne chaque génération de la société juive israélienne selon le nom des guerres, des conflits armés ou des opérations menées par son armée. […] L’armée fait partie intégrante de l’identité intime et collective de chaque Israélien et de chaque Israélienne. » Dans sa préface, Eyal Sivan qualifie même le passage obligé du service militaire de « rituel d’initiation collective » — 3 ans pour les garçons et 2 ans pour les filles.

Dès l’enfance, la pression de l’État s’exerce pour former une jeunesse prête à « défendre » son pays. L’insoumission est tabou. La haine de la population palestinienne occupée est littéralement instillée par une propagande omniprésente. Dès 1948 pourtant, des Israéliens et des Israéliennes se sont rebellé.es contre. Arna Mer Khamis, par exemple : «  j’ai été entraînée par la Haganah dès l’age de 12 ans. [En 1948,] j’ai assisté au début de l’expulsion des Palestinien.nes. J’étais un témoin attentif de toute la tragédie : les corps dans la rue, les milliers de personnes sur les routes, chassées et poussées à l’exil… Alors je me suis insurgée, je faisais partie de l’aile gauche du mouvement qui avait pour slogan : “un pays pour deux peuples”. Je me souviens encore des discussions autour de la décision de tirer ou non sur les populations ». Également l’avocate Léa Tsemel : «  je peux situer ma prise de conscience en 1967. L’occupation m’a fait comprendre la réalité de la situation — l’oppression de la population palestinienne — et m’a fait me poser beaucoup de questions, jusqu’à la conclusion que le sionisme était négatif. J’ai décidé alors de ma future carrière, en cohérence avec mes engagements politiques. » Entrer en dissidence a toujours été lourd de conséquences, refuser l’occupation, c’est être considéré.e comme traître.

Il faut donc du courage pour déclarer son refus de servir dans l’armée israélienne d’occupation. Au début des années 2000, le mouvement des Refuzniks a commencé à faire parler de lui. Radio Libertaire a reçu Matan et Michal, qui ont expliqué leur engagement dans les Anarchistes contre le mur et leur refus de l’armée. Il faut du courage en effet pour s’élever contre les pressions de l’État, malgré les conséquences sociales et parfois le rejet familial. Martin Barzilai laisse une parole libre aux Refuzniks et les photographie.

Refuzniks. Dire non à l’armée en Israël est un livre important, non seulement pour les témoignages, les itinéraires de prise de conscience, mais également l’ébauche de portrait d’un autre Israël et des problèmes qui l’agitent. Rendre compte de l’occupation et de la détermination des Refuzniks à Dire non à l’armée en Israël soulève bien des réflexions, notamment celle de Udi Segal : « Avant de parler d’une solution : un État, deux États, pas d’État… Il faudrait commencer par arrêter le contrôle israélien en Cisjordanie. » J’ajouterai, de même que lever le blocus de Gaza et cesser l’occupation du Golan.

En compagnie de Martin Barzilai et Matéo du mensuel CQFD.

Centaure de Aktan Arym Kubat. (31 janvier 2018)


Centaure, autrefois voleur de chevaux, mène désormais une vie paisible dans sa petite ville du Kirghizistan. Il aime conter les légendes d’autrefois à son fils, lorsque les hommes et les chevaux vivaient ensemble, lorsque les humains s’entraidaient et développaient une tradition de solidarité.

La nuit, Centaure se lève et « emprunte » des chevaux de compétition pour une chevauchée mythique sous les étoiles. C’est son secret, sa manière de renouer avec le passé des légendes et se sentir libre en pleine nature. Mais un soir, le mystère est révélé sur ces disparitions de chevaux. Centaure est piégé et désigné à la vindicte de la population. Il est vrai qu’en plus, il ne joue pas le jeu des religieux, surtout depuis que les bigots ont réquisitionné la salle de cinéma, dont il était le projectionniste, pour la transformer en mosquée. Une manière supplémentaire d’éradiquer la mémoire d’une population, après l’abandon des valeurs nomades.

Quels sont finalement les torts de cet ancien projectionniste, cet amoureux des chevaux ? D’être un Candide, interprété par le réalisateur lui-même, qui résiste à toute forme de domination, qu’elle découle du système libéral ou des pressions religieuses. Centaure est un film de résistance et un film poétique sur la passation d’un savoir ancestral entre père et fils.

Nous savons très peu sur cette culture nomade et la population kirghize, et avec ce film nous découvrons la situation politique, la culture, la mainmise d’un islam rigoriste sur une société, qui a basculé dans l’économie libérale, du coup l’histoire prend une dimension universelle. Le film d’Aktan Arym Kubat, sorti le 31 janvier, est une très belle découverte.

La rencontre avec Aktan Arym Kubat a eu lieu le 22 janvier. Traduction du Russe par Nikolas Iaronchenko

The Ride (La chevauchée) de Stéphanie Gillard (31 janvier 2018)


Superbe film documentaire sur la longue chevauchée des Indiens Sioux sur 450 kms pour garder la mémoire de ceux et celles qui ont été massacrées à Wounded Knee. Tous les ans, de jeunes cavalier.es traversent une région des États-Unis durant quinze jours et retrouvent ainsi les coutumes ancestrales, racontent leur histoire, les spoliations… Ils et elles parlent aussi de la difficulté d’être indien ou indienne dans un pays qui continue de bafouer les droits et les méprise.

L’entretien de Stéphanie Gillard sera diffusé samedi prochain.

Non de Ximun Fuchs et Enaut Castagnet (31 janvier 2018)


Durant la réforme du Code du travail de 2016 en France, l’usine Radial ferme après un mouvement de grève long et harassant. Des collègues et amis se retrouvent pour “fêter” leur prime de licenciement. Sur le chemin du retour, Bruno refuse de se soumettre à un contrôle de gendarmerie. C’est alors que tout bascule… Un film interprété par le Petit théâtre pain, dans une ville entière investie dans le projet.


Les 18es journées cinématographiques dionysiennes REBEL REBEL se déroulent du 7 au 13 février à Saint Denis. Ouverture des 18es Journées : mardi 6 février en présence de Larry Clark et la projection de son film, Another day in Paradise.