Le Monde comme projet Manhattan. Des laboratoires du nucléaire à la guerre généralisée au vivant de Jean-Marc Royer. Une saison en France de Mahamat-Saley Haroun. L’insulte de Ziad Doueiri. Centaure de Aktan Arym Kubat

lundi 29 janvier 2018
par  CP
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Le Monde comme projet Manhattan Des laboratoires du nucléaire à la guerre généralisée au vivant

Jean-Marc Royer (Le passager clandestin)

Préface d’Annie Thébault-Mony et Postface d’Anselm Jappe

CINÉMA :

Une saison en France Film de Mahamat-Saleh Haroun (31 janvier 2018)

L’insulte Film de Ziad Doueiri (31 janvier 2018)

Centaure Film de Aktan Arym Kubat (31 janvier 2018)

Le Monde comme projet Manhattan Des laboratoires du nucléaire à la guerre généralisée au vivant

Jean-Marc Royer (Le passager clandestin)

Préface d’Annie Thébault-Mony et Postface d’Anselm Jappe

Le monde comme projet Manhattan. Des laboratoires du nucléaire à la guerre généralisée au vivant est un ouvrage important, ouvrant à des réflexions essentielles sur la question du nucléaire et de ses multiples conséquences. Si Jean-Marc Royer consacre les deux premières parties de son essai à une «  toute autre histoire du nucléaire », avec force détails historiques et scientifiques, il s’attache ensuite à pousser l’analyse bien au-delà de l’enquête ou du constat des méfaits d’une « science » quasi déifiée et largement récupérée, en premier lieu par les complexes militaro-industriels.

Le nucléaire est « la figure de proue d’une civilisation fondamentalement morbide, mortifère et autodestructrice qui s’est violemment imposée en Occident depuis deux siècles. » Mais cette prémisse posée, il est crucial d’appréhender et de croiser les dimensions historiques, politiques, philosophiques et industrielles de la question pour cerner dans le détail comment le nucléaire a profondément changé les perceptions humaines et sociales au plan planétaire et pour comprendre, par exemple, « de quelle manière les États-unis en ont usé pour s’attribuer le rôle de gendarme du monde depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale ». Cela, dans la perspective de résister à une fatalité entretenue par un imaginaire du progrès… Entendez du profit. La seule position politique et philosophique qui rende compte de l’essence du nucléaire consiste à soutenir que c’est « un écocide et un crime contre l’Humanité de type nouveau  », au vu de ses effets quasi irréversibles.

Dans la seconde partie du Monde comme projet Manhattan, Jean-Marc Royer revient donc sur l’origine de l’ère nucléaire et insiste « sur le fait que la stricte contemporanéité d’Hiroshima et d’Auschwitz n’est pas fortuite, qu’elle ressort des mêmes “secrets de famille” du capitalisme, et qu’en outre la conjonction de ces deux crimes contre l’humanité dans les années 1940 est le signe d’une rupture historique fondamentale », sur fond de synergie entre capitalisme et connaissance scientifique. Il est d’ailleurs intéressant d’observer que la mémoire de ces événements historiques est différemment traitée dans l’histoire officielle, et que jusqu’à aujourd’hui, les effets des catastrophes nucléaires sont généralement minorés et que perdure le réflexe de déni de la part des autorités et des industriels concernés.

Août 1945, bombardements des villes d’Hiroshima et de Nagasaki, deux sites choisis sciemment pour « causer le maximum de dégâts et de pertes en vies humaines ». Cet assassinat de masse, justifié comme la seule solution de mettre fin à la Seconde Guerre mondiale, est en fait l’aboutissement inévitable du projet Manhattan. Durant quatre années et dans le plus grand secret, le projet a été préparé par des scientifiques, les industries de pointe étatsuniennes (de Monsanto à Westinghouse), l’État et l’armée.

Le Monde comme projet Manhattan. Des laboratoires du nucléaire à la guerre généralisée au vivant de Jean-Marc Royer est le récit documenté de l’histoire secrète de ce projet. L’auteur montre comment la recherche d’une « solution totale » prit le pas sur toute considération humaine. Le nucléaire constitue ainsi une transgression majeure des interdits sociaux fondamentaux sous l’égide d’une «  rationalité calculatrice ».

Le projet Manhattan, contemporain d’une entreprise de mort massive mise en place à Auschwitz-Birkenau ? Auschwitz et Hiroshima-Nagasaki sont-ils deux moments qui représentent l’aboutissement d’une alliance entre science et capitalisme industriel, illustré déjà par les premières lois eugénistes et la « grande boucherie » de 1914 ?

Nous en parlons avec l’auteur, Jean-Marc Royer.

Une saison en France de Mahamat-Saleh Haroun (31 janvier 2018)


Une Saison en France s’attache à montrer ce que signifie l’attente du statut de réfugié, après un exil forcé et souvent dramatique. Un statut accordé sans que l’on connaisse les critères de l’administration. S’inspirant de faits réels et de situations désespérées — allant jusqu’à l’immolation dans les locaux de la cour nationale du droit d’asile —, Mahamat-Saleh Haroun décrit ainsi l’intime de ces personnes avec justesse, laissant place aux visages et aux expressions qui, parfois, expriment l’intensité de l’angoisse vécue et la sensation de rejet.


Abbas, professeur de français à Bangui, a fui la guerre en Centrafrique avec sa compagne et ses deux enfants. Hanté par ses cauchemars — son épouse a été tuée par la milice —, il tente néanmoins d’organiser sa vie avec ses enfants , travaille, rencontre Carole… Mais sa demande du statut de réfugié est longue et fastidieuse à obtenir. Il est en sursis, et la situation ne lui permet pas d’avoir des projets à long terme. « Comme beaucoup de pays, africains francophones [explique Mahamat-Saleh Haroun], cette nation est un peu une invention, la France lui a donné un nom, des frontières, une monnaie, une langue… » Mais de là, à accorder le doit d’asile aux réfugié.es de ce pays, c’est une autre histoire ! Il ajoute que, d’ailleurs, les Centrafricains ne sont pas dans le circuit médiatique et que cela ne joue pas en leur faveur. Il semble en fait exister « une hiérarchie des réfugiés, presque une mode » selon que les pays sont ou non sur la sellette.

Une Saison en France « se raconte sur le ton de la chronique, sans dramatisation des péripéties ». Une chronique en effet, qui montre la « jungle » de Calais… rasée, disparue, effacée des mémoires.

Entretien avec Mahamat-Saleh Harou.

L’insulte de Ziad Doueiri (31 janvier 2018)


Sous une forme de thriller, Ziad Doueiri réalise avec son nouveau film, L’Insulte, un récit percutant qui illustre de façon magistrale les conséquences de la guerre civile libanaise. Cette guerre que tout le monde veut oublier, la plupart des politiques veulent écarter l’idée même de tensions directes ou souterraines, d’autres les utilisent… Et l’on veut bétonner la mémoire grâce à une frénésie de la construction. Cependant, il n’en demeure pas moins les milliers de disparu.es, les massacres passés à la trappe, les rancœurs qui, exacerbées, sont susceptibles de relancer la haine.

Ziad Doueiri, réalisateur de West Beyrouth et de la série Baron noir, traite ici des origines d’une affaire qui devient peu à peu affaire d’État, partant d’une échauffourée banale entre un chrétien libanais et un réfugié palestinien. La montée en puissance d’une haine sourde qui resurgit et s’emballe montre à quel point le pays est une véritable poudrière. À l’occasion d’une insulte à l’encontre d’une attitude hostile, cela dégénère au point que des paroles inacceptables font monter la tension et la violence.

L’insulte est un thriller politique et social sur la situation libanaise, mais aussi plus généralement, sur la violence. Un très grand film. (31 janvier 2018)

Centaure de Aktan Arym Kubat.


Centaure, autrefois voleur de chevaux, mène désormais une vie paisible dans une petite ville du Kirghizistan. Il aime conter à son fils les légendes d’autrefois lorsque les hommes et les chevaux vivaient ensemble, lorsque les humains développaient une solidarité naturelle. La nuit, Centaure emprunte des chevaux pour les chevaucher, renouer ainsi avec un passé des légendes et se sentir libre dans la nature.

Centaure est un très beau film et nous fait découvrir ce qu’était la culture nomade. (31 janvier 2018)

Tous ces films seront sur les écrans le 31 janvier.