Flamenco : Camarón de la Isla. "Libre comme l’air, libre comme le vent"

vendredi 27 juillet 2018
par  CP
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« Le Gitan est ce qu’il y a de plus élevé, de plus profond, de plus aristocratique dans mon pays, celui qui garde la braise, le sang et l’alphabet de la vérité andalouse et universelle ». Federico Garcia Lorca.

Camarón, José Monje Cruz pour l’état-civil, est né à San Fernando, dans la province de Cadix en 1950. Il est mort à Santa Coloma de Gramanet, dans la province de Barcelone, en 1992, à l’âge de 42 ans. Camarón est l’avant-dernier d’une fratrie de huit enfants, issus de la communauté gitane. Baptisé José, son oncle Joseico lui donna le nom de Camarón en raison de sa rousseur et sa maigreur, presque transparente, similaire à un camarón, une crevette.

Né avec la saveur des salines et l’odeur des marais, dans le quartier gitan de Las Callejuelas de San Fernando, Camarón a toujours pris la Baie de Cadix comme référence. Un attachement aux terres des origines qu’il parcourait à cheval de façon débridé. Il est toujours revenu à San Fernando et se rappelait le son (le ritmo, disait-il) des coups de marteau de son père forgeron. Le petit José avivait le feu et avec son père, il parcourait les villages pour vendre leurs clous gitans. Enclume, forge, clou, étincelles de feu et son père pour chanter les seguiriyas, les chants de l’âme gitane.

« Chez moi, tout le monde a chanté et dansé, bien que personne n’était artiste », se rappelait Camarón. Lorsqu’au village arrivait une famille de gitans, elle s’arrêtait et était hébergée dans la maison de José. C’était des nuits de chant et de danse, José, enfant, se cachait derrière les rideaux pour apprendre le chant des anciens. Il apprit l’expression de la joie, de la douleur et la quête de liberté des gitans.

Présente depuis le XVe siècle en Espagne et sédentarisée de force, la communauté gitane, qui compte aujourd’hui environ 800 000 personnes, n’a jamais su trouver sa place. Elle reste la minorité la plus mal vue d’Espagne. Tout au long des siècles de l’histoire d’Espagne, ils/elles n’ont pas manqué d’être pourchassé.es, étiqueté.es, parqué.es. À l’entrée de la ville de Barcelone, au XVIIIe siècle, un panneau indiquait : « entrée interdite aux Gitans, aux Murciens [les habitant.es de Murcie et de sa région], et autres gens de mauvaise vie ». Un exemple entre mille.

Il avait huit ans quand il est allé à la Venta de Vargas, la taverne cénacle du flamenco de San Fernando et là, il commença à chanter avec des seguiriyas, celles apprises de son père. Il recevait en échange de ses chants un peu d’argent et un plat de chou, accompagné les jours d’abondance de pringá (de viande). Il avait laissé l’école à la mort de son père pour se consacrer au chant et à la guitare dans les tavernes de San Fernando, mais surtout à la Venta de Vargas.

Avec Rancapino, son inséparable compagnon, il gagnait sa vie en faisant la manche dans les trains et les bus de la Baie. À Cadix, on commença à parler de Camarón. À tout juste 12 ans, il était capable avec sa voix déchirée d’interpeller les passants sur la place de la Cathédrale.

En 1966, Camarón de la Isla gagna un prestigieux concours lors du Festival del Cante Jondo à Jerez et partit monnayer son talent à Madrid. C’est dans le cabaret Torres Bermejas de Madrid que Camarón de la Isla rencontra le virtuose de la guitare Paco de Lucia. Les deux hommes commencèrent à collaborer et sortirent en 1969 l’album El Camarón de la Isla avec la collaboration spéciale de Paco de Lucía. Ce fut le point de départ d’une complicité de neuf ans. La Légende du Temps, son disque le plus révolutionnaire se retourna contre lui. De vieux gitans restituèrent l’album aux disquaires, considérant que Camarón avait trahi les règles d’or du flamenco.

Et pourtant, La Légende du temps est un des joyaux de la discographie flamenca de cette seconde moitié du siècle. Sous l’impulsion de Ricardo Pachón et de quelques autres, le flamenco venait d’entrer dans l’ère moderne, sortant de l’orthodoxie où l’avait plongée la dictature franquiste. En reprenant les poésies de Federico Garcia Lorca, Camarón faisait connaître au grand jour les textes du poète assassiné, longtemps interdits en Espagne. La Légende du Temps, dont nous parlerons longuement dans notre prochaine émission la semaine prochaine avec Ricardo Pachón, le producteur de Camarón.

Il souhaitait vivre, « tandis que l’âme m’appelle » chantait-il lorsqu’il était déjà enlisé dans une vie dont il ne voulait plus, mais qu’il ne pouvait fuir. Il exprimait sa vie dans ses chansons. Enclume, forge, feu, clou, nuits sans jour, billards, sandwichs, héroïne, acide et tabac... Il réaffirma sa foi d’homme libre dans Soy gitano (1989) qui devint son premier disque d’or et l’album de flamenco le plus vendu de l’histoire. Sur son dernier disque Potro de rabia y miel (1992) la mort fit son apparition dans son répertoire, avec des regrets éternels, dans le dramatique Nana del caballo grande, un texte culte de Federico Garcia Lorca.

En 1992, José Monge Cruz est mort d’un cancer du poumon. « J’aimerais qu’ils m’enterrent à San Fernando », disait-il. Et il en fut ainsi. On estime à plus de 100 000 le nombre de personnes qui ont assisté à son enterrement. Comme les croyants à la Mecque, les camaroneros, viennent aujourd’hui encore avec un chant et une fleur sur le mausolée de José Monge dit Camarón.

Camarón de la Isla était un chanteur de légende, un hétérodoxe, avec une profondeur de voix inégalable. C’est le grand mythe gitan de l’art flamenco. Aujourd’hui, c’est à San Fernando, son village natal que nous marcherons sur ses pas, avec les témoignages de Patricia Galera, la responsable de la culture de San Fernando, et Lolo Picardo, le propriétaire de la Venta Vargas, le cabaret où Camarón démarra sa carrière de chanteur à l’âge de huit ans.

Musique > Lebrijano, Libre como el aire

Entretien avec Lolo Picardo

Lolo Picardo : Nous sommes dans le patio de La Venta de Vargas où nous présentons nos spectacles, c’est ici qu’a eu lieu une émission en direct, très connue, de la télévision espagnole appelée « Musique garce ». Elle a été programmée lors d’un réveillon de Noël. La plus importante a été faite ici avec Camarón.

Et voilà le restaurant avec deux petites pièces, le patio, le salon et la cuisine. Nous existons depuis 1921, d’abord sous le nom de Venta Ritaña et ensuite sous le nom de Venta de Vargas en 1937. C’est un restaurant avec de la cuisine traditionnelle de notre région, il est très connu pour ses omelettes de « camarones », de crevettes et le poisson typique de la région, un poisson qui se reproduit dans les piscines des salins. C’est un poisson exceptionnel, ensuite nous avons d’autres poissons, la limande, la dorade et bien sûr les crevettes. Le camarón, la crevette dont Camarón porte le nom.

Daniel : Vous avez toujours vécu ici ?

Lolo Picardo : Oui, j’ai toujours vécu ici, mes parents étaient les propriétaires, ma grand-tante était la propriétaire antérieure et sa belle-sœur auparavant. Nous sommes quatre générations, je fais partie de la 4e génération depuis 1921.

Daniel : Vous avez reçu ici une grande quantité d’artistes ? Selon les informations que nous avons. Camarón a été découvert ici par Manolo Caracol, un grand chanteur de flamenco.

Lolo Picardo : Venez asseyons-nous.

Daniel : Nous ne voulons pas abuser de votre temps.

Lolo Picardo : Mais non, je suis le seul à ne pas faire le ménage dans ce restaurant (rires). Après la guerre civile, en Espagne, en 1939, tous les théâtres et toutes les compagnies ont disparu. Les flamencos, les artistes de flamenco se réfugièrent dans les tavernes comme la nôtre. On les appelait les « cabales ». Le « cabal » était une personne qui écoute le flamenco et qui paye. Alors durant quelques années, les flamencos, les artistes du flamenco, sont venus ici à la Venta, les artistes chantaient gens dînaient et leur donnaient de l’argent. Le flamenco de « cabales » ne nécessitait pas de scène comme les tablaos, les cabarets professionnels s’étaient autre chose.

Daniel : Les tablaos étaient plus professionnels, plus travaillés, ici c’était plus spontané non ?

Lolo Picardo : Quand les gens mangeaient, ils demandaient : « dis-moi qui avez-vous pour chanter ? ». « Il y a Camarón ». « Dis-lui qu’il vienne ! ». Et ils chantaient.

Daniel : C’est ainsi qu’a commencé à chanter Camarón alors ?

Lolo Picardo : Ceux qui sont restés le plus longtemps ici c’est le frère de Camarón Manuel Monje, El Chato de la Isla, Coco Farina qui était un danseur handicapé de Chiclana qui dansait très bien, El Beni de Cadiz et la famille des Biatos. Camarón était d’une autre génération. À 14 ans, il a commencé à venir à la Venta. Il allait à plusieurs ventas parce qu’il y rencontrait beaucoup d’artistes, mais il venait ici aussi parce que les neveux des propriétaires étaient des amis de son quartier. Cette maison était la sienne, il rentrait dans la maison et il s’y trouvait comme chez lui. De là est né ce lien, il chantait dans plusieurs ventas, mais celle-ci était spéciale en raison des amis qui s’y trouvaient.

Daniel : Sa famille était très liée aux flamencos. Sa maman chantait, ses parents venaient à la Venta ?

Lolo Picardo : Ses parents venaient de temps à autre. Son père était forgeron, un des métiers les plus appréciés des gitans, sa mère chantait également, mais elle avait ses activités, mais celui qui venait souvent ici c’est son père.

Musique > Juana Cruz Castro (mère de Camarón. Archive sonore.)

Lolo Picardo : Dans les années 50, les autorités voulaient que la Venta ferment à minuit/minuit 30. À l’époque, on ouvrait pour le déjeuner, le dîner et la soirée. Une nuit Juan Vargas, le propriétaire, demanda aux policiers qu’ils mettent eux-mêmes dehors les clients. Malheureusement pour eux c’était le gouverneur civil qui se trouvait en train de dîner. Le gouverneur civil dirigeait la province de Cadix, il y avait Franco, le dictateur et les gouverneurs civils. Le gouverneur dit : « ne vous préoccupez pas, je vais tout arranger ». Et effectivement il solutionna le problème, il donna à la Venta un permis de secours routier. C’était comme sur les autoroutes avec les aires de service, ce qui correspondait à mettre à disposition des gens d’un verre d’eau et de toilettes.

Daniel : Ce qui a fait que la Venta pouvait rester ouverte 24 heures sur 24.

Lolo Picardo : Exactement. Ce permis a fait que lorsque tous les établissements de la province de Cadix fermaient, tous les gens venaient ici, les gens bien et les autres. Ce qui me plait, c’est de voir des personnes âgées de 80 à 90 ans venir dîner et entendre certaines personnes dire : « c’est la première fois que je viens à la Venta, parce que ma femme ne me laissait pas venir ». La Venta avait pour ces gens une très mauvaise réputation, à trois heures du matin ce sont les prostituées du cabaret qui venaient avec leurs clients. Les meilleurs flamencos étaient chantés à l’aube à la Venta. Ils venaient avec des envies de fête et de flamenco. C’est dans cette ambiance que Camarón a commencé à chanter, il le faisait en cachette en raison de son jeune âge.

Daniel : La nuit, il ne pouvait pas chanter.

Lolo Picardo : Il était trop jeune, il avait 14-15 ans. C’est dans cette ambiance que de nombreux artistes l’ont découvert. Manolo Caracol a connu Camarón à la Venta.

Musique > Camarón, Homenage a Federico

Daniel : Caracol chantait quand il venait ici ?

Lolo Picardo : Caracol était très ami avec Juan Vargas le propriétaire. Le quartier général de Caracol dans la province de Cadix était la Venta de Vargas. Il venait chanter lors des galas de l’été et il dormait ici. À partir de là, il se déplaçait partout. Il avait beaucoup d’amitié pour ma famille, pour Juan, pour mon grand-père avec qui il jouait aux cartes, il prenait ses repas et menait sa vie ici. Caracol était de Séville, du quartier de l’Alameda de Hercules, il est né là-bas. Il vivait avec la chanteuse Lola Florés. On donna le titre La Venta de Vargas à un de ses films. Ils n’ont pas tourné ici, mais en studio. Les extérieurs ont été filmés ici, on a fait un cadeau à Caracol et à notre famille en intitulant le film La Venta de Vargas.
La première Venta de Vargas a été créée en 1810, quand nous avons laissé les Français s’installer en Espagne.

Camarón s’est fait connaître au moment où un chanteur, un rumbero de Malaga qui s’appelait Miguel de los Reyes est parti fâché d’une taverne flamenca parce qu’on lui avait refusé un sandwich. Chaque jour, on lui donnait un sandwich lors de la pause et ce refus il ne l’a pas supporté, il est parti de la taverne où il travaillait à Malaga. C’est alors qu’on a cherché un chanteur pour le remplacer, il y avait Pansequito, Rancapino qui était au service militaire. Rancapino plaisait, mais ils préférèrent Camarón. C’est à Malaga qu’il a signé son premier contrat.

Daniel : Il avait une relation très particulière avec la ville de Malaga. Un livre est sorti sur cette question.

Lolo Picardo : Boquerón de la Isla (L’Anchois de l’île) de Francis Marmol. Il est resté de nombreuses années à Malaga, mais avant de partir pour Madrid, il est revenu à San Fernando. Camarón n’avait pas d’argent, alors mon père a mis en gage pour lui un bracelet en or, il lui a préparé quelques sandwichs, il a dit au revoir et il est parti pour Madrid.

Musique > Paco de Lucia, Entre dos aguas

Daniel : À quel âge part-il à Madrid ?

Lolo Picardo : Je crois qu’il avait 17 ans, il est parti avec un permis spécial de sa mère. À Madrid, il chantait dans des tablaos flamencos comme Torres Bermeja ou Villarosa. En 1969, il grava son premier disque avec Paco de Lucia. C’est le père de Paco de Lucia qui a écrit cet album et les neuf qui ont suivi. Il s’agit des meilleurs disques qu’il a enregistrés.

Daniel : Paco de Lucia et Camarón se retrouvèrent à Madrid ?

Lolo Picardo : Je crois qu’ils se sont rencontrés dans la région.

Daniel : Paco de Lucia disait « je l’ai connu car nous jouions dans différents endroits et une nuit nous avons pris quelques verres et en discutant nous avons convenu que nous pouvions travailler ensemble. » Dès le départ est née cette complicité entre deux génies.

Lolo Picardo : Avec les meilleurs, tout le monde veut jouer. Camarón avait un don, se sont joints à lui le meilleur guitariste vivant et les meilleurs producteurs. À Madrid, il a imposé sa propre façon de chanter dans les tablaos flamencos Torres Bermeja ou Villarosa jusqu’à ce qu’il rencontre Juan Villar, un grand chanteur de famenco qui avait sa propre compagnie.

Camarón n’a pas toujours plus car les choses nouvelles, les révolutions ne plaisent pas aux gens, mais peu à peu il s’est imposé. Quand il enregistre la Leyenda del Tiempo, la Légende du temps, avec le père de Paco de Lucia, ils avaient gravé dix disques de facture très traditionnelle, très classique. Dans la Leyenda, le producteur Ricardo Pachón va inclure une musique nouvelle, une batterie et les paroles de Federico Garcia Lorca. Il faut rappeler qu’avant la mort de Franco, on ne pouvait parler de Federico. C’était une révolution, mais ils n’ont vendu que 2 000 disques. Le disque ne s’est pas vendu.

Daniel : Pour les aficionados, les passionnés de flamenco, c’était aller trop vite non ?

Lolo Picardo : Les gitans rendaient le disque aux disquaires. À la sortie du disque, Camarón dit « le disque est très bien, mais le prochain sera plus normal ». Le monde du flamenco est trop fermé comme l’église, trop ancien.

Musique > Camarón, La leyenda del tiempo

Daniel : Quand il est devenu célèbre, il est revenu à San Fernando pour voir sa mère. J’imagine qu’il est resté fidèle à la Venta de Vargas.

Lolo Picardo : Il a toujours sa famille et il venait à la Venta avec ses amis. Petit, j’allais avec lui et ses enfants à la plage. Nous avons fait beaucoup de fêtes auxquelles il a participé sur un terrain que nous avons ici à San Fernando. Il venait à la Venta, il mangeait dans une petite pièce afin d’être tranquille. Et à chaque fois qu’il devait y avoir un tournage, il demandait qu’il s’effectue à la Venta de Vargas. S’il s’agissait de la télévision, ils venaient à la Venta, si une interview devait avoir lieu, il choisissait la Venta de Vargas comme, par exemple, celle d’Alberto Garcia-Alix pour le journal El Europeo où ont été publiées des photos très connues de Camarón. Elles ont été faites dans la petite pièce où il mangeait. La Venta était une référence pour lui et mon père était un ami intime. Il était toujours là pour Joselito, el Camarón.
L’équipe de football de mon père était Camarón. À partir du moment où il est parti à Malaga, il ne regardait plus les résultats du foot. Il lisait tous les jours les journaux pour voir si les succès de Camarón apparaissaient dans la presse. C’était la passion de mon père, il la vivait intensément. La dernière grande fête a eu lieu lors du baptême du fils de Camarón dans un autre local que nous avions parce que celui-ci était trop petit. Nous lui avons offert le baptême, il ne pouvait pas l’organiser ailleurs. Il avait beaucoup d’amitié pour ma tante, pour mon père, pour ma mère qui était sa voisine, il avait beaucoup de liens avec ma famille et la Venta.

Musique > Camarón, Soy Gitano

Daniel : À partir de ce que tu viens de nous raconter, on peut se rendre compte que tu as été lié à Camarón, pas seulement professionnellement. C’est un ami de ta famille, tu as partagé beaucoup de choses avec lui. Comment tu le définirais, au niveau de sa personnalité, de son comportement avec les autres, avec les gens de San Fernando ?

Lolo Picardo : Le terme fondamental pour définir Camarón c’est l’humilité. Il était très humble et très simple. Dans le monde du flamenco, on parle de la personnalité des flamencos jusqu’à l’époque de Camarón. Les personnalités qui régnaient étaient dotées d’un caractère assez agressif et rude. « Je suis le numéro 1 ». Je ne veux nommer personne, mais voilà ce qu’était le flamenco jusqu’à aujourd’hui. Les flamencologues, qui ont étudié la personnalité des flamencos, parlent de deux personnes différentes au niveau du caractère, il s’agit du chanteur Enrique Morente et Camarón de la Isla. Ils sont tous les deux totalement différents, plus humbles, plus entiers et plus sensibles. Et c’est en cela qu’ils étaient révolutionnaires aussi, par leur manière d’être. Camarón respectait tout le monde, il était écouté par les gens, il était très timide, mais il offrait des photos et des autographes à tout le monde. Il ne disait jamais non. C’est ce qui le caractérisait. Il était très proche de sa famille, dès qu’il le pouvait, il venait manger avec sa femme et ses enfants à la Venta, ensuite il partait jouer avec eux. Si quelqu’un avait besoin de quelque chose, il l’aidait. Il était très proche des gens, comme le sont les gens du Sud en réalité. Ils ne sont pas matérialistes, ils pratiquent l’entraide. Camarón était comme ça, c’était une belle personne.

Musique > Camarón, Tango de la Sultana

Daniel : Tu as vécu des choses intenses avec lui, tu nous as parlé du baptême de son fils. Tu as vécu aussi les funérailles de Camarón.

Lolo Picardo : Nous avons tout vécu. La fête avec la télévision espagnole enregistrée ici. Le baptême où dans un local fait pour 300 personnes sont entrés 500 personnes. Il n’a pas fait de difficultés pour qu’elles participent, il n’a demandé à personne d’empêcher les gens d’entrer. Il y avait de la nourriture et des boissons pour tous. Le baptême a duré deux jours, la première partie a vu le monde boire et manger jusqu’à huit heures du matin. À huit heures du matin, tout le monde est parti et ne sont restés que les artistes. Paco Cepero, Remedios Amaya, Diego Carrasco, Luis de la Pica, Curro Romero le torero et la fête a duré un jour de plus. Ils ont chanté, à midi on a préparé du riz et ils ont profité de ce que Camarón aimait par-dessus tout. C’est-à-dire écouter les autres chanter et jouer de la guitare.
Une grande fête où tout le monde chantait, à un moment il y a eu des groupes de 10 à 12 personnes qui chantaient et dansaient. Les gens disaient : « il y a là El Potito, Remedios Amaya ». C’était une grande fête dans le patio. Je crois qu’ils on finit la fête à Jerez, ils sont allé chercher el Tarto, Juan Moneo, un grand chanteur aussi disparu, et ils ont fini dans un garage. Ces gens aiment la fête !

Musique > Camarón, Mi niña se fue a la mar

Lolo Picardo : Le décès de Camarón fut reçu à la Venta avec beaucoup de douleur. Nous savions qu’il était dans un état fatal. Il était parti aux États-Unis peu avant où il devait être soigné. Il était parti aussi à Badalona pour être soigné, c’est de cette ville que nous est arrivé l’information de son décès.

La Venta a alors fermé pour trois jours pour deuil. Je me souviens des gens qui venaient présenter leurs condoléances à ma tante comme s’il s’agissait d’un enfant de la Venta de Vargas. Le cercueil est arrivé trois jours après, il est rentré par le pont Zuazo à San Fernando. À l’arrivée devant la Venta, le cercueil est resté dehors parce qu’il ne pouvait pas rentrer, sinon il y aurait eu une tragédie ici. Une centaine de personnes seraient entrées, des gens auraient pu mourir en raison de la ferveur existant ce jour-là.

Ne rentrèrent que les personnes de la tête du cortège qui portait le cercueil : Paco de Lucia, Tomatito. Ils sont entrés, ils ont embrassé ma tante, lui ont présenté leurs condoléances et ils sont repartis vers le cimetière. Les images que je garde sont identiques à un enterrement islamiste, avec le drapeau gitan sur le cercueil. Des posters géants avaient été imprimés par la radio locale, les gens criaient, toute la ville était dans la rue. À San Fernando, on s’est rendu compte ce jour-là de la grandeur de Camarón, quand les gens d’ici ont vu que des milliers de personnes étaient venus de toute l’Espagne.
Une veillée a eu lieu et c’est alors que le mythe de Camarón est né. Depuis, nous n’arrêtons pas de recevoir des gens, 10 à 12 000 par an. Ce n’est pas seulement le besoin de se restaurer à la Venta, mais de connaître le lieu où Camarón chantait. Et depuis ce jour, ça ne s’est pas arrêté et je crois que sa figure continue à grandir, et chaque jour elle parvient à d’autres endroits.

Musique > Camarón, Nana del caballo grande

Daniel : Ici, à côté de la Venta, il y a un projet de construction d’un musée Camarón de la Isla. Ce projet est-il en train de se mettre en place, les financements sont-ils trouvés ?

Lolo Picardo : Cela fait 25 ans que ce projet existe. C’est une lutte constante. Il y a 20 ans, nous avons vu que le projet de musée disparaissait, c’est alors que les gens de ma génération ont créé un mouvement la Fragua, la Forge. C’est une association à laquelle participe la Venta, avec toutes les peñas, les associations de flamenco et les académies de danse de San Fernando. En 2012, la Fragua a exigé la commémoration du 20e anniversaire de Camarón, nous avons posé un problème aux politiques car ils ne savaient pas quoi faire. La Fragua a présenté un projet pour organiser l’évènement, ensuite ils ont confié le projet à une grande entreprise qui s’est retirée 15 jours avant la commémoration.

Au final, nous avons réussi à organiser un petit hommage en 2012 et nous avons fait rougir de honte les politiques. C’est alors qu’ils ont décidé que le 25e anniversaire, on allait l’organiser de façon plus importante. Ils nous dirent que le nom de Camarón n’allait pas être utilisé politiquement les uns contre les autres. Au final, ils l’ont exploité et n’ont pas respecté leur promesse. Le 25e anniversaire n’était pas à la hauteur de Camarón, mais c’était un peu mieux. Je suis un amoureux de Camarón, mais je comprends aussi que la figure de Camarón est une aide économique pour une ville aussi peu touristique qu’est San Fernando. San Fernando, dans la baie de Cadix est la ville moins développée au niveau touristique. Mais les politiques ont du mal à le comprendre. Il y a deux ans, ils ont décidé d’installer le musée à côté d’ici. Auparavant, ils voulaient l’installer loin, c’était à la Casa La Saga, un palais du XVIIIe siècle qui est à demi détruit. J’ai compris alors que ça allait être un projet qui allait attendre 20 ans avant sa réalisation. Ici, on peut construire un bâtiment neuf de 2 à 3 000 euros et on le fait.
Au final, ils ont décidé de revenir ici, la conseillère de la junte d’Andalousie est venue, le projet est signé et les financements sont prévus avec des fonds européens et nous espérons maintenant que cela se fasse.
Cette ville le mérite...

Musique > Camarón, Volando voy, volando vengo

Entretien avec Patricia Galera

Patricia Galera : Il est évident qu’il était complètement impossible de garder la maison tel qu’elle était à l’origine. Beaucoup de gens cherchent le musée, il va se construire dans peu de temps. Il est impossible de garder tous les biens qui appartenaient à Camarón, ses guitares, ses affaires personnelles dans cette maison, aussi pour des questions de sécurité bien sûr.

Daniel : En ce qui concerne le musée de Camarón, Ricardo Pachón nous a expliqué qu’il n’y avait pas d’argent débloqué pour le construire.

Patricia Galera : Le projet est en train d’être signé, l’emplacement est déjà choisi, juste à côté de la Venta de Vargas à l’entrée de San Fernando. Cela donne de très belles perspectives d’y exposer les affaires de Camarón que détient la famille.

La structure originale de la maison a changé. Sur ce panneau, on explique l’importance qu’avait le quartier du Carmen. C’était un quartier de gens humbles. Dans les années 50, c’était un quartier populaire, de pêcheurs et de producteurs de fruits de mer, c’est ici que l’on a créé l’omelette de crevettes. Dans la maison, que l’on va visiter, vivaient beaucoup de familles. Chaque famille avait au moins 5 ou 6 enfants.

Daniel : Dans la famille de Camarón, il y avait huit enfants.

Patricia Galera : Il était le septième, Sa soeur Isabelle est la plus jeune. Sa soeur Isabelle est un enchantement mais c’était un peu précipité pour la rencontrer aujourd’hui. Quand elle vient ici, elle raconte beaucoup de choses, y compris les anecdotes et les choses vécues dans cette maison. Ici c’est le patio des voisins, au fond il y avait la cuisine partagée entre toutes ces familles. Le concept de voisin n’était pas celui que l’on connaît aujourd’hui. Partager une salle de bain à cette époque, c’était partager une bassine et ils partageaient aussi la cuisine. C’est un endroit où il y avait le lavoir. Il n’y avait pas de lave-linge. Les enfants étaient éduqués d’une manière différente que celle d’aujourd’hui. Ils partageaient tout comme dans une vraie famille, autant les peines que les joies.
Je vais vous montrer ce qu’a été la maison de Camarón à l’origine.
C’est ici qu’est mort son père. On partage les joies, mais aussi les douleurs. Pour les gens qui ont connu Camarón, il n’était pas un de ces petits gitans bien bruns avec de grands yeux. Lui était blond et la peau bien blanche. De là vient son surnom de Camarón de la isla : La crevette de l’île.

Daniel : Cette île, on l’appelle l’île de Léon.

Patricia Galera : L’ile de León c’est l’ancien nom de San Fernando. Nous sommes presque sur une île. La seule chose qui nous sépare du reste de la péninsule c’est un canal, le canal de Sancti Piétri. C’est presque une île au milieu du canal de Sancti Piétri, de la baie de Cadiz et de l’Océan atlantique. Le seul lien que nous avons avec la terre, c’est la ville de Cadiz.
Regarde si tu fais attention, tu vas remarquer que la porte est plus basse, on a pas voulu la modifier. On va rentrer dans les deux pièces qui appartenaient à la famille. La disposition de la maison a été modifiée afin d’exposer l’histoire de San Fernando, du quartier de Callejuelas, d’informer sur ce que sont les styles de flamenco et comment a commencé la carrière artistique de Camarón.

Musique > Camarón, Bahia de Cadiz

Daniel : La famille était passionnée de flamenco. Ici on chantait le flamenco en famille et à la maison !

Patricia Galera : Et sa mère ! Sa mère ! Juana chantait !
Les gitans vivent le flamenco tout petit. Manuel, le frère aîné de Camarón chantait. C’est lui qui a commencé à chanter à la Venta de Vargas. Manuel, le frère aîné de Camarón, était aussi son parrain ! Manuel m’a dit que quand son petit frère chantait, il le faisait mieux que lui parce qu’il avait la grâce.
Il était différent. Il est né avec ce don.

Patricia Galera : On dit qu’il avait hérité de l’art de sa mère, de Juana. Juana était une personne peu bavarde, on dit qu’elle avait toujours le sourire au lèvres et qu’elle était très silencieuse. Et curieusement, Camarón était aussi un enfant très timide, mais avec un grand sens de l’humour et avec du caractère. Il s’exprimait mieux en chantant qu’en parlant.

Daniel : Même dans les entretiens, on le voit bien, il parle très peu et s’il doit expliquer quelque chose, il le fait très simplement avec force et n’a pas besoin de beaucoup de mots pour s’exprimer.

Patricia Galera : Ils étaient nombreux et les parents devaient partager cette chambre, il y avait un autre lit ici. La famille de Camarón vivait dans deux pièces. Les plus âgés des frères dormaient dans une autre pièce. les parents dormaient dans le lit double et les deux plus jeunes, Camarón et sa petite soeur aux pieds du lit, littéralement collés aux parents. Tu t’imagines ? C’était un espace trop réduit. C’est pour cela que les enfants partaient jouer dans les marais avec les voisins. Ils étaient obligés de tout partager.

Musique > Camarón, Dans l’enregistrement audio

Patricia Galera : Ici on découvre la vraie disposition de la maison, elle était comme ça alors. On rentrait par la rue del Carmen, là on est dans les deux pièces de la famille Monge Cruz. La famille numéro 6, cela veut dire qu’ici vivaient 6 familles.
On a abattu des murs pour agrandir le lieu pour qu’il y est suffisamment d’espace pour expliquer ce qu’était San Fernando dans les années 50, le thème économique des salins et de la construction navale. C’est de cela que vivait San Fernando.

Daniel : La plupart des gens qui vivaient ici travaillaient dans les salins et les marais.

Patricia Galera : Et les enfants aussi. Ils portaient des sacs chargés de sel. On parle d’une population qui était très humble. Les enfants au lieu d’aller à l’école devaient travaillaient pour aider économiquement leurs familles.

Daniel : Aucune législation ne pouvait l’interdire alors.

Patricia Galera : On est passé par la rue del Carmen où Camarón allait au collège. Il travaillait à la forge avec son père la moitié de ses journées. Dans la rue Amargura au numéro 21. Au départ, le père de Camarón avait une forge dans la rue Orlando, sa première forge. Puis il a changé d’adresse pour s’installer rue Amargura très près des arènes. La moitié de ses journées, il n’allait pas au collège. À propos de cela, il y a une chose très amusante que j’ai constaté lors d’une de mes visites à la forge quand on pouvait y aller avec Manuel le frère aîné de Camarón. Manuel me disait «  les gens pensent que mon frère venait aider mon père, mais pas du tout, il s’échappait dès qu’il le pouvait, pour aller se baigner, il partait pêcher. » C’était un petit garnement, un petit garnement, mais c’est vrai que tous les deux accompagnaient souvent leur père.

Daniel : Ils étaient très complices tous les deux. Dans la vie, même plus tard, son frère l’a souvent accompagné en voyage, en tournée, c’était un peu son ange gardien.

Patricia Galera : Il n’a pas pu le faire autant qu’il le voulait, mais c’est vrai que quand tu parles avec Manuel, tu ressens tout cette affection, cet amour profond. Il a été son parrain lors de son baptême. Manuel est aussi une personne exceptionnelle et sa soeur Isabelle, sa petite soeur, prend soin du mausolée toujours à la perfection, à la perfection. Ce sont ses sœurs qui prennent soin du mausolée parce que c’est un des endroits les plus visités. Je ne crois pas qu’au cimetière de San Fernando il y ait un endroit plus visité. En plus il a fallu mettre une pancarte où il est écrit : « s’il vous plait ne déposez pas de cendres ici ». Il y a des gens qui voulaient qu’on dépose leurs cendres sur la tombe de Camarón.

Daniel : Pour être plus près de lui symboliquement.

Patricia Galera : Et oui ! Heureusement, sa tombe est aussi bien fermée que les anciennes pyramides d’Égypte. Elle est fermée à double tour.

Musique > Camarón, Romance del amargo

Patricia Galera : Ici, on explique les différentes branches du flamenco : les soleares, le fandango, la buleria, les campiñas et les alegrias.
Sur ce panneau, on parle de ses premières influences. Ici, on montre par exemple Juana Cruz sa mère, son influence est essentielle. Pour son art, il se nourrit de sa maman. La Juana chantait très bien. Une femme très silencieuse, très discrète. Comme elle, Camarón était très peu bavard, il s’exprimait plus facilement en chantant.

Musique > Camarón, Viejo Mundo

Daniel : Sa famille chantait, les oncles de Camarón, les proches, tous chantaient. Ici il y avait des fêtes.

Patricia Galera : Oui bien sûr.

Daniel : C’est ici que son don s’est révélé.

Patricia Galera : Avec ses voisins dans son quartier, ici se vivaient les bons moments comme les mauvais. On partageait tout. Donc un jour triste, ou un jour heureux, se partageait dans la cour avec les voisins. C’est la famille.
Rien à voir avec l’intimité que l’on a aujourd’hui dans nos maisons. Quand tu dois partager une cuisine ou des toilettes, tu partages réellement tout avec tes voisins, comme si tu étais dans une seule maison.

Daniel : Une vie collective.

Patricia Galera : Exactement. Ils s’expriment en chantant et en dansant.
Ici on voit le petit autobus qui partait de San Fernando pour Cadiz, les anciens toujours l’appellent la carteria. Il se mettait à l’arrière de l’autobus avec son ami Juan Carpino et ils chantaient pour gagner un petit peu d’argent.

Daniel : Jusqu’a l’arrivée à Cadiz et au retour aussi. Il participait et chantait dans les groupes carnavaliers, j’imagine ?

Patricia Galera : Si, si, si, tout le monde participe. Regardez bien cette photo, qu’est ce qu’il est petit !

Daniel : Il est à radio Cadiz. En direct, en plus. Il osait finalement, malgré le fait qu’il était silencieux et peu bavard. Quand il se consacrait au flamenco, il était capable d’aller jusqu’au bout. À son âge, arriver à chanter en direct à la radio, devant un micro, cela devait être impressionnant pour lui.

Patricia Galera : Oui mais il avait ça en lui, c’est comme respirer, c’est comme respirer, il avait ça en lui. Il préférait chanter plutôt que de parler.

Mireille : Oui c’est qu’il dit ici : « Je ne sais pas parler, je sais juste chanter ».

Patricia Galera : Il exprimait son état d’esprit, selon comment il se sentait, il chantait. Il était très sûr de lui. Ils pourront vous le dire à la Venta de Varga, s’il n’aimait pas la manière qu’on avait de lui dire : « chante moi ça mon garçon », il ne chantait pas et il préférait partir dans un bus et gagner son argent comme ça.

Daniel : Et il était libre d’exprimer ce qu’il voulait.

Patricia Galera : Exactement il était libre.

Musique > Camarón, La Tarara

Patricia Galera : Une grande passion qu’il avait aussi c’est la guitare. Il jouait de la guitare. La famille a une grande collection de ses guitares. Il était autodidacte.

Daniel : : Et durant ses interventions, il jouait de la guitare ou il ne faisait que chanter ?

Patricia Galera : Non il chantait. Il a toujours ses enfants et ses petits-enfants, tous chantent sur scène. Ils ont tous ça en eux.

Daniel : C’est une transmission de génération en génération.

Patricia Galera : Camarón a évolué et il va hisser le flamenco vers tout le public. Celui qui n’écoutait pas du flamenco se met à en écouter. Cela a été dur au début. Certains gitans rendaient les disques de Camarón en disant que cela ne pouvait pas être Camarón. Il a rénové le flamenco. Aujourd’hui on parle de fusion dans la cuisine, dans les différents style de musique. Nous nous sommes habitué.es, mais à cette époque-là, non. Il y eut un moment où il finit par s’ennuyer tellement, il maîtrise le cante jondo, le chant des origines. Il a fait ce qu’il désirait, il voulait passer à autre chose pour être satisfait.

Daniel : Il y a eu un concours de circonstances, quand il a rencontré le producteur Ricardo Pachón, les frères Amador, Kiko Veneno et Tomatito qui sont jeunes et veulent rénover le flamenco. Il fait partie d’un courant qui cherche à changer les choses.
À ce moment, dans les années 1960 et 1970 on vit un changement de vie pour la jeunesse, il y a une volonté, face au régime franquiste de s’ouvrir, de rencontrer d’autres gens, venant d’autres horizons.

Patricia Galera : De se rebeller.

Daniel : C’est générationnel en Espagne et dans d’autres pays d’Europe. En France aussi on a vécu ça, notamment avec Mai 68. Camarón fait partie de cette génération qui a voulu changer les choses au niveau musical.

Patricia Galera : S’exprimer librement ! S’exprimer librement ! Et le faire d’une manière qui te comble. Il cherche ce bonheur. Faire la musique qu’il aime et ce qu’il ressent au moment il le ressent. Peu lui importe si les gens vont le comprendre ou pas. Lui, il sait qu’avec ce qu’il est train de faire, il s’épanouit et qu’avec le temps, on ne peut pas le dire mieux, cela deviendra une légende.

Musique > Camarón, Tangos en live