Le choix de la défaite. Les élites françaises dans les années 1930 (1)

Annie Lacroix-Riz (Armand Colin)
lundi 21 janvier 2008
par  CP
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« Le jour viendra […] et peut-être bientôt où il sera possible de faire la lumière sur les intrigues menées chez nous de 1933 à 1939 en faveur de l’Axe Rome-Berlin pour lui livrer la domination de l’Europe en détruisant de nos propres mains tout l’édifice de nos amitiés. » Marc Bloch, 1944.

Cette citation en exergue du nouveau livre d’Annie Lacroix-Riz résume bien le but de cet ouvrage, très dense, qui se lit, parfois avec surprise, et avec cette impression que nous subissons l’enseignement d’une histoire sous influence pour emprunter le titre de son précédent ouvrage.

Dès le prologue, on se pose d’ailleurs la question de la réception du livre dans le milieu académique.
Le texte, très référencé, poursuit le travail commencé avec ses deux ouvrages précédents : Le Vatican, L’Europe et le Reich. De la première Guerre mondiale à la guerre froide, publié en 1996 et, en 1999, Industriels et banquiers sous l’Occupation. La collaboration économique avec le Reich et Vichy.

« Les Français n’ont pas été battus : ils ont été trahis par le haut patronat par peur du socialisme ».

La toute-puissance politique du grand patronat est, dans cet ouvrage, démontrée, décrite dans les faits, les écrits, les rapports qui établissent qu’« Un nouveau système de "synarchie", c’est-à-dire de gouvernement de l’Europe selon les principes fascistes [se mettait en place grâce à] une fraternité internationale de financiers et d’industriels. »
Autrement dit, une vaste organisation fasciste dans toute l’Europe visait à défendre les intérêts du patronat et à contrer toute forme de revendications et d’avancées sociales. Les moyens de propagande développés dans les années 1930 sont impressionnants : outre le drapeau brandi et le nationalisme destinés à rallier l’opinion, la peur était aussi un instrument efficace de manipulation.
Le « haut patronat », soucieux de sauvegarder ses privilèges et de contrôler la situation, ne s’embarrassait pas de principes pour corrompre les politiques, les militaires, les journalistes et employait des agitateurs et même des hommes de mains pour supprimer les récalcitrants et les gêneurs.

Toute l’Europe était préparée au fascisme : appuis financiers, recrutement des élites, groupes de pression, corruption généralisée, presse achetée, réseaux occultes, groupes paramilitaires employant les méthodes de la mafia, collaboration économique avec les régimes fascistes en place. La manipulation était à son apogée et les populations, comme toujours, étaient sacrifiées aux intérêts financiers.

Le choix de la défaite. Les élites françaises dans les années 1930 d’Annie Lacroix-Riz est une analyse bien différente de celle des « historiens du consensus ». C’est un travail basé sur les archives et l’idée — qui animait aussi son essai, L’Histoire contemporaine sous influence — de remettre en question le traitement de l’histoire ou, comme elle l’écrit, de poser la question de « l’indépendance et de la fiabilité méthodologiques d’une histoire dont les spécialistes, de plus en plus sollicités et consultés, sont conduits par l’évolution en cours à maîtriser de moins en moins strictement les normes et les objectifs. »

La pensée unique et le consensus sont à la mode… Il serait temps d’inverser cette tendance et de revenir à la recherche indépendante, à la controverse, à la réflexion critique et à la remise en question d’une histoire officielle surmédiatisée et de ses « experts » sacralisés.