Young Lords. Histoire des Blacks Panthers latinos (1969-1976). Claire Richard. Quilombos. Communautés d’esclaves insoumis au Brésil. Flavio dos Santos Gomes. Le Poirie sauvage. Film de Nuri Bilge Ceylan

vendredi 27 juillet 2018
par  CP
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Young Lords. Histoire des Blacks Panthers latinos (1969-1976) Claire Richard (L’Échappée)

Entretien avec Claire Richard


Young Lords. Histoire des Blacks Panthers latinos (1969-1976). Inspiré.es par les Blacks Panthers, les Young Lords n’ont pas eu la même reconnaissance historique et l’un des intérêts de l’ouvrage de Claire Richard est de faire connaître ce mouvement et son importance auprès de la communauté portoricaine de l’est des États-Unis. Si la période d’activisme des Young Lords fut courte — 1969-1976 —, elle n’en fut pas moins intense dans le contexte effervescent des mouvements sociaux et politiques de l’époque. Un autre intérêt de l’ouvrage est dans la démarche de l’auteure, essentielle pour le rythme des témoignages dans la réalisation d’un « récit polyphonique ». Ainsi, choisir de donner la parole aux Young Lords fait entrer de plain-pied le lecteur et la lectrice dans la réalité du mouvement sans en gommer le caractère subversif, les objectifs, les tensions internes et même les contradictions inhérentes au groupe. Donc il n’est pas question ici de héros ou d’héroïnes, encore moins d’une quelconque « icônisation », il s’agit d’actions et d’expériences qui portent à la réflexion et inspirent pratiques, alternatives et luttes sociales.

« De 1969 à 1976, l’épopée des Young Lords de New York va provoquer un vrai mouvement sur toute la côte est, et créer une prise de conscience chez ces populations abandonnées. Tout est à faire : santé, éducation, organisation, et des comités de lutte pour toutes les tâches militantes. Comme les Black Panthers, [ce sont] d’abord les enfants : cantines, vêtements, soins… Mais très vite, les besoins se multiplient, il faut aussi éduquer les militants [et les militantes], les gens isolés, créer un journal de liaison, trouver de l’argent. »

Le mouvement émerge d’abord à Chicago, mais c’est à New York surtout, que les Young Lords se font connaître, après une opération très médiatisée — « l’offensive des poubelles » — dans le quartier de Spanish Harlem, El Barrio. Il faut dire qu’une bande jeunes gens en tenue guévaristes descendant dans les rues du quartier, armée de balais, cela a tout pour impressionner, d’autant plus lorsque le feu est mis aux ordures, bloquant une des artères de New York. The Young Lords Party était lancé durant cet été 1969 et, différence avec le groupe de Chicago, les femmes y sont présentes depuis le début.

La situation des quartiers où est reléguée la population pauvre ou de couleur est catastrophique. Considérée comme étant de seconde zone avec une « citoyenneté restreinte », la population portoricaine subit, comme les autres, plusieurs formes d’oppression et de discrimination. Les chiffres donnés tournent autour de 1 700 000 personnes dont les conditions de vie sont parmi les pires : logements insalubres, chômage, systèmes d’éducation et de santé déplorables, deal de la drogue et voierie inexistante.

Or, les Young Lords, issu.es de la seconde vague d’immigration portoricaine, qui ont vu leurs parents bosser pour des salaires minables et être quotidiennement méprisés et humiliés, ont également connu tous les mouvements et les luttes de l’époque, pour les droits civiques, contre la guerre du Vietnam, le mouvement féministe, l’American Indian Movement et le Black Panther Party, qui représente un modèle pour le groupe. Les Youngs Lords vont donc à la rencontre des gens du quartier en leur demandant quelle est l’urgence des problèmes, et la réponse est unanime : les poubelles ! On est en plein été, et comme le système de voierie n’est pas à la hauteur du service habituel dans les quartiers privilégiés, les poubelles s’accumulent de même que prolifèrent les rats et les maladies dues aux microbes, sans parler de l’odeur pestilentielle que dégage les rues.

L’« offensive des poubelles » fait connaître le groupe et, finalement, les gens qui les observent dans un premier temps avec un certain scepticisme, changent d’attitude devant l’efficacité de l’opération, d’autant qu’un militant plante un drapeau portoricain dans le quartier. Comme les Black Panthers, les Young Lords vont s’investir dans l’éducation et les services sociaux à l’enfance, contre les addictions aux drogues, contre l’insalubrité des logements et les peintures au plomb, dans le dépistage de maladies comme la tuberculose, publier un journal, Palante, avec un objectif constant, combattre toutes les formes de discrimination.

Young Lords. Histoire des Blacks Panthers latinos (1969-1976), c’est une histoire méconnue que nous livre Claire Richard, une histoire montée comme un documentaire pour en garder l’authenticité.

Young Lords. Histoire des Blacks Panthers latinos (1969-1976) ou sept années de conscientisation et de luttes pour « servir le peuple ».

Quilombos. Communautés d’esclaves insoumis au Brésil
de Flavio dos Santos Gomes
Traduction Georges da Costa (l’échappée)

Dès le XVIe siècle, au Brésil, des esclaves noirs se libèrent et fondent des communautés marronnes, appelées quilombos. Ce sont des républiques libres et auto-organisées, qui sont capables de repousser les attaques des colons et deviennent, pendant plusieurs siècles, le symbole de la résistance aux régimes esclavagistes.

Les quilombos ont toujours conserver des liens avec les esclaves encore prisonniers, les paysans, les taverniers ou les colporteurs. Ils comptaient pour certains, celui de Palmares par exemple, des milliers de membres, mais différaient par leur mode d’organisation, leurs pratiques culturelles, leur système économique et leur composition. Dans ces territoires autonomes au mode de vie communautaire, on trouvait des Indiens, des métis, des Africains, et même des Européens en rupture de ban…

Quilombos. Communautés d’esclaves insoumis au Brésil de Flavio dos Santos Gomes retrace l’histoire des quilombos et décrit les conditions de leur création et de leur multiplication dans de nombreuses régions du Brésil, la vie des populations qui y demeurent, leurs combats, leur résistance et la persistance de leurs descendant.es à lutter pour leurs droits.

Lectures d’extraits par Nicolas Mourer

Toujours en compagnie de Nicolas Mourer, nous avons choisi deux textes extraits de la revue anarchiste Réfractions, le numéro 38, qui a pour titre : « Tu vois le travail ? »

D’abord un texte collectif, puis un texte d’Alain Thévenet qui revient sur Mai 68. Ceci pour annoncer la sortie du numéro 40 de Réfractions qui s’intitule A, [le A cerclé] « comme Résistances ».

Le Poirier Sauvage de Nuri Bilge Ceylan (8 août)


Après Il était une fois en Anatolie et Winter Sleep, Nuri Bilge Ceylan réitère un tour de force créatif en nous contant l’histoire d’un jeune homme, Sinan, passionné de littérature, qui, à la fin de ses études, décide de publier son premier roman. Il revient dans sa ville natale où il pense trouver de l’aide, mais tout dérape, son père est un joueur invétéré, sa mère est résignée, sa sœur regarde des séries à la télé, il se bat avec un ami à cause des déboires amoureux de celui-ci… Quant à l’aide pour la publication, c’est un fiasco, le maire et l’entrepreneur du coin lui conseillent de publier à compte d’auteur et, de surcroît, il échoue à son examen pour trouver un éventuel poste d’enseignant.

Une histoire simple où chaque rencontre est prétexte à des dialogues passionnants, ironiques, amers, philosophiques. Impossible d’oublier le dialogue en compagnie des deux imams, ou encore la conversation de Sinan avec l’écrivain qui ne pense qu’à un bain de pieds… Dès le premier plan, la vision du jeune homme à travers une vitre où se reflète le fleuve, on entre dans un film dont la durée, un peu plus de trois heures, participe au ravissement éprouvé tant sur le fond que sur la forme. De la beauté aride des paysages aux éblouissantes images du vent dans les feuilles mordorées et les cheveux de l’amie de Sinan, on n’a pas fini de s’étonner de l’ampleur visuelle du film, en même temps la peinture sociale, un peu à contre jour, est puissante et acerbe. Sont évoqué.es la pauvreté, le problème de l’éducation, du manque d’avenir, du chômage, du désœuvrement…


« Dans ce film, [explique le réalisateur] j’essaie de raconter l’histoire d’un jeune homme qui, conjointement à un sentiment de culpabilité, éprouve une différence qu’il est incapable d’admettre. Il sent qu’il est entraîné vers un destin qu’il n’aime pas et qu’il n’arrive pas à assimiler. »
Le scénario a été écrit avec sa compagne et Akin Aksu qui a inspiré le personnage de Sinan et interprète l’un des imams.
Le Poirier sauvage de Nuri Bilge Ceylan sort le 8 août.
C’est un chef-d’œuvre.