Dix ans d’Action directe Un témoignage, 1977-1987 de Jann-Marc Rouillan. Volubilis. Film de Faouzi Bensaïdi. Avant l’aurore. Film de Nathan Nicholovitc

dimanche 23 septembre 2018
par  CP
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Avant l’aurore
Film de Nathan Nicholovitch (19 septembre 2018)
Entretien avec le réalisateur

Volubilis
Film de Faouzi Bensaïdi (19 septembre 2018)
Entretien avec le réalisateur

Dix ans d’Action directe
Un témoignage, 1977-1987

Jann-Marc Rouillan (Agone)
Entretien avec l’auteur

Avant l’aurore
Film de Nathan Nicholovitch (19 septembre 2018)

Entretien avec le réalisateur
(seconde partie)

Avant l’aurore de Nathan Nicholovitch propose un portrait du Cambodge d’aujourd’hui, encore hanté par son histoire : la colonisation, les guerres civiles et, il y a trente ans, le génocide perpétré par les Khmers rouges. Une histoire responsable du chaos actuel, de l’absence d’institutions et de la corruption à laquelle s’ajoute un libéralisme sauvage qui domine le pays. La population, elle, tente de survivre à la misère, entre tourisme sexuel et magouilles d’anciens Khmers rouges reconvertis au commerce des êtres humains.

Avant l’aurore de Nathan Nicholovitch nous plonge directement dans un quotidien sombre, avec pour guide Mirinda, un Français travesti qui se prostitue et vit dans le quartier des bars et du racolage de River Side, à Phnom Penh. Dans le film se croisent des mafieux, les occidentaux des ONG, des touristes attirés par un paradis bon marché, des marginaux, des femmes et des enfants… Panna, une gamine prostituée, vit la violence au quotidien, elle se cache, se réfugie dans le mutisme et choisit finalement de suivre Mirinda, décelant chez cet homme travesti quelque chose d’humain et de généreux.

Avant l’aurore de Nathan Nicholovitch est un film fort et juste, un film politique et de réflexion, qui montre une réalité sans concession ni voyeurisme.

Tourné en décor naturel, Avant l’aurore de Nathan Nicholovitch est interprété par des comédiens et des comédiennes admirables, dont beaucoup sont des non professionnels.

Le film est sur les écrans depuis le 19 septembre.

Volubilis
Film de Faouzi Bensaïdi (19 septembre 2018)

Après Razzia de Nabil Ayouch, sorti l’année dernière, Sofia de Meryem Benm’Barek, sur les écrans depuis le 5 septembre, voici Volubilis de Faouzi Ben Saïdi qui met en lumière la société marocaine sous l’angle de la lutte des classes. En 2017, le film a été présenté à Venise, puis en compétition au CINEMED, festival international du cinéma méditerranéen, et c’est dans ce cadre que nous avons rencontré Faouzi Bensaïdi.

Pour son quatrième long métrage, Faouzi Bensaïdi — réalisateur et comédien — choisit d’exposer la violence sociale au Maroc. D’un côté, les très riches, de l’autre les très pauvres, condamnés fatalement à le rester. C’est le cas de Malika, domestique, et d’Abdelkader, vigile, qui viennent de se marier, mais doivent renoncer à une vie commune faute de pouvoir assumer un loyer. L’injustice de leur situation est exacerbée par le fait que la jeune femme travaille dans les villas luxueuses des très riches et que son compagnon est vigile dans l’un de ces temples de la consommation, un grand magasin de luxe, évidemment inabordable pour lui comme pour elle.

Or lors d’une opération promotionnelle du magasin, Abdelkader est confronté à l’une des clientes de la classe privilégiée, celle-ci l’humiliant en public alors qu’il ne fait que son boulot. À partir de là s’enchaîne une série d’événements désastreux pour lui et le jeune couple, il est viré, tabassé, et les choses vont aller de mal en pis…

Volubilis est une histoire d’amour sur fond de critique sociale, montrant les méfaits d’un libéralisme sauvage qui amplifie encore l’écart entre les plus pauvres et les plus riches et rend d’autant plus insupportables les inégalités sociales. Aborder ainsi la situation d’un pays par le biais de l’intime renforce l’argument du film et donne aux faits comme aux préoccupations des personnages un caractère universel. C’est en effet une situation assez ordinaire que vivent Malika et Abdelkader, obligés de se soumettre aux puissants et surtout de se taire. La jeune femme, le dit d’ailleurs : « on ne peut rien contre eux », ils ont l’argent et le pouvoir. Pourtant c’est elle qui va réagir contre l’injustice.

De même que dans Razzia de Nabil Ayouch, Volubilis de Faouzi Ben Saïdi souligne le rôle essentiel des femmes dans la lutte pour l’égalité, sociale et de genre. La révolution viendra des femmes ou ne sera pas, semblent dire les deux réalisateurs.

Le film de Faouzi Ben Saïdi a pour décor Meknès et les ruines antiques de Volubilis, une manière de lier le passé historique et le présent.
Décidément le cinéma marocain a, depuis quelques années, bien des choses à dire…

Volubilis de Faouzi Ben Saïdi est à voir depuis le 19 septembre

Dix ans d’Action directe
Un témoignage, 1977-1987

Jann-Marc Rouillan (Agone)
Entretien avec l’auteur

Outre le fait que ce témoignage est un document essentiel pour comprendre l’histoire d’une période importante de la lutte armée contre la violence d’État, il remet au centre du débat l’engagement politique et le problème de la violence, qui a marqué l’histoire européenne des années 1970-1980. Il met aussi en lumière le rôle des médias et ses accointances avec le pouvoir. Lors du procès intenté aux membres d’Action directe, l’un des avocats déclare à ce propos : « le discours tenu par la presse sur les accusés nous en dit plus long sur la nature de l’idéologie diffusée par les médias que sur Action directe ». Rien d’étonnant, on se souvient des campagnes délirantes lancées contre le mouvement anarchiste à la fin du XIXe siècle par les principaux journaux de l’époque, et même après avec des clichés aussi grotesques que récurrents.

Pourquoi la violence et la lutte armée ? La question est posée dans le livre, mais une autre question s’impose alors : qu’en est-il des violences sociale, économique, des guerres, des famines, du racisme, des meurtres légaux, des assassinats ciblés, de la torture ? En effet, ce sont des questions cruciales, car si « la violence n’est qu’un élément, qu‘un aspect d’un problème infiniment plus vaste et plus grave, qui se nomme “servitude”, “misère”, “domination”, un problème violent qui ne peut être résolu sans violence », cela rend-il, dans ce cas, la violence légitime ou tout du moins en donne une explication ? Dans une lettre écrite en soutien aux membres d’Action directe, Henri Lefebvre écrit : « il s’agit de maintenir la différence radicale établie en France depuis la Révolution de 1789 entre le délit de droit commun et l’acte politique. L’analyse du contexte idéologique, donc social et politique, par laquelle les accusés s’expliquent ne relève pas du délire médiocre et redoutable qu’on veut bien leur prêter. »

On peut également se demander s’il existe un lien entre le contexte historique de la lutte armée des années 1970-1980 et aujourd’hui. Dans sa note au recueil de Textes des prisonniers de la Fraction armée rouge et dernières lettres d’Ulrike Meinhof, Maspero écrit : « ce système est plus oppressif, plus écrasant, plus menaçant que jamais. » Une phrase que l’on pourrait reprendre telle que de nos jours.

«  Depuis le déferlement de la vague réactionnaire, le lendemain de la recomposition d’un nouveau mouvement révolutionnaire nous chagrine bien davantage que la disparition de notre organisation [écrit Jann Marc Rouillan]. Sans parler de la perpétuation des illusions sur le régime politique qualifié de “démocratique” et la place qu’ont prise les opportunistes de tous acabits dans les partis, les syndicats, les groupuscules, et dans le mouvement lui-même, aggravant l’amnésie de l’expérience révolutionnaire (armée ou non) accumulée depuis le début des années 1970. » Et de conclure : «  Il est important de dynamiser la reprise des luttes. »

Dix ans d’action directe. Un témoignage, 1977-1987
Jann Marc Rouillan (Agone)


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