Shut up and Play the Piano. Film documentaire de Philipp Jedicke. Amin. Film de Philippe Faucon. 23e Cinespaña de Toulouse.

samedi 29 septembre 2018
par  CP
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Shut up and Play the Piano
Film documentaire de Philipp Jedicke (3 octobre 2018)

Entretien avec Philipp Jedicke

Amin
Film de Philippe Faucon (3 octobre 2018)

Entretien avec Philippe Faucon

23e Festival Cinespaña
à Toulouse du 5 au 14 octobre


Shut up and Play the Piano
Film documentaire de Philipp Jedicke (3 octobre 2018)

Pour son premier long métrage documentaire, Shut up and Play The Piano, Philipp Jedicke a choisi l’artiste, le compositeur, le performeur Chilly Gonzales. Il est vrai que celui-ci, qui d’ailleurs refuse de jouer à « l’artiste », est étonnant, voire déconcertant, pour son exploration de nombreuses formes musicales et son attention à casser les codes habituels de l’industrie du spectacle. Le résultat est passionnant.

« J’aimerais faire un film sur vous » lui déclare Philipp Jedicke, qui est journaliste, à la suite d’un entretien avec Chilly Gonzales, Gonzo comme on l’appelle le plus souvent. Et l’aventure commence, une plongée et une enquête dans les archives musicales de différents groupes, des rencontres, des concerts, bref un boulot dingue pour trouver non seulement la structure du film, mais aussi monter un récit d’images et de sons, qui soit fluide, sans pour autant s’enfermer dans une chronologie classique.

Shut up and Play The Piano (autrement dit ferme-la et joue du piano) n’est pas une biographie musicale, non, c’est le parcours créatif d’un musicien en recherche perpétuelle de partages pour transcender les genres, aller au-delà et s’éclater. Un parcours surprenant, inclassable, atypique, qui va du punk au rap, de l’électro au classique, toujours afin de surprendre et d’explorer la musique autrement… Véritable comédien exalté sur scène, Chilly Gonzales dégage une énergie telle qu’il accapare l’attention du public et va là où on ne l’attend pas.
Il parle d’expérience : « on apprend des choses en les faisant ».

Pianiste virtuose, punk mégalo quand il débute sur la scène berlinoise, cet artiste canadien refuse les étiquettes, toutes les étiquettes, et collabore avec de nombreux groupes, notamment les Peaches. « J’ai d’abord hurlé [dit-il avec humour] pour attirer l’attention et voilà qu’en me taisant… j’y arrive ! »

On n’est pas au bout de l’étonnement avec Chilly Gonzales. C’est certainement une personnalité complexe qui confie au réalisateur, « écoute les paroles de mes chansons, tout est là… » Il fallait donc partir du personnage de la scène pour comprendre qui est véritablement Gonzo : « Mon film, explique Philipp Jedicke, part de l’artiste Chilly Gonzales et lève progressivement le rideau pour découvrir Jason Beck, [cependant le film] demeure un voyage à travers ses fantasmes, dans son cerveau, mais aussi dans sa carrière. Au final je crois qu’on y découvre des aspects très différents de son travail et de sa personnalité. »

Shut Up and Play The Piano de Philipp Jedicke sort en salles le 3 octobre.


Amin
Film de Philippe Faucon (3 octobre 2018)

Amin est un film sur le déracinement, sur la solitude des travailleurs immigrés qui vivent une double vie — entre deux mondes —, le travail en France pour aider financièrement la famille restée au pays, et ici les foyers après les chantiers, sans contacts réels avec le reste de la population. C’est le cas d’Amin, qui travaille dans le bâtiment depuis presque dix ans. Sa compagne, Aïcha, et ses trois enfants demeurent au Sénégal auprès de la famille et les visites annuelles d’Amin sont brèves. Les enfants grandissent sans leur père, ce que souligne Aïcha, « quand tu n’es pas là, c’est comme avoir un faux mari et un faux père pour les enfants. » Abdelaziz, ouvrier près de la retraite, vit un véritable déchirement entre deux familles, celle restée au Maroc, et celle qui vit en France. Il y a également la misère affective et sexuelle des plus jeunes. En décrivant les conditions de travail, le quotidien de ces hommes dans les moindres détails, le film représente différentes formes de solitude non choisie.

Comme dans plusieurs des films de Philippe Faucon, les personnages féminins sont très forts, Aïcha, Gabrielle, sa fille adolescente et les filles d’Abdelaziz s’affirment, semblent déterminées et plus aptes à affronter les situations difficiles. Aïcha se révolte contre son beau-frère lorsque celui-ci critique son attitude sur le chantier de la maison familiale en construction. Elle lui fait alors remarquer que les travaux la concernent à plus d’un titre, c’est l’argent d’Amin finalement, et lui lance : « trouve-toi une femme à diriger et laisse-moi tranquille. » Cette scène écorne quelque peu le cliché de la femme africaine soumise, bien que l’emprise de la famille soit présente sur fond de religion, en particulier sur les enfants. C’est le même besoin d’indépendance que l’on retrouve chez Gabrielle, infirmière en instance de divorce, qui fait les premiers pas vers Amin à l’occasion de travaux qu’il réalise chez elle.

Avec la même délicatesse, Philippe Faucon filme les scènes d’amour entre Amin et Gabrielle, en France, et les retrouvailles d’Aïcha et Amin, au Sénégal. La tendresse est rarement montrée d’une manière aussi naturelle, par petites touches, dans les relations amoureuses, les gestes, les regards, les caresses pudiques. Lorsque Aïcha exprime ses difficultés à vivre la séparation et son désir de suivre son mari en France, Amin lui demande de le soutenir et de comprendre la situation : « il faut que tu prennes sur toi. »

Amin et Abdelaziz sont des hommes fragiles, à la merci des conditions sociales du pays d’accueil, qu’ils doivent accepter en silence. Non seulement, ils sont partagés entre deux cultures, mais également entre le devoir d’aider la famille et la solitude. Pour Abdelaziz, cela se traduit par une résignation, un effacement peu à peu de lui-même. Le film aborde ce problème sans ellipse et avec un très grand respect.

Philippe Faucon souligne, «  je vis dans une société et une époque données et je ne conçois pas de m’intéresser à une expression comme le cinéma tout en me désintéressant du monde et de l’époque dans laquelle je vis. » Jusqu’à présent, le déracinement, la solitude et leurs conséquences n’ont guère été traitées au cinéma, pourtant « ces deux géographies fondent un parcours d’exil ou de migration. Le cinéma a cette capacité de mise en parallèle très forte entre les deux mondes. »

Amin de Philippe Faucon est à voir à partir du 3 octobre.

Entre deux séances de cinéma, un mot sur un livre publié par les éditions Smolny :
Lettres d’un syndicaliste sous l’uniforme 1915–1918
Pierre Monatte

Ce sont des lettres choisies par Julien Chuzeville (auteur notamment de Militants contre la guerre 1914-1918 paru aux éditions Spartacus)

Cent ans après l’armistice, ce recueil de lettres inédites du militant syndicaliste révolutionnaire Pierre Monatte apporte un regard différent sur la vie au front durant la Première Guerre mondiale.

Comme vous le savez, nous ne versons guère dans les commémorations sur Radio libertaire, cependant lorsqu’il s’agit d’aller dans les coulisses de l’histoire officielle, cela devient intéressant, et c’est le cas de ce livre. En effet, à rebours de l’historiographie dominante sur la période 1914–1918 — qui trop souvent passe à la trappe les antagonismes sociaux et fait la part belle à une supposée « culture de guerre » — les lettres de Pierre Monatte mettent en lumière la position d’une frange du mouvement révolutionnaire qui ne s’est pas ralliée à la guerre, mais s’est organisée pour s’y opposer radicalement, en dépit de la répression.

Ces lettres mêlent l’intime et le politique. Elles révèlent un engagement tenace dans le combat révolutionnaire contre la guerre et l’exploitation capitaliste.

Pierre Monatte est le fondateur de La Révolution prolétarienne, une revue fondée en 1925 et qui paraît toujours. On peut s’y abonner ou la trouver à Publico… De même que les Lettres d’un syndicaliste sous l’uniforme 1915–1918 de Pierre Monatte


23e Festival Cinespaña
à Toulouse du 5 au 14 octobre

23e Cinespaña, le festival en trois points :

1— une rétrospective Alex de la Iglesia et la comédie noire espagnole. L’occasion de voir et revoir…
Action mutante
Le jour de la bête
Le crime farpait
El Bar (pris au piège)
Et bien d’autres…

2— un cycle Novo Cinema Galego, avec une nouvelle vague de jeunes réalisateurs galiciens qui se rejoignent dans leur façon de voir le monde et leur style avant-gardiste.

3— Femmes en révolte dans le cinéma espagnol récent : Nous ne sommes pas des princesses, nous sommes des dragonnes.

Nous ne sommes pas des princesses, nous sommes des dragonnes
Mikele d’Ekhiñe Etxeberria

La vie et les réflexions d’une adolescente trans. Dans ce portrait direct en forme de confession, la jeune Mikele réfléchit aux complexités de l’adolescence, en compagnie de ses amies et des membres de sa famille. À travers l’expérience de son entourage, dans son village de Navarre, Mikele révèle un panorama alternatif de la transexualité en Espagne.

Les courts et moyens métrages :

Organizar lo (im)possible

C’est un film sur les conditions de travail du personnel d’entretien dans les hôtels. Ces postes sont tenus la plupart du temps par des femmes migrantes, étrangères, à qui l’on donne 5 mn pour nettoyer chaque chambre, alors qu’il est impossible de le faire en moins que 7 mn et 20 secondes. Ce temps supplémentaire est donc pris sur leur temps de pause, et de ce fait elles de déjeunent pas.
Un film donc sur leur lutte, leurs manifestations et leurs revendications. Elles disent aux touristes : « allez dans des hôtels qui respectent nos droits ». « Toucher aux droits d’une personne, c’est toucher aux droits de toutes ! » (On retrouve les slogans de IWW, toujours aussi justes).

Galatée à l’infini
de Julia Maura, Mariangela Pluchinio, Maria Chatzi et Fatima Flores Rojas.


Quatre réalisatrices pour un film formidable sur le sexisme, des origines jusqu’à nos jours. Une démonstration avec un humour efficace et une logique imparable. De quoi rire… jaune !

Dans les films de la compétition :
Carmen et Lola d’Arantxia Etchevarria

Dans la communauté gitane installée près de Madrid, Carmen, 17 ans, s’apprête à se fiancer à Rafa. Une vie toute tracée, dans les normes. De son côté, Lola a 16 ans, aime les graffitis, le lycée et les filles. Lola aime aussi Carmen et, face à la tradition gitane, le choix de vie est difficile…
Le film est interprété superbement par des comédiennes et des comédiens non professionnels.

Quien te cantara de Carlos Vermut

Lila Cassen était la chanteuse la plus célèbre d’Espagne. Sans explication, elle a cessé brutalement d’enregistrer et de se produire sur scène. Dix ans plus tard, elle prépare son grand retour après cette longue absence mystérieuse. Par ailleurs, une autre femme, Violeta, imite chaque soir dans un petit karaoké son idole de toujours, Lila. Elle s’y attache pour fuir les rapports violents entre elle et sa fille. Un jour, une amie de Lila lui propose d’aider la chanteuse à redevenir Lila Cassen.
C’est un film en forme de jeu de miroir qui n’est pas sans évoquer Sunset Boulevard de Billy Wilder.

23e Festival Cinespaña
à Toulouse du 5 au 14 octobre

Avec Daniel Pinos. À suivre…