Carmen & Lola. Film de Arantxa Echevarria. 8 avenue Lénine. Heureuse comme un Rom en France. Film documentaire de Valérie Mitteaux et Anna Pitoun. Mon cher enfant. Film de Mohamed Ben Attia. Sami, une jeunesse en Laponie. Film d’Amanda Kernell. 7e Festival du film franco arabe de Noisy-le-sec

Sorties DVD : Parvana. Une enfance en Afghanistan, film d’animation de Nora Twomey et Le dossier Mona Lina d’Eran Riklis
dimanche 11 novembre 2018
par  CP
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Carmen & Lola
Film de Arantxa Echevarria (14 novembre 2018)

8 avenue Lénine. Heureuse comme une Rom en France
Film documentaire de Valérie Mitteaux et Anna Pitoun (14 novembre 2018)

Mon cher enfant
Film de Mohamed Ben Attia (14 novembre 2018)

Sami, une jeunesse en Laponie
Film d’Amanda Kernell (14 novembre 2018)

7e Festival du film franco arabe de Noisy-le-sec
Du 9 au 20 novembre au cinéma le Trianon

Sorties DVD : Parvana. Une enfance en Afghanistan, film d’animation de Nora Twomey et Le dossier Mona Lina, film d’Eran Riklis

Retour en Palestine
Une pièce du Freedom theatre de Jenine, Palestine

theatrejenine@yahoo.fr
www.atljenine.net

Carmen & Lola
Film de Arantxa Echevarria (14 novembre 2018)

Une fiction, Carmen & Lola d’Arantxa Etchevarria, et un film documentaire, 8 avenue Lénine. Heureuse comme une Rom en France de Valérie Mitteaux et Anna Pitoun, deux films pour parler de femmes gitanes, de femmes roms.

Tout d’abord un entretien avec Arantxa Etchevarria, réalisatrice de Carmen & Lola. Cet entretien a eu lieu en juin dernier dans le cadre du festival, Las Españolas en Paris. Depuis, le film a notamment triomphé au festival Cinespaña de Toulouse, de même qu’il a été acclamé à Montpellier lors de sa projection en avant-première dans le cadre du festival international du cinéma méditerranéen.

Carmen & Lola d’Arantxa Etchevarria nous immerge dans une banlieue de Madrid habitée en grande partie par la communauté gitane. La tradition veut que les jeunes gitanes soient destinées à n’être rien d’autre que des épouses parfaites et des mères. Une tradition défendue par les femmes elles-mêmes. Carmen ne remet pas en question le destin tout tracé qui lui est attribué depuis des générations, ce que d’ailleurs sa mère ne manque de lui rappeler. Les premières images montrent tout l’apparat de la fête où la fiancée, Carmen, apparaît comme une icône, ce qui fait immédiatement penser au slogan « Princesse d’un jour, boniche toujours ! ».

La pression sociale et les coutumes sont pesantes, pas moyen d’y échapper, être femme et gitane ne laisse guère d’opportunité pour exprimer ses désirs, ses envies ou même pour rêver. Nombreuses sont celles qui « ont quitté l’école de bonne heure, sont sans instruction et n’auront jamais la possibilité de trouver un travail en dehors de leur environnement car, de manière générale, la communauté blanche n’engage pas de femmes gitanes. » Lola, en revanche, a des rêves, elle veut étudier, voyager, et sa mère la défend en un sens pour qu’elle ait une vie plus facile. Elle a 16 ans et découvre son attirance pour les filles, tout en étant consciente de l’interdit que cela représente dans une culture aux fortes croyances religieuses, qui n’accepte en aucun cas l’homosexualité, et encore moins l’homosexualité féminine jugée comme étant une maladie ou une sorte de possession maléfique.

L’origine du film vient d’un article évoquant le premier mariage lesbien gitan en Espagne, dans lequel les deux jeunes femmes témoignaient, en gardant l’anonymat, de leur rejet par toute la communauté gitane. Les femmes gitanes, explique la réalisatrice, « ne sont pas au placard, mais dans un caveau ».

Carmen & Lola est une magnifique histoire de premier amour. En mettant en scène deux jeunes filles qui refusent peu à peu les règles de la prédestination sociale, en abordant un sujet tabou dans le milieu gitan — le lesbianisme —, Arantxa Etchevarria inscrit son film dans un courant du cinéma social et politique. Elle déclare d’ailleurs : « Étant moi-même une femme, j’ai une vision différente du monde, un autre regard sur la réalité et même une autre manière de raconter les histoires. […] Je me sens une obligation morale de donner la parole à celles qui n’y ont pas droit. Le cinéma est devenu mon porte-voix pour certaines causes auxquelles je crois. »

Arantxa Etchevarria montre admirablement les traditions musicales gitanes dans son film. « La musique est extrêmement importante pour la communauté gitane. Elle fait partie intégrante de leur vie quotidienne. Elle rythme chaque instant, chaque événement, chaque célébration et rassemblement. La musique gitane fusionne les sons de l’Inde et de chacun des pays que leurs ancêtres ont traversé pour rejoindre l’Espagne, influencée par ceux de l’Iran, de la Turquie, des Balkans, de la Grèce, de l’Andalousie ». Les Tsiganes, les Roms, les Manouches, les Gitans sont toutes et tous issu.es de ces influences. Le flamenco est universellement reconnu et Lola y participe au sein de la chorale de son quartier, car « célébrer en musique, dans la pure tradition du gospel, occupe une part importante des rites. » Les thèmes sont proches des « bulerías » et des fandangos. C’est pourquoi la musique vivante tient une place prépondérante dans le film, Carmen & Lola.
« Donner la parole à celles qui n’y ont pas droit », Arantxa Etchevarria atteint son objectif, 150 comédiennes et comédiens non professionnel.les dirigé.es magnifiquement dans un premier long métrage étonnant, émouvant et libre.
Carmen & Lola d’Arantxa Etchevarria sera dans les salles le 14 novembre.


8 avenue Lénine. Heureuse comme une Rom en France
Film documentaire de Valérie Mitteaux et Anna Pitoun (14 novembre 2018)

Coïncidence de calendrier, le film documentaire de Valérie Mitteaux et Anna Pitoun, 8 avenue Lénine. Heureuse comme une Rom en France sort également le 14 novembre. Et c’est en compagnie des deux réalisatrices que nous poursuivons cette émission.

8 avenue Lénine. Heureuse comme une Rom en France est bien plus qu’un film documentaire, c’est un document exceptionnel sur l’histoire d’une femme rom roumaine, Salcuta, qui va se battre avec ses deux enfants, pour obtenir le droit de vivre dignement en France où elle a choisi de s’installer, malgré les politiques discriminatoires en cours. Pendant quinze années, Valérie Mitteaux et Anna Pitoun vont la filmer, suivre sa lutte, son parcours professionnel, écouter ses projets, voir grandir les enfants. Une très belle histoire d’intégration, une véritable fresque familiale qui met à mal tous les a priori à l’encontre des Roms.

En donnant la parole à celle qui habituellement n’y a pas droit, les réalisatrices provoquent la réflexion sur une discrimination banalisée qui frappe et a toujours frappé les populations roms. Si le film réalisé par Valérie Mitteaux et Anna Pitoun montre à quel point les Roms roumain.es représentent une migration normale, dans les règles, effet de la libre circulation à l’intérieur de l’Europe, on peut se demander pourquoi les administrations leur refusent encore le statut normal auquel ont droit les ressortissant.es d’un État de l’Union européenne. Le véritable « problème » tsigane, rom ou gitan est là : tous les gouvernements qui veulent faire vibrer la fibre xénophobe se servent de l’argument de la présence des Roms et contribuent ainsi à fabriquer l’image d’un.e soi-disant Rom migrant.e déconnecté.e de son territoire d’appartenance.

8 avenue Lénine. Heureuse comme une Rom en France est le portrait d’une communauté méconnue et rejetée dans toute l’Europe [1], mais également le portrait de Françaises et de Français qui se sont engagé.es dans un soutien au-delà de ce qu’ils et elles pouvaient imaginer. Une très belle histoire de partage et de solidarité, et par les temps qui courent, cela donne de l’espoir et de l’énergie.
8 avenue Lénine. Heureuse comme une Rom en France de Valérie Mitteaux et Anna Pitoun sera sur les écrans le 14 novembre 2018)

Entretien avec Valérie Mitteaux et Anna Pitoun

Le 14 novembre sort également le film de Mohamed Ben Attia, Mon cher enfant.

Un couple de Tunisiens découvre que leur fils, Sami, est parti en Syrie. À la veille de son examen, l’adolescent, un jeune sans histoire et plutôt bon élève, disparaît. Les parents sont abasourdis, perdus, et le père entreprend alors d’aller en Syrie pour le ramener.

Avec ce film, Mohamed Ben Attia interroge la décision de ces jeunes qui abandonnent tout, leur famille, leurs ami.es pour partir faire le Jihad. Bien plus que le désarroi des parents anéantis qui tentent de retrouver leur enfant, la question du malaise social est au centre du film. Si le titre français, Mon cher enfant, restreint quelque peu le propos du film, il souligne néanmoins l’inconscience des parents et leur incompréhension du malaise social vécu par leurs enfants. S’ensuit une forme de déni, puis de colère et de refus qui aboutit à une question récurrente sur la responsabilité de l’éducation et l’emprise du système.
Première partie de l’entretien avec Mohamed Ben Attia qui a eu lieu lors du 40ème festival international du cinéma méditerranéen de Montpellier en octobre 2018.

Sami, une jeunesse en Laponie d’Amanda Kernell (14 novembre 2018)

À 14 ans, une jeune fille d’origine Sâmi, exposée au racisme des années 1930, commence à rêver d’une autre vie. Pour s’émanciper, elle n’a d’autres choix que rompre tous les liens avec sa famille et sa culture.

Sorties DVD :
Parvana. Une enfance en Afghanistan, un film d’animation de Nora Twomey

Une petite fille de onze ans, Parvana, vit avec sa famille à Kaboul, sous le régime des Talibans. Le pays est ravagé par la guerre et les lois interdisent aux femmes de sortir non accompagnées d’un homme. Parvana aime écouter les histoires que lui raconte son père, un ancien professeur devenu écrivain public pour nourrir sa famille. À la suite de l’accusation d’un ancien élève, il est arbitrairement jeté en prison. La famille est de ce fait condamnée, car sans être accompagnée d’un homme, il est impossible aux femmes de travailler, d’aller au marché… Après quelques tentatives de sortie qui échouent, la vie devient un cauchemar et Parvana se rebelle. Elle coupe ses cheveux, enfile les vêtements de son frère aîné disparu et décide d’aller faire les courses, puis de reprendre la place d’écrivain public de son père.

Se travestir en garçon afin de venir en aide à sa famille comporte cependant le risque d’être démasquée à chaque instant, mais la détermination de Parvana n’en demeure pas moins inflexible : elle veut aussi trouver le moyen de sauver son père. Parallèlement à la réalité d’un quotidien dramatique, se déroule le récit d’une histoire merveilleuse que raconte Parvana à son petit frère. Les décors sont tout en contraste, tristes pour la réalité et colorés pour le conte. Quant à l’univers musical et sonore, il est éblouissant. Parvana. Une enfance en Afghanistan est un très beau récit sur l’émancipation des femmes, leur résistance grâce à la création.
Parvana. Une enfance en Afghanistan, de Nora Twomey est disponible en DVD et VOD depuis le 31 octobre.

Le dossier Mona Lina , un film d’Eran Riklis

Mona est une libanaise chrétienne menacée de mort par le Hezbollah pour avoir livré des informations aux services secrets israéliens. Après une opération de chirurgie esthétique, ces derniers l’exfiltrent vers l’Allemagne où elle est protégée par une agente du Mossad, Naomi. Un huis clos s’installe alors entre les deux femmes, avec tous les ingrédients de la suspicion, sur fond de traque, de jeu de dupes entre services secrets pour brouiller les pistes… En raccourci ce sont les différents aspects de la composante politique de l’espionnage moyen-oriental, sans oublier le rôle, en sous-main, des Etats-Unis qui jouent sur tous les tableaux…

Le dossier Mona Lina est un film d’espionnage avec de l’action et des rebondissements, mais son originalité réside dans le traitement psychologique des rapports entre les deux femmes, l’une étant menacée de mort et voulant retrouver son fils de 8 ans et l’autre tentant par tous les moyens d’avoir un enfant après la mort de son compagnon. Si les deux femmes nouent peu à peu une relation de complicité, au-delà des tensions et des enjeux politiques, la méfiance, la désillusion et la manipulation demeurent avec une question qui domine tout le film : qui est le ou la traître de qui ?
Le Dossier Mona Lina, sorti en juillet dernier, est disponible en DVD et VOD depuis le 7 novembre.

À Paris le vendredi 16 novembre à 20h30 au Centre culturel algérien (01 45 54 95 31)

theatrejenine@yahoo.fr
www.atljenine.net


[1« Tsiganes, Roms, Gens du Voyage, il y a souvent une confusion des termes... L’impression de confusion dans les dénominations provient du fait que l’on veut regrouper sous un même nom des populations qui sont parties prenantes de toutes les nations européennes depuis leur constitution. En fait, le mot "tsigane" est la traduction dans les différentes langues européennes, quand chacune a pris sa tournure nationale, du terme "Cingani", l’appellation autochtone la plus anciennement attestée par les documents grecs médiévaux. À partir des territoires de l’ancien empire grec byzantin, les Cingani comme les autres chrétiens d’Orient Graeci se sont réfugiés en Occident devant la pression ottomane. Il n’y a donc pas eu une seule migration d’un "peuple nomade" mais un glissement continu de population, étalé sur un siècle et demi, dès le XIVe siècle et ce jusqu’à la fin du XVIe siècle.

Toutes les populations européennes se sont constituées à travers les siècles, notamment par la confrontation et la symbiose entre différents peuples. les Tsiganes sont autochtones de l’Europe parce qu’ils et elles sont déjà présentes dans les tous les États, principautés ou royaumes, empire ou républiques du XVIe siècle européen. Il y a, ainsi, les Sinti de l’ouest et les Roms de l’est. Parmi les Sinti, il y a les Manouches, les Voyageurs français enregistrés dans le régime administratif des "gens du voyage". Et à l’est, les Roms des anciens empires austro-hongrois, russe ou ottoman, qui ont une histoire très différente du fait des statuts juridiques collectifs. Les Roms appartenant aux anciens empires qui s’effondrent avec la Première Guerre mondiale n’étaient pas forcément marginalisés. Par exemple, fin XIXe le maire de la grande ville hongroise de Debrecen est un Rom. Mais ils avaient un statut à part et une tradition culturelle propre. L’émancipation sociale et politique des débuts du 20e siècle ne leur a pas profité longtemps. Au lieu de faire disparaître ces statuts, ils ont été non seulement maintenus mais renforcés. Et si l’on regarde la période plus contemporaine, les régimes communistes durant la Guerre froide ont pratiqué un double discours ; en prétendant donner aux Roms une égalité des chances tout en détruisant leurs élites et leur culture, ils ont provoqué la prolétarisation industrielle et agricole des communautés tsiganes. »
(extrait d’un entretien avec Henriette Asséo, historienne).