Her Job de Nikos Labôt. Fugue d’Agnieszka Smoczynska. Petra de Jaime Rosales. Meurs, monstre, meurs d’Alejandro Fadel. Matar a Jesus de Laura Monte. Divorce à l’italienne de Pietro Germi

dimanche 12 mai 2019
par  CP
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Her Job de Nikos Labot (1er mai 2019)
Suite de l’entretien avec Nikos Labôt et Marisha Triantafyllidou

Fugue d’Agnieszka Smoczynska (8 mai 2019)

Petra de Jaime Rosales (8 mai 2019)
Entretien avec la co-scénariste Clara Roquet

Meurs, monstre, meurs d’Alejandro Fadel (8 mai 2019)

Matar a Jesus de Laura Monte (8 mai 2019)

Divorce à l’italienne de Pietro Germi (15 mai 2019)


Her Job de Nikos Labot (1er mai 2019)
Suite de l’entretien avec Nikos Labôt et Marisha Triantafyllidou

Her Job ou l’histoire d’une femme simple, invisible, comme il en existe des milliers dans nos sociétés patriarcales. Inspiré du récit véridique d’une femme illettrée et sans qualification professionnelle, le film suit son évolution lorsqu’elle doit, pour la première fois, chercher du travail pour aider sa famille. Athènes aujourd’hui. Panayiota est femme au foyer, elle a épousé son mari très jeune et est passée de la domination paternelle à celle de son mari.
Mais crise oblige, Panayiota, se retrouve pour la première fois de sa vie, sur le marché du travail et passe ainsi de la dépendance maritale à celle d’un petit chef. Celui-ci, responsable d’une entreprise de nettoyage, dirige son équipe de femmes avec la logique du système, autrement dit «  je prends, je m’en sers et je jette ». Panayiota, docile, s’efforce d’être une « employée modèle », mais découvre peu à peu, malgré l’aliénation, et grâce à la solidarité entre les femmes du service, une forme d’émancipation. Bon, il n’est pas encore question de révolution, ses premiers pas consistent à avoir une carte de crédit personnelle, de faire des cadeaux à ses enfants, d’apprendre à conduire et de sortir avec ses amies.

Mais c’est déjà prendre goût à l’autonomie, ce qui bouscule un peu le mari au foyer qui voit dans cette inversion des rôles, son statut lui échapper. « La famille de Panayiota est un parfait stéréotype de la famille grecque. Kostas, son mari, ne supporte pas d’être sans emploi alors que sa femme en a décroché un. Il sait que toute la famille a besoin de cet argent, et que sa femme travaille pour subvenir à leurs besoins. Je voulais [explique le réalisateur] être juste vis-à-vis de ce personnage. Ce n’est pas qu’un macho, c’est un type fragile et préoccupé. C’est aussi une victime. »

Comment transcrire l’évolution de Panayiota au cinéma, dans un temps relativement court, alors qu’il s’agit à long terme d’un profond bouleversement ? Tout est dans le travail de Nikos Labôt avec sa comédienne, Marisha Triantafyllidou, dans la manière de s’exprimer, la gestuelle hésitante et petit à petit plus assurée, les gros plans guettant les nuances du caractère de la jeune femme dans le décor social de la crise, de ses conséquences. Le nouveau centre commercial est, de ce point de vue, caractéristique et obscène dans le contexte social de la Grèce, entre luxe et femmes invisibles qui en sont les domestiques. Ce décor très dépouillé, froid, technique et très graphique en accentue l’inhumanité : « Le monde s’écroule et les magasins poussent comme des champignons. »

Panayiota n’a pas de conscience politique, elle n’analyse pas ce qui se passe, elle subit, pourtant, lorsque qu’elle est remerciée avec condescendance, elle se révolte pour la première fois, mais le « responsable », surpris par sa réaction, a le dernier mot : « votre contrat prend fin. Vous avez signé ». Le film nous apprend beaucoup sur les conditions de travail dans les entreprises de nettoyage, notamment sur les contrats pour décharger l’employeur et profiter de la naïveté du personnel, traité comme une variable d’ajustement. « Le travail au sein des entreprises d’entretien gérées par des compagnies privées est terrible. Pendant la crise, c’est allé en empirant [ajoute Nikos Labot]. J’ai rencontré plusieurs travailleurs dans ce milieu, à qui j’ai fait lire le scénario. Ces histoires d’exploitation sont connues de tous, on peut les lire dans les journaux. Certains essaient de se battre, à l’image des deux syndicalistes avec lesquelles travaille Panayiota. Beaucoup restent silencieux face à la menace bien réelle de se faire virer s’ils bougent une oreille. Et comment nourrir sa famille si plus de salaire ? »

Her Job de Nikos Labôt, que l’on peut voir depuis le 1er mai , est un film très puissant sur ces femmes invisibles. En même temps, le personnage de Panayiota et son évolution portent en soi un espoir.

La réussite du film tient aussi au personnage de Panayiota, étonnamment cerné par Nikos Labôt au point que l’on pourrait penser que l’auteur est une femme, et magnifiquement transcrit par le travail de comédienne de Marisha Triantafyllidou. On pense aussi au film de Lila Aviles, La Camarista, sorti en avril, qui mettait en scène une femme de chambre dans un palace mexicain.
Her Job confirme le renouveau du cinéma grec au plan international. Il faut espérer que la distribution en France suivra et permettra de confirmer cette impression…

Fugue d’Agnieszka Smoczynska (8 mai 2019)

Une femme marche sur des rails, en somnambule, se hisse sur le quai d’un métro, et là, devant des témoins médusés s’efforçant de regarder ailleurs, elle urine. Son comportement choque plus parce qu’elle est une femme. Pourquoi casse-t-elle les règles et d’où vient-elle ?

Cette femme a perdu la mémoire et ignore les événements qui l’ont amenée là, son nom, son adresse… Tout son passé s’est évanoui. Avant la gare, c’est le noir complet sans qu’il y ait de trace de sa vie passée. Le titre « fait référence à la fugue dissociative, qui est un trouble psychiatrique rare, caractérisé par une amnésie. Les personnes qui en souffrent ne se souviennent plus de leur passé et changent de personnalité.  » Ce qui est peut-être plus troublant, c’est que sa disparition n’est signalée nulle part, c’est à la fois une perte de l’identité et celle de la famille.

Deux ans passent. Celle qui se nomme à présent Alicja a reconstruit une vie et souhaite faire l’impasse sur ce passé disparu et inconnu. Cependant son père la reconnaît dans une émission de télévision, bien qu’elle ait complètement changé. Soudain, des personnes qu’elle ne reconnaît évidemment pas, étrangères à ses yeux, surgissent d’un passé ignoré et c’est un choc immense pour elle. Sans en avoir le souvenir, être brusquement propulsée dans le rôle imposé de fille, d’épouse d’un inconnu et de mère d’un petit garçon, produit vite une sensation d’enfermement insupportable dans une famille, qui la considère aussi comme un alien, un fantôme. Son seul refuge est de demeurer dans un désordre psychiatrique. Partagée entre deux mondes, du nouveau, elle observe l’ancien. Fugue tourne autour de la question de l’identité liée à la mémoire, aux perceptions des liens familiaux et au véritable soi face aux autres.

Est-il possible reconstruire des liens familiaux ? Pourquoi ses proches ne l’ont pas recherchée auparavant ? Que signifie retrouver une identité perdue sur laquelle une nouvelle personnalité se juxtapose ? Enfin, est-ce essentiel de retrouver une mémoire pour être à nouveau dans le rôle fixé par la société ?

Le film est-il féministe ? À cette question, la réalisatrice est affirmative : « C’était nécessaire pour moi de pointer le rôle rétrograde qu’on assigne aux femmes polonaises dans la société. En Pologne, on a cet archétype de la “mère polonaise”. Elle doit se dévouer corps et âme à son foyer. Une femme se définit par la maternité en Pologne. Vous n’êtes pas complètement une épouse si vous n’êtes pas une mère. Il m’importait de montrer qu’on n’est pas définie, en tant que femme, que par la famille ou par le rôle que nous assigne la société. On peut être libre de choisir sa voie. Mon héroïne n’est pas toute jeune. Elle a la quarantaine et abandonne sa famille. Je voulais montrer qu’elle en avait le droit. […] En Pologne, ce rejet de la famille n’existe pas bien sûr. En pareil cas, la société vous ostraciserait. Nous avons un gouvernement populiste, élu par des hommes principalement. J’ai commencé ce film, il y a huit ans, donc avant que le gouvernement actuel ne remette en question le droit à l’avortement, déjà très restrictif pour les femmes. »

Le film est construit comme un thriller, auquel s’ajoute un aspect fantastique, ce qui amplifie l’enquête d’Alicja sur sa personnalité, enfin celle qui était la sienne auparavant, et sur son rapport à la famile. Et comme l’explique Agnieszka Smoczynska, « mon héroïne souffrant d’un trouble dissociatif, j’ai introduit naturellement des éléments du thriller. Je considère que le cinéma de genre pur n’existe plus. À l’intérieur de celui-ci, tout est si prévisible ! L’avenir du cinéma réside dans ce mélange des genres. » La recherche d’Alicja, son observation détachée parvient à donner le vertige. Car, en écho à son questionnement, il y a celui de savoir « ce qui nous définit en tant qu’être humain. L’identité n’est pas quelque chose d’immuable. »
Fugue d’Agnieszka Smoczynska est en salles depuis le 8 mai.

Petra de Jaime Rosales (8 mai 2019)
Entretien avec la co-scénariste Clara Roquet

Une jeune artiste peintre, Petra, n’a jamais connu son père. Au début du film, elle arrive dans une résidence d’artiste auprès de Jaume Navarro, un plasticien de renommée internationale. On ne sait pas si c’est le travail de cet homme, qui la fascine, ou bien si c’est la quête de ses origines, ou les deux, qui l’ont conduite à la résidence. Il est d’ailleurs probable qu’elle l’ignore elle-même, ce que l’on comprend c’est que le silence de sa mère sur le sujet et son obsession, sont pour quelque chose dans sa décision de venir travailler un temps dans ces environs de Gerona. La compagne de Jaume, qu’elle rencontre dès son arrivée, la décourage et la prévient qu’elle n’apprendra rien avec lui. Mais Petra désire rester et, finalement, elle est acceptée dans son atelier. Commence alors une relation très étrange avec cet homme égocentrique et malsain, dont le seul plaisir est d’humilier et de dominer son entourage.

Son obsession de blesser, de dominer, il va également l’essayer comme un jeu sur la jeune femme, mais Petra est plus résistante et très volontaire. De plus, elle ne dépend pas de lui comme les autres, sauf qu’elle attend des réponses, qu’il s’amuse à ne pas donner.

L’un des points les plus intéressants du film, c’est la déstructuration temporelle du récit, qui correspond en fait à la recherche de Petra, autour de laquelle gravitent autant d’histoires que de personnages. C’est aussi une magnifique étude sur la création en tant qu’introspection personnelle, mais comme l’évoque le réalisateur, il n’y a pas qu’un seul thème dans le film, mais plusieurs qui se croisent et font rebondir l’intrigue, les intrigues…

Trois scénaristes, le réalisateur, Jaime Rosales, Clara Roquet et Michel Gaztambide, pour créer l’intérêt dramatique de l’histoire, c’est peut-être aussi ce travail à trois qui a construit la densité des scènes, les surprises, la trame tragique où se débattent les personnages, parmi lesquels les deux principaux rôles féminins, incarnés par Marisa Paredes et Barbara Lennie, qui y sont tout juste sublimes.

La rencontre avec la co-scénariste, Clara Roquet, a eu lieu lors de la présentation du film dans le cadre du festival international du cinéma méditerranéen de Montpellier, le CINEMED, en octobre 2018.
Petra de Jaime Rosales est sorti le8 mai 2019.

Meurs, monstre, meurs d’Alejandro Fadel (8 mai 2019)

Au fur et à mesure que l’on entre dans le film d’Alejandro Fadel, on ne sait plus si l’on est dans un conte fantastique, une fable surréaliste, un film d’horreur, un thriller, un policier, une chasse au monstre venu du fond des âges ou confronté.e à la résurgence d’une sorte de Mabuse fou… Bref on est perdu et tout devient symbolique, les paysages de la Cordillère des Andes, le traitement des images, les paroles, les sons, les ambiances, les signes…

Le film démarre très fort par la décapitation d’une bergère au milieu de son troupeau, premier meurtre spectaculaire d’une série annoncée par un homme, David, qui dit entendre des voix lorsque la force invisible, la chose va commettre ses crimes. Et chaque fois, la tête séparée du corps est dissimulée ailleurs.

De deux choses l’une, disent les enquêteurs, complètement dépassés par la sauvagerie des meurtres, l’irrationnel et l’absence de mobile, David est le meurtrier ou il est fou. Cruz, officier de police local, remarque autour des cous des femmes assassinées la présence d’une bave jaunâtre et visqueuse, qui lui colle aux doigts. Cruz trouve également une dent à l’endroit du premier crime. Mais il semble être le seul à prendre en compte l’importance des indices. Et les victimes sont toujours des femmes.

Francisca, la femme de David et l’amante de Cruz, est à son tour tuée par le monstre, dont on voit l’ombre. David est placé en hôpital psychiatrique où il dit entendre dans sa tête une voix qui répète, lancinante : « Meurs, monstre, meurs ! » Les assassinats continuent le jour, la nuit et de chaque côté du fleuve, chaque fois pressentis par David. Cruz s’entête sur une mystérieuse théorie impliquant des notions géométriques, les déplacements d’une bande de motards, et une voix intérieure, obsédante, qui répète comme un mantra : « Meurs, monstre, meurs ! » …

« Plus que l’histoire en soi, ce qui m’intéresse, c’est l’arrangement des différents éléments. On ne peut pas continuer à exiger que le cinéma soit une machine à raconter des histoires [déclare le réalisateur]. Il faut qu’on renonce à cette bataille et que l’on délègue cette fonction à la télévision… Le cinéma doit se nourrir d’autre chose s’il aspire à se renouveler. En tant que spectateur mais aussi comme réalisateur, je veux être affecté par un film. Si un film est trop inscrit dans un schéma de production et de scénario conventionnel, il perd de la fraîcheur et de la force. » On peut dire que la réussite de Meurs, monstre, meurs ! est totale, on est en effet affecté, secoué et sidéré par les images, la lumière et les décors absolument étonnants. Quant à la surprise horrifiée, elle est au détour de chaque scène.
Dans le film du mexicain Amat Escalante, la Région sauvage (2017), la créature fantastique représentait également l’attirance sexuelle et la mort, peut-être plus frontalement que le monstre de Fadel, quoique… Mais on peut y voir des liens avec le fantastique mêlé de quotidienneté et de marginalité.

Alejandro Fadel dit se référer notamment à Freaks de Tod Browning et c’est clair pour la manière dont il traite le monstre, sans les trucages habituels – c’est-à-dire pulsés et hyper techniques —, non il leur préfère le trucage « artisanal », création magique face à la marge des autres personnages. En fait le monstre, c’est l’inconnu, et l’horreur c’est la peur de l’inconnu.
Décidément le cinéma argentin n’a pas fini de nous surprendre et Meurs, monstre, meurs d’Alejandro Fadel, sorti le 8 mai , a tout pour devenir un film culte…

Matar a Jesus de Laura Monte (8 mai 2019)

Inspiré par une tragédie autobiographique, ce premier film aborde le désir de vengeance qui envahit Paula, étudiante à Medellín, après avoir été témoin de l’assassinat de son père, professeur à l’université, devant leur maison. L’assassin, un jeune tueur à gages, s’enfuit en moto, et quelques semaines plus tard, Paula croit le reconnaître, alors que l’enquête officielle est classée. Sans doute le père de Paula dérangeait, par ses propos critiques et politiques, le commanditaire de l’assassinat. Paula n’accepte pas la léthargie des flics et décide de mener son enquête elle-même. Elle suit le jeune homme, l’aborde dans une fête et s’arrange pour gagner sa confiance. Elle entre ainsi dans un monde différent de celui, protégé, qu’elle toujours connu.

Le jeune homme, Jesús, vient des quartiers pauvres de la ville et il lui fait découvrir une réalité qu’elle ignorait jusqu’alors, celle où, pour survivre, il faut en passer par la violence. Cela change Paula du quartier bourgeois où elle habite. Se pose tout à coup la question de la vengeance et du passage à l’acte.
Laura Monte a tourné avec des acteurs non professionnels, ce qui donne au film un caractère d’authenticité et une spontanéité impressionnante.
Matar a Jesus de Laura Monte est sur les écrans depuis le 8 mai.

Divorce à l’italienne de Pietro Germi (15 mai 2019)

Le film de Germi, sorti en 1961 et couronné d’un succès mondial, retrouve, grâce à la restauration, toute la force évocatrice de cette Italie du Sud, coincée entre religion et bonnes mœurs. Divorce à l’italienne est une analyse sociale féroce, qui contribue à la puissance du cinéma de Pietro Germi et de la nouvelle comédie italienne, dont il est l’un des fondateurs.

L’histoire est simple et le prétexte à écorcher l’hypocrisie et le conformisme de la société italienne dans les années 1960. Marcello Mastroianni y incarne avec brio Ferdinando Cefalu dit Féfé, noble sicilien ruiné en raison de la « prodigalité de son père », coureur de jupons pour ne pas dire plus. Cheveux gominés, tics et regard en coin, Féfé est amoureux de sa jeune cousine, Angela (Stefania Sandrelli). Mais voilà, problème, il est marié à Rosalia (Daniela Rocca), une femme collante, envahissante et pour tout dire assez insupportable. Il rêve de s’en séparer alors que le divorce est illégal en Italie...

Dès le début du film, la voix off de Mastroianni raconte les faits et gestes de ses proches, ajoute des commentaires truculents sur l’entourage et sur les habitants de la ville… Ah les nuits du sud… soupire-t-il, et — changement de ton : il plante le décor — « Agramonte, 18 000 habitants, 4 300 illettrés, 1 700 chômeurs habituels et saisonniers, 24 églises »… Les femmes, cachées derrière les persiennes, « prenaient la couleur du mythe ». D’un côté, le parti communiste avec le bal de prolétaires sans les femmes. Le progrès n’est pas encore au point. De l’autre, le curé, qui du haut de sa chaire, appelle à voter pour la démocratie chrétienne. Voilà pour le décor.

On retourne à la romance dissimulée, débutant par des coups d’œil furtifs à la messe et des regards concupiscents depuis la salle de bains… De là, Fefe-Mastroianni se met à fantasmer mille et une manières de se débarrasser de Rosalia — flashs de meurtres cocasses dans la marmite à savon, dans des sables devenus mouvants, en l’envoyant dans une fusée spatiale, ou encore abattue mystérieusement sur la place centrale… Il a beau lire le code civil, suivre les procès pour trouver un moyen d’éviter une peine trop lourde, imaginer de multiples scénarios, il ne trouve rien qui soit satisfaisant. Il aimerait bien qu’elle se laisse séduire, mais n’est guère convaincu lorsqu’il passe en revue quelques amants potentiels.

Or, il découvre par hasard le secret de Rosalia : un amour de jeunesse. Voilà une voie à exploiter, c’est-à-dire trouver un moyen d’inviter l’ancien prétendant, favoriser leur tête à tête et les pousser dans les bras l’un de l’autre… Ensuite, il ne reste plus qu’à surprendre l’infidèle et jouer la scène de l’honneur bafoué et du drame passionnel. Ce qui n’entraînera qu’une peine de prison minimum. C’est naturel, le divorce est interdit, mais le crime d’honneur est toléré, d’autant que Féfé, futur mari trompé, a tout prévu et s’est arrangé pour s’attirer la sympathie de l’un des ténors du barreau. Et là prend place un extraordinaire portrait de l’avocat, qui plaide comme s’il interprétait la Traviata. Les séquences de procès sont absolument hilarantes.

Quant à l’utilisation de la sortie, dans le cinéma du coin, de la Dolce Vita de Fellini, alors que l’église appelle au boycott du film, et que tout le monde s’y précipite… C’est une trouvaille géniale !

Divorce à l’italienne de Pietro Germi est une merveille de comédie satirique de mœurs. Tout le monde y passe, la famille, l’église, la politique, le machisme, l’hypocrisie des convenances, tous les petits travers connus et inconnus. Pietro Germi n’en loupe pas une et Mastroianni est au plus haut de sa forme. Ironie mordante et rire (jaune) assuré du début à la fin du film.

Dans la veine des Monstres, c’est un réel plaisir de voir et de revoir ce chef d’œuvre en copie restaurée. La comédie italienne dans toute sa splendeur en salles le 15 mai


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