Œuvres en partage de Jacqueline Brenot. Une Vie Parallèles. Projet de film de Xanaé Bove. Dirty God de Sacha Polak. Contre ton cœur de Teresa Villaverde

dimanche 16 juin 2019
par  CP
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Œuvres en partage
Chroniques culturelles du Chélif

Jacqueline Brenot (presses du Chélif)

Dirty God
Film de Sacha Polak (19 juin 2019)

Contre ton cœur (Colo)
Film de Teresa Villaverde (19 juin 2019)

Buñuel. Après l’âge d’or
Film d’animation de Salvador Simo (19 juin 2019)


Œuvres en partage de Jacqueline Brenot.
Nous avons souvent parlé dans les chroniques rebelles du cinéma algérien et de son effervescence depuis quelques années, notamment avec une nouvelle génération de cinéastes… De même, nous avons évoqué la littérature classique algérienne, mais que savons-nous de la littérature contemporaine francophone algérienne ?

Grâce à une trentaine de chroniques littéraires rassemblées sous le titre de Œuvres en partage, Jacqueline Brenot suscite la curiosité et donne l’envie de découvrir cette littérature algérienne sans doute encore méconnue.
En effet, Œuvres en partage entrouvre, en quelque sorte, une porte sur une littérature originale, forte, à la diversité remarquable, et peut-être plus essentiel encore, amène le lecteur ou la lectrice à pénètrer dans la réalité et la spécificité d’une société, qui a tant à dire et sur tous les tons… Qu’il s’agisse des événements historiques qui ont jalonné son histoire, les années de colonisation, les luttes, l’indépendance, l’après indépendance et… Aujourd’hui.

Comme l’écrit Jacqueline Brenot, le rôle de la littérature est de « témoigner sur son temps […] Témoigner pour interpeller son époque, sans prérequis, ni solution miracle. Juste mettre en perspective, pour mieux saisir le sens, la cohérence, éclairer les détails, les mécanismes qui entraînent les individus vers des choix qui les dépassent et leur échappent, mettre l’ensemble sous l’angle acéré des mots. Montrer le théâtre de la société humaine avec impertinence, ses contradictions les plus incongrues, dans une langue alerte, chamarrée, subversive, souvent polyphonique, sans tomber dans des catégories simplistes, une douloureuse rhétorique ou un optimiste débridé. On peut rêver, mais ce type de littérature contemporaine existe, pas très loin, et sa terre d’élection est l’Algérie depuis plusieurs décennies, avec brio. »
Tout un programme.

Une Vie Parallèles
Projet de film de Xanaé Bove

Xanaé Bove a réalisé une dizaine de courts-métrages de fiction. Elle est aussi journaliste cinéma à Culturopoing et sur la contre-culture pour Gonzai.
Une Vie Parallèles est son deuxième documentaire.
En 2016, Ex TAZ Citzen Ca$h (1987-1994) revient sur l’annexion de lieux en friche dans le Paris du début des années 1990 et la création des premières raves.

Une Vie Parallèle(s) est une fresque sur l’underground français. Les héroïnes sont des libraires. La librairie Parallèles en est le centre. Plus encore qu’un film, il s’agit d’un manifeste. Un salut à des passeur.es, diffuseur.es d’une autre presse, d’éditions singulières, d’une pensée à contre courant. Parallèles, Publico, Thé Troc, Un Regard Moderne, Quilombo, etc....

Pour SOUTENIR le projet jusqu’au 7juillet :
https://fr.ulule.com/une-vie-parallele/

Dirty God
Film de Sacha Polak (19 juin 2019)


« Si ton joli visage n’est pas pour moi, il n’est pour personne ». En Grande-Bretagne, c’est ce qui motive un phénomène d’ampleur, l’attaque à l’acide de jeunes femmes par leur ex-petit ami. Si l’on constate que l’apparence est de plus en plus primordiale dans un monde régi par les selfies, les vidéos postées sur YouTube, le règne de l’image, de la représentation est prégnante. Or, il n’y a pas une semaine « sans qu’une attaque de ce genre soit signalée dans la capitale britannique. [Les statistiques révèlent que] le nombre d’attaques à l’acide a augmenté de 74 % en un an. En 2016, 454 ont été enregistrées, contre 261 en 2015. Depuis 2010, ce sont plus de 1 800 agressions qui ont été perpétrées à Londres avec un liquide corrosif. Ces chiffres font du Royaume-Uni le pays « où le nombre d’attaques à l’acide par individu est le plus élevé ».

D’autres pays sont touchés par ce type de violence : la Colombie, l’Inde, le Pakistan et le Bangladesh. Une violence qui touche en majorité des femmes dans des sociétés très patriarcales, « pour des raisons liées à un dépit amoureux, un rejet d’avances sexuelles ou le refus d’une proposition de mariage ». Marquer ainsi le visage des femmes est symbolique, c’est « une attaque contre leur beauté, leur féminité, le but n’est pas de tuer mais de les défigurer, de les stigmatiser socialement ». Le cas de Katie Piper, aspergée d’acide sulfurique par un ex-petit ami en 2008 est emblématique. « Après de multiples opérations, la jeune femme a témoigné à visage découvert à la télé et multiplié les actions pour accélérer la prise de conscience de l’opinion publique. »

Le nombre croissant d’agressions à l’acide est inquiétant, car depuis quelque temps, c’est une arme utilisée dans les affrontements entre gangs, donc concernant également des victimes masculines. Il faut souligner que ce type de produit est en vente libre dans n’importe quel super marché, qu’il n’est pas cher, et qu’en termes de poursuites pénales, « une attaque au couteau est qualifiée de tentative de meurtre, entraînant une peine plus lourde, alors qu’une agression à l’acide sera considérée comme des coups et blessures et punie d’une peine plus légère ». Les agressions sont, en général, « perpétrées par des Britanniques d’origine européenne », et selon les enquêtes, « les trois quarts des cas ne font pas l’objet d’une plainte ». On peut l’expliquer par le fait que « dans la culture du gang, une blessure au couteau est un badge d’honneur. Une blessure à l’acide reste honteuse. »

Après s’être largement documenté sur le phénomène, la réalisatrice Sacha Polak a écrit et mis en scène l’histoire d’une jeune femme ayant vécu ce type de drame. Cela donne un film bouleversant, Dirty God.

Jade sort d’une énième opération esthétique pour reconstituer une partie de son visage et lorsque sa mère la raccompagne dans leur appartement, sa petite fille a un réflexe de rejet. Ce visage à moitié brûlé et sa fille de deux ans, c’est ce qui reste à Jade de sa relation avec son ex-compagnon. Pour se venger de leur rupture, celui-ci l’a défiguré à l’acide. À présent, la jeune femme doit affronter le regard des autres, des gens qu’elle croise, de ses ami.es aussi… Et dans un premier temps, elle se rebelle.

Jade est issue d’un milieu modeste et il lui faut retrouver du boulot, sans avoir de réelle formation, ce n’est guère aisé. D’autant que jouer sur la débrouille et la séduction ne fonctionne pas et faire de nouvelles connaissances est difficile. Dans sa situation, reconstruire sa vie est une véritable gageure. Jade a l’impression d’être l’objet de moqueries ou de pitié, et la crainte d’être blessée la met sur la défensive, ce qui ne facilite pas ses rapports avec son entourage. Une telle représentation de soi n’est pas facile à assumer et reprendre le cours normal de sa vie ne l’est pas non plus.
S’accepter est la clé, mais pour cela Jade va devoir faire face à de nouvelles épreuves, notamment les promesses illusoires de cliniques miracles qui, contre des sommes importantes, prétendent accomplir l’impossible. Jade se bat aussi contre elle-même, contre sa naïveté, son manque d’expérience, contre l’injustice et l’égoïsme des autres.

Le film de Sacha Polack est littéralement porté par la comédienne Vicky Knight, non professionnelle certes, mais investie à fond dans le rôle de Jade. Ayant été victime, à huit ans, d’un incendie criminel, la jeune femme en porte les stigmates sur son corps et son visage. Vicky a donc vécu très jeune ce que ressent le personnage principal du film, Jade, « cela a fait ressortir beaucoup de souvenirs et d’émotions douloureuses [confie-t-elle], mais tout ça a nourri mon personnage ». Entourée de comédiens et comédiennes, tous et toutes impressionnant.es, Vicky-Jade est éblouissante de sincérité et d’émotion.
Un film à voir absolument, et à entendre car la musique est formidable.
Dirty God de Sacha Polak est sur les écrans le 19 juin.

Contre ton cœur (Colo)
Film de Teresa Villaverde (19 juin 2019)


Au Portugal, le cinéma traite amplement de la crise économique et de ses conséquences désastreuses, par exemple L’usine de rien de Pedro Pinho, pour ne citer que ce film récent. Avec Contre ton cœur — titre initial Colo —, Teresa Villaverde aborde le sujet par le biais d’une famille lambda, touchée de plein fouet dans son quotidien. Le père est au chômage, déstabilisé par ses multiples tentatives de demande d’emploi qui se heurtent aux silences ou aux refus des employeurs, la mère doit cumuler deux emplois et est totalement épuisée. Les factures s’accumulent et l’impuissance du couple à faire face à la situation accélère le processus d’implosion de la cellule familiale. Cependant, Marta leur fille, qui les observe, refuse de se laisser aller à un désespoir latent. Elle veut vivre, coûte que coûte, sa vie d’adolescente et se déclare à elle-même « je suis qui je veux », en opérant des scarifications sur son corps.

Cette chronique familiale débute sur l’étreinte de deux ados, adossés à un arbre, une scène filmée par une caméra au raz du sol, qui, en suivant Marta, fait émerger, dans le plan, une cité HLM. Puis l’adolescente est dans sa chambre, parlant à son oiseau et regardant la nuit tombée par la fenêtre. Son père s’inquiète du retard de sa femme, et sort à sa rencontre. Lentement, le malaise et le mensonge s’installent au sein de la famille, qui visiblement se désagrège. Au lycée, Marta découvre qu’une de ses amies est enceinte : « je suis enceinte et j’ai décidé de le garder » dit-elle, en allant à une répétition de concert. « Tu l’as dit à tes parents ? » demande Marta, « j’y arrive pas » répond son amie. « La vie n’est pas une chanson », et les voilà traînant toutes deux durant la nuit, criant « Salauds ! » au milieu de la route, pour se défouler — « on a 17 ans » !

Tout le film est une suite de séquences désenchantées, glauques, allant d’un personnage à l’autre, avec l’impression que la situation est sans issue possible, qu’il s’agisse du père qui fugue, de la mère qui veut se désengager de la famille ou de Marta qui avoue à son amie qu’elle rentrera de moins en moins chez elle, qu’elle désire couper les ponts avec sa famille déglinguée. Elle ignore toutefois ce qu’elle veut faire… Peut-être s’installer dans une cabane, au bord de l’eau, comme celle du pêcheur d’anguilles, rencontré au cours de leur nuit d’errance ?

Dans ce film, la réflexion sur le climat social portugais est désespérée, sans pourtant qu’il y ait de drame, du moins Teresa Villaverde l’évite, mais la tension est lourde et constante par le seul fait qu’il existe l’attente, en quelque sorte, d’un événement dramatique, sans que celui-ci ne survienne. Les couleurs, l’étalonnage du film soulignent également l’absence d’espoir, ou plutôt la fin d’un espoir possible.

Contre ton cœur — ou Colo — de Teresa Villaverde sort le 19 juin.

Une rétrospective de la filmographie de Teresa Villaverde se tient actuellement à Beaubourg depuis le 14 juin.

Buñuel. Après l’âge d’or
Film d’animation de Salvador Simo, le 19 juin en sortie nationale et en avant-première le 17 pour l’ouverture de la 12ème édition de Différent, l’autre cinema espagnol. Cela se passe à l’institut Cervantès et c’est en entrée libre.

Avant-première : lundi 17 juin à 19h à l’Institut Cervantes (7 rue Quentin Bauchart dans le 8ème arrondissement. (M° Georges V).

Le film d’animation de Salvador Simo ouvre le 12ème festival de l’autre cinéma espagnol à Paris — Différent ! — du 17 au 26 juin. Le festival se déroule au cinéma Majestic Passy (18 rue de Passy dans le 16e).

VIENDRA LE FEU - O QUE ARDE LE 18 JUIN À 20H30
OREINA LE 19 JUIN À 20H30
LOS DÍAS QUE VENDRÁN LE 20 JUIN À 20H30
ANA DE DÍA LE 21 JUIN À 20H30
LOVE ME NOT LE 22 JUIN À 20H30
(Avant-première) STAFF ONLY LE 23 JUIN À 20H30
DIANA LE 24 JUIN À 20H30
JAULAS LE 25 JUIN À 20H30


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