Les Véganes vont-ils prendre le pouvoir ? de Thomas Lepeltier. Rojo de Benjamin Naishtat. Pauvre Georges de Claire Devers. The Mountain : une odyssée américaine de Rick Alverson

lundi 1er juillet 2019
par  CP
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Les Véganes vont-ils prendre le pouvoir ?
Thomas Lepeltier (Le Pommier)

Rojo
Film de Benjamin Naishtat (3 juillet 2019)

Pauvre Georges
Film de Claire Devers (3 juillet 2019)

The Mountain : une odyssée américaine
Film de Rick Alverson (3 juillet 2019)

Les Véganes vont-ils prendre le pouvoir ?
Thomas Lepeltier (Le Pommier)


Si la plupart des personnes répugnent à faire souffrir les animaux, comment peut-on expliquer que l’on massacre des milliards d’animaux chaque jour pour finir dans les assiettes ? Le « paradoxe de la viande » dit-on. Une question de goût, d’habitudes alimentaires, de traditions culinaires ? Cela demande réflexion et non pas déni d’une réalité. Même si les animaux sont égorgés loin des villes et que l’on n’est pas témoin des violences, il n’en demeure pas moins que le beau jambon ou le joli gigot ou la sole meunière proviennent de la souffrance d’animaux qui ne demandaient qu’à vivre.

De plus, les conditions de l’élevage industriel — pour tous les animaux — sont abominables. Bref, le carnisme s’organise autour d’une violence extrême, au nom du profit, mais la très grande majorité des consommateurs et des consommatrices ne veulent pas voir la souffrance endurée par les bêtes sous prétexte de… Ah oui, au fait quels sont les arguments ? Les animaux ne seraient pas des êtres vivants, ou ne ressentiraient pas la peur, la souffrance ? La moindre observation ou le visionnage de films sur les abattoirs ou les usines à fourrures ou encore les scènes de corridas prouvent le contraire. Les animaux souffrent, sont stressés en voyage ou avant d’être tués, aiment s’ébattre dans les champs, sont attachés à leurs petits… Mais évidemment regarder le jeune agneau courir, encore maladroit… et l’imaginer en côtelettes sur le barbecue, il faut une certaine dose de déni pour avaler ensuite la côtelette.

Peut-on imaginer un monde sans consommation d’animaux abattus ou égorgés ? Rêver d’une société lucide de la souffrance animale, bannissant cette mode de la fourrure bordant une capuche, les chaussures en cuir, le spectacle navrant de jeunes vachettes lâchées dans les rues, ou celui des animaux dressés pour les spectacles de cirques, les autres se morfondant ou crevant de faim dans les zoos, ou encore la torture dans les laboratoires ? C’est de tout cela que traite l’essai de Thomas Lepeltier, les Véganes vont-ils prendre le pouvoir ?

Le titre se veut un peu provocateur, et développe des idées pour l’abolition des abattoirs, la viande végétale in vitro, les innovations culinaires des chefs et cheffes dans les cuisines, les changements de l’agriculture… Autant de suggestions et de choix qui pourraient faire envisager le véganisme. S’agit-il d’opposer le carnisme au véganisme ? Non, c’est plutôt la recherche d’un goût et d’un plaisir gustatif en accord avec des exigences éthiques fondamentales.

Parce que finalement d’où provient le « goût » de la viande, sinon de l’habitude et d’une appréciation normée depuis la petite enfance ? La réflexion sur le système est intéressante et incontournable…

À vous de voir, avec, en épilogue, Le jour de l’abolition… 4 août 2033.

Pauvre Georges
Film de Claire Devers (3 juillet 2019)


Georges a quitté la France pour le Québec et s’est installé à la campagne avec sa femme, Emma. Installé ? Pas tout à fait, car les cartons ne sont pas encore déballés et le potager d’Emma ne pousse guère sous la serre du jardin. Ce changement, il en attend beaucoup, c’est un projet de vie, celui d’un homme arrivé au milieu d’un parcours et qui « en a marre de travailler pour gagner de l’argent ». Il est dans l’attente d’un mieux, d’un nouveau départ , de quelque chose qui donne du sens à sa vie.

Un soir, en rentrant du collège où il enseigne le Français à Montréal, il surprend Zack, un adolescent déscolarisé, en train de fouiller leur maison, pour s’immiscer dans l’intimité des autres, s’en imprégner, explique-t-il. Georges, tout d’abord suspicieux, voit en ce jeune garçon paumé et analphabète une chance, le nouveau projet de vie qu’il attendait peut-être, et se met en tête de lui enseigner la littérature, de lui permettre de se construire. Pour faire accepter sa décision à Emma, il lui ment et prétend que le jeune garçon a sollicité son aide. Elle ne comprend pas, doute même de l’explication et, à partir de là, le mythe de la famille idéale et de la petite maison dans la nature prend l’eau et dégénère peu à peu en crise existentielle au sein du couple. Ce n’est guère mieux concernant les relations de voisinage. La suspicion s’installe et tout s’enraye jusqu’au drame.

Comme le souligne Claire Devers, le roman de Paula Fox, écrit en 1970, dont le film s’inspire, annonce avec un demi siècle d’avance l’effondrement aujourd’hui de cette gauche « à force d’embourgeoisement et d’éloignement des valeurs fondatrices. Pauvre Georges ! est d’une modernité incroyable ; c’est vraiment l’œuvre d’une visionnaire »

Zack est un personnage énigmatique, on sait seulement qu’il fait partie d’un gang. De là, les fantasmes de chacun et de chacune à son sujet, délinquant, enfant perdu, gigolo… Il déstabilise et est en quelque sorte le révélateur des faux-semblants, de l’hypocrisie des liens amicaux et amoureux, de l’égoïsme de cette moyenne bourgeoisie installée dans son confort, sa vacuité et ses compromis. Zack, le gamin à problèmes venant d’un milieu défavorisé est le grain de sable qui fait craquer le vernis d’une civilité superficielle.
Pauvre Georges ! de Claire Devers est en salles le 3 juillet.

The Mountain : une odyssée américaine
Film de Rick Alverson (3 juillet 2019)


Dans les années 1950, aux Etats-Unis, le Docteur Wallace Fiennes effectue une tournée dans les hôpitaux et asiles pour expérimenter une méthode de lobotomie. Afin de documenter les opérations, il engage un jeune garçon, Andy, comme photographe. La lobotomie est de plus en plus remise en question comme méthode pour pallier aux problèmes sociologiques et comportementaux, qualifiés de folie. Quant à Andy, jeune homme sensible et introverti, il s’identifie peu à peu aux patient.es. D’autant qu’une question le hante : « C’est ce que vous avez fait à ma mère ? » Sans doute est-ce la meilleure chose que l’on puisse faire pour la famille répond le docteur. Mais « Où vont les gens que vous avez changé ? » demande le jeune homme.
Au cours de leur voyage, les deux hommes font la connaissance d’une sorte de guérisseur français (interprété par Denis Lavant) et de sa fille. Cette rencontre aura de graves conséquences pour les jeunes gens et suscite une réflexion sur la nature du traitement par lobotomie et le choix de son utilisation.

Le film est inspiré par la vie d’un neurologue états-unien, Walter Freeman qui, selon le réalisateur, « appartenait à un archétype, ancré dans la psyché [états-unienne]. Il était téméraire et visionnaire, mais inconscient de toutes les implications de ses actes. […] Je suis fasciné par la vie de Freeman, mais je ne m’en suis inspiré qu’à la marge : son existence n’a servi que de trame à cette histoire. Je souhaitais également rompre avec l’imagerie romantique des années 1950 aux Etats-Unis, en situant mon film à cette période. Même si certaines productions de l’époque pointaient des problèmes sociologiques, cette vision d’Épinal a longtemps perduré. Cette imagerie, que je remets en cause dans mon film, est encore plus vivace aujourd’hui avec Trump et son ”Make America Great Again” ».

La critique faite d’une société rejetant toute marginalité, toute fantaisie, toute forme de déviance ou considérée comme telle, est inhérente au film. La tension, qui s’installe dès le début du voyage à travers le pays, le choix du réalisateur de couleurs ternes pour les costumes et les décors à l’exception des images de nature, participent au climat trouble du film. Si les années 1950 bénéficient d’une « imagerie romantique », force est de constater que cette construction romanesque est effectivement remise en question au cinéma. Les Etats-Unis sont alors en pleine paranoïa avec la guerre froide, et le maccarthysme instaure une chasse aux sorcières ou la « peur rouge ».

Sur le sujet spécifique du traitement par lobotomie, utilisée à des fins de transformer les « malades » en véritables légumes, les controverses sont également illustrées au cinéma, notamment par le film de Joseph Mankiewicz, Soudain l’été dernier (1959), dans lequel Montgommery Clift tient le rôle du médecin qui expérimente la lobotomie dans un asile d’aliéné.es. Le film est adapté de la pièce de Tennessee Williams, dont la sœur avait subi une lobotomie. Autre film qui évoque ce traitement, Frances de Graeme Clifford (1982), basé sur la vie de Frances Farmer, actrice anticorformiste ayant bravé à ses dépens le système hollywoodien dans les années 1940, et qui aurait également subi, selon son autobiographie, une lobotomie pendant son internement.

Dans The Mountain : une odyssée américaine, les personnages semblent se débattre dans un cadre qui ne change pas, comme pris au piège, et peu importe l’endroit. La société serait une prison mentale, mais faut-il penser que la lobotomie puisse faire figure de solution pour y échapper ? Certainement le film incite à la réflexion, réflexion renforcée par une fin ouverte.
The Mountain : une odyssée américaine de Rick Alverson est sur les écrans le 3 juillet.

Rojo
Film de Benjamin Naishtat (3 juillet 2019)


Le film se passe en Argentine, mais pourrait avoir lieu dans un autre pays. 1975, avant la dictature militaire dont le film distille les signes avant-coureurs. Rarement un film a retranscrit à ce point l’ambiance d’une immédiate avant dictature.
Claudio, avocat connu, bourgeois notable de sa ville, mène une vie de compromissions sans s’autoriser à remarquer les pratiques déjà en place du régime. Dans un restaurant, au cours d’un dîner avec sa compagne, il est agressé verbalement par un inconnu qui revient à la charge lorsque le couple quitte l’établissement. Très menaçant, il se rue sur Claudio, qui le tue accidentellement. En voulant étouffer l’affaire et faire disparaître le corps, Claudio s’enfonce alors dans une paranoïa permanente qui ne lui permet plus d’ignorer le contexte social du pays.

Rojo, explique Benjamin Naishtat, est « un projet que j’avais en tête depuis longtemps, auquel ma fascination des années 1970 n’est d’ailleurs pas étrangère. Toute personne née dans les années 1980 porte le poids de ce fardeau symbolique. De plus, dans mon cas, s’ajoute une histoire familiale de persécution et d’exil encore très présente. » Le réalisateur choisit ici le genre du polar politique pour dresser le portrait d’une situation sociale particulière et décrire l’opportunisme de certaines personnes. Il y a toujours ceux et celles à qui profite le crime dans ce type de situation. En l’occurrence, « fermer les yeux est le premier des crimes. »

Dans le film de Naishtat, analyser les mécanismes d’une société dominée par le silence complice au moment de la dictature des années 1970, passe par non seulement par l’interprétation remarquable des comédiens et comédiennes, notamment celle de Dario Grandinetti, mais également par le traitement de l’image et son étalonnage.

« Aujourd’hui, il est évident en Argentine que l’Histoire est vivante et prégnante dans le quotidien des gens. Il est donc important de toujours s’y intéresser, mais aussi d’en parler, c’est ce que le film tente de faire : parler de l’apathie et de la passivité des gens lorsque des choses graves arrivent et qu’ils préfèrent regarder ailleurs. Ici comme dans d’autres parties du monde, les populations semblent comme lobotomisées, sans la moindre réaction à ce qu’il se passe autour d’elles. » Cependant, ajoute le réalisateur, les personnages vertueux sont moins intéressants, par exemple, le caractère principal n’est pas celui du méchant habituel, non, Claudio est un homme ordinaire, qui tente d’échapper à ses responsabilités, de sauver les apparences, de ne prendre aucun risque tout en saisissant toute opportunité de faire du profit. Dans ce cas, il est certain que la moralité de circonstance permet de dissimuler sa collaboration et opportunisme.

L’évolution du personnage est toute en nuances, « au début, il hésite, se sent coupable mais à la fin, il accepte de vivre avec ce secret. En parallèle, il voit que l’Argentine se prépare pour une dictature militaire, qu’un génocide s’en suivra très probablement, et il l’accepte avec un cynisme total. À de nombreuses occasions, il a la possibilité de choisir entre faire les choses convenablement ou agir de façon à préserver son intérêt personnel, il choisit toujours la seconde option. »

Au cours du récit intervient un personnage-clé, celui de l’enquêteur investi d’une « mission divine » contre les subversifs. Ce rôle quasi messianique traduit parfaitement l’idéologie de la dictature. Il représente « un certain fanatisme d’extrême droite qui, à l’époque, a été présenté comme bouclier contre “la menace rouge” antipatriotique et athée. »

Toutefois, le film de Benjamin Naishtat, Rojo, n’est pas à proprement parlé une reconstitution des années 1970. Certes il en en restitue l’ambiance, mais n’est pas enfermé dans une époque définie comme exceptionnelle. Ce serait gommer le caractère universel du film et l’avertissement qu’il développe.

Après Histoire du mal, en 2011, et Histoire de la peur, en 2014, Benjamin Naishtat traite cette fois de l’histoire d’une complicité ordinaire.
Sortie nationale du film de Benjamin Naishtat, Rojo, le 3 juillet.

So Long, My Son
Film de Wang Xiaoshuai (3 juillet 2019)


À travers l’histoire d’une famille et de leurs ami.es, le film décrit, depuis les années 1980 jusqu’à aujourd’hui, les évolutions de la société chinoise. C’est un portrait sur quatre décennies de bouleversements concernant la vie individuelle et la vie sociale. Comme le souligne le réalisateur, « les deux générations antérieures à celle montrée dans le film ont vécu dans une économie planifiée, dans un système fonctionnant avec une seule idéologie, un seul mode vie auquel elles se pliaient et qui était caractérisé par le fait de ne pas mettre en avant l’individu par rapport au collectif. » Et la politique de l’enfant unique, imposée entre 1979 et 2015, en est une parfaite illustration.

So Long, My Son est une longue fresque historique, sociale et politique qui s’interroge sur le libre arbitre des individus, l’allégeance et la soumission aux règles de l’État, dans la société chinoise certes, mais cela va bien au delà : ce questionnement est universel.

So Long, My Son de Wang Xiaoshuai est en salles à partir du 3 juillet.

Enfin un film saisissant d’Alexandre Maras, Attaque à Mumbai.

26 Novembre 2008. Dix terroristes organisent une série de douze attaques dévastatrices dans la ville de Mumbai. Ils prennent d’assaut un palace du centre ville durant trois jours avec la clientèle et le personnel qui s’y trouvent, n’hésitant pas à abattre ceux et celles qui croisent leur chemin.
Le film sera uniquement disponible en VOD à partir du 4 juillet.


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