La crise de la masculinité. Autopsie d’un mythe tenace de Francis Dupuis-Déri

mardi 27 août 2019
par  CP
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La crise de la masculinité
Autopsie d’un mythe tenace

Francis Dupuis-Déri (éditions remue ménage)

En compagnie de Francis Dupuis-Déri


Après Démocratie, histoire politique d’un mot ; Les black blocs. La liberté et l’égalité se manifestent ; La peur du peuple ; deux ouvrages de Francis Dupuis-Déri sont également publiés cette année — Les nouveaux anarchistes et L’anarcho-indigénisme, co-écrit avec Benjamin Pillet —, après cette liste impressionnante, sort une nouvelle édition de la Crise de la masculinité. Autopsie d’un mythe tenace.

Un mythe tenace certes d’autant que le thème de la masculinité fait vendre. Cependant, que sa résurgence ait acquis une telle ampleur, suscite des colloques, des essais sur le « phénomène », jusqu’à des délires aux relents paranoïaques exprimés par les « mâles », cela provoque évidemment de nombreuses questions. Les hommes seraient soi-disant « diabolisés, dénigrés », une « espèce en voie de disparition »… Alors qu’une femme meurt tous les trois jours du fait de la violence de son conjoint ou ex-compagnon. Au vu des chiffres concernant les femmes victimes de violences conjugales, les femmes violées et harcelées chaque jour, on peut s’inquiéter du discours sur «  la crise de la masculinité » et de l’emballement médiatique qui touche des personnalités publiques, « des fonctionnaires, des acteurs politiques de l’extrême droite ou de forces progressistes, voire des philosophes marxistes et anarchistes, des hommes qui se prétendent proféministes, et même des femmes (post)féministes, dont certaines sont honorées du titre de marraines ou présidentes de groupes d’hommes. »

La revendication de rapports et de droits égalitaires entre les hommes et les femmes serait-elle un danger pour la gent masculine ? L’ironie serait de mise si ce discours ne dissimulait les conséquences graves pour les rapports sociaux et, surtout, travestissait les arguments contre les violences à l’encontre des femmes et les inégalités avérées concernant les droits des femmes dans les sociétés occidentales et internationales.

« Le discours de la crise de la masculinité est […] fondamentalement misogyne, puisque ce qui est féminin est présenté comme un problème, une menace, un élément toxique qui plonge le masculin en crise, qui le détruit, qui le mue en son contraire : le féminin. » La “crise de la masculinité” serait-elle donc à terme une crise du système ? Car pour surmonter cette « crise de la masculinité, […] il est très souvent proposé de (re)valoriser une identité masculine conventionnelle associée à certaines qualités, mais aussi à des rôles et des fonctions dans la société, dans la famille et dans le couple. Un homme, un vrai, est évidemment hétérosexuel, autonome, actif, agressif, compétitif et possiblement violent. On prétend que ce modèle de la masculinité doit être (re)valorisé pour assurer un sain développement des garçons et des hommes et une complémentarité équilibrée avec les femmes. Ces dernières doivent adhérer à l’identité féminine conventionnelle, c’est-à-dire être elles aussi hétérosexuelles, mais également attentives, attentionnées, coopératives, pacifiques et douces — et dépendantes des hommes. »

Nous y voilà, chacune et chacun doit rester à la place assignée par l’État, le capitalisme, les traditions, les convenances, etc. La « crise de la masculinité » a ainsi bon dos pour ne pas analyser les causes et les conséquences des crises“ sociales et politiques et c’est le prétexte à un retour à l’ordre moral et traditionnel. D’ailleurs la « crise de la masculinité » n’est pas vraiment définie, elle reste floue bien que reprise en boucle, et ce phénomène n’est pas nouveau, mais il est vendeur. Alors à qui profite cette vaste manipulation ? Certainement pas aux hommes. Quant aux femmes, accusées de tous les maux — cela s’appelle Blaming the Victims, blâmer les victimes — elles n’ont qu’à bien se tenir. Pour ce qui est des féministes radicales, ce sont les nouvelles sorcières !

La Crise de la masculinité. Autopsie d’un mythe tenace de Francis Dupuy-Déri est une étude essentielle pour comprendre et analyser les enjeux de la propagande véhiculée par cette « mode » de la « crise de la masculinité ». Car en réalité, « les hommes ne sont pas en crise, mais ils font des crises, réellement, au point de tuer des femmes. »

« L’homme est en crise, dit-on.

Parce que la société est féminisée. Parce qu’il n’y a plus de modèles masculins. Parce que les pères sont évincés par des mères dominatrices. Plusieurs symptômes permettraient de diagnostiquer cette crise de la masculinité, soit l’échec scolaire des garçons, le chômage des hommes, la difficulté pour les hommes de draguer des femmes, la violence des femmes contre des hommes et tous ces suicides d’hommes poussés à bout par des femmes qui les ont rejetés et abandonnés.

Le discours de la crise de la masculinité est à ce point répandu qu’il s’agit aujourd’hui d’un “cliché” ou d’une “sorte de lieu commun”, comme le soulignent des spécialistes de la condition masculine en Australie, au Canada, aux États-Unis, en France, au Royaume-Uni et ailleurs. »

Lectures d’extraits du livre par Nicolas Mourer.


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