Le grand cirque électoral. Une histoire visuelle des élections et de leurs contestations de Zvonimir Novak (L’Échappée)

dimanche 24 novembre 2019
par  CP
popularité : 21%

Le grand cirque électoral. Une histoire visuelle des élections et de leurs contestations Zvonimir Novak (L’Échappée)

Zvonimir Novak est spécialiste de l’imagerie politique et est l’auteur de plusieurs ouvrages dont Tricolores. Une histoire visuelle de la droite et de l’extrême droite (L’échappée, 2011) et Agit-tracts. Un siècle d’actions politiques et militaires (L’échappée, 2015).

Cette fois, Zvonimir Kovak analyse les mécanismes de notre système politique et les batailles pour le pouvoir, observés et racontés par l’intermédiaire de la propagande visuelle. Plus de 390 documents ( tracts, stickers, affiches, professions de foi...) pour faire la nique au monde politique, confondre le système électoral et se poser des questions sur notre chère Démocratie. Tout ça dans la juste et plus que nécessaire tradition libertaire.

Depuis l’instauration du suffrage universel, le spectre du politicien en campagne électorale hante la France. Le peuple de ce pays où l’on répugne à déléguer et à mandater s’est toujours méfié des candidat.es et des élu.es. Toutes les occasions sont bonnes pour les accuser de promettre la lune et de s’attribuer des privilèges exorbitants.

Et comme cette nation a toujours concentré une forte densité d’artistes aux pinceaux engagés et d’illustrateurs enragés, elle exprime ses haut-le-cœur par le biais d’une production visuelle d’une insolence unique au monde. Des fournées d’images savoureuses d’impertinence, issues de la propagande militante, de l’imagerie populaire, mais aussi de la lutte électorale, vont ainsi sabrer avec éclat les ambitions des arrogants politiciens, à grand coup de vacheries crayonnées et de colère illustrée.

Affiches, tracts, cartes postales, caricatures de presse et guérillas visuelles diverses, nous révèlent les mécanismes tordus de notre système politique et les conflits et magouilles en fond de scène. Professions de foi, tracts de campagnes, programmes électoraux et portraits des postulants sont autant de témoignages de l’absurdité même de cette démocratie.
Le grand cirque électoral relate avec truculence la guerre graphique qui y fait rage. C’est jubilatoire... et certainement instructif.

Entretien avec l’auteur

Le grand cirque électoral. Une histoire visuelle des élections et de leurs contestations de Zvonimir Novak (éditions l’échappée)… On pourrait déjà résumer le propos de ce livre en soulignant son but, bien précis, celui d’exposer les mécanismes de notre système politique et les terribles batailles pour le pouvoir qu’il engendre, et ceci en optant d’examiner la foisonnante propagande visuelle qui existent sur le sujet. Autrement dit, il s’agit d’ouvrir les yeux… en images, comme l’écrit l’auteur d’entrée de jeu. L’ouvrage ne rassemble en effet pas moins de quelques 390 documents — tracts, stickers, affiches, photos, etc… — pour rappeler les promesses non tenues, les mensonges et autres billevesées ressassées de tous temps par les politicien.nes et les médias, pour ainsi rafraîchir notre mémoire historique et battre en brèche les illusions soigneusement entretenues sur une soi-disant « démocratie ». Ça y est le grand mot est lâché !

« Depuis le début du suffrage universel en 1848 jusqu’à nos jours, une profusion d’images hautes en couleurs, insolentes et drolatiques, n’a jamais cessé de pourfendre les candidats aux plus hautes fonctions et de dénoncer un modèle politique jugé absurde.  » Certain.es diront que c’est une tradition hexagonale, mais c’est un peu rester confiné.es si l’on regarde ailleurs, bien que l’idée soit séduisante.

« Votez oui, votez non, mais votez ! » On connaît l’antienne : obéir à l’injonction est un « devoir citoyen » et gare à ceux et celles qui y dérogent car « chaque vote construit la France ». La « chasse aux pêcheurs à la ligne » est ouverte pour stigmatiser ces irresponsables… Remarque : cela s’adresse aux hommes, pas de pêcheuses ! Il est vrai que le droit de vote accordé aux femmes ne date que de la fin de la Seconde Guerre mondiale.

« Souviens-toi que l’homme qui sollicite tes suffrages est, de ce fait, un malhonnête homme, parce qu’en échange de la situation et de la fortune où tu le pousses, il te promet un tas de choses merveilleuses qu’il ne te donnera pas et qu’il n’est pas d’ailleurs, en son pouvoir de te donner. L’homme que tu élèves ne représente ni ta misère, ni tes aspirations, ni rien de toi ; il ne représente que ses propres passions et ses propres intérêts, lesquels sont contraires aux tiens. » Octave Mirbeau dans son livre la Grève des électeurs, publié en 1888. Il y décrit d’ailleurs la fébrilité des campagnes électorales qui, même si les moyens de communication évoluent, ne changent en rien sur le fond. Ce n’est finalement qu’une question de supports. « On ne pourra faire un pas […] sans voir étalés sur les murs, sur les troncs d’arbres, sur les barrières des champs et les poteaux indicateurs des traverses, l’infinie sottise, l’infinie malpropreté de la politique. Chaque maison sera transformée en club ; il y aura sur chaque place publique des meetings hurleurs ; en haut de chaque borne, de bizarres personnages, vomis d’on ne sait quels fonds secrets, […] arrachés à l’obscurité gluante, d’on ne sait quelles cavernes journalistiques, gesticuleront, brailleront, aboieront, et, les yeux injectés de sang, la gueule écumante et tordue, nous promettront le bonheur. » Une description, on ne peut plus réaliste et horrifique, qui a de quoi briser net les élans soit-disant patriotiques qui consistent à mettre un bulletin dans l’urne, et de rentrer chez soi en continuant de croire au père Noël ou à l’intervention extraordinaire d’un « chevalier blanc » quelconque.

C’est tout cela que décrit Le grand cirque électoral. Une histoire visuelle des élections et de leurs contestations avec retour sur les scandales et autres entourloupes… Et si les membres de la caste politique se tiennent les coudes, soutenus par une presse à la botte, il y a quand même d’autres journaux, critiques ceux-là, L’Assiette au beurre, ou Le Libertaire par exemple. Enchaîné à l’État, « l’homme qui vote dépose sa volonté dans une boîte afin de la reprendre au bout de quatre ans… si on le lui permet. Vive l’anarchie !  » Alors au lieu de voter, il vaut mieux préparer la révolte, non ? « Votez c’est “choisir” son oppresseur » et pour reprendre une autre affiche de la fédération anarchiste : « Que personne ne décide à notre place ».
Vous êtes sur Radio Libertaire, la radio sans dieu, sans maître, sans campagne électorale et sans publicité !

Exposition des images et présentation du livre, Le grand cirque électoral. Une histoire visuelle des élections et de leurs contestations, en compagnie de Zvonimir Novak le 6 décembre à Publico (145 rue Amelot dans le 11ème).

Sorties cinéma :
Les Enfants d’Isadora
Film de Damien Manivel (20 novembre 2019)

En avril 1913, après la mort accidentelle de ses deux enfants, Isadora Duncan compose un solo intitulé La mère. « À l’aube je me levais et je dansais. C’était ma première danse depuis l’accident. » Dans cette pièce, c’est une suite de gestes d’une grande douceur, bercer l’enfant avant de le laisser partir.

Un siècle plus tard, quatre femmes découvrent cette danse et tentent de retrouver l’émotion, le vécu et une interprétation personnelle.
Basé sur la biographie de la danseuse et son expérience du deuil, le film se divise en trois temps, trois variations. Premier temps : l’initiation, la lecture par Agathe Bonitzer d’extraits du texte d’Isadora Duncan. Puis la comédienne cherche à comprendre le lien entre les paroles et les gestes indiqués par la chorégraphie ; elle ébauche des postures sur fond sonore de la musique de Scriabine. Vient ensuite l’interprétation, dans la seconde variation. C’est le rapport direct à la création et le travail des répétitions d’une jeune danseuse et d’une chorégraphe qui remarque « J’aime bien cette saison, l’automne, l’on a pas envie que les feuilles tombent tout de suite ».

Enfin, la troisième variation débute à la fin de la représentation et met en scène une femme plus âgée qui quitte le théâtre. Après l’émotion du spectacle, se mouvoir dans un rapport au corps chaque fois différent, c’est retrouver la grâce du mouvement dans l’ébauche des gestes simples et quotidiens…
Les enfants d’Isadora… À la recherche du geste pour retrouver la mémoire.
Le film de Damien Manivel est sur les écrans depuis le 20 novembre.

Knives and Skin
Film de Jennifer Reeder (20 novembre 2019)


La disparition d’une adolescente dans une petite ville de l’Illinois remet en question toutes les valeurs d’une communauté. De plus, l’absence de corps suscite un malaise, que seules les amies de Carolyn expriment clairement, hormis la mère et le shérif. Dans Knives and Skin, les ados se cherchent et les adultes craquent. Jennifer Reeder évoque l’influence de David Lynch, notamment de Twin Peaks. « Cette histoire d’une fille qui disparait après avoir été blessée est une interprétation ou une représentation féministe du cinéma de genre : Carolyn est à la fois un zombie, puisque son corps veut revenir à la vie, et un fantôme qui vient hanter la ville et ses habitants. Mais elle n’est ni effacée, ni même effaçable. Cette mort qui n’a pas de sens, c’est un appel à l’action pour les femmes — un cri de guerre puissant. »

La sexualité joue un rôle à la fois trouble, étouffé et majeur dans le film. Si Carolyn semble décider de sa sexualité, elle change soudain d’avis, sans doute refusant la normalisation de la situation, mais le garçon qui l’accompagne, dépité, l’abandonne près de la rivière. Knives and Skin est « un film où l’horreur réside dans la violation du consentement, avec l’idée que c’est une forme d’horreur à laquelle de nombreux adolescents sont confrontés chaque jour ». Jennifer Reeder revendique une « sensibilité à la fois féminine et féministe » dans sa démarche cinématographique.
Knives and Skin de Jennifer Reeder est à découvrir depuis le 20 novembre.

Les Éblouis
Film de Sarah Suco (20 novembre 2019)


Lorsque Camille a 12 ans, ses parents intègrent une communauté religieuse se disant basée sur la solidarité. L’adolescente est passionnée de cirque, mais doit abandonner son rêve, contraire selon les dires du guide religieux du groupe, aux règles de la communauté. Les parents, très vite sous l’emprise sectaire du prêtre principal, se coupent peu à peu de leurs ami.es, de leurs parents. Camille se rebelle alors et va tout faire pour se libérer avec ses deux frères et sa jeune sœur.

« On estime entre 50 000 et 60 000 le nombre d’enfants victimes de dérives sectaires dans ce genre de communautés chaque année en France. Des communautés qui ont pourtant pignon sur rue et sont légales. »
En prise avec la société, le film fait état d’un embrigadement progressif de personnes issues de la classe moyenne. Comme l’explique la réalisatrice, « ces communautés et leurs responsables sont très doués pour mettre en valeur vos compétences, s’infiltrer dans vos manques et dans vos failles. » On voit très bien dans le film comment les parents, isolés de l’extérieur, sont peu à peu sous l’influence du prêtre qui dirige la communauté.

Sarah Suco a vécu dix ans cette vie communautaire, le film s’inspire de son histoire.

Les Éblouis est tourné « à hauteur d’enfant, dans le ressenti de Camille, de ses perceptions. […] L’ambiguïté des personnages et du lieu communautaire se reflètent à l’image. […] Les choses glissent par étapes. C’est ce qui est complexe et fascine dans l’emprise et la dérive sectaire. La folie se niche dans les détails. »

Les Éblouis met en lumière les dérives intégristes et sectaires qui existent dans toutes les religions. Comme le souligne la réalisatrice, elle a commencé l’écriture du scénario « en 2013, bien avant les attentats contre Charlie Hebdo et tous les amalgames avec la religion musulmane que cela a entraînés. J’étais contente que mon film se situe dans l’Église catholique parce qu’il me semble important de balayer aussi devant notre porte. Ici nous ne sommes ni dans Le Temple Solaire, ni dans une cellule djihadiste, mais dans l’église du coin de la rue, en plein cœur d’une ville de province. »
Passionnant de justesse dans la description d’un phénomène qui s’étend de plus en plus, Les Éblouis de Sarah Zuco est en salles depuis le 20 novembre.

Tenzo
Film de Katsuya Tomita (27 novembre 2019)


Les premières images de Tenzo sont superbes et renouent avec une sagesse et une magie des gestes que l’on retrouve dans d’autres films classiques japonais. Tenzo a été à l’origine un projet de court-métrage qui, finalement dans la durée mêle le documentaire et la fiction. Les membres de la famille jouant leur propre rôle.

Le récit tourne autour de deux bonzes qui se sont connus pendant leur apprentissage spirituel, mais par la suite leur engagement les a séparé. Chiken vit avec sa femme et son fils, il s’investit dans la prévention du suicide et dispense les préceptes d’une alimentation végétale et zen. Ryûgyô aide les victimes du tsunami qui a dévasté Fukushima et déblaie les ruines.
C’est l’entretien entre Chiken et Aoyama Shunto, la nonne, qui a été le point de départ du film. « Leur échange était si lumineux, [explique Katsuya Tomita] que je me suis demandé à quoi ressemblait le quotidien de ce jeune moine et j’ai imaginé la structure du film comme une dualité entre le bouddhisme et la vie quotidienne des moines. » Parallèlement, l’association des moines de Fukushima a participé à l’ébauche du scénario et le tournage a duré une année.

« La catastrophe de Fukushima était une préoccupation majeure pour tous les moines. Le 11 mars 2011 fut une date fondatrice dans leur propre remise en question. Nous partagions aussi ce sentiment. […] On a appris que dans la région un certain nombre d’entre eux avait tout perdu. Ils ont vu leurs cimetières dévastés, leurs temples et leurs familles disparaître et certains se sont suicidés par désespoir. Lorsque la vague du tsunami s’est retirée, il ne restait plus qu’une couche de boue très épaisse. Les moines ainsi que les pompiers et les forces d’autodéfense ont été réquisitionnés pour sonder le sol à l’aide de bâtons, les mêmes que l’on utilise en cas d’avalanche, afin de retrouver les cadavres ensevelis sous terre. Ils entreposaient les corps dans leurs remorques ou à l’arrière de leurs camions et les transportaient jusqu’au crématorium. On n’en a pas parlé dans les médias car les crématoriums étaient tellement débordés qu’ils ne pouvaient s’occuper de tous les corps. Après avoir vécu la catastrophe de Fukushima je pense que c’est réellement cette période qui était anormale. Je me rends compte de plus en plus que le Japon est destiné à vivre une toute autre réalité. »

Le personnage du second moine, Ryûgyô, est l’incarnation de ces moines démunis face au désastre. Il a une toute autre attitude que son ancien condisciple, en étant totalement plongé dans la réalité de la catastrophe.
Tenzo est un docu-fiction étonnant qui aborde la catastrophe de Fukushima d’une manière originale. Sur les écrans le 27 novembre.


Du 22 novembre au 15 décembre, la compagnie Jolie Môme reprend la pièce de Brecht et l’immerge dans une actualité étonnante. La justice ? il y a de quoi dire !
Un marchand voyage à travers le désert en quête de pétrole… Ça commence comme ça et ça finit devant une cour de justice… Justice pour tous ? À voir !
Les vendredis et samedis à 20h30 – Dimanches à 16h
Théâtre de la Belle Étoile. 14 rue Saint Just à Saint Denis. M° Front Populaire
Réservations 01 49 98 39 20 - http//:cie-joliemome.org


Jeudi 28 novembre 2019, à 19 heures
And Here I Am de Hassan Abdulrazzak
Au Théâtre de la Commune, 2 rue Edouard Poisson. 93300 Aubervilliers

Entrée libre et gratuite. Inscription conseillée au 01 41 60 89 17 ou vialemonde@seinesaintdenis.fr
La pièce sera suivie d’un débat à partir de 20h30 : "Vingt ans plus tard, quelle solidarité avec les villes palestiniennes" ?


Navigation

Articles de la rubrique