Contre le fascisme. Textes choisis (1923-1937) de Camillo Berneri

Édition établie par Miguel Chueca (Agone)
vendredi 13 décembre 2019
par  CP
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Contre le fascisme
Textes choisis (1923-1937)

Camillo Berneri
Édition établie par Miguel Chueca (Agone)

« Si Mussolini n’avait pas existé, certainement l’histoire italienne actuelle n’aurait pas été la même. Mais elle n’aurait pas été très différente. Toute la situation italienne a porté à la dictature, a déterminé les différentes phases du fascisme. Croire que tout cela a été le produit de la volonté et de l’intelligence d’un homme est enfantin. »

De l’Italie de l’après-guerre à l’Espagne de la guerre civile, Camillo Berneri (1897–1937) a lutté contre le fascisme jusqu’à son assassinat à Barcelone au cours des journées dramatiques de mai 1937. Commandé par l’urgence d’une époque de terreur, ce combat s’inscrit dans l’un des plus singuliers parcours du mouvement anarchiste de l’entre-deux-guerres. Rarement l’exigence de vérité et la recherche d’une action politique concrète auront été à ce point poursuivies ensemble. Intellectuel rigoureux, parfois même intransigeant, Berneri sut comme peu d’autres concilier l’objectif de transformation révolutionnaire et le pragmatisme dans la recherche des alliances, y compris au-delà du mouvement anarchiste.

Avec son acharnement à bousculer les évidences et à dépasser les contradictions, sa pensée reste l’une des plus riches que cette période ait produites. Malgré sa vigueur et sa portée, son œuvre est pourtant encore très mal connue en France. La plupart des textes de ce recueil sont inédits en français.


Mai 1937. « Camillo Berneri, un des dirigeants du groupe Los Amigos de Durruti qui, désavoué par la Fédération anarchiste ibérique, a provoqué l’insurrection sanglante contre le gouvernement de Front populaire de Catalogne, a été exécuté au cours de cette révolte » (information publiée dans un journal communiste). Berneri est alors âgé de 39 ans et les faits sont bien différents de ce que rapporte ce journal, l’annonce est même truffée, on dirait aujourd’hui de Fake News, et Miguel Checa l’explique de manière précise et documentée dans son introduction aux textes choisis de Berneri, entre 1923 et 1937, Contre le fascisme.

Militant anarchiste depuis la Première Guerre mondiale, Berneri a enseigné la philosophie et l’histoire jusqu’à ce qu’il soit contraint à l’exil, en raison de ses positions et de ses écrits, après l’arrivée au pouvoir de Mussolini.
Exilé en France, il est sous la surveillance des services secrets fascistes. Il fait un premier voyage en Espagne en mars 1936 et s’installe en juillet 1936 à Barcelone. Son influence est importante dans les milieux libertaires internationaux, par ses écrits, par la radio aussi…

Durant les journées de mai, il est arrêté par la police, sous le contrôle des staliniens, le 5 mai 1937 avec Francesco Barbieri. Il est accusé d’être contre-révolutionnaire, justement parce qu’il est anarchiste.

Camillo Berneri était certes dérangeant pour de nombreux staliniens, puisqu’il défendait l’idée que la guerre ne pouvait être gagnée sans que soit menée la révolution sociale. De plus, il était critique du régime soviétique et en avait dénoncé les pratiques.

Contre le fascisme. Textes choisis (1923-1937) de Camillo Berneri, rassemblés par Miguel Chueca, est un ouvrage essentiel et remarquable par l’analyse profonde du fascisme et de ses racines. Une analyse toujours aussi actuelle si l’on considère le renouveau du fascisme, des formes de fascisme devrait-on dire. Comme l’inscrit en première page le journal mensuel CQFD, dans son numéro de décembre, Fascismes en Europe : les égouts débordent !

Entretien avec Miguel Checa

Lillian
Film d’Andreas Horwath (11 décembre 2019)


Lillian est une jeune femme russe arrivée à New York, sans doute comme beaucoup, pour travailler et gagner quelque argent, mais bientôt sans visa, donc sans possibilité de travailler, elle décide de partir à pied en Russie en passant par le détroit de Béring. Une marche folle si l’on considère les distances, mais rien ne l’arrête et après avoir jeté son passeport et des photos, elle se lance dans la traversée des Etats-Unis, d’Est en Ouest. Un voyage qui la fait croiser des personnes bien différentes de l’Amérique urbanisée, hors des villes, une population qui évoque la Frontière encore proche de l’imaginaire états-unien.

Le récit s’inspire de l’histoire véritable d’une femme russe qui, dans les années 1920, a décidé de faire ce long chemin pour atteindre et traverser le détroit de Béring afin de rejoindre la Russie. Un passage mythique pour les migrations depuis des temps très anciens. « Ce qui m’a toujours intéressé [explique le réalisateur] c’est l’aspect universel de cette histoire : ce qu’elle a fait, et non pourquoi elle l’a fait. Je voulais conserver l’essence unique de l’histoire sans la surcharger d’un arrière-plan historique.[…] Cette histoire pouvait tout aussi bien avoir lieu aujourd’hui ». D’ailleurs la décision d’aller au bout du monde, sans emprunter de moyens de communication, afin de s’immerger dans l’idée de la route et au plus profond de la nature semble aussi faire partie de la détermination de Lillian.

Le film est une expérience fascinante, il est aussi prétexte à découvrir les Etats-Unis hors des sentiers habituels, et c’est la rencontre avec des personnes, certaines protectrices, d’autres non, mais toujours ayant l’étonnement naïf de la découverte d’une autre attente, d’un autre but.
La comédienne, qui incarne à la perfection Lillian, s’implique à fond dans le rôle, souligne par la gestuelle et son mutisme, une quête d’autre chose. Comme si la vie, le chemin n’était qu’un passage pour découvrir une raison d’exister différemment.

La rencontre avec Andreas Horwath, qui a construit ce projet pendant une quinzaine d’année, nos échanges ont en fait souligné son empathie pour les personnes rencontrées, parfois de manière fortuite, de même que le caractère exceptionnel du récit libre, avec sa part de hasard, de l’expérience unique vécue par Lillian.
Lillian d’Andreas Horwath est en salles le 11 décembre. À ne surtout pas manquer !

Nous restons aux Etats-Unis avec un film documentaire qui sort également la 11 décembre :
Pahokee. Une Jeunesse américaine
Film d’Ivete Lucas & Patrick Bresnan (11 décembre 2019)


C’est un portrait des Etats-Unis original et puissant que proposent Ivete Lucas et Patrick Bresnan avec leur film documentaire, portrait d’une bourgade de Floride, dont la population se démène dans les difficultés matérielles et dont l’avenir est plutôt incertain.

À Pahokee, le lycée est essentiel, il représente l’espoir de peut-être vivre mieux. Et il y a le sport — une équipe de football américain adulée — et les événements qui lui sont liés, avec les pom pom Girls et les étonnants concours de beauté. On pense bien sûr à Monrovia, Indiana, le dernier film de Frederic Wiseman, mais la réalisation est ici différente, plus engagée, plus impliquée dans la réalité d’une communauté délaissée. Il faut dire que la population est issue des migrations d’Amérique du Sud, et est aussi en grande partie africaine américaine.

Tout au long du film documentaire, il y a à la fois la ruralité, la volonté de s’en sortir que dépeint très bien la démarche des cinéastes, c’est-à-dire cerner un réalisme social bien au-delà de la simple observation. En effet, la fin des études approche et se profilent l’entrée à l’université, très coûteuse, les promesses de l’armée qui vient faire son marché et fait miroiter aux jeunes une gratuité universitaire à condition de s’engager… Ou encore l’espoir d’un avenir sportif. Les cinéastes suivent le trajet de quatre jeunes et de leurs familles, de leur lutte pour sortir d’une fatalité sociale.

Ce film est une autre manière de voir les Etats-Unis, terre d’opportunité dit-on ? Le film est enfin la très juste expression d’une mythologie dépassée.
Pahokee. Une Jeunesse américaine sera sur les écrans le 11 décembre.


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