Agir ici et maintenant Penser l’écologie sociale de Murray Bookchin. Floréal Romero (éditions du commun). Murray Bookchin & l’écologie sociale libertaire par Vincent Gerber et Floréal Romero (Le passager clandestin). Le Lac aux oies sauvages de Diao Yinan. La Vérité de Hirokazu Kore-eda. Jésus de Hiroshi Okuyama

mardi 17 décembre 2019
par  CP
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Agir ici et maintenant
Penser l’écologie sociale de Murray Bookchin

Floréal Romero (éditions du commun)

Entretien avec Floréal Romero
Et
Lecture d’extraits de Murray Bookchin & l’écologie sociale libertaire par Vincent Gerber et Floréal Romero (Le passager clandestin)

CINÉMA :
Le Lac aux oies sauvages
Film de Diao Yinan (25 décembre 2019)

La Vérité
Film de Hirokazu Kore-eda (25 décembre 2019)

Jésus
Film de Hiroshi Okuyama (25 décembre 2019)


L’intérêt actuel pour les critiques et propositions de Murray Bookchin n’est pas un hasard. Il y a plusieurs raisons sociopolitiques. Mais d’abord écologiques. Le monde brûle par le réchauffement climatique, par la capacité de destruction et de contrôle des nouvelles technologies utilisées par les dominants, utilisées sans pitié, tous les jours, toutes les minutes. Le navire prend l’eau : la catastrophe écologique, annoncée par Bookchin il y a plus de 50 ans, se rapproche à grands pas : "Cette réalité exige une inversion totale" selon Floréal Romero. La crise permanente du système capitaliste, au niveau mondial, détruit tout ce qui est en dehors du marché : le ciel s’assombrit chaque jour un peu plus. Même en France, un des pays parmi les plus riches de la planète, nous assistons à une déclaration de guerre sociale et politique. Celles et ceux qui veulent sortir de ce jeu se confrontent à une brutalité grossière de l’État.

La destruction violente des communs de la Zad de Notre-Dame-des-Landes n’est qu’un exemple parmi d’autres. Pourtant les tentatives de création nourries par les débats continuent, et cela, malgré les violences économiques et politiques. Il faut souligner que ces créations sont liées aux questionnements radicaux renforcés par la déception des révolutions. Les graines semées dans les luttes incessantes, depuis de longues années, ont germées. Fleuries. Celles et ceux qui luttent pour un monde joyeux, libre et juste, ont donc beaucoup plus de ressources par rapport aux années 1980. Fini l’époque des doctrines, des prophètes, des théories parfaites. Les sources d’influences théoriques de l’espace des luttes sociales se sont multipliées. Le murissement des analyses critiques découle également des expériences de luttes contre les multiples facettes des systèmes de domination, mais aussi des recherches qui, en outrepassant l’universalisme, adoptent une approche multisituée, pour contextualiser et historiser les structures de pouvoir, les expériences d’oppression et d’exploitation ainsi que les pratiques de résistance.

Cette intelligence collective nous permet de voir que la frontière entre volonté d’intégrité théorique et dogmatisme inflexible est étroite ; elle permet également de mieux comprendre les logiques communes, les liens idéologiques et conceptuels de différents systèmes de domination. La civilisation humaine fonctionne avec le postulat de rationalité qui lui donne la légitimité de remettre en « ordre » tout ce qui serait chaotique, marginal et extérieur à elle-même : le désordre, la marginalité et l’altérité doivent être normalisés. La domination de l’Orient par l’Occident, le racisme, l’intervention dans les cultures dites “primitives”, le contrôle de la folie, l’homophobie, l’exclusion des enfants de toute sorte de décision, les rapports sociaux de classe, s’appuient sur le même postulat. La psychiatrie et la psychologie servent à contrôler l’ingouvernable “nature intérieure” de l’humanité. Le mâle qui s’est approprié cette mission a réduit la nature en servante de l’être masculin. Dans le système patriarcal, tous les êtres dominés sont assimilés à la nature et tout ce qui se rapporte à la nature se dote de caractéristiques féminines. C’est là que la théorie de l’écologie sociale devient intéressante, car elle interroge toute la civilisation humaine qui imagine une nature dans la limite de sa pensée et ce faisant catégorise le monde par ce modèle. En France, cette interrogation se propage de plus en plus, dans une période de revitalisation politique des luttes antihiérarchiques qui portent les liens forts et transnationaux des pensées utopiques.

En suivant cette interrogation, Floréal Romero, qui écrit, intervient et milite depuis longtemps autour de cette cause, va un peu plus loin : il essaie de repenser l’histoire sous le prisme de l’écologie sociale et de faire dialoguer la pensée de Murray Bookchin avec d’autres analyses et expériences libertaires. Il pose, de façon très honnête, la question : est-ce que cette pensée peut être utile ?
Pour ce faire, il questionne ses sources d’influences théoriques et pratiques. Il constate que c’est le caractère anarchiste et antiautoritaire de Bookchin qui le rend intéressant aujourd’hui.

(Extrait de la préface par Pinar Selek à l’ouvrage de Floréal Romero, Agir ici et maintenant. Penser l’écologie sociale de Murray Bookchin (éditions du commun) )


Lecture d’extraits de Murray Bookchin & l’écologie sociale libertaire par Vincent Gerber et Floréal Romero (Le passager clandestin)

"Nous nous attaquerons directement aux racines sociales de la crise écologique !"
Militant et essayiste libertaire, ouvrier syndiqué devenu historien des révolutions, Murray Bookchin (1921-2006) est l’un des premiers penseurs à intégrer la dimension sociale et politique à la question écologique. Pour lui, les rapports de domination engendrés par le capitalisme sont à l’origine de la crise environnementale.
La force de sa pensée réside dans la proposition du municipalisme libertaire, alternative démocratique à l’État-nation, qui appelle à un retour à la gestion humaine des affaires publiques et à la prise de décision collective.
Pour Vincent Gerber et Floréal Romero, le projet profondément humaniste de Bookchin offre des outils pour réinventer la démocratie directe et bâtir une société égalitaire et écologiste.

Le Lac aux oies sauvages
Film de Diao Yinan (25 décembre 2019)



Un chef de gang en quête de rédemption et une prostituée prête à tout pour recouvrer sa liberté se retrouvent au cœur d’une chasse à l’homme. Ensemble, ils décident de jouer une dernière fois avec leur destin.

La Vérité
Film de Hirokazu Kore-eda (25 décembre 2019)


Lorsque Fabienne, icône du cinéma et mère de Lumir, scénariste à New York, publie ses mémoires, cela va déclancher un remue ménage familial et amical. Lumir revient dans la maison de son enfance avec sa fille et son compagnon. Les retrouvailles tournent rapidement aux règlements de comptes. La lecture des mémoires soulignent les mensonges, les arrangements avec la mémoire, les dénis, les rancunes anciennes, autant de points de tension entre la mère et la fille, mais pas seulement car l’entourage proche de l’actrice n’est pas épargné. En plein tournage d’un film de science-fiction où Fabienne est la fille âgée d’une mère éternellement jeune, cela n’arrange pas les choses d’autant que la comédienne du film à quelque ressemblance avec une actrice, amie de Fabienne et proche de Lumir, qui s’est suicidée. Se mêlent alors la réalité, l’imaginaire de chaque protagoniste, les griefs, les blessures…

Catherine Deneuve incarne de manière savoureuse l’actrice centrée sur elle-même, dont le regard sur les autres est percutant et sans complaisance. Elle est cash Fabienne et personne n’est ménagé. Les dialogues sont piquants et acerbes, depuis le début du film avec l’entretien qui met en scène un journaliste maladroit et visiblement impressionné par l’icône et la diva, totalement désinvolte. L’entretien sur l’autobiographie est d’ailleurs interrompu par l’arrivée de sa fille (Juliette Binoche), « ce n’est rien, c’est ma fille qui arrive avec sa petite famille ».
On pense au livre de Romina Rinaldi, Éloge des mères imparfaites, mais si en tant que mère, Fabienne semble avoir manqué de générosité et de présence selon sa fille, en tant que grand-mère, elle est drôle et facétieuse, ce qui est loin de déplaire à l’enfant. Un joli film sur la relation mère-fille et une interprétation des deux protagonistes hors pair.

Jésus
Film de Hiroshi Okuyama (25 décembre 2019)


Après la mort de son grand-père, Yura déménage de Tokyo avec ses parents pour vivre à la campagne auprès de sa grand-mère. Scolarisé dans une école catholique, il doit s’adapter à ce nouvel environnement. Cependant il fait deux rencontres importantes : son ami Kazuma et, au milieu d’une prière, lui apparaît Jésus apparaît qui lui exauce tous ces souhaits de Yura.

Bref un vrai conte de Noël… « Par delà la solitude et le deuil d’un enfant,[explique Gilles Tourman] c’est en effet aux moyens de « voir” l’Invisible que s’intéresse Hiroshi Okuyama, “in memoriam d’un ami trop tôt disparu”. Au comment des rites mécaniques imposés par l’Institution et relayés par les croyants (joindre les mains, fermer les yeux, etc), il substitue l’imaginaire et l’intelligence du cœur ». Et d’ajouter « Okuyama glisse quelques piques sur la condition de la femme, mère abandonnée avec son enfant mourant ou dédiée à préparer les repas. Assurément, un vrai beau film. Ne surtout pas rater le générique de fin où l’humour d’Okuyama trouve son “apothéose”.  »
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