Aquarela de Victor Kossakovsky. Un Soir en Toscane de Jacek Borcuch. La Cravate d’Étienne Chaillou et Mathias Théry. Steve Bannon. Le grand manipulateur de Alison Klayman. Notre Dame des Hormones, Prehistoric Cabaret, Depressive Cop, Souvenir d’un montreur de seins de Bertrand Mandico. Tu mourras à 20 ans de Amjad Abu Alala. Deux de Filippo Meneghetti. La Dernière vie de Simon de Léo Karman. La Fille au bracelet de Stéphane Demoustier

samedi 8 février 2020
par  CP
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Aquarela
L’Odyssée de l’eau

Film documentaire de Victor Kossakovsky (5 février 2020)

Un Soir en Toscane
Film de Jacek Borcuch (5 février 2020)

La Cravate
Film documentaire d’Étienne Chaillou et Mathias Théry (5 févtier 2020)

Steve Bannon
Le grand manipulateur
Film documentaire de Alison Klayman (Sortie Dvd et VOD le 18 février)

Combo DVD + Blu-ray des films de Bertrand Mandico (2013-2017), réalisateur des Garçons sauvages. Un voyage fascinant dans l’univers créatif avec des films de 2013 2017… Notre Dame des Hormones, Prehistoric Cabaret, Depressive Cop, Souvenir d’un montreur de seins, Féminisme, rafale et politique, L’Ile aux Robes, etc…
Entretien avec le réalisateur

Tu mourras à 20 ans
Film de Amjad Abu Alala (12 février 2020)

Entretien avec le réalisateur

Deux
Film de Filippo Meneghetti (12 février 2020)

Entretien avec le réalisateur

La Dernière vie de Simon
Film de Léo Karman (5 février 2020)

La Fille au bracelet
Film de Stéphane Demoustier (12 février 2020)

Aquarela
L’Odyssée de l’eau

Film documentaire de Victor Kossakovsky (5 février 2020)


Aquarela est un voyage spectaculaire à travers la beauté fascinante de l’Eau, l’élément le plus précieux de la Terre. Des eaux glacées du lac Baïkal en Russie à l’ouragan Irma dévastant Miami, en passant par la chute du Salto Ángel au Vénézuéla, l’eau apparaît ici dans toute sa splendeur, à l’heure du dérèglement climatique.

Cette odyssée à travers le monde et la puissance de l’eau, sous toutes les formes et les latitudes, laisse certainement une impression rare de grandeur et de fragilité. La vision de ce film sans paroles — elles ne sont pas nécessaires tant les images se suffisent à elles-mêmes par leur force incroyable, qui traduit la puissance des éléments. La glace qui se rompt, les voitures qui s’enfoncent dans l’eau glacée, les icebergs qui s’immergent dans l’océan, les vagues qui déferlent sur l’écran comme autant de murs infranchissables et mouvants…

Si le film se passe de commentaires en voix off, la bande son n’en est pas moins impressionnante, la voix étant remplacée par les sons des éléments, captés en direct dans la nature, parfois mixés avec des musiques.

L’Odyssée de l’eau est d’une beauté fascinante et laisse l’impression d’une symphonie des éléments.
L’Odyssée de l’eau de Victor Kossakovsky est actuellement sur les écrans.

Un Soir en Toscane
Film de Jacek Borcuch (5 février 2020)


Maria Linde, poétesse juive polonaise et prix Nobel, s’est retirée en Toscane. Vivant avec sa famille, ses amis et son jeune amant égyptien, elle refuse les honneurs et les interviews. Elle représente en quelque sorte « un symbole de notre vieille Europe. Nazeer – qui est Copte – symbolise une Europe jeune et l’avenir de ce continent. »

Alors que la propagande réveille le racisme et joue sur la peur des réfugié.es, Maria accepte une ultime remise de prix et choisit de faire une déclaration jugée provocante, à contre-courant de l’ambiance générale. Confiante, elle se refuse à toute compromission et réagit contre l’hypocrisie ambiante. Elle dénonce les politiciens qui jouent sur le danger imminent d’une soi-disant invasion de « sauvages » et d’« étrangers », de même que la complicité des médias sur le sujet. Elle crée ainsi un scandale sans anticiper les conséquences.

«  Je cherchais un héros [explique le réalisateur, en l’occurrence une héroïne] qui ne serait pas entravé par le politiquement correct. Quelqu’un qui ne pratiquerait pas la langue de bois, qui aurait le courage de tenir des propos controversés, d’aborder des sujets difficiles. Il fallait quelqu’un d’envergure, d’accompli, de suffisamment confiant, parce que seules de telles personnes sont écoutées. Maria Linde est un personnage foncièrement contemporain, même si je l’ai construit à partir d’icônes de la culture occidentale : elle est un mélange de Patti Smith, Susan Sontag, Bob Dylan, Oriana Fallaci et de beaucoup d’autres. Elle est quelque part entre la poésie et le punk. […] Il fallait une femme forte, belle, sensuelle, mûre et confiante. »
Krystina Janda « est une artiste éminente, une icône du cinéma, dont le nom résonne dans nos esprits. Elle était la muse d’Andrzej Wajda. Ses engagements citoyen et politique on fait d’elle une artiste flamboyante. » Ainsi, elle incarne avec brio le personnage de Maria Linde, une femme quelque peu égoïste, centrée sur elle-même, qui finalement a cette confiance presque condescendante pour bousculer les choses et aller à l’encontre de ce que l’on attend d’elle. Prend-elle ce risque parce qu’elle se sent au-dessus des jugements d’autrui ? Peut-être, mais le geste n’en a pas moins un caractère de révolte, courageux et anticonformiste, il rappelle aussi qu’une telle prise de risque peut avoir des conséquences graves dans des temps où les courants réactionnaires et nationalistes ont le vent en poupe. Le film pose ainsi une question essentielle : faut-il renoncer à la libre expression, ne rien dire, adopter une attitude consensuelle et dans l’air du temps pour conserver son confort et sa sécurité ?
Le long plan séquence de fin est à lui seul une illustration des temps actuels et un épilogue métaphorique brillant.
Un Soir en Toscane de Jacek Borcuch au cinéma depuis le 5 février 2020)

La Cravate
Film documentaire d’Étienne Chaillou et Mathias Théry (5 février 2020)


Nous avons parlé la semaine dernière de la Cravate, film documentaire étonnant sur les coulisses d’un parti politique, qui filme un militant, une jeune recrue du FN. Au moment du tournage, Bastien a vingt ans et milite déjà depuis cinq ans, depuis l’adolescence, dans le principal parti d’extrême-droite. Discipliné, bon petit soldat, il est enrôlé par son supérieur dans la préparation et le processus de la campagne présidentielle de 2017. De simple militant de base, il est ainsi initié à l’art d’endosser le costume des politiciens et, du coup, prenant goût à la communication et à une sensation de pouvoir, Bastien se prend à rêver de carrière politique. Le film donne à voir la dimension, à tous les niveaux, de la manipulation et surtout l’opportunisme régnant dans les milieux politiques. La cravate étant un symbole du marketing politique comme le sourire nécessairement affiché pour asseoir son personnage.

« À la première rencontre avec Bastien, [raconte Mathias Théry] nous l’avons trouvé d’aspect un peu caricatural, en blouson de cuir et cheveux ras, et complètement fasciné par Marine Le Pen, dont il avait même un portrait affiché au dessus de son lit. Mais il se montrait très curieux. C’était un jeune qui cherchait à discuter avec des gens qui ne pensent pas comme lui. Il nous disait aussi que sa famille n’était pas politisée, que très peu de ses amis partageaient ses opinions, que certains étaient de gauche, et qu’il était entré au parti par lui-même. Comment s’était-il retrouvé au FN ? C’était un mystère pour nous. Un mystère que nous avons mis deux ans à comprendre. »

La Cravate décrit la manière de faire de la politique aujourd’hui et révèle les codes de la communication qui sont au centre du processus. « Pendant le tournage, le FN nous a fermé régulièrement ses portes. Si nous nous étions contentés de ce qu’ils donnaient à voir, tout aurait été très lisse, voire franchement déformant. On peut dire que nous étions en terrain hostile et comme nous ne voulions pas nous cacher pour filmer, nous avons senti que si nous laissions les séquences brutes que nous avions captées, la communication du FN risquait de s’imposer. » D’autant, évoque Étienne Chaillou, que le parti est alors en pleine phase de « dédiabolisation ». Il fallait donc beaucoup de vigilance de la part des réalisateurs, puisque le groupe filmé se trouve être directement impliqué dans ce nettoyage de l’image publique du Front National. « Or en éteignant les voix et en racontant d’un point de vue plus distancié ce qui est orchestré devant nous, la mise en scène de la ”dédiabolisation” apparaît. » Et Mathieu Théry d’ajouter : « nous avons décidé de ne pas nous comporter comme des enquêteurs ou des opposants politiques, mais d’adopter une autre posture : celle de l’écrivain, qui peut exprimer des avis sans contredire à tout prix son personnage. »

Pourquoi Bastien a-t-il accepté de tourner ce film ? Comme l’expliquent les réalisateurs, il y a eu un accord à l’origine du projet avec Bastien : « “Ce que nous voulons connaître, ce n’est pas uniquement le parti, mais c’est ta vie en général. On veut faire un portrait de toi plus complet”. Nous voulions nous intéresser au processus d’adhésion à ce parti qui nous inquiète. Pourquoi des milliers d’individus qui ne sont certainement pas tous des salauds finissent par se retrouver à hurler ensemble “on est chez nous”, et à s’imaginer qu’une Marine Le Pen peut leur ouvrir un monde meilleur ? Comprendre quelle avait été sa vie pour qu’à vingt ans Bastien soit si engagé, quelles étaient les racines de son engagement et quelle place le parti était venu prendre dans sa vie intime. »

L’idée originale du film est dans la démarche, mais également dans la forme, le fait de filmer Bastien lisant l’histoire de sa vie, comme s’il s’agissait d’un roman du XIXème siècle, avec un personnage à la manière du Rastignac de Balzac, ou proche du Julien Sorel de Stendhal. D’où le choix de réalisation : « Nous avons écrit le texte en nous appuyant sur les entretiens audio, sur les conversations off que nous avions eues avec lui pendant les tournages, ou en racontant des moments filmés qui ont disparu du montage. Le propos est toujours issu d’une récolte documentaire, hormis quelques déductions. […] Nous avons beaucoup hésité entre le “je” ou le “il”, mais nous avons finalement opté pour la troisième personne, du fait de cette inspiration des romans réalistes du XIXème siècle. L’idée de lui montrer le texte est arrivée rapidement ensuite, quand nous avons compris que nous ne pouvions pas nous passer de sa validation pour que le texte soit crédible, et que ce serait un outil essentiel pour discuter en profondeur. »

D’ailleurs commente Mathias Théry, « dans le film, nous ne débattons pas des idées ou du programme comme sur un plateau de télévision, mais nous discutons d’un objet : « “Que penses-tu de ce texte ? Sommes-nous dans le vrai ? Assumes-tu que ceci soit raconté ? Quel effet cela te fait-il ?”. Nous avons fait le pari qu’en étant honnêtes avec lui, en le laissant commenter, et même contrôler ce que nous disions de lui, nous irions beaucoup plus loin. Et c’est ce qui est arrivé, bien au delà de tout ce que l’on avait imaginé au départ... Finalement, le film raconte deux histoires : d’une part un récit de la vie de Bastien, et d’autre part l’histoire de Bastien qui découvre le texte, et l’effet que cela lui procure. C’est à ce moment qu’il a fait une sorte d’incroyable coming out sur son passé, puisqu’il a réalisé qu’il voulait qu’on en garde la trace, et avec ce film assumer une histoire que le FN l’obligeait à taire. Après avoir espéré que la politique modifie son destin, il tente à nouveau quelque chose et nous dit “on va voir si le film va changer ma vie”. Cette tentative de Bastien est un geste fort, et le film devient l’histoire de ce geste. »
Assis dans un fauteuil, le jeune homme lit un récit de vie : le sien, celui d’un jeune militant du Front National. En voix off, les auteurs déroulent ce même fil narratif littéraire, l’illustrant d’images tournées à ses côtés.

Steve Bannon
Le grand manipulateur
Film documentaire de Alison Klayman (Sortie Dvd et VOD le 18 février)


Alors que la Cravate d’Étienne Chaillou et Mathias Théry est sur les écrans depuis le 5 février, sort en DVD et VOD un autre film documentaire, qui analyse la montée de l’extrême-droite et du populisme, d’abord aux Etats-Unis avec l’élection de Trump et la stratégie qui l’a porté au pouvoir. Steve Bannon. Le grand manipulateur, sort en DVD et VOD le 18 février. Son rôle dans la stratégie adoptée par Trump pour accéder à la Maison blanche a payé. Remercié cependant, Bannon s’efforce depuis d’exporter son idéologie populiste auprès des partis nationalistes européens, extrapolant une révolution mondiale basée sur la haine. Alison Klayman a filmé Steve Bannon pendant plus d’un an, le film se déroulant jusqu’aux élections européennes, au cours desquelles les partis populistes escomptaient remporter des sièges au Parlement européen. Depuis, il se répand dans les journaux en contestant et en s’agitant pour alimenter le mythe sur lequel repose sa survie, avec pour devise : « Ma mission est de convertir le maximum de personnes à la cause populiste ».

Si les promoteurs du processus de la globalisation, ont négligé de prendre en compte son coût social, cela a finalement bien servi les opportunistes du populisme, avec pour antienne : le « nationalisme économique ». Le film de Alison Klayman est édifiant, car il ressort de ces treize mois de tournage l’image d’un Steve Bannon opportuniste et très éloquent lors de débats radiophoniques nourris du mythe nationaliste et de religion. Les débats radiophoniques sont paraît-il très peu utilisés par les démocrates. La montée de l’extrême-droite se vérifiant dans de nombreux pays, cela va permettre à Bannon de surfer sur cette vague de populisme international à laquelle il attribue le slogan de « révolte mondiale ».

Le Pen a adopté cette rhétorique et Trump s’en ai emparé, lorsque Bannon a tenu le rôle de stratège durant sa campagne présidentielle. Tandis que le Front national se rebaptise Rassemblement national, en Allemagne, le slogan néo-fasciste — Wir sind das Volk ! (Nous sommes le peuple) — gagne du terrain, le courant s’étalant en Europe… Hongrie, Pologne, Belgique, Italie. « Tout parti nationaliste qui a l’air viable, j’essaie de l’aider » déclare Bannon, dont l’idée est de rassembler les partis d’extrême droite avec un « programme populiste unifié ». Matteo Salvini rejoint alors ce mouvement populiste.

Quant aux critiques, Bannon n’en a cure, au contraire, il assure : « plus on dira de mauvaises choses dans les médias, mieux c’est ». Sans doute, tout vaut mieux que d’être ignoré. Le fondateur du groupe d’extrême-droite internationale, qui se veut une force politique, se base sur la haine des Noirs, des Hispaniques, des immigré.es… Steve Bannon a commencé sa carrière dans la banque, Goldman Sachs, il vient du Tea Party et part du principe que « la haine stimule les gens ». Grossier, souriant, flatteur, menteur, retors, il fait appel à ce qu’il y a de plus primaire chez certaines personnes, Trump en est certainement l’exemple.

Dans le film de Klayman, on voit un nombre incroyable de crucifix, élément incontournable de décoration où évolue le « grand manipulateur », avec comme fil conducteur imprescriptible : le danger de l’immigration, la haine et la peur. Cela paie comme propagande et l’on ne s’en cache pas devant la caméra. En revanche, les seules fois où la réalisatrice est exclue, c’est lorsqu’il est question de financement. Cherchez L’erreur !

Le « moteur intellectuel du mouvement populiste » propose en fait des outils aux populistes européens. Par exemple, comment construire un mouvement sur la haine. La montée du populisme est « une force révolutionnaire » proclame Bannon, « une révolution mondiale et je suis à l’avant-garde ». Aux Etats-Unis, face à ce mouvement, les démocrates proposent des candidates et des candidats plus jeunes, plus coloré.es et davantage de femmes… Avec l’idée de « On continue à se battre ».

Le film de Alison Klayman est une enquête, plongeant dans les coulisses d’un mouvement politique d’extrême-droite ayant obtenu des victoires, et cherchant à se développer aux Etats-Unis comme au plan international. Dans l’entretien en bonus à la suite de son film, la réalisatrice explique avoir filmé « des personnes très puissantes, très riches et très malhonnêtes », des hommes surtout, avant de remarquer : « quand on filme un milliardaire dirigeant une opération paramilitaire, qui tient des propos racistes, dégradants envers les femmes, les Afghans, le sentiment n’est pas terrible ». Le but du film est de montrer ce dont on ne parle que très rarement, mais certainement pas d’offrir une tribune à Steve Bannon, ni d’ajouter des commentaires. Sans doute était-ce là le défi : « j’ai voulu être transparente », dit-elle. Faire du cinéma vérité.

Alison Klayman revient sur le fait que dès qu’il était question d’argent, il fallait qu’elle sorte : «  il ne s’agit pas d’immigration, mais de finances ». Steve Bannon a été banquier chez Goldman Sachs et « c’est un consultant accompli ». Donc, « lorsque je ne filme pas, c’est qu’ils parlent de problèmes financiers  », ce sont des « capitalistes de cœur », la haine et la peur leur servant de message efficace à divulguer. Le film pointe le danger d’un tel mouvement, « Steve Bannon fait de la propagande, [avertit la réalisatrice] moi pas. La question est de se battre pour une cause, pas contre lui. Comprendre ce qu’il y a en face et avoir conscience de ce qui se passe. »

Après la diffusion du film, Steve Bannon a coupé les ponts avec la productrice du film et Alison Klayman.

En forme de conclusion, le film inscrit à l’écran : « Les leaders politiques des partis d’extrême-droite avaient affirmé qu’ils prendraient le contrôle de l’Europe autour d’un axe anti-immigration ». Mais « la mission de Steve Bannon n’a pas permis de fédérer un groupe majoritaire au Parlement européen… pour le moment ».
Pour le moment effectivement.

Steve Bannon. Le grand manipulateur de Alison Klayman (Sortie DVD et VOD le 18 février) et la Cravate d’Étienne Chaillou et Mathias Théry actuellement sur les écrans sont deux films documentaires analysant les coulisses du pouvoir, la montée du populisme et le processus d’endoctrinement. À voir…

Malavida sort un second Combo DVD + Blu-ray des films de Bertrand Mandico, réalisateur des Garçons sauvages. Un voyage fascinant dans l’univers créatif avec des films de 2013 2017… Notre Dame des Hormones, Prehistoric Cabaret, Depressive Cop, Souvenir d’un montreur de seins, Féminisme, Rafale et Politique, etc…
le coffret comprend un livret avec des textes inédits. (Sortie 11 février 2020)

À l’occasion de la sortie par Malavida d’un second Combo DVD + Blu-ray des films de Bertrand Mandico entre 2013 et 2017, il est intéressant de réécouter un extrait de l’entretien qu’il avait accordé aux chroniques rebelles en 2018 autour de son film les Garçons sauvages. En découvrant ses films précédents, on est saisi par la même fascination pour un univers particulier où la qualité des images est en parfaite harmonie avec celle du son.
La surprise ne tient pas à la prouesse technique, mais s’inscrit plutôt dans les impressions créées par l’imagination du cinéaste. Se mêlent à tout moment le surréalisme, et le dadaïsme pour la subversion, créant des allégories inattendues. Tout contribue à un climat halluciné, le ton, le traitement de l’image, l’humour « pince sans rire » comme le qualifie Mandico, enfin cette manière de bousculer, de renverser les clichés, sur les genres par exemple, sur l’ambiguïté des rapports entre les personnages jusqu’à l’égarement.

Dans le cinéma de Bertrand Mandico, la poésie se métamorphose en images et en sons, la transgression est omniprésente, comme la composante idéale de son imagination inventive. Découvrir les films qui ont précédé les Garçons sauvages, est un voyage fascinant dans l’univers créatif du cinéaste… Notre Dame des Hormones, Y a-t-il une vierge encore vivante ? Prehistoric Cabaret, Depressive Cop, Souvenir d’un montreur de seins, Féminisme, Rafale et Politique, etc. sont rassemblés dans un coffret, qui sort le 11 février et comprend également un livret avec des textes inédits.
Les films de Bertrand Mandico ne donnent pas tout la première fois et gardent une part de mystère, ce qui est peut-être anachronique dans le contexte actuel, comme il le dit lui-même…

Sortie du second Combo DVD + Blu-ray des films de Bertrand Mandico entre 2013 et 2017… Notre Dame des Hormones, Prehistoric Cabaret, Depressive Cop, Souvenir d’un montreur de seins, Féminisme, Rafale et Politique, etc… accompagné d’un livret avec des textes inédits. (Sortie le 11 février 2020)

Tu mourras à 20 ans
Film de Amjad Abu Alala (12 février 2020)


Dans un village du Soudan, au cours d’une cérémonie, la mère de Muzamil présente son nouveau né au chef religieux, qui lui prédit la mort de l’enfant à 20 ans. À l’annonce de cette malédiction, le père de l’enfant part travailler à l’étranger et Sakina, la mère, élève seule son fils, le couvant de toutes ses attentions. Muzamil vit à l’écart des autres enfants, ne va pas à l’école, «  à quoi bon apprendre s’il doit mourir ? dit sa mère. Pourquoi perdre du temps à lire d’autres livres que le Coran ? » Muzamil grandit et lorsqu’il a 19 ans, l’échéance fatale est proche…

« Le film montre comment une forte croyance peut affecter la vie des gens, [explique Amjad Abu Alala] — et la façon dont cette foi peut être instrumentalisée politiquement. Le gouvernement soudanais d’Omar el-Béchir a utilisé l’Islam pour faire taire le peuple — quand quelqu’un dit "C’est la parole de Dieu", plus personne ne peut parler... Mon film est une invitation à être libre. Rien ni personne ne peut vous dire : voici votre destin, il est écrit quelque part. C’est à vous de décider ce que sera votre vie et c’est ce que Suleiman essaye d’expliquer à Muzamil. »

Tu mourras à 20 ans se présente comme une fable philosophique à la manière des Mille et une nuits, c’est un film sur l’émancipation, ancré dans la réalité soudanaise, que l’on connaît trop peu. Et c’est également un film où il est question de cinéma, puisque l’on peut voir des images du film documentaire Khartoum de Jadallah Jubarra, cinéaste très connu d’avant le régime islamique.

Amjad Abu Alala dit avoir écrit son film avant la révolution, « la liberté a toujours été mon sujet. On a commencé à tourner à la mi-décembre 2018, le jour même où la première étincelle de la révolution s’est enflammée dans le nord du pays, à Atbara. Sur le plateau, tout le monde était survolté. Même les membres étrangers de l’équipe, et notamment les Français, se passionnaient pour l’actualité. Le souffle de la liberté était partout sur le plateau.
En avril, j’ai interrompu la post-production au Caire pour revenir au Soudan et participer aux événements. J’y ai passé deux mois. J’étais à Khartoum le 6 avril, quand a commencé le "sit-in" géant brutalement interrompu par les militaires quelques semaines plus tard. La plupart des Soudanais de l’équipe étaient là et ont été brutalisés. Un de mes amis faisait partie des victimes... Bien sûr [ajoute Amjad], tous ces évènements ont eu un impact sur le film. Par exemple, la première fois que Muzamil va chez Suleiman, il entend une chanson. J’avais imaginé utiliser "La Bohême" pour créer la surprise d’entendre une chanson française dans un village perdu du Soudan. Mais j’ai préféré finalement mettre une chanson de Muhammad Wardi, qui était devenue l’hymne de la révolution de 1983 et que l’on entendait partout à Khartoum en avril dernier. Wardi était un chanteur communiste très connu en Afrique, il a été banni du Soudan. Les paroles disent : "Nous sommes tous inspirés par la révolution, et nous obtiendrons ce que nous méritons." »

Tu mourras à 20 ans est un premier film magique, dont les images impressionnantes participent à sa poésie, et le récit à son propos rebelle.
Tu mourras à 20 ans de Amjad Abu Alala est en salles le 12 février 2020.
La semaine prochaine, nous diffuserons un entretien avec Amjad Abu Alala.

Deux
Film de Filippo Meneghetti (12 février 2020)


Elles se sont rencontrées lors d’un voyage en Italie, et depuis Nina et Madeleine vivent leur amour clandestinement. Les années ont passé, Nina habite dans un appartement sur le même palier que son amie. Elles ont le projet de s’installer en Italie sans avoir à dissimuler leur relation amoureuse, mais Madeleine recule sans cesse pour le dire à ses enfants. Elle est veuve, a une fille, Anne, un fils avec lequel les rapports sont difficiles, et elle craint d’avouer à ses enfants son départ et sa relation intime avec Nina, considérée officiellement comme une simple voisine.

Au poids de la famille s’ajoute la mentalité conventionnelle de son milieu dans une ville de province par rapport à une relation amoureuse entre deux femmes, de plus entre deux femmes âgées. Or, après une dispute avec son fils et les reproches de Nina, un événement tragique précipite les événements et sépare les deux amantes…

Deux thèmes essentiels sont évoqués avec une grande subtilité dans le film de Filippo Meneghetti, le premier est le désir des femmes et la sexualité entre personnes matures, révélant les interdits de tout ce qui peut apparaître comme déviants dans la société. En second lieu, le formatage imposé par la vie familiale dont, en l’occurrence, les femmes sont victimes. Le privé est politique, comme on le répète à l’envie, sans peut-être trop réfléchir à ses conséquences sur les individu.es.

Cet entretien avec Filippo Meneghetti et sa co-scénariste, Malysone Bovorasmy, a eu lieu dans le cadre du festival international du cinéma méditerranéen de Montpellier, où le film a obtenu l’Antigone d’or, en octobre 2019.

Deux de Filippo Meneghetti en salles le 12 février 2020).

La Dernière vie de Simon
Film de Léo Karman (5 février 2020)


Simon est orphelin. À 8 ans, il rêve de trouver une famille. C’est par le hasard d’une rencontre qu’il se lie d’amitié avec deux enfants de son âge, un frère et une sœur. Peu à peu Simon est accepté dans la famille, il a un secret qu’il partage avec ses amie.es : il peut se transformer et prendre l’apparence de la personne qu’il a touché. Or, un accident survient, qui change le court du récit et le fait basculer de la chronique intimiste au thriller fantastique…
Il était important, confie Léo Karman, que Simon soit un adolescent : « l’adolescence, c’est l’âge des paradoxes. on doute de soi, on se déteste, et en même temps, on aimerait bien s’affirmer... Mais comment se construire si on n’arrive jamais à être soi-même ? Simon, c’est cette dynamique-là : un ado persuadé qu’il doit être un autre pour qu’on l’aime, alors qu’il doit simplement trouver en lui assez d’assurance pour pouvoir aimer et être aimé. » La Dernière Vie de Simon parle aussi « d’amour sacrificiel […] une thématique qui touche essentiellement les ados. J’ai dû la traiter du haut de mes... 30 ans. »

Candeur, innocence et besoin d’affection caractérisent sans doute les premières impressions du film, qui n’exploite pas seulement le contexte fantastique du récit pour en faire le thème principal du film, bien que celui-ci soit très présent. Karman parle de la référence au film de Spielberg, E.T., qui « commence lui aussi dans une sphère intime (un alien dans une maison). On souhaitait que notre film épouse ce genre de trajectoire : un enfant qui a un secret qu’il dévoile à ses copains, une histoire intime que seuls les personnages principaux et les spectateurs partagent, avant que le monde entier, dans sa cruauté face à l’inconnu, ne menace ce fragile équilibre... Ce qui compte quand un film navigue entre les genres, c’est de ne jamais perdre les personnages. Je suis persuadé qu’on peut se permettre des changements de genre sans qu’une histoire ne perde de son unité tant que l’émotion reste la priorité absolue. »

La Dernière vie de Simon est un conte d’aujourd’hui et, « pour y arriver, la direction artistique et la lumière sont des alliés de taille... » comme d’ailleurs la bande son. Le film est ainsi une référence à la magie de l’enfance et à son humanité.
La Dernière vie de Simon de Léo Karman est actuellement au cinéma.

La Fille au bracelet
Film de Stéphane Demoustier (12 février 2020)


La première scène est sans paroles et montre une famille heureuse sur une plage, jusqu’à ce que la police interrompt brusquement cette ambiance de vacances en débarquant pour appréhender Lise, une adolescente de 16 ans. C’est le moment où toute l’histoire bascule vers la sidération, le mystère et un film de procès.

On retrouve Lise deux ans plus tard, confinée chez elle dans un quartier résidentiel. Elle a 18 ans, et en attente de son procès, elle porte depuis son arrestation un bracelet électronique. Lise est accusée d’avoir assassiné sa meilleure amie deux ans auparavant.

L’expérience proposée dans la Fille au bracelet est celle de « vivre un procès. Comme le ferait un juré. Dès lors [commente le réalisateur], je ne voulais pas créer de mouvements artificiels. C’eût été superflu car le procès se suffit à lui-même. Lors d’audiences auxquelles j’ai assisté, j’ai remarqué à quel point le récit d’un témoin pouvait être captivant. Le pari du film, c’était de restituer cela, cette expérience du procès. Cela engage l’image, les cadres, mais aussi le son. Car je voulais faire un film qui donne à voir la parole mais qui impose aussi ses silences, d’autant plus notables qu’ils agissent en contraste avec le régime du procès qui fait constamment la part belle aux discours. »

Tourné dans une salle d’audience du tribunal de Nantes, le film prend un caractère de réalité impressionnante, d’autant que le rôle du président est tenu par un avocat (Pascal-Pierre Garbarini). « Le fait de tourner dans un vrai tribunal agissait nécessairement sur l’expérience du tournage, en particulier pour les acteurs. Le principe de réalité n’est pas le même. Les figurants dans le tribunal n’avaient pas lu le scénario, et ils découvraient donc le procès au fur et à mesure. L’audience était partagée sur la culpabilité de Lise. Certains changeaient d’avis en cours de route, […] je voulais que cette incertitude demeure à l’écran. C’est un film sur l’interprétation des faits, sur le doute. »
C’est en effet le doute qui plane durant tout le film, aiguisé par l’attitude de l’accusée, qui semble non concernée par la situation, ne montrant ni dénégation, ni émotion, elle est comme ailleurs, hors des faits dont on l’accuse. Il y a aussi l’intervention, parfois un peu caricaturale de la procureure (interprétée par Anaïs Demoustier), contrebalancée par la défense, jouée par la remarquable Annie Mercier. Les parents, incarnés par Roschdy Zem et Chiara Mastroianni, sont dépassés par les événements, le père surtout, qui découvre sa fille adolescente comme une étrangère. La mère est plus dans l’empathie, disant que le procès, quel qu’en soit le résultat, aura des conséquences indélébiles sur la jeunesse et la vie de sa fille.

Dans le rôle de Lise, la jeune actrice, Mélissa Guers, est incroyable de naturel, notamment, en restant impavide durant le procès et en répondant, sans expression, à ce qu’attendent le tribunal et les jurés. Elle semble dans un autre monde, celui de l’adolescence. Elle veut à la fois s’affirmer et se rebeller contre le monde adulte qu’on lui propose. C’est d’autant plus exacerbé lorsqu’il s’agit de la sexualité des ados, de même que les discriminations de genre. En effet, la sexualité d’une adolescente est jugée différemment de celle d’un adolescent dans nos sociétés.
Le doute est certes l’idée qui domine le film, mais il est aussi un questionnement sur la méconnaissance par les adultes des adolescent.es, ce que qu’exprime l’avocate.

La fin ouverte ne laisse au public que des interrogations. La dernière séquence, lorsque Lise remplace le bracelet électronique par une chaînette, son geste prête à plusieurs interprétations : la culpabilité, la trace de l’épreuve, le souvenir de l’amie perdue ? « Je tenais à ce que le champ des possibles reste ouvert [revendique Stéphane Demoustier]. On a eu accès à une vérité juridique, mais pas à la vérité primaire. »
La Fille au bracelet de Stéphane Demoustier est sur les écrans le12 février 2020.