La Grande guerre inconnue. Les poilus contre l’armée française

François Roux (Paris Max Chaleil)
mardi 22 janvier 2008
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C’est quoi un poilu ? C’est un soldat de la Première Guerre mondiale — le plus souvent issu des classes populaires — qui, lui, ne profite pas de cette guerre des tranchées, mais en est la victime, considéré par la hiérarchie militaire comme de la chair à canon qu’on peut sacrifier sans problème, par ambition, incompétence, ignorance stratégique ou par caprice…

«  Le poilu, c’est l’homme qui voit, entend, devine la mort accourir vers lui. […] La mort affreuse, la mort sans beauté, la mort sanguinolente et douloureuse, la mort au fond d’un trou. »

La mort sans artifice ni héros comme la décrit Jean Giono :
« Les morts avaient la figure dans la boue, ou bien ils émergeaient de trous, paisibles, les mains posées sur le rebord, la tête couchée sur le bras. Les rats venaient les renifler. […] Ils reniflaient la joue puis se mettaient en boule et commençaient à manger cette chair d’entre le nez et la bouche, puis le rebord des lèvres […]. Pour les yeux, ils les sortaient à petits coups de griffes, et ils léchaient le trou des paupières, ils mordaient dans l’œil, comme dans un petit œuf ».

C’est cela la guerre des tranchées. On est loin de la « fleur au fusil » et autre imagerie de propagande.

Que garde-t-on en mémoire de cette Première Guerre mondiale qui ouvre le XXe siècle sur un des plus grands massacres guerriers ?

Des millions de morts, des millions de mutilés pour défendre une « patrie » qui n’était rien d’autre que l’État. Une victoire du capitalisme contre les populations et des conséquences qui ont fait le lit des totalitarismes en Europe.

Une boucherie qui résulta d’abord de l’incompétence des chefs militaires qui, au final, sont décorés — carnage patriotique oblige ! « Des hommes qui ont institué les cours martiales, qui sont partisans d’une justice sommaire, ne devraient pas échapper à la sanction qu’ils appliquent aux autres »
Et pourtant si. «  Aucune dictature n’est comparable à la leur. »

« Cette guerre de boue et de ferrailles, sans épopées, sans géniaux stratèges, sans autres faits d’armes que les vagues de fantassins en molletières inlassablement lancées au-devant des barbelés et des mitrailleuses par des généraux ventrus, ramène inexorablement l’imaginaire dans ces tranchées puantes qui striaient les paysages dévastés de la mer du Nord jusqu’aux Vosges. » François Roux, La Grande guerre inconnue. Les poilus contre l’armée française.

Et les résistances ? On a en tête les mutineries de 1917, rapidement réprimées, puis effacées de l’histoire officielle. Résistances, mémoire interdite, histoire officielle et véritables enjeux d’une guerre « falsifiée », c’est aujourd’hui le sujet des Chroniques rebelles.