Destination Fin du monde de Robert Silverberg. Les 100 films cultes de vampires d’Alain Pozzuoli.

samedi 15 août 2020
par  CP
popularité : 30%

Nouveau livre dans la collection les Dyschroniques du passager clandestin
Destination Fin du monde de Robert Silverberg

Les 100 films cultes de vampires
Alain Pozzuoli (éditions Terre de brume).

Mano de obra (Main d’œuvre)
Film de David Zonana (19 août 2020)

Sister
Film de Svetla Tsotsorkova (19 août 2020)

La femme des steppes, le flic et l’œuf
Film mongol de Qanon Wang (19 août 2020)

Science fiction… Anticipation… En fait ce sont des termes qui définissent une littérature qui pousse encore plus loin une réalité imminente, en devenir ou parfois déjà là… Dans ce domaine, toutes les découvertes que nous offrent la collection des dyschroniques du Passager clandestin sont une mine de pépites du genre, dont la plupart sont étonnantes de lucidité, de perspicacité, d’observations sociales. La fiction devance la réalité ? C’est encore au-delà : elle est en quelque sorte une critique visionnaire…

Reparaît la nouvelle de Robert Silverberg, Destination fin du monde qui, dans la suite ininterrompue des catastrophes écologiques qui frappent la planète, les pandémies et l’inconscience des pouvoirs obnubilés par le profit, nouvelle qui sonne aujourd’hui avec d’autant plus de puissance.

« J’ai écrit When We Went to See the End of the World en juin 1971, alors que la guerre au Vietnam continuait d’ébranler les fondements de la vie américaine et qu’on remettait en question les certitudes héritées des années calmes et prospères de l’immédiat après-guerre. Cette histoire se voulait satirique : le portrait d’un groupe d’Américains aisés et brillants de l’époque, cher- chant la distraction dans de lointaines excursions touristiques (un voyage temporel jusqu’à la fin du monde plutôt que quelque séjour d’agrément à Paris, Londres ou Hawaï) et qui, tout en tirant un plaisir superficiel du spectacle de prétendus événements futurs, ne s’apercevaient pas que leur propre monde était en train de s’effondrer autour d’eux… » Robert Silverberg, le 30 mars 2020.

Lectures par Nicolas Mourer

Les 100 films cultes de vampires
Alain Pozzuoli (éditions Terre de brume).


Entrons à présent dans le monde des vampires avec la musique de la bande originale du film de Neil Jordan, Entretien avec un vampire, pour parler du livre d’Alain Pozzuoli dans lequel il rassemble 100 films cultes de vampires, et c’est publié aux éditions Terre de brume. La chanson du film, interprétée par le groupe Gunn N’ Roses, accompagne un zoom arrière absolument phénoménal de la caméra qui suit une voiture sur un pont de San Francisco, le Golden Gate sans doute. Le film fait partie des films cultes à plus d’un titre, l’histoire, L’interprétation des comédien.nes, la flamboyance du filmage, le montage, les effets sans grandiloquence ni gratuité par rapport au scénario… Bref c’est une façon de se mettre dans l’ambiance des films choisis, et puis Sympathy For the Devil (sympathie pour le diable), on est en plein dedans.

Il faut signaler qu’en plus d’être spécialiste de Bram Stoker et du vampirisme, Alain Pozzuoli est aussi scénariste de fictions radio, documentariste, parolier et un fan de l’Irlande. Son premier ouvrage, publié en 1989, Bram Stoker, Prince des ténèbres, donnait l’avant-goût des nombreuses anthologies dans ce domaine qui allaient suivre, même un livre de recettes de cuisine vampires, savoureux dans tous les sens du terme.

Pourquoi le mythe du vampire dans les chroniques rebelles ? On s’est déjà posé la question, mais parce que c’est avant tout le symbole de la transgression… Le mythe attire, sinon fascine, évidemment il a là le sang, la mort, le pouvoir, la solitude, l’éternité… Mais où est dieu dans tout ça ? Justement, il n’est pas là, sinon sous le symbole de la croix — disons au passage que c’est la représentation de la crucifixion et c’est un instrument de torture, — et cet objet ferait office de repoussoir pour les vampires. Les gousses d’ail, on peut le comprendre, mais la croix… Ah le rapport à la religion ? Et puis ces êtres qui reviennent par delà la mort pour faire des adeptes, évidemment ça fait désordre et le diable doit certainement être complice.

Cent films répertoriés qui ont marqué le genre par leur qualité, leur influence sur le genre, ou par leur résonance au moment de leur sortie, ou encore parce qu’introuvables à présent, par exemple Drakula Halala et London After Midnight. Alain Pozzuoli n’a pas oublié de mentionner quelques nanars, parce le thème, s’il est fantastique et subversif, n’est pas pour autant dépourvu d’humour et d’ironie…

100 films cultes de vampires par Alain Pozzuoli aux éditions Terre de brume, le bouquin offre un bel éventail du genre, dans de nombreux pays, mais cent films, c’est peut-être un peu court si l’on tient compte du nombre de longs-métrages de fiction qui existe sur le sujet, non ?

Entretien avec Alain Pozzuoli autour de son livre édité par Terre de brume :
Les 100 films cultes de vampires


Mano de obra (Main d’œuvre)
Film de David Zonana (19 août 2020)

Un groupe d’ouvriers travaillent à la construction d’une villa luxueuse à Mexico, l’un d’eux tombe de la terrasse et décède. Son frère Francisco, ouvrier sur le même chantier, est effondré d’autant que sa belle-sœur est enceinte. En place des indemnités accordées en cas d’accident du travail, sont transmis à la jeune femme les résultats d’une soit disant « enquête » tendant à prouver que son compagnon était ivre au moment de l’accident et que, du coup, cela exonérait la responsabilité de son employeur et annulait toute compensation due à sa veuve. Francisco demande des explications au contremaître, arguant que son frère ne buvait pas, mais se heurte au mutisme de celui-ci qui se borne à répéter la version officielle. Francisco s’adresse alors au propriétaire lors de l’une des visites du chantier, ce dernier se retranchant derrière « ses employés » et son ignorance des faits. Il lui assure toutefois d’intervenir et de faire pression pour régler le problème. Entre temps, la jeune femme meurt.

Après ce second drame, ulcéré par le cynisme de l’employeur, Francisco décide de prendre les choses en mains et le suit pour connaître ses habitudes. Ellipse, mais on peut imaginer la suite, car peu de temps après, le chantier en cours est stoppé suite au « suicide » du propriétaire. Francisco s’installe dans la villa en construction, vend une partie des meubles livrés, et propose aux autres ouvriers de s’y installer avec leurs familles. On ne pourrait rêver de meilleure réappropriation pour régler les inégalités sociales, d’autant qu’un avocat explique qu’il est possible d’acquérir la villa, aucun héritier ne revendiquant la propriété, et que la loi les protège de l’expulsion. C’est la possibilité pour le groupe d’accéder au rêve, vu les conditions dans lesquelles ils et elles vivent, un bidonville plus ou moins insalubre.

La vie et le partage s’organisent, tout d’abord avec enthousiasme, puis, peu à peu, les failles apparaissent dans les rapports, le besoin de pouvoir, les egos se heurtent et la belle idée d’une nouvelle vie s’effrite. Les ouvriers ne font plus front ensemble, « cette communauté idyllique n’échappe pas aux inégalités, aux délires de grandeur, et à la corruption. » C’est alors qu’une autre ellipse intervient dans le film, voulue par le réalisateur, qui laisse une marge d’interprétation au public : Francisco appelle peut-être l’avocat et propose un deal
À l’aube du jour suivant, la police fait irruption avec un avis d’expulsion et les familles se retrouvent à la rue. Fin de l’histoire.

Le film de David Zonana fait le constat d’une injustice sociale flagrante et de rapports sociaux complètement biaisés. Francisco comprend très vite que la seule façon d’obtenir justice est d’agir hors la loi. Par ailleurs s’ajoute une question fondamentale : « comment résister au système sans tomber dans ses pires travers » ? L’analyse d’un microcosme de société est passionnante. En effet, les exploité.es ne reproduisent-ils/elles pas les travers des nantis dans le contexte de changement d’environnement et de classe ? De la soumission à la tentative de domination… À réfléchir dans le contexte de la société mexicaine où règnent les inégalités et la corruption. Le film serait une illustration de la société mexicaine ? Pas seulement, le phénomène est universel et les frontières sont inexistantes dans ce cas, il ne présente que des nuances et des degrés divers, selon les pays.

Pour son premier long métrage, David Zonana a tourné avec des non professionnels, sauf pour le rôle de Francisco, interprété par Luis Alberti, magistral pour l’ambiguïté qu’il instille dans son personnage. En allant sur les chantiers, Zonana s’est donc imprégné du milieu ouvrier pour en apprendre « ses dynamiques, sa réalité. Cela a permis d’apporter au film son authenticité. » Au final, « les personnages fictifs fusionnent avec les ouvriers qui les interprètent ». Il évoque néanmoins les difficultés à être accepté pour filmer leur cadre de vie : « la classe ouvrière a subi tellement d’abus qu’elle ne conçoit pas que certaines choses puissent aller dans le bon sens. Donc débarquer dans un quartier défavorisé et dire aux habitants qu’on veut faire un film pour dénoncer leurs conditions de vie leur paraissait douteux. »
Mano de obra de David Zonana est un film engagé, proche de Los Olvidados de Luis Bunuel.
Mano de obra de David Zonana confirme l’embellie d’un cinéma exigeant et critique issue d’une nouvelle génération de cinéastes du continent sud-américain. À voir à partir du 19 août.


Sister
Film de Svetla Tsotsorkova (19 août 2020)

Rayna est une jeune fille au tempérament explosif et au visage d’ange. Avec sa mère et sa sœur, elles tentent de survivre en fabriquant des figurines qu’elles vendent aux touristes sur le bord de la route de leur village bulgare. Pour échapper à l’ennui de son existence, Rayna invente souvent des histoires. Mais ce jeu au début amusant finit par menacer le fragile équilibre de sa famille.

Il y a d’abord l’ambiance de ce huis clos féminin, la mère et ses 2 filles, dans cette bicoque sur le bord d’une route, mi habitation, mi atelier de poterie, la falaise derrière la maison fournissant la glaise qui sert à la confection de petites figurines vendues par la sœur cadette à des touristes pour qui elle invente des histoires de vie aussi terrifiantes que fascinantes.

Des hommes gravitent autour de cocon, un ferrailleur qui trempe dans toutes les combines louches amant de la sœur aînée, un ancien chef de la police qui semble abuser de son autorité. Rayna, intriguée par la relation que sa sœur entretient avec son amant, ne peut pas s’empêcher d’y mettre son grain de sel.
La société bulgare n’est pas montrée sous un jour très flatteur : difficultés à vivre de son travail, petites combines, corruption et abus sexuels dans la police, déliquescence du système de santé...

Les touristes ne sont pas non plus ménagés : sourires un peu niais, tenues débraillées et indifférence face à une enfant qui vend sa camelote, en racontant des histoires qui défient la légalité.
On remarque la beauté plastique des images, le jeu formidable de Monika Naydenova qui joue Rayna, déjà récompensée pour son rôle dans Thirst, fascinante avec ses grands yeux bleus et sa silhouette androgyne.


La femme des steppes, le flic et l’œuf
Film mongol de Qanon Wang (19 août 2020)

Le corps d’une femme est retrouvé au milieu de la steppe mongole. Un policier novice est désigné pour monter la garde sur les lieux du crime. Dans cette région sauvage, une jeune bergère, malicieuse et indépendante, vient l’aider à se protéger du froid et des loups. Le lendemain matin, l’enquête suit son cours, la bergère retourne à sa vie libre mais quelque chose aura changé.

Alexandre Marius Jacob
Voleur et anarchiste

Jean-Marc Delpech (Nada)


Navigation

Articles de la rubrique