Enquête sur la justice politique et son influence sur la morale et le bonheur d’aujourd’hui

William Godwin, Traduction Denise Berthaud et Alain Thévenet (ACL). Avec Alain Thévenet et Hélène Fleury
dimanche 27 janvier 2008
par  CP
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« Cette injustice, la répartition inégale de la propriété, l’esprit cupide et égoïste des individus, doit être regardée comme l’une des premières sources du gouvernement. » Or, «  Le gouvernement ne nous dirige pas seulement de l’extérieur ; il s’est insinué en nous, a fait de nous ses plus solides soutiens. » William Godwin, Enquête sur la justice politique.
Un constat toujours aussi acerbe. Et d’ajouter : « Si le gouvernement a tant de pouvoir, c’est que nous le lui accordons. »

Enquête sur la justice politique et son influence sur la morale et le bonheur d’aujourd’hui paraît en 1793 et est publiée aujourd’hui pour la première fois dans sa version française. Un travail considérable qui permet de découvrir une pensée d’autant plus intéressante qu’elle ramène à des questionnements essentiels sur les fondements de la société dans une période charnière. Des questionnements précédant toute réflexion, par exemple :
Comment s’émanciper si « l’on respecte de fausses valeurs, au prétexte qu’elles étaient là avant nous, ou que la puissance de ceux qui les affirment leur sert de justification » ? Ou encore comment ne pas asservir son esprit sans se laisser prendre par « la magie des abstractions, patrie, nation, race » ?

C’est la teneur des questions et le constat d’injustice qui donne un caractère universel et hors du temps à ce texte de Godwin alors qu’il a un ancrage certain dans la période où il a été écrit.

« Gardez-vous de la déférence » prévient Godwin. Et c’est justement la déférence qui réapparaît de plus en plus dans les rapports sociaux. Déférence vis-à-vis de l’autorité, du pouvoir, du savoir médiatisé…
Et aussi vis-à-vis du chef de service, du gendarme, du fric, de la pub, des chantres du libéralisme, des idéologues du pouvoir, des maîtres à penser de toutes sortes.…
Soumission, résignation, abandon de la critique, respect de la hiérarchie, non-respect de l’individu-e : nous sommes en plein dedans !

Enquête sur la justice politique offre un outil de réflexion pour approfondir les rapports humains, le fondement même des règles sociales avec, pour prémisse, d’abord la remise en cause des pensées qui semblent nôtres – l’aliénation – et donc l’obligation de rediscuter l’existant. Rien n’est irrémédiable ni définitif, ni acquis d’ailleurs. Il n’existe pas une vérité, une analyse, mais des vérités, des analyses…

Notre époque est marquée par une régression accélérée des droits des individu-e)-s, par un retour en force de l’ordre moral, par une instrumentalisation de la peur de l’autre et par les abus de pouvoir… C’est pourquoi il faut lire ou relire Godwin : pour sa remise en question des conventions sociales, des principes imposés qui singent une idée du libre-arbitre et de l’autonomie des individu-e-s de même que pour les pistes de réflexion — parfois contradictoires — sur les formes alternatives de structuration sociale.

« La disparition du gouvernement politique, cette machine brutale, […] possède, par nature, des défauts de toutes sortes, qui ne peuvent être amendés autrement que par sa complète annihilation. » William Godwin, Enquête sur la justice politique.