La Colonie pénitentiaire de Franz Kafka. Salut à Alexandre Skirda

mercredi 6 janvier 2021
par  CP
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La Colonie pénitentiaire
Franz Kafka

Lecture de Nicolas Mourer

Salut à Alexandre Skirda

Réfractions n° 45

Tout d’abord Salut à un compagnon, Alexandre Skirda, que beaucoup connaissaient grâce à ses livres — incontournables si l’on s’intéresse à la révolution russe, à Makhno, Kronstadt ou à la résistance au pouvoir soviétique —, beaucoup le connaissait aussi pour l’avoir croisé à la librairie Publico et avoir discuté avec lui.
Auteur, militant, historien, Alexandre est certainement un passeur de connaissances. Comme Maurice Rajfus, il nous laisse un nombre impressionnant de bouquins dont Publico a regroupé certains de ses ouvrages à l’entrée de la librairie.

Lundi prochain, l’émission Trous noirs de Radio libertaire rediffusera un entretien avec Alexandre Skirda, réalisé en avril 2018, dont voici en partie la présentation :
Hiver 1919-1921. Après 3 ans et demi, le fiasco du pouvoir bolchevik est évident, à savoir un énorme appareil politico-bureaucratique, des soviets enchaînés, la Tcheka, police politique omniprésente, les travailleurs asservis et affamés.
Après l’éclatement de grèves, notamment à Petrograd, les marins, les ouvriers, les soldats de Kronstadt (port militaire de la Baltique) soutiennent les grévistes, réclament des soviets libres, condamnent le régime policier, les privilèges et les pouvoirs du Parti bolchevik.
Début mars 1921, Lénine parle d’un « mouvement petit-bourgeois anarchiste » — sans commentaire !— et Trotsky envoie à l’assaut de Kronstadt des détachements d’élites communistes, régiments d’élèves-officiers et sections de la Tcheka.
Alexandre Skirda, auteur de Kronstadt 1921, soviets libres contre dictature de parti revient sur cet épisode de la révolution russe avec la traduction du récit d’un témoin oculaire, Efim Yartchouk, militant anarchiste ayant participé aux révolutions de 1905 et de 1917, élu au soviet de Kronstadt et arrêté six fois par la Tcheka.

Kronstadt dans la révolution russe. Dossier de l’insurrection de 1921 a été publié aux éditions Noir et rouge — traduction et présentation d’Alexandre Skirda.
Il faut souligner qu’il s’agit là du témoignage inédit d’un travailleur anarchiste de la base de la marine militaire de Kronstadt sur leur révolte contre le pouvoir soviétique et la violente répression qui a suivi. « L’honneur et la gloire des Kronstadiens, en défendant le pouvoir authentique des soviets librement élus, et non le pouvoir des partis, fut d’avoir démontré au monde entier comment, sans aucune violence, le peuple laborieux peut mener la lutte vers son émancipation totale. » Ajoutons que Kronstadt a coûté cher aux communistes : la chute de Kronstadt est leur chute. Petrichenko, président du comité révolutionnaire de Kronstadt a déclaré alors : « Les communistes peuvent fusiller les Kronstadiens, ils ne pourront jamais fusiller la vérité de Kronstadt  ».

Cet entretien avec Alexandre Skirda sera donc diffusé lundi 4 janvier, dans l’émission de Radio libertaire — Trous noirs —, de 16h à 18h.
Et le 9 janvier les chroniques rebelles invitent Claire Auzias (auteure entre autres textes de Un Paris révolutionnaire) et Jean-Michel Kay (des éditions Spartacus) pour évoquer l’œuvre d’Alexandre Skirda et bien sûr le militant et l’homme.

La Colonie pénitentiaire de Franz Kafka
C’est en lisant K. comme Kolonie. Kafka et la décolonisation de l’imaginaire de Marie José Mondzain, dont nous avons diffusé l’entretien la semaine dernière sur l’antenne de Radio Libertaire, qu’il est apparu comme évident de réaliser une lecture de la nouvelle de Kafka, la Colonie pénitentiaire, dans les chroniques rebelles. Non seulement pour analyser jusqu’où peut aller la cruauté des stratégies de domination, l’inhumanité au nom de la répression, mais également en raison de son incroyable actualité. Le modèle colonial n’a rien perdu de sa puissance, comme le souligne Marie-José Mondzain, parce qu’il est inhérent à l’impérialisme capitaliste.

Fiction visionnaire, La Colonie Pénitentiaire de Kafka ouvre le chemin d’une interrogation générale sur le système totalitaire, sa logique technocratique et sur la relation à une machine qui soumet, qui torture, qui tue… Car il s’agit d’inscrire dans la chair du/de la condamné.e le motif de la punition jusqu’à ce que mort s’ensuive… Et cela sans qu’il y ait de révolte de la part des juges, des exécutants, des coupables ou des témoins. Écrite en octobre 1914, cette nouvelle de Franz Kafka paraîtra en 1919.
La Colonie pénitentiaire de Franz Kafka,
lecture par Nicolas Mourer.

Non essentiels est une nouvelle chanson de Frasiak à propos d’un discours sur ce qui est soi-disant non essentiel…

Le cinéma, le théâtre, les concerts… va-t-il falloir que les artistes se produisent dans les supermarchés ? Puisque là, ce qui est désigné comme la distanciation sanitaire n’est guère respectée… Pour ceux et celles qui ne voient que le profit et l’échéance d’une réélection, ce qui est non essentiel perturbe la stratégie d’endormissement d’une population. Au lieu d’inciter à la prudence, il vaut mieux faire peur… Ça marche toujours !

Lecture d’extraits du nouveau numéro de la revue
Réfractions, numéro 45.
Démocratie sauvage et anarchisme


Ce numéro 45 de Réfractions est issu d’un colloque consacré à l’idée de "démocratie sauvage" de Claude Lefort [1].
Il comporte donc des communications émanant de ce colloque et des contributions extérieures. Il s’agissait d’éclairer cette notion restée allusive et elliptique dans son œuvre, d’en mesurer la portée critique, de voir si elle renvoie à des pratiques de contestation politique échappant à toute tentative d’intégration, et d’explorer ses possibles prolongements concrets dans des mouvements sociaux. Cette notion, on le sait, se situe en effet dans une conception de la démocratie comme traversée de façon structurelle par le conflit, la conflictualité étant garante du maintien de ses principes mêmes.

Ce numéro a évidemment été conçu bien avant que n’arrive la crise du coronavirus. Il pourrait paraître inactuel, obsolète, « en décalage » par rapport à notre actualité pressante. Mais il n’est peut-être pas si éloigné de nos préoccupations actuelles. Malgré le maintien d’un état d’urgence sanitaire mais aussi public, on a vu dans le sillage des manifestations états-uniennes qui ont suivi l’assassinat de Georges Floyd, émerger de façon intempestive des mobilisations en soutien à Black Lives Matter et exprimant la colère des jeunes « racisés ».

Le but est donc de questionner ici la portée libertaire de cette notion de démocratie sauvage, entendue comme refus de la domestication, de l’homogénéisation, du « rentrer dans le rang », car beaucoup d’interrogations subsistent : est-on au-delà d’une simple contestation finalement compatible avec une démocratie libérale pluraliste ? Cette « sauvagerie » est-elle vouée à n’être que reconduction à l’infini de la contestation, et comment se pose la question de l’institutionnalisation d’un ordre « autre » ? Peut-elle rendre compte des récents mouvements sociaux (gilets jaunes en particulier), dont la particularité est d’émerger de façon inattendue, à l’écart de toute forme classique de contestation ? Ce thème travaille en effet les formes de protestation depuis plusieurs années déjà (Mouvement des places, Nuit debout, Hirak, Gilets jaunes etc…).

http://refractions.plusloin.org/spip.php?article1362&lang=fr


[1Claude Lefort est un des philosophes politiques français les plus importants du XXe siècle. Venu du trotskysme, il est l’un des fondateurs du groupe Socialisme ou Barbarie. On lui doit une remarquable analyse du totalitarisme, et une nouvelle appréhension de la démocratie comme forme politique intrinsèquement liée à la conflictualité.


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