Révolutionnaire et dandy. Vigo dit Almereyda d’Anne Steiner. Jef Klak. Manifeste rien. Francis Gavelle

lundi 25 janvier 2021
par  CP
popularité : 16%

Révolutionnaire et dandy
Vigo dit Almereyda

Anne Steiner (L’Échappée)

En prélude aux chroniques rebelles,
Jef Klak n° 7 (lecture d’extraits-Nicolas Mourer)

Revue de critique sociale & d’expériences littéraires
La revue Jef Klak, n° 7, sous l’intitulé Terre de feu, offre notamment un texte de Jean-Pierre Levaray, « Hommage aux copains touchés par l’amiante » et une « enquête sur les terres brûlées de Californie » d’Élise Boutié…
Jef Klak — Revue de critique sociale & d’expériences littéraires — c’est 225 pages de textes, de dessins, photos, BD… deux sommaires, un pour les textes, un autre pour les illustrations… Et un CD de création sonore.

Manifeste rien : Facho-compatible
Saynète sur la nécro-politique, inspirée de Saïd Bouamama, réalisée par la compagnie Manifeste rien et interprétée par Virginie Aimone. C’est le premier volet de Facho-compatible.

Manifeste Rien traite volontairement l’actualité en différé : « le problème avec l’actualité, la vraie, c’est que chaque jour efface le précédent en le contredisant. Ce qui est si pratique pour le pouvoir (comme disait Bourdieu "le fait divers fait diversion"). L’analyse de sociologues comme Saïd Bouamama résiste au temps et [selon Manifeste rien] pose toujours les bonnes questions.
Le Collectif travaille à d’autres volets, en avançant dans le temps et le processus de fascisation en France, du printemps 2020 à ce jour
. »
C’est donc une création en cours dont voici le premier temps, accompagné par une musique d’Antoine Perrin.
À suivre… Prochain volet de Facho-compatible le 20 février, sur la fascisation…


Révolutionnaire & dandy. Vigo dit Almereyda d’Anne Steiner (L’Échappée)
D’emblée, il faut dire le plaisir de plonger à la fois dans l’histoire révolutionnaire, celle d’une presse subversive et celle d’un homme pour le moins dénigré dans la période troublée du début du XXe siècle et de la Première Guerre mondiale. Il y a la forme choisie du récit, qui évidemment entraîne à ne pas lâcher le bouquin, dont la progression narrative a presque un aspect de thriller.
Mais, peut-être plus sérieusement, suivre le parcours de Miguel Almereyda depuis son adolescence, sa prise de conscience, les rencontres fortuites et parfois étonnantes, ses amitiés, sans omettre d’analyser ses contradictions, conduit à s’interroger sur l’évolution de certaines et certains, à avoir une vision critique sur l’engagement en général et les certitudes. Ainsi, demander à Anne Steiner quel a été le point de départ de son livre ? En dehors du lien avec son espace de recherche sur le mouvement ouvrier et sur cette période de la « belle époque » particulièrement fertile en mouvements, luttes, publications, idées… Est-ce la découverte d’archives, dont certaines sont inédites ? Ou bien le personnage même de Miguel Almereyda, à la fois charismatique et discuté, voire honni ?

Révolutionnaire et dandy. Vigo dit Almereyda
Anne Steiner (L’Échappée)

Figure mythique et controversée dans la période de l’avant Première Guerre mondiale, Miguel Almereyda, né Eugène Bonaventure Vigo, a connu très jeune la prison. Anarchiste puis blanquiste, on le retrouve au cœur de toutes les mobilisations politiques de la « Belle Époque » et fiché par la police parmi les éléments dangereux. La Guerre sociale, dont il est à l’origine, est le journal subversif le plus lu de son temps.

À la tête de la Jeune Garde, il boute les Camelots du roi, milice de l’Action française, hors du Quartier latin où ils semaient la terreur. Puis, après bien des désillusions, il se convertit au réformisme et crée en 1913 Le Bonnet rouge, favorable au rapprochement entre socialistes et radicaux. Abandonné par ses anciens amis qui ne lui pardonnent ni son évolution politique, ni son élégance flamboyante, il n’échappe pas à la haine de ses vieux ennemis, les nationalistes antisémites de l’Action française. Arrêté le 6 août 1917, il meurt huit jours après à la prison de Fresnes dans des conditions demeurées mystérieuses. Il a 34 ans et laisse orphelin un fils de 12 ans, le futur cinéaste Jean Vigo.

Le récit de cette extraordinaire trajectoire permet de pénétrer dans des univers comme celui des prisons pour enfants, de la presse militante ou encore restitue les affrontements entre anarchistes, socialistes et syndicalistes révolutionnaires.


Les chroniques continuent, avec des musiques à découvrir en compagnie de Francis Gavelle animateur de l’émission « Longtemps je me suis couché de bonne heure » pour deux escales musicales dans l’archipel des Caraïbes, une exposition photographique sur Mexico et les traces des détectives sauvages et enfin un festival de cinéma du 3 mars au 5 avril.

Kapital” – Mario Canonge & Erik Pédurand (Aztec Musique / distr. Pias)
disponible depuis le 30 octobre
Bay adan
Pour cette toute première chronique dans le cadre des “Chroniques rebelles”, je tiens tout d’abord à remercier Christiane et Lulu de m’accueillir et de redonner ainsi un petit peu de voix à “ Longtemps, je me suis couché de bonne heure ”, magazine des livres, de la musique et du cinéma, et émission muette sur l’antenne de Radio Libertaire depuis le 26 septembre dernier, du fait, pêle-mêle, des couvre-feux successifs – nous diffusons en direct le samedi de 19h à 21h –, de la fermeture, sans cesse mesquinement prolongée, des salles de cinéma et de concert, et d’une conception très (trop, peut-être) prudente des impératifs sanitaires. Alors, Christiane, Lulu, merci de m’avoir ainsi, un temps, redonné l’antenne !

… et, pour cette toute première chronique, qui sera entièrement musicale et s’attardera sur deux albums que j’avais prévu d’évoquer, si les circonstances l’avaient permis, en octobre dernier ; c’est à un voyage dans l’archipel des Caraïbes que je convie auditrices et auditeurs…
Tout d’abord du côté de la Guadeloupe et de la Martinique, avec cet album en duo de Mario Canonge et Erik Pédurand, dont nous venons d’écouter un morceau – “Bay adan” – en ouverture de cette chronique : un album intitulé Kapital, avec un “k”, peut-être dans un souci d’y convoquer, dans sa langue d’origine, Karl Marx et sa critique de l’économie politique.
Mais sans doute aussi une manière de convoquer une forme particulière d’exploitation de l’homme par l’homme, autrement dit la traite négrière et l’esclavage, puisque ce disque fut initié en 2018, dans la commune de Sainte-Rose, à l’habitation La Ramée, une ancienne plantation sucrière guadeloupéenne du XVIIIe, devenue résidence de création pour artistes.
Ne tournant donc pas le dos à l’histoire du lieu, Mario Canonge, pianiste et martiniquais, et Erik Pédurand, chanteur et guadeloupéen, ont fait le choix d’explorer et de suggérer, à travers neuf titres, les anciens rythmes des tambours qui accompagnaient les longues journées de labeur : le bèlè pour la Martinique et le gwoka pour la Guadeloupe.

Au final, un album entre jazz contemporain et rythmiques traditionnelles, entre contestation actuelle et confrontation au passé, un album qui, à travers les siècles, de l’esclavage à la mondialisation, dénonce “la fabrication du pauvre”.
Deuxième escale caribéenne de notre croisière musicale : Cuba, pour y assister à la fougueuse rencontre entre concertos de Wolfgang Amadeus Mozart et répertoire à danser et chanter cubain, par l’entremise de celle qui occupe depuis 2001 l’un des pupitres de corniste au sein de l’Orchestre Philharmonique de Berlin et qui s’investit depuis 2017 dans le fonds d’aide “Instruments pour Cuba”, Sarah Willis.

Mozart y mambo – c’est le titre de son disque – est une invitation à briller de mille feux, à avoir la folie élégante et le dandysme facétieux, à oser la perruque poudrée et le cigare havane… et c’est en écoutant une des chansons les plus connues du répertoire cubain – notamment, parce que ce boléro fut redécouvert fin des années 1990, à travers le succès planétaire du disque, puis du film, “Buena Vista social club”, je veux bien sûr parler de la chanson “Dos gardenias” – que nous ondulerons avec style.

Enfin, évoquer cet album de Sarah Willis, c’est s’inviter à découvrir un catalogue regorgeant, du baroque au néo-classique, de pépites instrumentales et vocales, celui du label Alpha Classics, élu, en octobre dernier, “Meilleur label de l’année 2020”, par le prestigieux – et très ancien, songez donc, date de création : 1923 – magazine britannique, Gramophone. Je fais donc silence – cette fois-ci, bien volontiers – et on écoute…
Mozart y mambo” – Sarah Willis (Alpha Classics – Outhere Music)
disponible depuis le 10 juillet
Dos gardenias

E X P O S I T I O N PHOTOGRAPHIQUE jusqu’au 2 7 F É V R I E R
M E X I C O : Sur les traces des détectives sauvages de Julien Allouf

Librairie du jour
Place Jean-Michel Basquiat, Paris 13ème
Entrée libre du jeudi au samedi, 10h30-17h00
Métro - BNF, Chevaleret ou Quai de la gare
Informations sur le site : la-fab.com

C’est sur les traces des Détectives sauvages, roman fleuve de Roberto Bolaño, que Julien Allouf est parti au Mexique avec une caméra. Il croise le chemin des poètes infraréalistes qui ont inspiré les personnages du livre, découvre leurs poèmes, leur manifeste, leur quête. Sur les traces des détectives sauvages est le journal photographique d’une plongée dans la ville de Mexico.

21èmes Journées cinématographiques
«  La Part animale »
Du 3 mars au 5 avril
Écran de St Denis


Après les Journées rebelles, il y a deux ans, et celles du songe en 2020, c’est « La Part animale » qui sera le thème de cette nouvelle édition des Journées cinématographiques de l’Écran à St Denis. Depuis 20 ans, les Journées cinématographiques proposent au public des films classiques, des nouveautés, des films rares…

Cette année, face au contexte sanitaire incertain pour les événements culturels, les Journées cinématographiques décident d’en étendre la durée à un mois, du 3 mars au 5 avril 2021, de manière à accueillir le public dans les meilleures conditions et en toute sécurité dans 4 salles de cinéma : l’Écran (Saint-Denis), le Studio (Aubervilliers), L’Étoile (La Courneuve) et Espace 1789 (Saint-Ouen).
Les Journées cinématographiques qui « observent le monde et ses problématiques sociétales à travers le prisme du cinéma » abordent chaque année un nouveau thème. Les 21èmes Journées cinématographiques explorent cette fois les liens entre l’être humain et les animaux : « Dans un contexte écologique brûlant, la coexistence entre l’humain et les différentes espèces est une problématique d’actualité et un enjeu d’avenir. »

Donc qu’en est-il de la part animale dans les expressions cinématographiques ? « Avec une dimension critique et politique, cette édition met en perspective notre capacité à penser l’animalité, et notre devenir d’humanité.  »
Informations sur le site officiel du festival :
21èmes Journées cinématographiques
« La Part animale » du 3 mars au 5 avril 2021