La Fascinante démocratie du Rojava. Le contrat social de la Fédération de la Syrie du Nord de Pierre Bance. Neuf jours à Raqqa de Xavier De Lauzanne. Le Braquage du siècle de Ariel Winograd. La Vie de Chateau de Clémence Madeleine-Perdrillat et Nathaniel H’limi

jeudi 2 septembre 2021
par  CP
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La fascinante démocratie du Rojava. Le contrat social de la Fédération de la Syrie du Nord
Pierre Bance (Noir et rouge)

Neuf jours à Raqqa de Xavier De Lauzanne (8 septembre 2021)

Le Braquage du siècle de Ariel Winograd (8 septembre 2021)

La Vie de Chateau film d’animation de Clémence Madeleine-Perdrillat et Nathaniel H’limi (8 septembre 2021)


Au Rojava, la guerre se poursuit dans un contexte géopolitique dangereux, fait de trahisons internationales générées par l’opportunisme et le cynisme, sans oublier la lassitude et les souffrances des populations. Une menace à facettes entravant le projet pour « un autre futur » de « Municipalisme libertaire et de confédéralisme démocratique ».

Dans le titre du second ouvrage de Pierre Bance, La Fascinante démocratie du Rojava. Le contrat social de la Fédération de la Syrie du Nord, on découvre d’emblée une double démarche intéressante et originale, d’une part, la volonté d’analyser ce contrat social, sans ménager les critiques ni omettre d’en éclairer les contradictions sur le terrain et, d’autre part, la fascination non dissimulée pour une expérience libertaire, inédite et sans doute inattendue au Moyen Orient et dans une région en guerre. Me revient alors à l’esprit le livre d’Henri Paechter intitulé Espagne 1936-1937. La guerre dévore la révolution, récit d’un témoin de la révolution espagnole basculant dans la guerre civile. De même, l’expérience de la Commune…

Il n’est cependant pas question dans l’ouvrage de Pierre Bance de traiter d’une mémoire en quelque sorte différée des vaincu.es, mais plutôt d’examiner avec précision l’expérience concrète d’une forme de municipalisme libertaire, de ses avancées et de ses difficultés, prise dans l’étau d’une situation de guerre et d’hostilité des États.
Entretien avec Pierre Bance.

Le Rojava, c’est quoi ? En kurmanji, l’une des quatre langues kurdes, le mot signifie l’Ouest. Le Kurdistan, un pays qui n’a jamais eu d’État, est écartelé entre quatre États : à l’Est, l’Iran, au Sud l’Irak, au Nord la Turquie, et à l’Ouest, la Syrie. Donc géographiquement, le Rojava, c’est le Kurdistan syrien. La Syrie, c’est une dictature. Non pas que ce soit mieux pour les Kurdes persécutés en Turquie, d’abord par les gouvernements laïques des généraux, puis par le gouvernement islamiste d’Erdogan. Pas non plus beaucoup mieux pour les Kurdes d’Iran. En Turquie, des Kurdes en ont eu assez et ont fondé en 1978 un parti appelé le PKK (Partîya Karkerên Kurdistanê) parti des travailleurs du Kurdistan. Au départ, c’est vraiment un parti stalinien, avec des portraits de Staline. Ils vont se lancer dans la lutte armée. Ce qui va incontestablement réveiller les Kurdes, mais qui va non moins incontestablement renforcer la répression turque déjà insupportablement féroce.
Arrive un premier miracle, vers la fin des années 1990, le PKK va cesser d’être un parti stalinien, et va devenir, non sans mal, féministe. Oui, dans le Moyen-Orient patriarcal ce parti va réellement, sincèrement, comprendre que si les femmes ne se libèrent pas, il n’y a pas de révolution qui tienne. Ce parti va devenir aussi plus ou moins internationaliste. C’est-à-dire qu’il va comprendre que ce n’est pas la peine de vouloir créer encore un Etat-nation, parce que les Etats-nations, fatalement, étouffent la démocratie, étouffent la liberté, l’égalité et la sororité, et qu’il ne faut pas libérer que les Kurdes, il faut libérer tous les peuples.

Second miracle, à la suite du printemps arabe, en 2011 une révolution se déclenche en Syrie. Manque de chance, parmi les révolutionnaires se mêlent les recrues de Daesh filmant leurs atrocités pour les balancer sur les réseaux sociaux.
Troisième miracle, le Partiya Yekîtiya Demokrat, le parti de l’union démocratique, soit le parti frère du PKK en Syrie, va profiter d’un vide militaire et politique au Rojava et y prendre le pouvoir.
Quatrième miracle, cette révolution au Rojava — féministe, démocratique jusqu’à présent, socialiste, avec un idéal très proche du municipalisme libertaire de Murray Bookchin —, cette révolution dure encore en 2021.

Cette révolution a beaucoup, beaucoup de pain sur la planche. Elle n’a pas beaucoup de temps pour rassembler des statistiques et les publier. Mais ce qui est publié, et qui nous arrive en anglais et en français, a été rassemblé, analysé, compris, synthétisé et discuté au prix d’un travail de fourmi, dans l’énorme livre, 450 pages, de Pierre Bance, publié aux éditions Noir et Rouge : La fascinante démocratie du Rojava. Le contrat social de la Syrie du Nord.
Nestor Potkine

CINÉMA :
Neuf jours à Raqqa de Xavier De Lauzanne (8 septembre 2021)

Le 8 septembre sort sur les écrans Neuf jours à Raqqa de Xavier De Lauzanne.
Neuf jours à la rencontre de Leila Mustapha, une jeune femme de 30 ans, devenue maire de Raqqa, l’ancienne capitale autoproclamée de l’État islamique en Syrie. Le film est un document exceptionnel, la vie après Daech dans une ville détruite à 80 % par les bombardements, où la barbarie a régné, où tout est à reconstruire.

Neuf Jours à Raqqa revient sur l’histoire, sur les débuts de la révolution avec des archives, sur la prise de pouvoir de Daech… le film se construit en parallèle au livre de Leila Mustapha et Marine de Tilly, La femme, la vie, la liberté. Dans ce livre raconte Marine de Tilly, « on “se figure” Leïla. Dans le film de Xavier, c’est net, on la voit. Et toutes les descriptions du monde ne vaudront jamais ce frottement avec l’image, avec le réel, avec le timbre d’une voix, la détermination d’un regard, la vérité bouleversante et bouleversée d’une vie – la sienne – et d’une ville – Raqqa. » Le film montre en effet la ville, les problèmes rencontrés, les discussions, car il ne s’agit pas seulement de simples interviews, on est sur le terrain, dans la réalité d’une expérience unique celle dont Pierre Bance parle dans La Fascinante démocratie du Rojava. Le contrat social de la Fédération de la Syrie.

Neuf jours à Raqqa est certainement un film engagé et féministe, montrant la part des femmes dans le combat, de même que dans la reconstruction de la ville, de la société. Marine de Tilly revient d’ailleurs sur les caractéristiques de l’organisation sociale au Rojava : « dans toutes les municipalités populaires mises en place dans les cantons libérés du Rojava (auto-administration proclamée en 2013 regroupant les trois zones syriennes à fort peuplement kurde, Afrin, Kobané, Qamishli) et depuis 2016 de la “Fédération Démocratique du Nord-Syrie” (qui comprend aussi des régions majoritairement arabes comme Raqqa, Manbij ou Deir-Ez-Zor), elle a instauré à Raqqa un “contrat social” dont les règles sont limpides : démocratie, respect des minorités, égalité homme-femme, à tous les étages, à commencer par le plus haut : la présidence, qui est une co-présidence, et qu’elle partage donc avec un homme, arabe, Mouhammad Nour Diyab. » 800 000 personnes sont revenues dans la ville qu’il faut rebâtir, les boutiques ouvrent dans les ruines et il faut déminer.

L’assassinat d’Omar Allouch prouve que la vigilance est nécessaire, « les hommes de Daech sont encore partout », des cellules dormantes peuvent être activées. À la question « tu n’as pas songé à laisser tomber ? », Leila répond « mais le désespoir est une force motrice ». Les femmes sont dans la lutte, elles ont permis d’ouvrir le conseil civil. C’est le seul pays qui a des femmes dans l’auto administration et tout le monde y est représenté.

Xavier de Lauzanne explique ainsi le tournage du film : « 9 jours, car nous n’avions pas un jour de plus pour rencontrer Leila. Nous avons traversé le nord de l’Irak puis la frontière syrienne. Les forces de sécurité kurdes nous ont ensuite convoyé jusqu’à Raqqa. Nous avions très peu d’informations sur cette femme au départ, la ville n’était pas encore sécurisée, et le temps était compté […] J’ai été inspiré par sa force, son optimisme et son humilité. Mais aussi par le système que les Kurdes essayent d’instaurer dans la région après leur victoire contre l’EI. Même si les Kurdes de Syrie sont partagés sur les revendications territoriales, ils [défendent] une certaine idée de la nation : démocratique et égalitaire. La parité homme-femme à la tête de leurs administrations dans les territoires qu’ils contrôlent est le parfait exemple de cette singularité. Les Kurdes sont les seuls à bouger véritablement les lignes idéologiques et Raqqa est un laboratoire d’après-guerre passionnant. »
Neuf jours à Raqqa de Xavier De Lauzanne au cinéma le 8 septembre

Le Braquage du siècle de Ariel Winograd (8 septembre 2021)

En Argentine, un groupe de cambrioleurs réalisent l’un des plus ingénieux et populaire casse. Inspiré du braquage de la banque RIO, en 2006, lorsque six hommes armés d’armes factices prirent en otage vingt-trois occupant.es sans violences. Toute une armada de policiers encercla la banque, et pendant que la bande vidait les coffres, l’un d’eux, surnommé « l’homme au complet gris », négociait la libération des otages pendant près de cinq heures. Après l’assaut, la police découvre les coffres vidés et la bande envolée… par un tunnel creusé vers les égouts…

Entre rebondissements, illégalisme et humour (interprétation remarquable), on pense à Alexandre Marius Jacob tant c’est réjouissant de tromper la vigilance d’une police complètement dépassée. Le coup a été monté par un allumé qui cultive de l’herbe dans son studio, quant au reste de le bande de braqueurs, elle est au diapason. D’ailleurs le prouve leur « signature » sur la grille du coffre fort :
Dans les quartiers des richards
Pas d’arme, pas de rancune
C’est juste de l’argent, pas de l’amour

La Vie de Chateau
Film d’animation de Clémence Madeleine-Perdrillat et Nathaniel H’limi (8 septembre 2021)


Récemment orpheline à la suite d’un attentat, Violette, 8 ans, traduit ce drame dans le monde de l’Égypte ancienne qui la passionne. Elle est confiée à son oncle Régis, agent d’entretien au château de Versailles. Mais Violette n’est pas d’accord, elle n’accepte pas cette situation et ne veut pas déménager. De plus, elle trouve que son oncle pue et décide qu’elle ne lui dira pas un mot.
La Vie de Chateau est précédé par deux autres films d’animation. Trois jolis films, poétiques, drôles à ne pas manquer.


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