Ville à vif

Imane Humaydane Younes (Verticales).
mercredi 30 janvier 2008
par  CP
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avec Imane Humaydane Younes et Zeina Fathallah.

Un immeuble, à Beyrouth Ouest, pendant la guerre civile… Quatre femmes disent leur angoisse, leur espoir d’échapper à l’absurdité d’une violence d’abord dirigée contre les civils. Elles reviennent sur leur vie, leur enfance, les liens familiaux et le contexte social libanais, sur leur engagement pour certaines, leurs amours, leurs origines. Comment cette guerre a-t-elle changé les perceptions de l’Autre ? Comment la haine a-t-elle resurgi brutalement pour servir de code aux échanges, aux rapports de pouvoir ? Quelle est finalement l’origine du déchaînement des violences ?

Je découvrais soudain que mon nom était la marque d’une différence. Chaque nom prenait désormais la forme d’un individu qui se transformait en assassin ou en victime. ” Camillia, Ville à vif.

Quatre femmes — Liliane, Warda, Camillia, Maha — qui s’interrogent sur les raisons de cette violence, sur la part de responsabilité de chacun et de chacune.

Était-ce la folie qui est venue à nous ce jour-là ou nous qui étions venus à elle ? Avait-elle vraiment fait irruption dans notre vie et dans nos cœurs ? Chacun de nous ne l’aurait-il pas plutôt nourrie et laissé croître en lui ? Est-ce ainsi que s’édifie une nation ? Je ne savais que faire face à ces bruits qui se rapprochaient toujours, jusqu’à engloutir toute certitude.
Maha, Ville à vif.

Avec ce questionnement, Maha nous transmet la dimension et la complexité de cette guerre — d’ailleurs peut-on qualifier de guerre ce qui s’est passé au Liban ? Que deviennent les idéaux, les convictions dans un quotidien dominé par la violence et l’humiliation ?
Les valeurs, les principes sont brouillés par la peur, la lassitude “ de ces discordes qui tournent la vie en mort et l’amour en violence. ” (Maha)

La violence, toujours… Dans la rue, dans les rapports humains puisque cela semble une finalité et la seule réalité. Une violence où les rapports de genre tiennent une place fondamentale, car, dans le roman d’Imane Humaydane Younes, les hommes — qu’ils soient dans le combat ou dans le renoncement — semblent dépassés, dépossédés de leur statut par l’ampleur d’un conflit qu’aucun des personnages masculins n’est en mesure d’analyser et que personne ne contrôle.

Les femmes, elles seules, paraissent ne pas abandonner. Est-ce par leur détermination ou grâce à une force qui leur permet d’esquiver le désespoir d’un enfermement oppressant ? Toujours est-il qu’elles résistent, à l’image d’ailleurs de la ville, de Beyrouth dont Camillia dit “ La guerre n’est pas venue à bout de la ville.

Et pourtant, tout a changé pendant les quinze, seize, dix-sept ans de guerre ?… La ville ne se ressemble plus avec les ruines — quelle est la couleur des ruines ? —, les barrages — qui sont ces miliciens enivrés d’un pouvoir qu’ils s’octroient ? — et les réfugiés…

La guerre a détruit leurs maisons et leur a volé des années de leur vie. Les gens fuient, abandonnant derrière eux les décombres de leurs habitations et pendant ce temps, la guerre continue. Les hommes gardent le doigt sur la gâchette, quand leurs femmes partent à la recherche d’un endroit sûr pour y mettre au monde de nouveaux enfants. ” Maha, Ville à vif.

Dans cet univers de violence et de désespérance de voir la fin du cauchemar, les femmes résistent et, comme l’affirme Oum Mansour “ cette folie ne nous a pas encore engloutis et de toute façon, elle n’y parviendra pas.


Publié en arabe en 1997, traduit par Valérie Creusot