Brésil, la mémoire perturbée. Les marques de l’esclavage

Maira (Ab Irato), avec Bruno. Et nouvelles d’Haiti avec Weibert.
mercredi 20 février 2008
par  CP
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L’esclavage, “ la capture et la déportation de quelque 25 millions d’hommes, de femmes et d’enfants ” est évidemment lié au développement du capitalisme moderne, et ce crime — la traite des Noirs qui a duré quatre siècles — perdure dans les mentalités à travers le racisme.
La pratique de l’esclavage, exercée en toute légalité a, en effet, laissé des traces indélébiles aux États-Unis, aux Antilles, au Brésil, en Haïti… avec la justification que les êtres humains capturés, puis réduits en esclavage — s’ils arrivaient au bout du voyage — étaient des sous-êtres.

Brésil, la mémoire perturbée. Les marques de l’esclavage (Ab Irato) est un livre important, un texte de référence comme le Livre noir du colonialisme de Félicien Challaye (Nuits rouges).
Aujourd’hui, “ aucun poing [n’est] levé (ganté ou non) pour dénoncer le racisme antinoir au Brésil, dont les innombrables bavures policières sont la plus parfaite illustration.
Les 46 % de Brésiliens descendant d’esclaves occupent […] toujours les strates inférieures de la société. [et] Près de 39 % des Noirs sont illettrés ”.
Pourquoi ce phénomène atteint-il cette ampleur dans une société qui passe, aux yeux de certains, pour une société non dominée par le racisme ?

Quatre siècles d’esclavage laisse des marques durables, et l’histoire officielle joue un rôle important dans le façonnage des esprits :
La société où vit notre esclave est, de toute façon, une société où l’égalité n’existe pas, ou si peu, même pour l’homme libre. […] En vérité, la fuite est l’expression violente de la révolte intérieure de l’esclave inadapté. […] Il fuit un mode de vie, un manque d’enracinement dans le groupe des esclaves et dans l’ensemble de la société. ” Exemple d’analyse que l’on peut lire sous la plume d’une historienne.

Si l’esclavage est le fondement de l’État brésilien, qu’en reste-t-il aujourd’hui ?
L’histoire officielle poursuit-elle, en manipulant les faits, l’enseignement des idées reçues sur l’esclavage ?
L’esclavage est aboli, mais l’exploitation continue, la violence aussi :
Le cas du Brésil n’est pas isolé. Aucun pays n’est sorti indemne de l’esclavage, y compris les États-Unis, où la violence raciste s’exprime avec toujours plus de virulence. Partout, l’esclavage colonial a introduit ce cancer qui fait que beaucoup ont associé une couleur de peau à un statut social naturellement inférieur. Brésil, la mémoire perturbée. Les marques de l’esclavage.

La globalisation permet toutes les dérives. De plus en plus, on parle d’esclavage moderne dans le cadre de l’immigration légale et d’accords entre États — notamment venant des pays pauvres — qui livre une main d’œuvre bon marché, corvéable et soumise à des conditions inhumaines de travail. Le constat et la mobilisation sur ce phénomène en expansion nous amènent à poser la question du racisme, aujourd’hui cruciale, et celle-ci en particulier : quelles “ marques ” l’esclavage et, ensuite, le colonialisme ont laissé sur les comportements et les mentalités ?