Tunisie : la jeunesse paye le prix fort de la répression. Les procès des internautes de Zarzis

Avec Térésa Chopin, Hasni, Ayoub Sfaxi et Luiza Toscane
lundi 18 février 2008
par  CP
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L’État tunisien, c’est l’oppression, l’arbitraire et la violence ” constatait Ayoub Sfaxi le 9 juin dernier après avoir pris connaissance du verdict qui le condamne à 19 ans et trois mois de prison.
Procès en appel le 22 juin.

Depuis des années, les vagues réitérées d’arrestations dans l’opposition syndicale, politique et chez les “ islamistes ” ont sans doute conforté le régime de Ben Ali qui s’illustre encore une fois dans l’arbitraire avec le
procès des jeunes internautes de Zarzis. La répression est partout en
Tunisie et, cette fois, c’est la jeunesse qui paye le prix fort.

En Tunisie, tout le monde doit être au pas, dans le moule, sinon…
Sinon ce sont les arrestations, les tabassages, les tortures, la mise au
secret — c’est-à-dire être livré aux autorités policières ou militaires
dans un espace de non-droit —, les procès et les condamnations malgré
le vide des dossiers d’instruction. Et comme si cela ne suffisait pas, les
autorités policières y ajoutent l’intimidation, les menaces et le harcèlement des avocats, et des détenus, même après leur sortie de prison. Il s’agit de briser ceux et celles qui ne filent pas droit ou revendiquent des droits fondamentaux, liberté d’expression par exemple.
Et pourtant la Tunisie est présentée ailleurs comme un havre de paix sociale, un paradis touristique, la vitrine de l’Afrique du Nord. Le régime de Ben Ali est soutenu, par le gouvernement français par exemple, qui ne semble pas gêné par les “ entorses ” aux droits humains pratiqués quotidiennement en Tunisie.

De quoi sont accusés les jeunes internautes de Zarzis ? De “ constitution de bande dans le but de préparer et de commettre des attentats sur les personnes et les biens dans l’objectif de semer la terreur et l’épouvante ” à quoi s’ajoute la tenue de réunions sans autorisations, le vol, la détention d’explosifs, etc. Les dossiers sont évidemment vides et les condamnations sans fondement, si tenté que la culpabilité des jeunes de Zarzis soit prouvée. Les irrégularités des procédures s’amoncellent et la justice tunisienne ne donne pas dans la dentelle, histoire de dissuader la population de toute velléité démocratique. Il est d’ailleurs difficile d’imaginer que ces jeunes ait pu “ constituer une bande ” alors que certains des accusés étaient sous surveillance policière depuis leur engagement dans les mouvements lycéens de 2001-2002, et on ne peut évidemment que douter de la véracité des accusations de vol et autres faits reprochés.

Le fait que ces lycéens et étudiants aient navigué sur Internet ne peut conduire à justifier des actes d’accusation conduisant à de telles peines ” écrit une députée européenne au ministre tunisien de la Justice.
Mais le mot clé est alors lâché : sympathie pour les réseaux islamistes. Il ouvre la porte à toutes les dérives — avec la bienveillance occidentale, la peur de l’islamisme aidant et l’épouvantail du terrorisme brandi pour
étouffer les réticences.

La Tunisie, comme les États-Unis, a son Patriot Act. Ben Ali a en effet promulgué une loi “ antiterroriste ” le 10 décembre — “ qui marque la célébration de la Journée internationale des droits humains ” (cela ne s’invente pas) — loi “ antiterroriste ” qui nie un peu plus les droits civiques et ajoute encore à la dégradation des droits humains dans le pays.

Sous la plage, les barreaux…
L’image du paradis touristique est entachée par la torture et le manquement aux droits fondamentaux de la population tunisienne.


Luiza Toscane a traduit et présenté le témoignage d’un prisonnier politique tunisien, témoignage accablant sur les conditions des prisons tunisiennes, Dans cinq ans il n’y a plus de Coran (Abdelwahab Sdiri) (Paris Méditerranée), Térésa Chopin, mère de Farouk Chlendy — emprisonné et condamné à 19 ans d’emprisonnement —, Hasni, administrateur du site Réveil Tunisien, Ayoub Sfaxi, condamné par contumace à dix-neuf ans d’emprisonnement.