La question sociale. Revue libertaire de réflexion et de combat

Avec Nicole et Gianni
mercredi 27 février 2008
par  CP
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Si l’on avait encore quelques doutes sur ce qu’est une « entreprise moderne », le premier numéro de La question sociale les lève en décrivant les techniques « modernes » de management des Frog Pubs, une chaîne de pubs anglais installés en France.

Les conditions de travail y sont insupportables : pas de règles, pas d’heures supplémentaires payées, pas de vestiaires pour le personnel, transport à la charge des employé-e-s terminant trop tard pour emprunter les transports en commun, et qui, pour la plupart, habitent en banlieue, et bien d’autres droits bafoués.

À entreprise « moderne », exploitation « moderne » ! Une conception du progrès à la mode patronale, bien entendu.

Dans le contexte actuel de régression sociale programmée et d’offensive contre les acquis sociaux : sécurité sociale, retraites, indemnisation du chômage… Quelles sont nos marges de résistance ?

De même, où en sont les luttes alors que la répression et même la criminalisation du mouvement social deviennent une réalité de plus en plus prégnante ? Le rôle des médias étant évidemment essentiel dans la banalisation ou la censure de la violence étatique.

Et le droit de grève ? Sera-t-il remis en question comme certaines déclarations récentes des dirigeants politiques le laissent craindre ?
En France, « la grève est un droit de valeur constitutionnelle. Elle n’a pour autant jamais fait l’objet d’une définition légale. Ce sont les tribunaux qui se sont chargés de la faire apparaître comme un droit individuel exercé collectivement impliquant un arrêt total de travail en vue de faire aboutir des revendications professionnelles. » Autrement dit, cela dépend des rapports de force.

Et qu’en est-il dans les autres pays européens ? Là aussi, les craintes se précisent.
Les acquis sociaux, comme le droit de grève, dépendent de la mobilisation et de la vigilance critique des salarié-e-s. Et comme l’écrit Claude Guillon dans La question sociale : « Rien n’est donné ou acquis dans le monde du “ droit ”. Il n’est rien que nous ne devions arracher ».
« Dans les pays où le capitalisme de marché s’est imposé depuis longtemps, l’État est devenu peu à peu un élément quasi constitutif, “ naturel ” de l’organisation en société [et paraît] le seul recours imaginable contre la décomposition des liens et des valeurs ».

La critique libertaire commence avec le refus de permettre à l’État de coloniser l’imaginaire. Alors résister, c’est aussi refuser « l’État dans la tête », c’est analyser les failles et les contradictions du système pour le combattre et revendiquer des alternatives.

Dans nos “ démocraties ”, si on ne consomme pas, on devient un paria… La société de consommation est bien rôdée, question propagande et manipulation. Mais les résistances existent, même si elles sont minorées ou occultées. La solidarité aussi. Un préjudice subi par un seul individu, c’est un préjudice causé à tous et toutes. Et cela les collectifs créés pendant les grèves des salarié-e-s des Pizza Hut, McDo et Frog Pubs, décrits dans La question sociale , l’ont bien compris.