Jeune Cinéma. 40ème anniversaire de la revue

Dans les champs de bataille, film de Danielle Arbid
dimanche 10 février 2008
par  CP
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Cinéma aujourd’hui avec, en première partie, une revue que nous aimons beaucoup, une revue en noir et blanc, facile à prendre avec soi, pas trop coûteuse (5 euros) et toujours intéressante pour ses dossiers et ses chroniques loin de la critique de cinéma, façon pensée unique : Jeune Cinéma .

Lucien Logette, dans son éditorial du dernier numéro (n° 293, décembre 2004), écrit « Il est toujours rassurant de se compter, de vérifier que les années n’ont pas desserré les liens tissés au fil des quatre décennies écoulées et que nous allons continuer à arpenter en compagnie les chemins que nous avons choisis. »

Dans la seconde partie des Chroniques rebelles, nous recevons une jeune réalisatrice, Danielle Arbid pour son film Dans les champs de bataille.

Premier long métrage de fiction de Danielle Arbid — après plusieurs courts métrages et des documentaires —, cette coproduction franco-belge-libanaise a gagné le grand prix du long métrage de l’IMA et a été primé au dernier festival du film méditerranéen de Montpellier, en novembre 2004.

Le récit, sans doute inspiré par l’expérience de l’auteure et réalisatrice, comporte plusieurs résonnances : c’est une réflexion sur la société libanaise, disloquée par huit années de guerre civile — le film se situe en 1983 —, c’est le déchirement d’une famille prise en otage par la guerre civile et c’est aussi la rébellion d’une adolescente.

Lina a 12 ans. Elle vit ces conflits avec une totale perte de repères et observe les adultes qui l’ignorent, trop préoccupés par leurs problèmes. Sa révolte éclate, épisodiquement, d’autant plus violemment qu’elle revendique des droits sans toutefois les comprendre, et d’autant qu’elle subit les tensions de la famille comme celles de la société.

« Je m’en fous de Dieu et de l’Église ! » s’écrit-elle tandis que le père flambe dans des cercles de jeu, que la mère est paumée et que la tante joue aux cartes entre amis tout en buvant du whisky.

Dehors, les murs grêlés par les tirs d’obus rappellent que la guerre est partout.


En 1999, une autre film, West Beyrouth de Ziad Doueiri, montrait la guerre civile à travers le regard de trois adolescents, mais dans le film de Danielle Arbid, la vision est plus intime, plus sombre, introvertie.

il est vrai qu’en 1983, c’est un autre cycle du conflit libanais, plus dur.
L’éveil de la sexualité de Lina est une autre facette du récit comme son admiration pour Siham, la domestique délurée de sa tante, seul personnage avec qui elle semble pouvoir tisser des rapports de connivence entre les terrasses et la cave, où les habitants de l’immeuble se réfugient lors des bombardements. La solitude d’une adolescente face aux conflits internes et externes, Dans les champs de bataille de Danielle Arbid sortira sur les écrans en 2005.

Mais tout d’abord, quarante années de Jeune Cinéma. Il fallait en parler car ce n’est pas courant qu’une revue démarrée sur la passion du cinéma demeure ainsi pendant quarante ans fidèle, indépendante et sans publicité (comme Radio Libertaire) et, on peut bien le dire, sans le jargon qui est souvent l’apanage des « spécialistes » du cinéma. Mais fi des coups de pattes et place au cinéma !


Revue Jeune Cinéma : Décembre 2007 - Numéro 314
Retrouvez l’édito de la revue Jeune Cinéma disponible dans les points de vente suivants : Librairie Ciné-Reflet, Librairie Flammarion du Centre Pompidou, Librairie de la Cinémathèque française, Cinéma Saint-André-des-Arts, Publico ou sur Abonnement.

Edito de la revue de Jeune Cinéma (N°314)

Ce dernier numéro daté 2007 paraît tardivement (mais nous l’avions annoncé dans la précédente livraison) de façon juste assez décalée pour que la revue puisse adresser ses voeux les plus chaleureux à ses fidèles lecteurs - que nous souhaitons, égoïstement, plus nombreux en 2008, afin de parvenir à publier les huit numéros annuels dont nous rêvons depuis si longtemps. À force de sortir des numéros doubles, nous avions oublié combien notre format « normal » de 76 pages constituait une camisole étroite : même en limitant le nombre des photos, en utilisant tous les recoins – et pourtant, pas de place perdue pour cause de publicité ! -, il nous a fallu trancher dans le vif. Deux des dossiers du sommaire ont été ainsi scindés, plusieurs comptes rendus de festivals reportés, les divagations suspendues, l’édito réduit comme peau de chagrin, afin que la diminution de l’espace ne s’accompagne pas d’un déséquilibre dans la variété. Exercice délicat que nous ne pratiquons qu’avec déplaisir, le dos au mur : le prochain numéro (315/316, début avril) retrouvera toute sa dimension.

Comme d’habitude, nous éviterons les bilans, d’autant que parmi les plus beaux films vus en 2007, quelques-uns (celui des frères Coen, Le Bannissement de Zviaguintsev, Import/Export de Seidl, Capitaine Achab de Philippe Ramos) ne sont pas encore sortis. Constatons simplement que la folie multiplicatrice de l’offre (plus de 600 films présentés) n’a pas déclenché une demande équivalente : le nombre des spectateurs a baissé de presque 6% et les films français ont perdu 8% de parts de marché – ce qui laisse augurer un avenir inconfortable, versons une larme furtive, pour l’actuelle ministre de la Culture, puisqu’il semblerait que son action sera jugée à cette aune.

Le futur est rien moins que radieux. Entre la guerre des exploitants et les récentes décisions ministérielles concernant le CNC qui tourneboulent la profession, le paysage tend doucement vers le champ de ruines. Il ne restera bientôt que les autels particuliers pour sacrifier au culte des images, à condition que le marché du DVD ne persiste pas à s’effondrer comme les derniers chiffres le font craindre.

Faisons en attendant comme si de rien n’était. Le trimestre sera sous le signe d’Alain Resnais, que l’on hommagera d’un coin à l’autre de l’Hexagone (Toulouse, Lyon, Centre Pompidou). On ne pouvait commencer l’année sous de plus favorables auspices. Et si le cinéma meurt un jour, au moins aurons-nous vécu ça. L’oeuvre est inépuisable, on le savait depuis Hiroshima, mais il est bon de pouvoir le vérifier, d’autant que des raretés sortiront de leurs boîtes : par exemple, ses films des années 40 sur les peintres, que l’on ne voit que tous les vingt ans. Et rêvons sur son Harry Dickson mort-né, que la parution du scénario de Frédéric de Towarnicki (éditions Capricci) nous fait définitivement regretter.

Lucien Logette

www.iletaitunefoislecinema.com

Filmographie de Danièle Arbid
1998 : Raddem (Cout métrage, fiction,17’)
1999 : Le passeur (Cout métrage, fiction, 13’)
2000 : Seule avec la guerre (documentaire)
2002 : Étrangère (MM, fiction, 45’)
2002 : Frontières (Documentaire)
2004 : Dans les champs de bataille (Long métrage)
2004 : Conversation de salon