Écrits pour l’anti-Œdipe de Félix Guattari. Textes agencés par Stéphane Nadaud (Lignes)

Avec Stéphane Nadaud et Daniel Colson
dimanche 10 février 2008
par  CP
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Paru en 1972, L’Anti-Œdipe est un livre écrit à deux mains par Gilles Deleuze et Félix Guattari — Deleuze aurait « orchestré » les « ritournelles » de Guattari.

C’est un livre-phare pour beaucoup, un livre « militant ignoré par la presse ». D’où l’importance de ces textes rassemblés par Stéphane Nadaud, des notes pour mieux cerner, renouer avec la problématique de L’Anti-Œdipe qui semble un « cumul [des] incertitudes », [et témoigner] d’un certain désarroi devant la tournure qu’avaient prise les événements de Mai 68. »

Le début des années 1970 est en effet riche en réflexions de toutes sortes, pas toujours autocritiques, mais ancrées dans la politique et dans une optique de changement…

Changer quoi ? Le système ? En tout cas, le remettre en question, tenter de prendre du recul après les bouleversements de mai 68 et les conséquences des divers engagements — et pas encore reniements — des unes, des uns et des autres. C’est ce qui ressort des Écrits pour l’Anti-Œdipe en plus d’une dérision poétique et délirante.

Guattari a ainsi plutôt la dent dure du côté des protagonistes médiatisés de mai 68, des « révolutionnaires » déclarés, les maos entre autres : « Que veulent les maos ? Mélange de jalousie et d’hostilité. Dix années je me suis emmerdé à lancer un truc comme ça. Se tourner vers les entreprises. Entamer la prise du PC… Y parviennent-ils ? Font-ils semblant ? Ils sont tellement rigides. Tellement staliniens. Toujours le bluff. On avance on progresse. Ils brisent les meilleurs d’entre eux. » 23 mars 1972, Écrits pour l’Anti-Œdipe .

La critique, la remise en question, le questionnement sur soi, l’autodérision se retrouvent dans ces Écrits pour l’Anti-Œdipe , notamment quand Guattari écrit « Je me sens un peu surcodé par l’Anti-Œdipe […] Ce qui me plairait, c’est déconner. Publier ce journal par exemple. Dire des saloperies. Déverser brut le flux schizo déconnomaniaque. Balancer en vrac à qui voudra lire. Maintenant qu’on m’a fait un nom commercial, je trouverais toujours un éditeur. […] Travailler dans le feed back, écrire à même le réel. […] Foutre la merde. »