Lignes n°16 : Anarchies

Avec Mathilde Girard
dimanche 10 février 2008
par  CP
popularité : 7%

À la définition de l’anarchie donnée par le dictionnaire, « Désordre résultant d’une absence ou d’une carence d’autorité » — définition rendue populaire grâce, notamment, aux médias — on peut opposer celle, attribuée à Élisée Reclus : l’anarchie, c’est l’ordre sans le pouvoir.
Ou bien celle qu’en donne Daniel Colson dans le Petit lexique philosophique de l’anarchisme. De Proudhon à Deleuze  : l’anarchie, c’est « l’affirmation du multiple, de la diversité illimitée des êtres et de leur capacité à composer un monde sans hiérarchie, sans domination, sans autres dépendances que la libre association de forces radicalement libres et autonomes ».

Ou encore cette autre tirée de la présentation du numéro 16 de la revue Lignes , « Des moments, ici ou là, d’insubordination inconditionnée où est, soudain, renversé tout ce qui s’impose partout : l’inégalité, la violence, la bêtise, l’ennui, l’humiliation, etc. Ce n’est pas assez sans doute, pour que tout en dépende ; mais ce l’est cependant pour qu’il n’y ait rien qui ne s’en sente menacé. Cette insubordination, dès l’instant qu’elle s’arroge les moyens de mettre inconditionnellement en cause les moyens eux-mêmes qui conditionnent la domination, et sa jouissance réciproque (asservissante/servile), nous l’appellerons ici : "Anarchies". »

Ou bien serait-de «  l’atomisation du pouvoir », ou encore « la joie de concevoir un espace festif autonome » pour une free party, fête gratuite décrite Mathilde Girard, avec des « zones psychiques et affectives codifiées, le corps s’exposant à une traversée fulgurante de désir et d’effets démultipliés ».

Finalement, avons-nous besoin d’une définition ? N’y aurait-il pas en chacun et chacune de nous une part d’anarchie — sous des formes multiples — un refus naturel de l’autorité ? Un rejet de la déférence ? Un élan irrépressible vers l’insubordination ?

L’anarchie est dans la vie.
L’anarchisme « s’identifie toujours à une expérience », l’anarchie positive est, selon Daniel Colson, «  l’affirmation d’une dynamique et d’un agencement nouveau capables de libérer les forces collectives de leurs entraves ».

Et l’on revient ici aux utopies que décrit Ngô Van dans son livre Utopie antique et guerre des paysans en Chine  : les utopies sont des « rêves non réalisés mais non pas irréalisables, [des] tentatives pleine de flamme et de poésie ».