Les féminismes en questions. Éléments pour une cartographie

Christelle Taraud (Amsterdam). Avec Nacira Guénif-Souilamas et Christelle Taraud
mardi 29 janvier 2008
par  CP
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Qu’est-ce que le féminisme aujourd’hui ? Quels sont ses multiples héritages ? Et enfin quel est son potentiel de transformation des sociétés patriarcales qui se sont imposées partout sur la planète ? Questions posées au dernier festival de films documentaires de Femmes en résistance et, en filigrane, dans une rétrospective du festival du cinéma méditerranéen : Femmes à la caméra dans le cinéma espagnol.

Si ces problématiques sous-tendent de plus en plus les expressions cinématographiques, qu’en est-il de l’écrit, des recherches, des revendications pour les droits des femmes ou leur représentation ?

Christelle Taraud nous présente avec Les féminismes en questions. Éléments pour une cartographie , une série d’entretiens qui évoquent des débats et des contradictions au sein de la mouvance féministe, des analyses aussi placées dans le contexte actuel de régression sociale et d’acculturation politique. On y trouve des constats sans complaisance, comme celui de Nacira Guénif-Souilamas :
« Aspirer à la liberté quand non seulement on n’en a pas les moyens mais, qu’en plus, on s’en voit dénier les moyens, ça devient une forme d’enfermement insupportable. »

Ou celui, critique, de Christine Delphy sur la loi interdisant le foulard islamique :
« Ce que nous n’accepterions jamais pour nous, parce que la base du féminisme, c’est l’auto-organisation et l’auto-émancipation des femmes — partir de sa propre existence, ne pas accepter d’être libérées par "en haut" — les féministes pro-loi l’imposent à « l’autre femme ». Elles pensent pouvoir la "libérer" de l’extérieur, à son insu et contre son gré. ».

Des interrogations :
« Sur quoi le féminisme se fonde-t-il aujourd’hui pour agir ? Est-ce que le but est de lutter pour l’égalisation des conditions de vie ou pour la désassignation des identités sexuées ? ».

Des avertissements :
« Le féminisme est une politique sexuelle parmi d’autres. Soit le féminisme trouve des ressources pour s’accoler un "s" qui arrive à intégrer les questions de "race", de classe, des sexualités et des genres, soit il crève ! ».

Autant de réflexions à mener — au travers des sujets abordés —pour lutter contre toutes les formes de discrimination dans des situations qui montrent à l’évidence la régression des droits des femmes dans les sociétés, dans le travail, la difficulté de combattre les stéréotypes et de changer les mentalités…

Il faut, comme le souligne Christine Bard, « reconnaître à la fois la domination masculine, l’aliénation des femmes qui en découle et, en même temps, la marge de liberté et la force de résistance qui font des femmes de véritables sujets de l’histoire. »