L’affaire Pascal Taïs. Autopsie d’une bavure, (Arcachon, 7 avril 1993) de Maurice Rajsfus

Maurice Rajsfus (L’esprit frappeur)
dimanche 10 février 2008
par  CP
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Autopsie d’une bavure

Dans le climat actuel de paranoïa entretenue, on peut attendre l’amplification des violences policières et la multiplication des bavures. Propagande sécuritaire oblige, les contrôles policiers sont d’ailleurs banalisés jusqu’à l’entrée des collèges. Flics et chiens à la sortie des écoles et tout est pour le mieux dans le monde parfait de l’ordre et de la sécurité.

C’est dans ce contexte de violence que paraît ce livre de Maurice Rajfus, L’affaire Pascal Taïs. Autopsie d’une bavure , qui revient à l’époque du retour de Charles Pasqua au ministère de l’Intérieur, à la fin du mois de mars 1993. Sans qu’il semble y avoir une incitation à la répression, le relent de « reprise en main » se solde par sept morts en une quinzaine de jours.

Autopsie d’une bavure. Arcachon, 6 avril 1993, Pascal Taïs est arrêté dans la soirée et placé en cellule de dégrisement. Le lendemain, il est retrouvé mort dans la cellule à la suite de violences et «  littéralement massacré ».

Malgré l’état du jeune homme, le décès est officiellement considéré comme accidentel et tout est alors mis en œuvre pour dégager la responsabilité des policiers. Les fonctionnaires de justice couvrent la police et refusent de prendre en compte l’évidence des faits et les témoignages, notamment celui de la docteure ayant examiné Pascal Taïs au moment de sa garde à vue qui déclare n’avoir constaté aucune trace des coups. : « Tout ce que rapporte la police est censé être crédible, et tous les autres faits marquants, importants, significatifs de vérité, sont volontairement relégués au dernier rang, pour ne pas dire enterrés ou combattus. »

Deux instructions aboutissent à des non-lieux, en 1996 et en 2003, avec « précision donnée à la famille qu’elle n’a plus de recours ». « La justice a décidé, dans sa sérénité suivant l’expression, que les policiers ne s’étaient pas attaqué à l’intégrité physique de ce garçon. » Il ne s’est rien passé ou, plus absurde encore, le juge d’instruction « reconnaît implicitement qu’après l’arrivée au commissariat, donc à partir de 0h30, le 7 avril 1993, il s’est passé quelque chose mais, très curieusement, il ne sait pas quoi »…

Pourquoi cette affaire ? « Ce n’est pas une question de choix, mais un problème de trouver des informations cohérentes. Des livres comme celui-ci, il est possible d’en publier un par jour, car les bavures se déroulent à ce rythme, des tabassages plus ou moins graves, sans toujours entraîner la mort. J’ai réussi grâce à son père, Mohamed Taïs, à avoir l’essentiel des informations. Et il était important de montrer les mécanismes d’une interpellation qui peuvent conduire à la mort d’une personne. »

Le 6 avril 1993, un inspecteur de police tue Makomé M’Bowolé, 17 ans, d’une balle dans la tête tirée à bout portant, durant un interrogatoire illégal, au commissariat des Grandes-Carrières, dans le XVIIIe arrondissement de Paris.
Un an plus tard, l’Observatoire des Libertés Publiques est créé et Que fait la police ? paraît en juin 1994 à l’initiative de Maurice Rajsfus qui, pour ce qui concerne la police, ses excès et l’impunité dont elle bénéficie, fait œuvre d’historien et d’archiviste.

Depuis, le bulletin publié par l’Observatoire des Libertés Publiques recense les bavures et autres abus de pouvoir des soi-disant « gardiens de la paix » qui traquent en premier lieu tout ce qui n’est pas conforme, toute « personne suspecte », c’est-à-dire presque tout le monde. Que fait la police énumère chaque mois les dérapages, les brutalités, les aberrations de cette France bleue marine qui fait froid dans le dos.

Après la Police hors la loi  ; la Police de Vichy  ; les silences de la police. 16 juillet 1942 / 17 octobre 1961 (écrit en collaboration avec Jean-Luc Einaudi) ; Police et droits de l’Homme  ; 1953. Un 14 juillet sanglant  ; la Police et la peine de mort (1977 - 2000 : 196 morts)  ; Bavures. Ordre public désordre privé  ; le Vocabulaire policier ; Face à la marée bleue, ce nouveau livre, l’Affaire Pascal Taïs. Autopsie d’une bavure , s’inscrit dans la continuité du travail de Maurice Rajsfus : dénoncer « la force brutale qui régit l’activité d’un corps répressif dont on nous affirme qu’il est républicain. »

« La procédure conduite dans l’affaire Taïs est édifiante, mais tellement semblable à bien d’autres cas mortels suite à une intervention des forces de l’ordre. Pour la police, il n’y a pas de victimes. Rien que des suspects coupables d’incivisme ou de rébellion. Face à la police, on ne trouve que des “individus” troublant l’ordre public, et qu’il convient de remettre à la raison. Le policier ne peut avoir tort : il représente la loi. Lui répondre peut justifier un passage à tabac, lui résister risque de correspondre à un arrêt de mort. Le policier ignore que la peine de mort a été abolie en octobre 1981. »
Cette enquête sur un drame ordinaire montre à quel point l’affaire est hélas emblématique d’une justice à deux vitesses quand il s’agit du droit des civils et des responsabilités policières.

Observatoire des Libertés Publiques, 7 et 9 passage Dagorno, 75017 Paris. Que fait la police ? bulletin mensuel envoyé aux adhérent-e-s (édité en ligne depuis 2006).
L’affaire Pascal Taïs. Autopsie d’une bavure , est le premier ouvrage d’une nouvelle collection — Avis de recherche — éditée par l’Esprit frappeur.