Putain d’usine

Jean-Pierre Levaray (L’insomniaque)
lundi 10 mars 2008
par  CP
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Putain d’usine , drôle de pavé dans la mare des idées bien classées.
Une usine de produits chimiques, comme à Toulouse celle de l’AZF — même multinationale —, une usine où les accidents du travail sont souvent mortels, où l’on reste pour le salaire, où les restructurations rythment l’ennui et l’angoisse…
Putain d’usine de Jean-Pierre Levaray, un bouquin qui résonne dans les têtes, longtemps après l’avoir lu, à la manière des films de Ken Loach.

« L’épée de Damoclès au-dessus des têtes des soixante personnes amplifie les conflits. C’est le contremaître qu’on envoie balader à la moindre occasion ; l’ingénieur qu’on écoute pas ; le travail qu’on va faire en traînant les pieds ; le chapardage de tout ce qui traîne comme pour prendre un souvenir de l’usine ou tout simplement son dû… Ce n’est pas encore le sabotage, mais les derniers jours de production seront difficiles. Et qu’on ne nous parle pas d’“amour du travail”, il y a longtemps que cette “étrange folie” nous a quittés. C’est le salaire qui fait tenir. Un point c’est tout. »

« La révolution industrielle a fait de nous des salariés, et parce qu’il y avait la sécurité de ce salaire qui tombe tous les mois en échange de notre force de travail, on s’est fait avoir. »"

Outre le rapport de classes et de domination qu’entraîne le Salariat, c’est toute notre vie, notre façon de vivre qui en ont été bouleversées. Ces heures perdues à l’usine ou au bureau créent tant de frustrations que les marchands ont dévoyé nos désirs en nous entraînant vers la consommation.

Et voilà, tout est dans la norme ! Et comme l’affirmait, à Toulouse, une affiche sponsorisée par TotalFinaElf, Thompson, Matra, le Ministère de l’industrie et de l’environnement : Ne vous inquiétez pas, on s’occupe de tout ! Hé bien si justement, inquiétons-nous et surtout qu’ils ne s’occupent pas de nos vies.

« Dans une société à construire (qui serait libertaire : sans classes ni État), il est certain qu’un grand nombre de produits fabriqués aujourd’hui ne se feront plus, car basés sur la rentabilité et ne tenant pas compte de l’environnement. Mais, parce que nous ne vivrons pas tous dans de petits villages autarciques, il faudra bien continuer à fabriquer certains produits. Pour le confort et pour pouvoir nourrir tout le monde. Aussi, c’est dès à présent qu’il faut penser à comment on produira ».
« En autogérant des petites unités de production (les grosses unités étant obligatoirement inhumaines) ; en effectuant la rotation des tâches dans la population ; en abaissant le temps de travail ( travailler deux heures par jour, trois mois par an, que sais-je ?) ; mais surtout en robotisant et en automatisant au maximum. »

« Aujourd’hui, l’automatisation, l’informatisation, la robotisation sont facteurs de détérioration des conditions de travail : suppression d’emplois, parcellisation, rythmes de travail, stress… C’est pourquoi il faut concevoir le côté libérateur de la technique, qui pourra permettre à tout un chacun de mettre la main à la pâte un minimum de temps, libérant du temps pour tous et nous libérant tous du salariat. »

« Bon, je sais, la révolution ne semble pas pour demain, mais si on veut que le monde ouvrier adhère à un projet révolutionnaire, il faut tenir compte de ses aspirations. » Jean-Pierre Levaray, Putain d’usine.


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