Réflexions sur la responsabilité collective dans le conflit arabo-israélien (3)

mardi 1er avril 2008
par  CP
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Si les Palestiniens ont applaudi la guerre du Golfe comme une action à l’encontre de leurs tortionnaires israéliens, ils en ont finalement davantage souffert en raison des punitions collectives. Ne serait-ce que du point de vue de la perte en vie humaine. De source israélienne, un seul Israélien a trouvé la mort durant les bombardements et douze autres personnes sont mortes des “effets indirects” des raids aériens. Or, durant le seul mois de janvier 1991, selon B’Tselem, au moins quinze civils palestiniens, dont cinq enfants, ont officiellement été tués par les forces de sécurité israéliennes. “Le taux exceptionnellement élevé de jeunes victimes” doit être souligné a constaté l’organisation des droits de la personne. Hélas, aucune de ces informations n’a transpiré dans les médias occidentaux, traumatisés par les images d’enfants israéliens. [1]

Nous avons terriblement souffert pendant la guerre du Golfe. Mais, croyez-moi, je ne peux me souvenir d’un autre moment où les Palestiniens furent si heureux”, me confia Nidal, professeur d’anglais à Beit Sahour. Ses deux frères étaient emprisonnés depuis sept ans, son beau-frère venait de sortir de prison et sa belle-sœur était menacée de déportation. Son mari, sans espoir d’emploi à Beit Sahour, vivait au Quatar depuis dix ans. “Je voyais dans chaque scud dirigé contre Israël un espoir”. Et en faisant le V de la victoire, elle ajouta : “l’espoir qu’Israël serait enfin dans l’obligation de négocier et que le cauchemar de l’occupation prendrait fin.

J’ai souvent entendu ce sentiment s’exprimer sous différentes formes par de nombreux Palestiniens. “Nous ne voulions pas que les scuds tuent les Israéliens. Nous voulions qu’ils soient assez terrifiés pour désirer la paix”, souligna l’un d’eux. (Nidal a reconnu que la plupart des Palestiniens auraient changé d’avis en cas de blessés civils. En l’absence de riposte israélienne, Moussa, comme beaucoup de Palestiniens, avait douté de la gravité des dommages provoqués par les scuds. “Nous pensions que les scuds feraient comprendre aux Israéliens que la sécurité réelle passe par la paix et non pas par la conquête territoriale”, assura un autre. “Nous espérions que les scuds prouvent à Israël qu’il y a un prix à payer pour continuer à nous torturer”, ajouta un troisième.


Les Palestiniens ont, pour la plupart, applaudi Saddam Hussein pour les mêmes raisons qu’ils l’ont fait pour les scuds. À la veille de l’invasion iraquienne du Koweït, le moral palestinien était au plus haut. Pendant trois ans, les Palestiniens avaient confronté la répression brutale israélienne sans rien obtenir. Ils désespéraient alors de pouvoir changer le cours des choses. (Une indication de ce découragement fut le manque de résistance contre le couvre-feu imposé pendant la guerre.) Ils désespéraient aussi des réactions de l’opinion internationale. À Jérusalem, un économiste me confia que les Palestiniens savaient depuis le début de l’Intifada que les enfants armés de pierres ne pouvaient pas mettre en échec l’armée israélienne. L’Intifada était avant tout une manifestation destinée à l’opinion internationale, un appel au secours. La communauté internationale n’avait pas réagi. Trois ans d’Intifada avaient laissé aux Palestiniens un sentiment d’impuissance et un certain cynisme. Et soudain Saddam Hussein était apparu dans cet espace vide d’espoir. Il a représenté la personne de la situation… Malheureusement. Talal, couturier à Beit Sahour, m’expliqua que les Palestiniens avaient cru les propos de Saddam Hussein, convaincus qu’un “homme fort pouvait résoudre nos problèmes. Il paraissait si incroyablement fort, et nous si faibles. La configuration était parfaite.

Après la guerre, les Palestiniens dirent ne pas avoir soutenu l’invasion du Koweit. C’est en partie vrai, mais ils n’ont rien fait pour s’y opposer. Ce n’était pas en fait leur problème. En août 1990, quand j’avais abordé cette question, personne n’avait pris la défense de Saddam Hussein. Comment d’ailleurs des Palestiniens auraient-ils pu justifier une invasion, une occupation ou une annexion territoriale ? Ils avaient rejeté tous mes arguments au nom de la realpolitik. Qui se souciait de moralité quand il s’agissait des Palestiniens ; alors pourquoi se préoccuper de questions éthiques quand cela concernait les Koweitis ? Nassar, psychologue à Hébron, ajouta : “C’est comme si nous appelions à l’aide, piégés au fond d’un puits. Le monde entier nous regardait dans le trou, entendait nos plaintes mais ne faisait rien. Alors arriva Saddam Hussein. Un dictateur cruel ? Oui, nous en étions tous conscients. Néanmoins, il nous a tendu une main secourable. Vous attendiez-vous à ce que nous la refusions ?” Les Palestiniens l’ont également acclamé pour être le premier leader arabe à les soutenir dans leur action contre l’oppression, pas seulement dans la rhétorique. En défiant ouvertement les États-Unis et en attaquant au cœur d’Israël, il avait en quelque sorte redonné leur dignité aux Arabes.

Comme le remarque Boaz Evron, journaliste à Yediot Ahronot, la réponse palestinienne à la crise du Golfe était aussi prévisible que sans éclat : “Avec l’Intifada dans une impasse et le dialogue USA/OLP bloqué sous les regards du monde impuissant — il est naturel de se raccrocher à chaque possibilité, même si celle-ci représente un appât empoisonné. On ne peut qu’être enthousiaste à l’idée qu’un chef d’État arabe ose affronter le monde et le bouleverse même si, dans le pire des cas, on n’imagine pas vivre sous sa tutelle. Un État arabe traité comme une grande puissance avec qui il faut compter, cela a un effet sur l’« ego » collectif.” “L’enthousiasme pour Saddam Hussein”, continue Evron, “découle en réalité d’une frustration ressentie envers les États-Unis, l’Europe et la gauche israélienne — envers tous ceux qui n’ont pas fait suffisamment pression sur le gouvernement israélien pour que celui-ci se retire des territoires occupés.

Evron constate qu’il a existé des précédents au pacte avec le diable des Palestiniens. Par exemple, le marché du Premier ministre Shamir, appartenant alors au groupe Stern, qu’il a tenté de négocier avec Hitler au début de la Seconde Guerre mondiale pour combattre les Britanniques, “pourtant les plus diaboliques n’auraient pu avouer leur préférence pour la domination d’Hitler”. Autre exemple, celui des millions de personnes dans le monde qui, sous le prétexte de créer un front uni contre le fascisme, se sont ralliés à Staline durant cette même guerre. Elles connaissaient “parfaitement la nature du régime soviétique et n’auraient en aucun cas voulu vivre en URSS”. Les Juifs ont été parmi les plus chauds partisans de Staline. Moshe Lewin, historien soviétique, le note dans The Nation : les Juifs ont été “disproportionnellement en faveur des communistes” parce qu’en Union soviétique, “contrairement à partout ailleurs dans l’Europe en guerre”, ils n’étaient pas “condamnés à mourir” pour le simple fait d’être juifs. Effectivement, dans de récentes études universitaires sur l’holocauste nazi, il apparaît, et Arno Mayer le souligne dans Why Did The Heavens Not Darken, que Staline a accueilli 350 000 réfugiés juifs fuyant l’Europe nazie et leur a même accordé la nationalité soviétique. Dans le reste de l’Europe, “ces réfugiés étaient expulsés ou emprisonnés en tant qu’étrangers, ennemis, apatrides ou clandestins”. Staline a sauvé ainsi indirectement 1 500 000 Juifs expulsés du territoire soviétique reconquis par les nazis. Il faut comparer les chiffres : les États-Unis ont seulement accueilli 20 000 réfugiés juifs et n’ont contribué qu’à en sauver 200 000. (Contrairement à la conclusion de David Wyman, dans son ouvrage célèbre — Abandonment of the Jews — où il déclare : “Aussi dérisoire qu’il fut, le record de sauvetage américain a été meilleur que celui de la Grande-Bretagne, de la Russie ou des autres nations alliées.”) Staline a envahi, occupé et annexé les états baltiques à la veille de la Seconde Guerre mondiale. Il a dirigé la plus cruelle des tyrannies. Mais il a été relativement “bon pour les Juifs”. Et réciproquement, ils l’ont soutenu. [2]

Nous avons applaudi quand l’Irak a attaqué Israël et le monde nous a condamnés”, observa amèrement l’un de mes étudiants en anglais à Hébron. “Les Israéliens ont applaudi quand les États-Unis ont attaqué l’Irak et personne ne les a condamnés. Pourquoi ?” La réponse est simple, lui ai-je répondu, parce que les Palestiniens sont une fois de plus les victimes d’un droit international à double vitesse.

L’opinion publique israélienne n’a toutefois pas été plus unanime dans son soutien de l’attaque américaine de l’Irak que l’opinion palestinienne ne l’a été dans son soutien des attaques de missiles irakiens sur Israël. Il est certain que les vétérans du “camp de la Paix” — Amos Oz, A.B. Yehoshua, Shulamith Aloni, Yael Dayan, Shaul Friedlander, Menachem Brinker, Avishai Margalit, Amos Elon, Yaron Ezrahi et Yoram Kaniuk — et des représentants de La Paix Maintenant ont été particulièrement bruyants dans leur soutien à l’attaque contre l’Irak. Ils ont publiquement reproché au mouvement international contre la guerre d’“avoir été contre les intérêts de l’Amérique dans la région” (A. B. Yehoshua) et évoqué le spectre d’un “second Auschwitz” pour justifier la possibilité d’utiliser des armes nucléaires contre l’Irak (Amos Oz). Dans “Israel and Iraq : A Double Standard in the Application of International Law”, j’ai tenté de montrer combien les accusations faites à l’Irak — de “crimes contre la paix”, “crimes de guerre” et de “crimes contre l’humanité” — s’appliquent tout autant à l’État d’Israël. Il semblerait que Saddam Hussein avait d’aussi bonnes raisons d’attaquer Israël que les États-unis d’attaquer l’Irak. Il pouvait évoquer le grand nombre de résolutions des Nations unies condamnant l’agression, l’occupation, l’annexion et les violations des droits humains, ignorées depuis longtemps par Israël, plus que par lui-même dans le cas de l’attaque contre le Koweït.

Nous, Palestiniens, nous souvenons parfaitement de qui a commencé la guerre entre Israël et l’Irak”, commenta Talal en faisant allusion à la destruction par Israël du réacteur nucléaire irakien en 1981. Une action perpétrée au nom d’une doctrine morale qui accordait à Israël le droit d’être la seule puissance de la région à se doter de l’arme nucléaire et de représenter une menace pour ses voisins du Moyen-Orient.

Au moment du lancement des missiles scuds sur Tel-Aviv, la liste des griefs légitimes de Saddam Hussein à l’encontre d’Israël était longue. Ian Black et Benny Morris rapportent dans Israel’s Secret Wars qu’Israël (aux côtés de l’Iran et des États-Unis) avait mené, depuis 1968 et jusqu’au début des années 1970, une “action cynique” et “froidement calculée” destinée à affaiblir l’Irak, en subventionnant et en fomentant directement l’insurrection civile des Kurdes irakiens, et en sabotant les tentatives d’un accord négocié entre les leaders kurdes et Bagdad. Dans Dangerous Liaison, Andrew et Leslie Cockburn reprennent les déclarations irakiennes faites durant la guerre du Golfe selon lesquelles Israël “avait planifié une nouvelle attaque des armes non conventionnelles irakiennes” un an avant le déclenchement de la guerre, mais à la grande déception des va-t’en-guerre israéliens, la Maison-Blanche avait refusé de donner son feu vert. Lorsque Saddam Hussein a envahi le Koweït et que George Bush a préparé l’éventualité d’une guerre, continuent les Cockburn, “la réaction d’Israël… a été enthousiaste. Les porte-paroles israéliens ont insisté auprès du président pour qu’il ne montre aucune pitié envers Saddam Hussein.” Dès le premier mois de la crise du Golfe, la ligne officielle israélienne a été “Frappez maintenant” comme l’indique le titre en manchette du journal Haaretz. En octobre 1990, selon une dépêche du London Times, le président Chaim Herzog aurait conseillé aux États-Unis d’employer des armes nucléaires. En décembre, la presse israélienne s’est fait l’écho des avertissements aux représentants officiels américains et européens du ministre israélien des Affaires étrangères, David Levy, selon lesquelles l’armée israélienne attaquerait seule et unilatéralement l’Irak si les États-Unis échouaient dans le projet de détruire l’arsenal militaire irakien. (Certains commentateurs israéliens firent des spéculations sur la menace de Lévy en voyant dans celle-ci une tentative de faire échouer tout accord négocié et infléchir la décision des États-Unis de lancer une attaque immédiate). Andrew et Leslie Cockburn remarquent également que, “dès les premières minutes de la guerre”, les bombes qui “tombaient sur l’Irak” étaient fabriquées en Israël. Israël avait aussi des griefs légitimes contre l’Irak, Bagdad hébergeait des terroristes palestiniens par exemple. La balance des griefs légitimes semblait cependant pencher du côté de l’Irak. En tout état de cause, l’image d’Israël dans le rôle de l’innocence blessée alors que les missiles tombaient sur Tel-Aviv était pure hypocrisie. [3]

Après le désastre de la guerre du Golfe, beaucoup de Palestiniens hésitèrent à critiquer Saddam Hussein. Certains continuèrent à se bercer d’illusions à propos de la guerre et émirent des doutes sur les déclarations officielles concernant les pertes légères américaines. La plupart restèrent sceptiques. Ils gardaient en mémoire la manipulation médiatique à propos de la formidable machine militaire irakienne. De même, qu’ils avaient observé du haut de leurs terrasses les prétendues prouesses techniques des patriots après la propagande des télévisions “alliées”. Les Cockburn décrivent à ce propos l’“opéra bouffe” de la tentative d’interception par les patriots d’une attaque de scuds. Le premier patriot s’est “auto-détruit” en “éclatant dans une gerbe de métal brûlant plongeant vers la ville”, le second “a illuminé la nuit dans un éclair, volant si bas qu’il avait presque heurté une des hautes tours avant de se fracasser au-dessus de la ville”, le troisième a “explosé dans un éclat soudain de lumière rouge” et le quatrième s’est “élevé… Et presque immédiatement, s’est dédoublé sur sa trajectoire pour aller s’écraser près d’un restaurant à la mode.” Selon les déclarations officielles militaires israéliennes, les scuds auraient tous été détruits avant d’atteindre Tel-Aviv. Il a été établi par la suite que les patriots israéliens avaient causé une grande partie des dommages et non les scuds irakiens. [4]

En dépit de la défaite militaire et politique infligée par les États-Unis à l’Irak, les Palestiniens n’ont pas accablé Saddam Hussein parce qu’il avait pris leur défense. Peu importait qu’il l’ait fait par stratégie politique. Personne parmi les Palestiniens avec lesquels je me suis entretenu ne se faisait d’illusions au sujet des motivations réelles du chef d’État irakien, qu’il s’agisse de la question du “linkage” entre l’occupation du Koweït et l’occupation de la Palestine ou de l’envoi des scuds sur Israël. Ils ont toutefois refusé de lui faire endosser la responsabilité du conflit bien que cela eut été opportun de le faire. Le choix juste était, pour eux, de se ranger aux côtés des Irakiens malgré le désastre politique. Ils rejoignaient en cela une grande partie de l’opinion publique mondiale, si l’on considère que les deux tiers de l’humanité vivent en dehors des États-Unis et de l’Europe, et si l’on en juge par les sondages publiés dans le Tiers monde au sujet des implications terribles de la victoire du “Nouvel Ordre mondial” de Bush. [5]

Nidal me confia que les Palestiniens n’avaient pas été unanimes au sujet des scuds. “Il y a eu des exceptions”, poursuivit-elle doucement, “moi, par exemple”. “Je ne suis pas montée sur la terrasse quand j’ai entendu les sifflements de ma famille, cela m’a rendu malade. Nous devenions tous des monstres, des bêtes sauvages.” Cela n’était pas la première fois que Nidal me parlait ainsi. Deux ans auparavant, j’avais été témoin de ses réflexions sur la satisfaction qu’elle éprouvait lorsqu’un Shebab (jeune garçon) jetait des pierres sur un soldat israélien. “Suis-je en train de perdre toute humanité ?” s’était-elle alors demandé à haute voix. [6]

Cependant, elle m’avoua avoir changé d’attitude lorsqu’elle avait appris la défaite irakienne, sachant que désormais aucune pression ne s’exercerait sur Israël pour que cesse l’occupation israélienne de la Palestine. “Je suis alors montée sur la terrasse et j’ai scruté l’obscurité du ciel, comme possédée. J’ai désiré voir des millions de missiles se diriger vers Tel-Aviv. Je voulais assister à la destruction du monde entier, y compris à la nôtre”. Et elle ajouta en soupirant : “Où est la justice ?

(Traduction Alice Depret et Christiane Passevant)


Cet article est paru dans L’Homme et la société, numéro 114 (1994), État démocratique ou État confessionnel ? Autour du conflit Israël/Palestine.


[1Département de l’information du consulat général d’Israël à New York, “For Your Information : Scud Missile Attacks on Israel,” 28 février 1991 ; B’Tselem, Human Rights, 23.

[2Boaz Evron, “The excited among us”, in Yediot Ahronot, 24 août 1990 ; Interview de Moshe Lewin dans The Nation, 30 septembre 1991 ; Arno J. Mayer, Why Did the Heavens Not Darken, New York, Pantheon, 1988, p. 187, 198, 257 ; David S. Wyman, The Abandonment of the Jews, New York, Pantheon, 1984, p. X, XI.

[3Ian Black et Benny Morris, Israel’s Secret Wars (New York, Grove Weidenfeld, 1991), p. 327-30, 332-7 ; Andrew et Leslie Cockburn, Dangerous Liaisons, New York, Harper Collins, 1991, p. 346, 351 et p. 353 où est cité le London Times ; Uzi Benziman, “Strike Now”, in Ha’aretz, 31 août 1990 ; Akiva Eldar, Ha’aretz, 5 décembre 1990 ; Shlomo Ginossar, “How tall can we stand ?”, in Davar, 7 décembre 1990.

[4Andrew et Leslie Cockburn, p. 347-48 ; “Patriot’s Scud Busting record is Challenged”, in Science, 3 mai 1991.

[5À propos de l’opinion du Tiers monde sur la guerre du Golfe, voir Noam Chomsky, “Aftermath” op. cit.

[6Norman Finkelstein, “The Ordinary, the Awful, and the Sublime : Beit Sahur in Year II of the Intifada”, in Social Text, n° 24, p. 25.