Mai 68. Sous les pavés la répression (Cherche midi), Portrait physique et mental du policier ordinaire (Après la lune), Les Mercenaires de la République (éditions du Monde libertaire).

3 livres de Maurice RAJSFUS
mercredi 28 mai 2008
par  CP
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« Quel est le contraire du policier ? Le bandit ? Non, car l’ordre et le désordre sont toujours dans les mêmes mains ! »

Avez-vous déjà fait cette mauvaise blague en répondant au téléphone :
« Vous avez demandé la police, ne quittez pas. » Une fois sur deux au moins, la personne raccroche brusquement. Et ne croyez pas qu’elle ait quelque chose à se reprocher, non c’est tout simplement la trouille de la police. La police, instinctivement, inspire une crainte de la brutalité, de la suspicion, et du « mur » d’incompréhension que ces « représentants de l’ordre » symbolisent. Les « gardiens de la paix » sont, dans la réalité,
les gardiens de l’État, les gardiens de l’arbitraire, les défenseurs des nantis,
les surveillants de l’ordre et les ennemis d’un peuple entier de suspects !
Ce sont les « mercenaires au service de l’État » !

S’ils inspirent la crainte en général, c’est bien pire pour les sans-papiers,
les Roms ou les immigrés. Pour les sans-papiers, pour les précaires, ils représentent la terreur.
Le racisme, la xénophobie des « forces de l’ordre » n’ont pas de limite à l’égard des « étrangers indésirables », des immigrés…
Tous coupables, tous délinquants, des terroristes… à maltraiter !
Les ordres viennent d’« en haut », qu’il s’agisse de faire du chiffre ou de se défouler.

Intervention des CRS à l’université de Lille contre des sans-papiers. Un témoin raconte : « Rachid a reçu un violent coup sur la nuque par un CRS au moment où, perdant connaissance, il tombait à terre. Une fois à terre, les CRS l’ont roué de coups de pied. Il est aux soins intensifs. »
*Article 7, extrait du code de déontologie de la police nationale : « Placé au service du public, le fonctionnaire de police se comporte envers celui-ci d’une manière exemplaire. Il a le respect absolu des personnes… » Ce document est remis à chaque fonctionnaire de police à la prise de ses fonctions.

Aéroport d’Orly. «  Ahmed refuse d’accompagner les policiers. Il est frappé, un officier donnant l’exemple en lui envoyant une grande gifle, avant de le tirer par les cheveux. Arrivent des renforts. On retire les chaussures de la victime, puis son pantalon. Ensuite Ahmed reçoit des coups sur la tête.
Tandis qu’un policier tente de l’étrangler, un autre lui écrase la main gauche en serrant les menottes, pendant qu’un collègue lui donne des coups de pied dans les tibias, tout en lui écrasant les testicules. Cet homme, traité comme un criminel, sera hospitalisé durant treize jours à l’hôpital Dieu, où il sera intubé ayant des difficultés à se nourrir.
 »
*Article 10 du code de déontologie de la police nationale : « Toute
personne appréhendée, placée sous la responsabilité et la protection de la police, ne doit subir, de la part des fonctionnaires de police ou de tiers,
aucune violence ni aucun traitement inhumain ou dégradant
 ».
On peut apprécier le décalage dramatique entre la théorie et la pratique.

Les rafles et les camps reviennent pour faire la chasse aux illégaux : on arrête les « étrangers indésirables » à la sortie du travail, des écoles, des hôpitaux…

Les rafles de sinistres mémoire durant l’Occupation nazie ou pendant la guerre d’Algérie sont-elles de retour ?
Le délit de « sale gueule », lui, n’a jamais cessé, il s’intensifie encore
contre les « immigrés visibles », autre expression aussi cynique et inacceptable qu’« immigration choisie ».

La peur permet tous les abus et les forces de l’ordre se croient tout permis : jusqu’aux enfants et aux bébés qui sont placés en centre de rétention, séparés de leurs parents. Les personnes y sont incarcérées dans des conditions inhumaines et dégradantes, elles sont poussées au suicide…

Depuis le constat d’une escalade de la répression et de la « mise au pas » de la société fait par Maurice Rajsfus dans Mai 68. Sous les pavés, la répression (mars 1968-mars 1974) , jusqu’à aujourd’hui, dans les Mercenaires de la République , des questions sont récurrentes : le comportement de la police a-t-il changé ?

A-t-il évolué vis-à-vis des précaires ? Les lois, les circulaires récentes
semblent donner à la police encore plus de pouvoir pour sévir et exercer
son arbitraire sur une population précaire, ou plus exposée, comme les
sans-papiers. Et comment résister contre cette dérive sécuritaire ?
S’il n’y a pas de Patriot Act en France, il y a des circulaires, des lois, des déclarations politiques qui demandent vigilance et résistance. Et l’on sait depuis longtemps que les États-Unis servent souvent de modèle pour ce qui existe de pire outre-Atlantique…

Aujourd’hui…

« Le gouvernement veut imposer aux citoyens une carte électronique d’identité à éléments biométriques. Sans nécessité, il étend ainsi au niveau national
des décisions européennes liberticides qu’il a par ailleurs fortement contribué
à faire adopter. Le projet est présenté comme une parade aux fraudes et aux entreprises terroristes, tout en servant de « vide-poche » pour y placer, à sa guise, code de carte bancaire, numéro fiscal, codes d’accès à des services Internet... En réalité, ce projet prévoit de constituer un fichier de police à l’échelle du pays et de toute la population, comportant les données biométriques de chaque citoyen, avec l’indication de son domicile, sur des puces lisibles sans contact, c’est-à-dire à l’insu des personnes.

Titre d’identité et déclaration de domiciliation obligatoires : du jamais vu depuis la Libération ! La mise en oeuvre de ce projet vise en fait à faciliter les contrôles policiers de toute nature. Les éléments biométriques d’identification, inclus sous forme numérisée et conservés dans un fichier unique national, faciliteront tous les croisements d’information. La numérisation de ces éléments, alliée à la prolifération des dispositifs de surveillance, décuplera les possibilités d’identification policière et de traçage des citoyens. Dans un contexte de prolifération du fichage et d’impuissance des organismes de contrôle, la création d¹un nouveau fichier qui inclura toute la population française ne peut que faire frémir. »

Que fait la police ? – Bulletin d’information anti-autoritaire – numéro 19 - Avril 2008 Editorial de Maurice Rajfus : Sarkozy 1er. Le dernier numéro de Que fait la police ? est disponible en ligne sur

http://quefaitlapolice.samizdat.net/ ?p=236

L’ensemble des numéros en ligne est disponible sur

http://quefaitlapolice.samizdat.net


Maurice Rajsfus : Mai 68. Sous les pavés la répression (mai 1968-mars 1974) (Cherche midi, réimpression), Portrait physique et mental du policier ordinaire (Après la lune) et Les Mercenaires de la République (éditions du Monde libertaire).

Editorial de Que fait la police ? : Sarkozy 1er

Il était une fois un vieux pays républicain, qui s’était donné un roi. Lequel, comme la grenouille de la fable, voulait ressembler à un boeuf de belle taille. Le bon La Fontaine, qui connaissait bien les hommes, ne manquait pas de plaisanter en évoquant cette grenouille qui désirait s’enfler :

"Tout petit prince a des ambassadeurs Tout marquis veut avoir des pages ..."

Après avoir fait illusion durant neuf mois, le temps d’une grossesse douloureuse, que reste-t-il du lointain successeur du prince Louis-Napoléon Bonaparte ? Sa police !

Si le corps électoral commence à regretter son élan sarkosiste du mois de mai 2007, l’élu campe sur ses positions, expliquant qu’il a été porté à la magistrature suprême pour nous mettre en condition. Comptant sur des forces de l’ordre à sa dévotion pour nous faire marcher droit, et subir sans broncher sa volonté de nous renvoyer au XIX ème siècle.

S’appuyant sur ses 150 000 policiers et ses 100 000 gendarmes Sarkozy 1er a le pouvoir de faire peur, s’il ne peut nous convaincre. Il a le pouvoir d’envoyer les CRS et les gendarmes mobiles contre toute manifestation qui pourrait lui déplaire. Il n’hésite jamais à faire détruire par ses gendarmes les pauvres campements de ceux que l’on décrit comme “gens du voyage”. Par l’entremise de son ministre de l’Identité nationale, il lui est possible de multiplier les expulsions de familles sans papiers, et les policiers de la PAF excellent dans cette tâche.

Plus généralement, cette police a pour fonction de faire peur, et ceux qui nous gouvernent savent bien que les hommes sont faibles. Ceux qui nous méprisent, à force de vouloir nous dominer, connaissent le pouvoir de la crainte -la trouille de la police a toujours été le moteur de bien des capitulations. Celui qui a la frousse ne pense plus qu’à se protéger. Il est même possible que les plus faibles se laissent aller à montrer du doigt ceux des congénères qui n’acceptent pas de baisser la tête. La France a déjà connu de telles situations, en des temps qui ne sont pas tellement lointains, mais il y a toujours eu des citoyens résolus se refusant à accepter cette société policière qui nous est de nouveau promise aujourd’hui.

Soyons en persuadés. Il n’y a pas de police républicaine au vrai sens du terme, mais il y a toujours eu des citoyens cohérents, bien décidés à ne pas laisser les képis décider de leur avenir…

Maurice Rajsfus

La suite : http://quefaitlapolice.samizdat.net/ ?p=236

Que fait la police  ? le bulletin en ligne de l’Observatoire des libertés publiques (OLP).

"La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, du 26 août 1789, est sans ambiguïté lorsque dans son article 12 est abordé le problème d’une police qui serait au service des libertés, et non de l’oppression :
« La garantie des droits de l’homme et du citoyen nécessite une force publique. Cette force est donc instituée pour l’avantage de tous et non pour l’utilité particulière de ceux auxquels elle est confiée. »

Comment ne pas constater que les grands ancêtres de la Révolution de 1789, qui servent de référence à nos élus républicains n’ont cessé d’être bafoués par ceux-là même qui s’en revendiquent. Il suffit de citer l’article 1 du préliminaire du Code de déontologie de la police, promulgué en mars 1986, pour se convaincre du peu de valeur des plus belles proclamations :
« La police nationale concourant, sur l’ensemble du territoire, à la garantie des libertés et à la défense des institutions de la République, au maintien de la paix et de l’ordre public, et à la protection des personnes et des biens ».

Pour mieux convaincre les destinataires de ce qui devrait représenter la Bible des policiers républicains, l’article 2 de ce Code précise :
« La police nationale s’acquitte de ses missions dans le respect de la Déclaration des droits de l’homme
et du citoyen, de la Constitution, des conventions internationales et des lois.
 »"