China Blues. Voyage au pays de l’harmonie précaire

Hsi Hsuan-Wou et Charles Reeve (Verticales)
dimanche 29 juin 2008
par  CP
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« On travaille trop et on gagne de moins en moins… Après les réformes, les systèmes d’aide sociale et les primes ont disparu, les heures supplémentaires ne sont plus payées [et] la corruption a augmenté. » Paroles d’une conductrice de bus à Shangaï.

Il faut dire que depuis les réformes et les privatisations, le secteur privé représente en Chine plus de 60 % des entreprises. Et c’est parfois le découragement qui gagne : «  Nous avons fait grève, il y a quelques mois. Les médias n’en ont pas dit un mot. Nous n’avons rien obtenu. »

China Blues. Voyage au pays de l’harmonie précaire , de Hsi Hsuan-Wou et Charles Reeve, ou le constat sans concessions des conséquences sociales du capitalisme et du « développement forcené de l’industrie au mépris des règles élémentaires d’hygiène et de respect de l’environnement [qui] est en train de faire de la Chine le pays le plus pollueur de la planète avec les Etats-Unis. »

Un premier livre de Hsi Hsuan-Wou et Charles Reeve, Bureaucratie, bagnes et business publié par l’Insomniaque en 1997, dressait déjà un tableau cauchemardesque du développement de la Chine avec plus de cent millions de paysans devenus des « prolétaires flottants ».

Dix ans après, malgré les sirènes médiatiques qui vantent la réussite économique chinoise et la formation d’une classe moyenne de 200 millions de personnes, le tableau n’est guère plus réjouissant, c’est celui d’une « Chine [qui] est devenue un des piliers du capitalisme mondial et [qui] suscite la convoitise des dirigeants du monde entier. Sa puissance ainsi que la fragilité de son modèle social sont [autant de] sources d’inquiétudes. »
D’un côté, une classe moyenne, « cynique, au mieux indifférente à la misère qui l’entoure [et qui] affiche désormais son arrogance par une consommation effrénée dans les lieux chics des grandes villes. »

De l’autre, la grande majorité de la population qui subit l’exploitation, la corruption, par exemple : les expulsions brutales de milliers de personnes pour faire place au chantier des Jeux Olympiques.
Un des témoins s’écrie : « Les Jeux olympiques détruisent la vie de beaucoup de gens à Pékin, mais tout le monde s’en fout parce que nous sommes des gens ordinaires. » China Blues. Voyage au pays de l’harmonie précaire.

La destruction par les promoteurs de vieux quartiers populaires de Pékin, la migration rurale, le chômage, la paupérisation d’une large part de la population et la « constante aggravation des conditions de travail, comme l’atteste le taux élevé d’accidents et l’apparition de formes d’esclavage, [tout] cela tend à prouver que le fossé reste immense entre le système légal et la société réelle, et que cette [fameuse] démocratisation de pure forme trouve ses limites dans la nature totalitaire du régime et surtout dans les exigences de l’exploitation. »

« Mais comment se battre aujourd’hui ? [se demande Mme Meng] À la moindre réclamation c’est la porte ! Nombreux sont ceux qui attendent dehors pour pendre la place. [Et] En Chine, la dernière fois que la base s’est mise en mouvement, c’était dans les années 20. » China Blues. Voyage au pays de l’harmonie précaire de Hsi Hsuan-Wou et Charles Reeve.

«  Plus nous connaissons la Chine, mieux nous comprenons l’Occident », écrivent les deux auteurs. « La Chine nous intéresse parce qu’elle pose la question sociale à l’échelle de l’humanité toute entière. »
Il est vrai que ce Voyage au pays de l’harmonie précaire nous place devant une réalité tangible, vécue, grâce aux témoignages, aux commentaires de ce livre qui nous renvoient immanquablement à la propagande actuelle du
« travailler plus pour gagner plus » — c’est-à-dire « bossez, consommez plus, vivez moins et fermez-là ! »

En faisant ce Voyage au pays de l’harmonie précaire, on comprend mieux l’exploitation et l’on peut dire aussi : «  La Chine nous intéresse parce qu’elle pose la question sociale à l’échelle de l’humanité toute entière. »


CHINA BLUES de Hsi Hsuan-wou & Charles Reeve (Verticales)

« Ensemble, Charles Reeve et Hsi Hsuan-wou ont écrit un récit de voyage sur le capitalisme à la chinoise, Bureaucratie, bagnes et business (L’insomniaque, 1997). China blues est la suite de ce voyage, dix ans après. On y rencontre, successivement, la chauffeuse de bus qui occupe tous ses loisirs à bavarder sur la Toile ; l’ouvrier au chômage qui organise la résistance à la destruction de son immeuble où doit être érigé le futur siège de la télévision centrale ; la militante de Green Peace Chine, parfaite représentante d’une des ONGOG (Organisation non gouvernementale organisée par le gouvernement !) qui pullulent aujourd’hui en Chine ; le loueur de vélos qui attend les bulldozers dans un des plus anciens quartiers de Pékin peu à peu détruit par le grand chantier des futurs Jeux olympiques ; le petit marchand de melons à la sauvette qui est au courant des révoltes dans les banlieues françaises et qui dénonce l’incurie des chefs du Parti ; l’ancien chanteur de rock de Hong Kong qui réalise des courts métrages pour défendre les droits des paysans ; l’ancien prisonnier qui explique que les camps de travail restent un outil indispensable au maintien de l’ordre social ; le SDF chinois de Paris qui raconte ses tribulations depuis qu’ils s’est fait escroquer par un passeur membre d’une des mafias chinoises ; le jeune producteur de cinéma branché qui croit à la nécessité du maintien d’un État fort, etc.

En tout, une trentaine de dialogues, accompagnés de nombreux documents originaux, brossent un tableau saisissant de la Chine, atelier du monde, pays de la « croissance » à deux chiffres, de la surexploitation des paysans déracinés, immigrés de l’intérieur, et de la répression brutale du moindre mouvement de protestation. »

Avec Charles Reeve et Hsi Hsuan-Wou

Rediffusion de l’émission le samedi 2 août 2008