De gré ou de force. Les femmes dans la mondialisation

de Jules Falquet (La Dispute)
dimanche 28 septembre 2008
par  ps
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Les femmes sont les plus pauvres dans le monde et Jules Falquet analyse dans cet essai l’accroissement de la violence contre les femmes et leur instrumentalisation par la globalisation du capitalisme. Est-ce cela le capitalisme sauvage si tenté qu’il existe un capitalisme à visage humain ? Cela se saurait non ?

« Ce livre part d’un point de vue inhabituel : celui des femmes en lutte. Il montre comment, de gré ou de force, les femmes sont au cœur de la mondialisation. Parce que les institutions internationales et les gouvernements tentent de s’appuyer sur elles, sur leur immense désir de "participer" et sur leur force de travail, pour en faire un pilier du néolibéralisme.

Un certain discours sur l’égalité des sexes et sur le développement est mobilisé pour les engager à participer à leur propre domination et pour légitimer la mondialisation. Sur le plan économique, la surexploitation des paysannes, des ouvrières, des migrantes dans le travail sexuel et les « services » permet de dégager de nouveaux profits. Sur le plan de la contrainte, à la violence "classique" contre les femmes s’ajoute un état international de guerre permanente. »

Ces deux formes de "guerre de basse intensité" contre la population civile font partie des nouveaux modes semi-privatisés de gestion de la force de travail mondialisée et féminisée.

SOMMAIRE : Introduction

Chapitre I : Points de repère pour l’analyse de la mondialisation néolibérale

Chapitre II : « Hommes en armes » et « femmes de service »

Chapitre III : « Développement » et participation selon les institutions internationales

Chapitre IV : Chiffres, concepts et stratégies du « développement » néolibéral

Chapitre V : Trois questions aux mouvements sociaux « progressites »

À souligner : une bibliographie remarquable.

«  Le féminisme n’est pas une idéologie ni une théorie, mais c’est une nouvelle culture, une nouvelle direction pour la civilisation humaine. Cette alternative émerge de notre expérience et revisite le concept de paix qui a perdu de sa valeur à l’heure où l’on remplace l’impérialisme armé par l’impérialisme économique. » Simona Sharoni dans Gender in the israeli-Palestinian Conflict paru en 1995.

Depuis, tous les systèmes d’exploitation n’ont cessé de se renforcer dans le monde. Et « Une véritable guerre de basse intensité” [est menée] contre les femmes ».

« La violence “classique” contre les femmes se voit désormais étroitement mêlée à la violence “anti/terroriste” des “hommes en armes” » qui empêchent de fait des formes naturelles de solidarité et d’échanges.
La guerre ou la « croisade », pour reprendre le terme de Bush, a des conséquences directes et négatives sur les femmes, leurs droits et leur autonomie. Ce même Bush a d’ailleurs tenté de récupérer, d’instrumentaliser un discours pseudo féministe pour justifier les guerres — « ingérences humanitaires » en Novlangue — qu’il a lancé ou soutenu en Afghanistan ou au Moyen-Orient.


Mais, en dehors des guerres, il y a d’autres violences, le tourisme par exemple : « le tourisme constitue la principale stratégie de “développement” que les institutions internationales recommandent ou imposent à de nombreux pays du Sud, appauvris par la globalisation. »

Et Jules Falquet de poursuivre dans De gré ou de force. Les femmes dans la mondialisation  : « la prostitution constitue, pour certains États, une stratégie de développement à part entière, que ce soit par l’exportation de femmes à des fins prostitutionnelles, […] pour le travail domestique ou par l’accueil le plus complaisant possible du tourisme sexuel. »
Il faut aussi évoquer les accords entre États pour permettre une exploitation officielle de la main-d’œuvre. Par exemple, entre l’État d’Israël et les pays en voie de développement ou de l’ancien bloc soviétique. Les émigré-e-s obtiennent un visa restrictif de travail dans le bâtiment, l’agriculture et comme personnel de maison et «  la délivrance de ces visas est conditionnée à ce que les travailleurs et travailleuses restent avec le même employeur spécifié sur le visa ». Si cette condition est rompue, c’est l’illégalité et l’expulsion sans possibilité de recours ; cela permet à certains employeurs de ne pas s’acquitter des salaires dus.

De gré ou de force. Les femmes dans la mondialisation de Jules Falquet est une analyse de terrain et du processus de la domination qui s’appuie sur les institutions internationales. La lutte des femmes pour leur émancipation, l’utilisation du féminisme dans et pour la lutte sociale sont des facteurs essentiels de la résistance à la violence du libéralisme. Pour cela, il s’agit « de mieux comprendre comment le sexe est construit par la classe et la “race”, la “race” par le sexe et la classe, et la classe par les deux autres rapports sociaux. »

De gré ou de force. Les femmes dans la mondialisation de Jules Falquet est une réflexion critique et ouverte sur ce qu’est la lutte, ses dérives possibles, sa force. Or « Réfléchir et débattre, c’est vivre et déjà transformer […] la révolution — la vraie, celle qui supprimera une fois pour toutes et simultanément l’exploitation et l’oppression de sexe, de “race” et de classe. Même si nous savons qu’elle n’est qu’une utopie, un horizon vers lequel diriger nos pas, nous en avons plus que jamais besoin, pour rêver, pour passer à l’action et pour reprendre nos vies en mains. »