Joe Hill. Les IWW et la création d’une contre culture ouvrière révolutionnaire

de Franklin Rosemont, traduit de l’anglais par Frédéric Bureau (CNT-RP). Avec Frédéric Bureau, Larry Portis et Philippe
dimanche 30 novembre 2008
par  ps
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Aux États-Unis, la chanson engagée devient militante avec les IWW — syndicat révolutionnaire créé en 1905 — et avec Joe Hill.
Les IWW sont des pionniers dans bien des domaines. Qu’il s’agisse des droits des femmes, de lutte contre le racisme, le sexisme, la misère, les IWW le chante car les chansons, les bouquins et les spectacles font partie du combat contre l’exploitation et éveillent les consciences.

Sans les IWW et Joe Hill, Woody Guthrie, Pete Seeger et Bob Dylan auraient-ils chanté les mêmes textes ?

Joe Hill est né en Suède en 1879 et a émigré aux Etats-Unis en 1902.
Pendant huit ans, il travaille dans plusieurs régions du pays et rejoint les IWW vers 1910.

Joe Hill écrit des chansons qui sont une part importante des activités militantes pour les liens culturels qu’elles génèrent. En détournant des chansons populaires, en substituant aux paroles originales des textes qui décrivent les conditions de vie et de travail des exploité-e-s et des plus pauvres, les IWW créent des repères de solidarité.

En 1908, les IWW publient un « petit livre rouge » de chansons et, en 1911, Joe Hill contribue à sa troisième édition avec The Preacher and the Slave.

« Les prédicateurs sont toujours là,

Pour vous dire ce qui est bien et ce qui est mal.

Mais quand on leur demande de quoi manger,

Ils répondent d’une voix douce :

Vous mangerez tout votre soul,

Dans ce pays glorieux, au-delà du ciel.

Alors travaillez et priez.

Vivez dans le droit chemin

Et vous aurez du gâteau au paradis…

Quand vous mourrez. »

C’est de ce texte que vient l’image de The Pie in the Sky (le fameux gâteau qui attend les déshérités au paradis). Cette image a traversé le temps et a été reprise, en 1972, par Jimmy Cliff dans The Harder They Come, chanson emblématique de la musique reggae.

Joe Hill a écrit des dizaines de chansons dont beaucoup demeurent dans la mémoire collective et la musique populaire étatsunienne : Casey Jones, There is Power in a Union, The Rebel Girl

En 1914, il est accusé, sans preuves, d’avoir participé à un braquage.
La mobilisation nationale et internationale n’empêchent pas son exécution, en novembre 1915. C’est le début d’une répression brutale qui vise à juguler le mouvement social, et en particulier les IWW.

Le talent poétique de Joe Hill est spontané, comme l’atteste Franklin Rosemont dans JOE HILL. LES IWW ET LA CRÉATION D’UNE CONTRE-CULTURE OUVRIÈRE RÉVOLUTIONNAIRE . Il touche par « la simplicité des paroles, l’innocence qu’elles communiquent, leur révolte, leur solidarité avec les opprimés, leur amour de la liberté et leur aspiration à une société nouvelle et plus heureuse […].
Contrairement à la poésie moderne — politique ou autre —, les chansons de Joe Hill invitent toujours le public à y participer. Il n’a rien d’un virtuose. Et si beaucoup d’artistes ont repris et enregistré ses chansons, il ne faut pas oublier qu’elles étaient d’abord destinées à être chantées par de simples travailleurs, hommes, femmes et enfants, dans la lutte universelle pour la liberté et l’égalité. »

À sa mort, la popularité de ses chansons n’a cessé de croître.
« On peut fusiller un chanteur
Personne ne peut tuer des chansons.
 »

« Petit à petit, ces chansons qui “respirent la lutte des classes ”, comme les décrit Big Bill Haywood, attirent des auditeurs (et des interprètes) bien au-delà du syndicat et de l’extrême gauche. Écrivains, artistes, journalistes commencent alors à parler du “poète IWW”, Joe Hill. »

Et cela continue. L’immigré, le hobo, le songwriter, le simple militant de base, Joe Hill symbolise le syndicalisme révolutionnaire avec ses parodies de cantiques et ses vieux tubes transformés en brûlots révolutionnaires.