Jouets sexistes, histoire de genres…

Noël ! Belle réussite de propagande et de formatage des esprits !
samedi 6 décembre 2008
par  ps
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L’hyperhétérocentrisme a défini avec soin les fonctions inébranlables assignées à papa et maman. Ne parlons pas du célibat qui réduit l’être humain au rang de cafard, c’est-à-dire l’homme au niveau de présumé déviant (le baiseur salopard) et la femme au statut miteux de Bridget Jones, employée de bureau névrosée, symbole de l’antiféminisme masochiste (la putain innocente).

Père et mère : d’un côté donc, le viril autoritaire qui s’effondre et bousille tout en cas de jalousie : « Je vais lui niquer la gueule à ce connard ! » (jouissance dans l’horreur de fusiller l’autre). De l’autre côté, la mégère hystérique qui s’effondre dans le désarroi de ne pas avoir été regardée : «  Il n’a même pas remarqué que j’avais changé de coiffure ! » (victime du mâle).

Cette structure alimentée par l’ordre moral est inculquée dès le plus jeune âge afin de préparer l’enfant au schéma débilitant du couple marié dans la fusion imbécile (« vous ne ferez plus qu’un », comme dit le/la catholique), fusion hors de laquelle vous êtes dégagé-e de la citoyenneté, relégué-e à une aventure individuelle douteuse, bref un ou une paria.

Les jouets participent activement à cette propagande qui

formate une vie dont les dés politiques sont déjà jetés et votre crédit pour la maison, « toujours déjà » accepté par votre banque. Barbie est sans doute le méta-jouet féminin, l’incarnation plastifiée de la ménagère (bien foutue quand même !) et située du côté d’une innocence idéale, c’est-à-dire étrangère au désir, comme Ève, comme Maman : ce ne sera jamais une « salope » (trop chrétienne pour ça). Le soldat et son attirail représentent le jouet masculin par excellence qui introduit la folie guerrière dans un monde fixé sur Dieu (obsession de la croisade). Ces jouets en rose et bleu sont la matérialisation d’une haine pour la création, d’une destruction de l’imaginaire au profit d’une structure symbolique normée : la solitude des femmes dans le creuset du fourneau et le délire mâle entre mâles dans une homophilie asexuée (« on n’est pas des pédés ! »).

Comment le commerce du jouet dit la vérité d’une société barbare et binaire
qui demande paradoxalement à l’enfant de progresser ? Comment l’antiféminisme de la Barbie participe à la déchéance de la figure paternelle ? Pourquoi le jouet devient-il le ciment du royaume d’éphébie qui transforme les enfants mâles en hommes tueurs et relèguent les femmes à la périphérie ? Il est temps d’en finir avec l’éternel féminin célébré par la branche chrétienne, l’horrible inconscient des mères nourricières qui n’a de cesse de remettre le masculin au centre d’un un rituel qui démultiplie l’instance de la Loi comme fantasme d’une violence admirée. Ça commence sous le sapin de Noël, ça finit sous le soleil d’Irak. Ça suffit !

Nicolas Mourer

Noël ! Belle réussite de propagande et de formatage des esprits !

Campagne contre les jouets sexistes

145 rue Amelot 75011Paris

06 68 44 01 50

http://publisexisme.samizdat.net contrelepublisexisme@samizdat.net

Mix-Cité, mouvement mixte pour l’égalité des sexes

c/o MFPF 4 square Ste Irénée 75011 Paris

06 25187360

http://www.mix-cite.org contact@mix-cite.org

Panthères Roses

http://pantheresroses.free.fr pantheresroses@no-log.org

Du Côté des Filles

33 villa Wagram 75008 Paris

01 40 55 04 07

http://www.ducotedesfilles.org filles@noos.fr

http://publisexisme.samizdat.net/Catalogue.pdf

Conte à rebours :

Il était une fois Les Chroniques Rebelles, bonjour à toutes et à tous, bientôt les huîtres, le foie gras, le champagne à volonté, les glaces plombières au rhum raisin, les blagues racistes de Tonton Gérard, la nouvelle robe - et moulante avec ça ! – de votre épouse dévouée qui s’est tachée avec un toast de tarama en promotion de chez Carrefour. Et demain, le 25, on remet ça : avec ce bon vieux sourire attendri lorsque vos gosses ouvriront les paquets cadeaux des plus beaux jouets dont ils ont rêvé. L’aspirateur en plastique avec la planche à repasser pour Coralie, un string pour lui apprendre à jouer à la putain dès son plus jeune âge et un Georges Bush articulé pour Benjamin, avec une cape décorée d’une croix gammée histoire de faire plus viril. La cape, on la choisira bleue de préférence, et le fer à repasser, rose bonbon.

-  « Pourquoi maman ? »

-  « Mais parce que ce sont les couleurs habituelles ma chérie et que c’est comme les SDF ou les homosexuels, ce sont des malades, on ne peut rien y changer ! »

Et voilà, c’est comme ça, et pas autrement : il y a une foule de jouets qui s’entassent dans les rayons et au final, ZERO CHOIX. Pour apprendre à la petite fille comment devenir « la plus belle pour aller danser », après avoir fait la vaisselle bien sûr et changé la couche du gamin, il faut dès le plus jeune âge lui inculquer la soumission, le dévouement et cela passe par le sens du pratique. Mais pour obtenir cet assentiment, ce grand « oui » accordé à la pénitence des femmes considérées comme mères, ménagères, mère-nagères, il faut leur donner l’illusion du plaisir : et cela passe par les bijoux en plastique, les coiffures des poupées Barbie (incarnation plastifiée de la salope innocente), en somme, tout ce qui participe d’une très utopique beauté, puisque chacun sait que Mademoiselle finira en Madame avec des bourrelets comme tout le monde, à défaut de poser sans tête et juste avec un cul sur les calendriers donneurs de leçon de chez Aubade.

Et comme le souligne très bien Serge Chaumier :
«  Il est d’ailleurs permis de s’étonner. À l’heure où les femmes ont investi massivement le monde du travail, il est curieux que les catalogues de jouets reflètent si peu les évolutions sociales. » Serait-ce que le marketing du ludique surferait sur une vague réactionnaire, vague nostalgique d’un temps depuis lequel rien n’aurait changé excepté que le lavoir s’est peu à peu transformé en lave-linge. Car, même s’il existe des fours micro-ondes, ce sont toujours les femmes qui appuient sur le bouton « START » dans les publicités pour les surgelés. Elles passent peut-être moins de temps en cuisine, mais elles sont en cuisine quand même.

Et les garçons alors ? Il est une idée simple qui nous explique combien le domaine de la violence, de la domination, de l’exclusion, de la conquête leur est réservé, en somme, ce qui revient au paradigme de la virilité. Soldats de plombs, massacres de tribus ennemis, invasions de châteaux forts, fusils, carabines, robots colonisateurs, navires de guerre, porte-avions, missiles nucléaires, l’inventaire serait long à établir si l’on y adjoignait l’apport de la science fiction, du film fantastique, qui ne sont pas si éloignés que cela du réel. Faut-il voir dans le jouet pour garçon un canalisateur d’agressivité ou plutôt un outil permettant de construire une identité fondée sur la puissance masculine, le machisme ?

Comme le disait si bien Fernand Raynaud : « Maintenant, quand on rentre dans une chambre d’enfants, c’est plus une chambre d’enfants, c’est un magasin de jouets. »

Statistiquement, il semblerait, sauf exception, que le fils de hippie ne soit pas devenu dictateur et que la fille issue de la pensée soixante-huit ne soit pas encline à la dépendance aux tâches ménagères. Comme quoi, la mémoire du corps construit notre vision du monde et l’éducation n’est pas seule responsable des casseroles idéologiques que l’on traîne.

Pour débattre autour de ce sujet, je reçois des membres du Collectif Contre le Publisexisme qui non seulement montrent combien les catalogues de jouets mettent en scène les composantes idéologiques d’une société au service de la construction arbitraire des genres.

Comment rendre parents et enfants sensibles à ce travail de fabrication de la violence à travers les jouets sexistes ? Dans quelle mesure peut-on rééquilibrer un rapport de domination-soumission entre hommes et femmes dès le plus jeune âge ? Le jouet est-il capable de modeler la personnalité de cet adulte de demain que représente l’enfant ? Comment tout simplement laisser l’enfant parvenir à une libre connaissance de soi à travers l’activité ludique ?

Souvenons nous de cette phrase de Kant : il faut éduquer nos enfants non pas en fonction du monde tel qu’il est, mais tel qu’il devrait être.

Nicolas Mourer